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Jusqu’à ce que la mort vous sépare
Chapitre 7
Ce matin je me suis levé avec une certaine légèreté d’esprit, bien que j’aie peu, ou mal dormi. Parfois, le réveil est doux lorsqu’il abandonne des rêves bizarres. Pas une de ces chimères n’était vraie.
Stéphane est reparti hier soir à Montpellier, prétextant l’urgence qu’il y avait à se remettre à ses bouquins. Je ne peux pas m’empêcher de penser que son frère a dû le mettre à la porte. Son départ ne m’étonne que très modérément. Sa visite, hier, n’a pas été très brillante : il était venu chez moi profiter encore de la situation, sans se douter que le jeu était terminé. Lui répondant très simplement qu’il pouvait dès à présent raconter tout ce qu’il voulait à Pierre, j’ai observé une dernière fois ses vifs yeux bleus, presque aussi inexpressifs à cet instant que ceux des oiseaux.
Peu à peu il a lâché mes poignets, il est resté assis sur moi d’un air songeur. Je n’ai rien dit de plus, ne sachant pas exactement si je souhaitais qu’il s’arrête là où qu’il poursuive. Nous nous sommes soudainement retrouvés comme deux acteurs priés de vivre sans scénario.
Avec contrariété, il est parti en claquant très fort la porte.
Maintenant qu’il s’en est allé, je compte bien profiter de la matinée que promet l’aube radieuse. Bien que je me sois couché tard, j’ai envie de commencer tôt la journée. Il n’est plus temps de dormir. Je me prépare rapidement : des baskets, manteau et jean, le chien et moi allons faire une balade aux falaises. Nous avons amplement mérité un peu de grand air. Mais il ne faut pas tarder, ce n’est pas la porte à côté…
Sur le perron, je croise Pierrot qui semble hésiter à sonner. Il me salue d’un air embarrassé.
J’ai quelque chose à t’annoncer, est-ce que tu veux monter pour qu’on en parle chez toi ? dit-il.
Inutile. Stéphane me l’a déjà dit. Je sais que je ne serai pas ton garçon d’honneur. Et je pense que Yann fera bien mieux l’affaire.
Après ces formules expéditives, je pars en direction de la voiture, sans plus attendre. C’est moins pénible que je ne l’aurais cru, après tout.
Pierrot me suit d’un air soucieux. Arrivé à la voiture, je lui demande s’il vient se promener avec nous ou pas. Il s’embarque pour le voyage.
C’est drôle comme tout est clair et lumineux, ce matin, la route, les champs rocailleux qui la bordent sont baignées d’un soleil qui semble chaleureux, même s’il fait assez froid à l’extérieur de la voiture. Je pense à Stéphane qui doit être pelotonné dans son lit, après avoir conduit une partie de la nuit. Je me demande s’il reviendra.
Les falaises sont éblouissantes de clarté. D’ici, par beau temps, on voit au loin quelques reliefs bleutés de l’Afrique du nord. Le chien bondit de la voiture et file à travers les hautes herbes sèches qui se couchent au vent violent. Je le vois réapparaître ici et là qui furette entre les rocs. Pierrot le suit des yeux lui aussi, nous marchons un moment pour approcher du bord de ce que nous appelons les « falaises », sortes de pentes rocheuses très abruptes, presque à pic, contre lesquelles la mer vient fracasser sa houle puissante. Nous aimons entendre le choc des vagues brusques, le dessin heurté des crêtes de rochers où les vagues éclatent.
Pierrot me dit quelque chose mais le vent siffle à mes oreilles, j’approche pour l’entendre.
« Je t’aime » me dit-il dans l’oreille.
Je le regarde un court moment pour m’assurer que rien n’a changé, qu’on en est bien toujours au même point. Je recule un peu, c’est étrange, de l’entendre. Surtout maintenant que c’est trop tard. Je me suis attaché à quelqu’un d’autre.
Il m’a tout raconté, tu sais, finit-il par avouer, d’un air écoeuré. Tu es vraiment … vraiment pire que tout. Je ne sais même plus ce que je peux bien te trouver de si spécial.
Je sens qu’il n’est pas passé loin d’autres expressions plus heureuses. Sacré Stéphane, j’ignore ce qu’il a bien pu inventer, mais il a dû forcer le trait. Et que pourrais-je dire pour détromper Pierrot ? Il ne me croirait pas ! D’ailleurs, je ne m’étonne pas qu’il essaie de nouveau de m’étrangler, après tout, c’est dans ses habitudes. Sauf que là, je finis par réellement manquer d’air. Il me pousse plus près du bord, plus près… Mais tout ça n’est destiné qu’à me faire peur, je le sais. Le chien est revenu près de nous et aboie tout ce qu’il sait d’injures. Ce chien ne plaisante plus.
L’espace d’un instant je réalise que j’aurais dû le prendre au sérieux, lorsque je vois la douleur lui donner cette expression féroce. Lorsqu’il me pousse, un dernier réflexe de ma main happe sa manche et l’entraîne avec moi. La chute ne dure qu’un instant, pourtant on a quand même l’impression de voler. De très loin, des jappements se perdent dans le ressac.
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Cette histoire est une fiction, toute ressemblance avec des personnes ou des faits réels serait accidentelle.
Merci de l’avoir lue et suivie jusqu’au bout de son écriture. Ce sera l’une des rares que j’aurai terminée. Désolée pour cette fin fracassante, mais c’est pourtant la seule. Cependant, il faut aussi penser que ce n’est qu’un conte. Le vraisemblable n’est parfois pas ce qui traduit le mieux la vérité.