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En ce matin du 3 août, le jeune Samuel Deschênes était situé à son kiosque de tir. Dans quelques minutes, les gens allaient arriver en poignée et vider le stock de prix. Il profitait du calme avant la tempête pour préparer sa caisse. Comme d’habitude, cela coûtait 5 dollars pour 3 tirs! Un prix peu élevé pour si tant de plaisir!
Le jeune adulte commençait à casser ses rouleaux de sous lorsque son supérieur arriva. Dans la hiérarchie de la fête foraine, c’était bel et bien son supérieur, mais, ailleurs, c’était son frère.
— Mathieu Deschênes! Que puis-je faire pour vous aider?
— Me dire votre profit d’hier et… me prêter cinq dollars, dit-il à voix basse en ajoutant un clin d’œil.
— 145 dollars, dit le frère cadet. Et puis, tu veux encore séduire la petite Jessica Doucet? Tiens.
— Tu me connais trop! s’exclama l’aîné. Hum… Faites pratiquer votre machine, on ouvre dans deux minutes.
Sur ce, il s’éloigna en sifflotant.
En mettant son engin sous tension, Samuel parlait pour lui-même :
« Jessica Doucet, une si jolie fille! Pourquoi faut-il que le destin l’ait guidé jusqu’à Mathieu? Cheveux noirs et blonds, très beau visage et yeux bleus! 20 ans, je crois? Mathieu, lui, il est beau quand même, mais pas comme moi! »
À ces mots, Samuel rit seul. La machine fonctionnait comme il fallait, les flèches sortaient sous un bon angle. Lorsqu’il prit une gorgée d’eau en regardant le soleil annonçant une belle journée, l’horloge de la fête foraine sonna ses huit heures.
— Venez chez Brasse, cria Samuel aux clients entrants, où si vous visez une boîte, vous gagnez ce qu’il y a à l’intérieur! C’est un cadeau-surprise!
Comme d’habitude, deux ou trois intéressés vinrent au kiosque. Samuel se mit à expliquer le mécanisme et démontra un exemple, qu’il rata consciemment pour donner la chance aux chalands.
La matinée se passa tranquillement : une trentaine de personnes étaient venues et environ la moitié était partie avec des prix. C’était pendant l’après-midi que l’achalandage se passait, surtout après 16h, la fin des classes. L’heure du midi arrivé, Samuel demanda à Mathieu de s’occuper du kiosque pour le temps d’aller chercher un repas à la cantine.
En marchant vers le petit restaurant, Samuel croisa Jessica. Trop gêné pour lui parler, il accéléra le pas sans s’en apercevoir. Il entendit quand même la jolie fille marmonner, pour elle-même :
— S’il pense pouvoir m’avoir!
Sans connaître plus de précisions, Samuel sut que Jessica parlait de Mathieu.
« Un sous-marin au jambon, s'il vous plaît »
Sa commande reçue, il se dirigea vers son kiosque. Il y vit Mathieu qui courait vers l’est.
— Mathieu! Qui surveille mon kiosque?
— Jessica! S’cusez, mais je dois aller au Pouille, le manège a bloqué!
Il continua sa course vers le manège brisé. Samuel, abasourdi, dut s’arrêter quelques secondes pour réaliser ce qui se passait. Jessica était à sa portée! Dans son champ de mire! Autant en profiter!
Il arriva vers son kiosque et Jessica y était, accoudée au comptoir.
— Alors, c’est toi Samuel?
— Oui, répondit celui-ci, trop gêné pour dire autre chose.
— Je peux donc m’en aller, dit Jessica en mettant une de ses mèches hors de son visage.
— Puis-je participer? dit un client, arrêtant la « scène romantique. »
— Oui, oui! dit Samuel, en ne faisant croire de rien. Mademoiselle Doucet, pourriez-vous placer ce qui est dans le sac ici pour le placer dans la boîte là-bas?
Jessica hocha la tête et exécuta ce qui lui fut demandé.
— Alors, dit Samuel au client, savez-vous comment ça fonctionne ici?
— Non…
— D’accord, je vais vous donner un exemple.
Il s’approcha de la machine de tir et prépara la flèche.
— À l’aide de cette gâchette et de ce chien, vous pouvez viser une boîte. Dans celle-ci, il y a un prix. Mais, il faut le toucher! Si ceci se produit, le prix est à vous! Regardez, ainsi…
Comme d’habitude, Samuel prépara l’engin pour viser consciemment ailleurs, mais ses pensées étaient trop dirigées vers Jessica et visa vers une boîte, qu’il atteint.
— Aie! s’écria Jessica.
Samuel ne prit pas la peine de demander pardon au client, il s’élança vers la jeune adulte qui se tenait l’épaule.
— Êtes-vous correcte?
— Un peu.
— Je dois vous amener à l’hôpital!
— Non, non. Je sais m’occuper de moi-même.
À ces mots, elle courba un peu vers l’avant en lâchant un gémissement.
— Non, je dois vous amener!
— Finalement, ce sera une bonne idée.
Samuel, sueur au front et honte dans le corps, prit Jessica dans ses bras et s’élança vers sa voiture.
— Tu as eu ce qui était dans la boîte, dit le client, une belle femme!