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8 Septembre :
17 OCTOBRE
Il doit être minuit et demi. Je suis… mort de trouille ? Je sais, ça parait stupide, de se tenir là, devant une simple porte, et être angoissé comme si un tueur fou vous attendais derrière. Et je n’ai pas l’excuse de craindre de me faire prendre par un adulte. Je sais être discret. Non, j’ai peur de l’extérieur.
Je crois qu’on l’aura compris d’ailleurs. Ces dernières vingt-quatre heures tout le monde a décidé de me le rappeler. Super ! Alors quoi ? J’ouvre ou je n’ouvre pas ? J’avance ou non ? Par pitié, un signe, quelque chose pour m’aider à me décider !
Mais j’ai beau attendre rien ne vient… tant pis. Je tremble, j’ai les mains moites, mais je clenche la porte. Elle s’ouvre, silencieusement. Un vent glacial filtre à travers mes vieux vêtements trop légers pour la saison, embrasse mon visage décharné et emmêle mes cheveux que, malgré le fait que j’ai récupéré mon ruban, je n’ai pas voulu rattacher.
Je me retourne et observe le hall vide et sombre. J’entends la pluie battre dehors. Je me sens nauséeux et j’ai la tête qui tourne. Je fais de nouveau face à la nuit, avance d’un pas, puis d’un autre, et referme derrière moi. Le silence du manoir fait place au vacarme de la tempête. En cinq minutes je suis trempé, et après cinq pas je m’arrête encore, essoufflé, et je gerbe mon dîner. Jamais je ne suis sortit, jamais. Cette peur viscérale couve en moi depuis mon arrivée au pensionnat. Ce souvenir, ce sentiment d’être perdu et de ne pas savoir quoi faire, où aller, à qui s’adresser… Je n’ai plus trois ans, mais c’est toujours le même sentiment obscur. J’ai peur de me perdre. Voilà. Je l’ai dit.
Je ravale tous mes sanglots. Ce n’est pas le moment de pleurer. Les nuages noirs qui couvrent la lune à ma vue s’en chargent pour moi. Je traverse le parc, vers l’entrée marquée par deux lampadaires colorés. Le portail est fermé à clé. Je ne me décourage pas, je me répète que plus vite j’aurais retrouvé Eddy, plus vite je rentrerais. Eddy… alors que j’escalade le muret à gauche du portail, je me demande où il peut bien être. C’est bien gentil d’aller le chercher, mais par où commencer ?
Je saute sur le trottoir et manque de me faire mal en glissant dans une flaque. J’observe, un peu inquiet, la rue. Il y a peu de voitures. En même temps, il n’y a presque que notre manoir dans Mandolyn Street… les réverbères me préviennent que je suis seul à cette heure ci. Une main en avant pour protéger mes yeux de la pluie glaciale qui tente de troubler leur vue, une autre crispée sur le col de ma veste bleu de pensionnaire pour la maintenir fermée, j’avance. Eddy ne doit pas être très loin, après tout ! Il n’est partit, au plus tôt, qu’il y’a deux heures. Il doit encore être dans le village. J’avance au hasard des pâtés de maisons. Ma progression est ralentit par mes vêtements alourdis par l’eau dont ils sont gorgés, mais j’avance, voilà bien le principal. Je croise des gens à l’abri de leurs parapluies, des hommes bien mis au bras de charmantes bourgeoises, ou de non moins charmantes catins. Des catins, j’en croise à l’orée du Parc Persan, le seul parc du village.
Elles voient que je suis jeune, et leurs réactions à mon égard sont plus maternelles que provocantes. Bien sûr, moyennant un peu de monnaie, elles sont toute prêtes à me montrer les portes du paradis. Moi je leur demande si elles n’ont pas croisées un jeune homme d’un an mon aîné, grand, brun, bien foutu. L’une d’elle, Marilyne je crois, une rousse volcanique à la poitrine assez lourde pour accueillir deux têtes qui chercheraient consolation, me dit que oui. Je suis ravi. Je lui demande où il est allé. Elle me dit qu’il a traversé le parc. Il avait l’air triste. Elle ne peut pas m’en dire plus, sinon qu’elle l’a déjà vu souvent passer par là.
« J’suppose qu’il va à Bakter Street, l’peutiot ! C’p’être là qu’il habite, mais l’est pas causant t’sais ! »
Bakter Street… un autre quartier bourgeois, pas loin des rues commerçantes de ce que je sais. Il y a aussi un cimetière, et un salon de thé où Cathy dit avoir déjà mangé. Elle, elle en a profité de ses sorties. Moi j’ai toujours demandé à Thomas d’aller m’acheter ce dont j’avais besoin à ma place. Je sourit aux dames, leur souhaite une bonne soirée, et traverse à mon tour le parc.
L’ombre des arbres me protège un peu mieux de la pluie, mais me plonge également d’avantage dans le noir. Les regards que je croise, désormais, sont plus malveillants que dans la rue. Je frissonne et presse le pas. Vite. Il faut que je parte. Le chemin est boueux, je glisse beaucoup. Des bruits de pas parviennent à mes oreilles, mais je n’arrive plus à distinguer s’il s’agit des miens ou de ceux dont je crois parfois discerner la silhouette. Suis-je suivis ? Est-ce que je dois les craindre, ou ne suis-je qu’un imbécile parano ? J’entrevois la sortie du parc, et les pas, les froissements de feuilles s’accélèrent. Je me mets à courir moi aussi, mais avec un temps de retard qui me fait comprendre que j’ai plus de soucis à me faire que je ne le pensais. J’en perd l’haleine quant j’atteint la rue, mais je n’arrête pas de courir. J’évite de peu une voiture qui me klaxonne dessus, et ose un regard au dessus de mon épaule. Une silhouette massive, inquiétante, me poursuit. Il y a plus de gens par ici, alors je slalome entre eux, effrayé au delà des mots. Je pousse les badauds, quitte à les faire tomber.
Mon cœur bat si vite qu’il peut me lâcher à tout moment. Et soudain, l’inconnu hurle à la foule des couche-tard de la rue commerçante :
« Ce gosse m’a pris mon portefeuille, arrêtez-le !! »
Sa voix est forte, grave et grasse. J’ai de nouveau envie de vomir, mais pas question de m’arrêter. J’accélère même, j’entends des gens me poursuivre, un policier me hèle. J’entrevois à un croisement ma dernière chance. Cette grille a-t-elle des barreaux assez larges ? Pas le temps de douter. Pour la première fois de ma vie je suis heureux d’être aussi maigre ! Sans difficulté je me glisse entre deux barreaux de cette lourde grille fermée. Mes poursuivants grognent et tentent de l’ouvrir de force mais je ne les regarde pas, je continu d’avancer… entre les tombes.
Je suis entré dans le cimetière. Il faut que je trouve un endroit où me cacher, et vite, avant qu’ils n’ouvrent la porte. Je me suis caché à leur vue pour le moment. Là, cette plaque de marbre est haute, et ce petit buisson derrière, c’est parfait ! Je m’accroupis. Je suis paniqué, je suis essoufflé, j’ai envie de crever, ma tête est vide, engourdie… J’entends qu’ils ont ouverts la grille. Je m’enfonce un peu plus dans l’obscurité, apeuré, et là je bute dans quelque chose. Une main se referme sur ma bouche pour m’empêcher de crier, une autre autour de ma taille pour m’empêcher de me lever. Je me débats, horrifié, je griffe la main qui me retient prisonnière et j’entends un faible gémissement dans mon dos, mais mon assaillant ne me lâche pas. Je me calme en apercevant le flic et le type qui me poursuivait passer devant ma cachette, armés de lampes torches. Le faisceau passe tout près de ma jambe, mais par bonheur, ou je ne sais quel miracle, ils ne me remarquent pas.
« Désolé pour votre portefeuille monsieur, mais… je crois que le gamin a filé pour de bon ! Fait remarquer le policier en revenant sur ses pas.
"Vous voulez dire qu’on arrête les recherches ? Mais il ne doit pas être bien loin ! Grogne le vicelard, visiblement mécontent que sa proie ait pris la fuite aussi facilement.
"Que voulez-vous, c’est sans doute un gamin des rues ! Vous vous souvenez de son visage ? Vous voulez déposer une plainte ?
"Nan, nan, inutile. Capitule-t-il, déçu. Merci monsieur l’agent. Je vais rentrer chez moi.
"Comme vous voulez… »
Ils s’en vont. Mon poursuivant jette encore un dernier coup d’œil derrière son épaule, grogne, et suit le gendarme vers l’extérieur. Ce n’est qu’une fois la grille refermée qu’une voix souffle à mon oreille :
« Bordel, mais qu’est-ce que tu fous là ! »
Je sursaute. La prise se relâche et je me tourne vers Eddy. Sans lui répondre je me jette dans ses bras, en pleurs.
« Eddy ! Je sanglote, soulagé. Eddy ! »
Surpris, il me prend maladroitement dans ses bras et tapote ma tête gentiment. Il a l’air gêné, je suppose qu’il ne s’attendait pas à me voir craquer de cette façon.
« True… bredouille-t-il en se relevant, et en me soutenant. Allons, viens, on va s’abriter. »
Il m’entraîne à sa suite, me laissant m’appuyer sur ses épaules car mes jambes refusent de me supporter plus longtemps. Je n’arrive pas à arrêter de pleurer. Ce soulagement après tant de frayeur… Il ouvre la porte d’un caveau. Je ne cherche pas à comprendre, je rentre et il me fait m’asseoir sur le couvercle de pierre de la tombe. Il referme la lourde porte et se retourne vers moi. Il est trempé, lui aussi, mais il a un manteau qui l’a protégé du froid. Moi je suis glacé jusqu’aux os. Il s’approche d’un sac de sport à côté de la tombe, l’ouvre et en sort une serviette. Il enlève mes chaussures, mes chaussettes et ma veste, et il commence à me frictionner avec la serviette. Je me calme peu à peu. Il est énergique, attentif. Il réchauffe mes pieds meurtris et sèche mes cheveux noirs, qui tombent en bataille devant mes yeux légèrement rougis par ma crise de larmes. Il sort des vêtements à lui du sac et m’oblige à me déshabiller. Je rosis un peu, évidemment, et ça lui décroche au moins un sourire timide, mais il ne dit rien. Les vêtements sont beaucoup trop grands pour moi, mais cent fois plus chauds que ce que je portais jusque là, et ils portent son odeur.
« Ca va mieux? » finit-il par me demander en prenant place à côté de moi.
J’hoche affirmativement la tête, honteux maintenant de m’être laissé aller. Il efface le sillon qu’une larme a laissé sur ma joue du bout du pouce, et me reprend fermement dans ses bras. Tout contre lui, j’écoute son cœur qui bat très vite, et je me sens en sécurité.
« Tu es un imbécile, True ! Murmure-t-il. Sortir tout seul, en pleine nuit, sous la pluie et le froid, sans rien pour te protéger, ni rien pour te défendre en cas de problèmes ! Si tu savais comme j’ai eu peur en te voyant entrer dans le cimetière…
"Je… je suis désolé… je suis… vraiment désolé… »
Je me serre un peu plus fort contre lui en crispant mes doigts décharnés sur le pull qu’il m’a prêté. Il soupire.
« Tu n’as pas à être désolé. Mais bon sang, qu’est-ce qui t’a pris ?
"Je voulais te retrouver… te ramener à la maison… »
Il s’écarte de moi et je gémis sans m’en rendre compte. Il me regarde dans les yeux, surpris. Je suis encore trop apeuré pour réfléchir, et je m’écris aussitôt :
« J’suis désolé, j’aurais du comprendre que tu ne voulais plus nous voir, mais je m’en voulais tellement ! Je n’aurais pas du te gifler, je suis désolé, Eddy, vraiment désolé ! J’ai tout fait de travers avec toi, tout, j’aurais du rester calme, mais tu m’agaçais tellement, tu t’en prenais toujours à moi, et j’étais trop faible pour te repousser et…et… et… »
Je m’étouffe dans de nouveaux sanglots et il me reprend vite, paniqué, dans ses bras, tout en caressant mon dos.
« Chut, calme-toi True, calme-toi !dit-il. Tais-toi, ce n’est absolument pas ta faute. Calme-toi True, ne pleures plus, je t’en pris. Ca va aller, maintenant. Je suis là. Tu m’as retrouvé, je suis là. »
Je me sens tellement mal vis à vis de lui, et en même temps si bien dans ses bras que, même si les pleurs diminuent, je ne peut m’empêcher de trembler, non plus de froid, mais de tristesse.
« Ecoutes True, si c’est ce que tu veux je reviendrais. Me promet-il tout bas. J’ai agis impulsivement, en m’en allant. C’est moi le fautif dans l’histoire. Quant la pluie aura cessé, on rentrera tous les deux, je te le promets. Je ne voulais pas te faire de mal. C’est la dernière chose que je voulais. »
Je secoue la tête, désabusé.
« On prend chacun toute la faute, mais on a agis comme des imbéciles, tous les deux. » je réplique.
Je sens son sourire amusé sur ma nuque.
« Tu as raison. On est des abrutis finit, l’un comme l’autre.
"Eddy… qu’est-ce que tu fous dans ce cimetière ? »
Il recule en rigolant, visiblement mal à l’aise. Il a un peu rougit, je le constate à la lueur des bougies qui, je le remarque, étaient déjà allumés quant on est entré, tout comme le sac de sport était déjà là.
« C’est ma cachette ! Répond-il en passant une main dans ses cheveux bruns. Ce type là est mort y’a plus de cent ans, alors la famille vient rarement lui rendre visite, tu penses. Hormis le gardien qui entretient les caveaux tous les dimanches, on y est tranquille. Les nuits où je fuyais l’orphelinat, depuis le mois dernier, je venais ici me reposer, avant de revenir au petit matin. Tu comprends ? »
Je fais signe que oui en observant le décors autours de moi. C’est lugubre, et pourtant je m’y sens tout à fait à ma place. Je souris, de plus en plus soulagé.
« C’est cool. »
Je regarde Eddy et je souris un peu plus.
« Je suis en train de vivre en une seule soirée une très grande partie de mes fantasmes les plus dingues !
"Tes… fantasmes ? Répète-t-il en devenant cramoisis.
"Je suis dans un cimetière, la nuit, seul assis sur un macabé à côté d’un mannequin de boys band, c’est la tempête dehors… il ne manque que les chaînes et le bourreau et je te fais un orgasme ! »
Il me regarde, incrédule, et moi je lui souris innocemment. Deux secondes plus tard nous sommes pliés en deux sur ce vieux tombeau, riant à nous en briser les côtes. Ca fait un bien fou ! Autant pour moi que pour Eddy. On reprend notre souffle, allongé l’un à côté de l’autre au dessus du mort, et on regarde la voûte perdue dans l’ombre de la pièce. Il prend ma main. Je la sers fort et j’entends un vague gémissement. Je lève de force les deux mains jointes devant mes yeux et je grimace une moue désolée.
« Pardon pour les griffures… je marmonne.
"Pas grave, évite juste de recommencer à l’avenir. J’apprécierais. » Plaisante-t-il.
Il repose nos mains de long de notre corps et se tourne un peu pour me faire face. Je fais semblant de ne pas le remarquer, et je continu à fixer le plafond, mais je sens son regard brûlant sur moi.
« True.
"Hmm ? Je réponds vaguement.
"Est-ce que tu l’aimes, Dave ? »
Je pince les lèvres et fronce les sourcils, contrarié.
« Non. Et puis, ça serait le cas, ça ne changerait rien au fait qu’on est plus ensemble. »
Il se redresse un peu plus, surpris, et cherche mon regard que je laisse obstinément accroché au plafond.
« Vous avez rompus ? demande-t-il, d’un ton presque joyeux. Quand ça ?
"Dans la soirée, après mon entretient avec Mac. »
Il se rapproche encore, il s’accroupit au dessus de moi. Maintenant je me fais violence pour ne pas croiser son regard, ni laisser le moindre signe de trouble apparaître sur mon visage.
« Et tu es tristes ? demande-t-il encore.
"Peut-être… un peu… j’admets.
"Juste un peu ? »
Je grogne et le regarde enfin. Il ne sourit pas, mais la lueur malsaine est revenue hanter ses yeux noisette. Ok. Il me cherche à nouveau. Je le repousse assez pour qu’il vire de sur moi.
« Oui, je suis un peu triste ! Je siffle. Je pensais que ça marcherait bien entre nous, et finalement j’ai espéré vainement. Alors qu’il savait depuis le début qu’il partirait bientôt, il m’a séduit, et ensuite il me jette comme un mouchoir usagé, alors, oui, je suis plutôt triste ! »
Il sourit moqueusement. Aucun respect, c’en est écoeurant. Il continu de me regarder, sans rien ajouter. Je ne veux pas lui donner la satisfaction de m’énerver encore, alors je me tais aussi en lui tournant le dos.
Une heure a bien du passer. Je n’ai pas bougé, et je commence à m’assoupir malgré la dureté du socle de pierre sous moi. Et puis un souffle fugitif réchauffe ma nuque. Je frissonne mais n’ose rien dire, et de toute façon je suis trop engourdi pour protester pour si peu. Un murmure parvient à mes oreilles, mais il est si bas que j’ai du mal à le comprendre. Sans me retourner je souffle aussi :
« Qu’as-tu dis ? »
Il y a d’abord un silence, puis le murmure me revient. Il est toujours aussi bas, mais je le discerne mieux.
« Pardon. »
Je ferme les yeux et pousse un lourd soupir. Je me retourne. Eddy me fixe, dans les yeux. Et pour la première fois, je vois une réelle détresse dans son regard. Comme une autre personne, un garçon que je n’ai jamais connu. Un garçon assez semblable au masque qu’il portait en arrivant au pensionnat. Un jeune homme naïf, maladroit, perdu, avec ses vêtements démodés et trop petits, sa beauté toute candide, et son aversion pour tous les mots qui touchent de près ou de loin à l’agression, et à la perversité. Oui, un garçon que je n’ai jamais vraiment connu, tant ma découverte de la réalité s’est faite rapidement.
Surpris par son expression, ma colère et mon agacement s’étouffent dans ma gorge. J’ai assez pleuré ce soir, je ne voudrais pas qu’il pleure à son tour.
« Pourquoi tu t’excuses tout le temps, Eddy ? Je demande doucement.
"Parce que je sais que je te blesse par mon comportement. C’est ce qui nous a amené où nous en sommes maintenant. Mais tu… te mes fait cet effet… je n’arrive pas à m’en empêcher. »
Il a raison, et cette fois ci je ne nie pas. Je lui fais cet effet, mais suis-je vraiment le seul ?
« C’est à cause de ce comportement que tu as été accusé de… » Je commence mais il me coupe d’une main sur mes lèvres.
Il a froncé les sourcils, de triste il est passé à colérique.
« Non. Répond-il avec conviction. Je ne me suis jamais comporté comme ça avec personne d’autre. Jamais. Et surtout pas au foyer ! C’est ce type, ce… argh, je le hais ! » S’écrie-t-il en se retournant sur le dos, les mains crispés à son visage.
Je ne comprends pas. Je me redresse pour observer Eddy, inquiet.
« Ed’ ?... C’est qui ce type ? Qu’est-ce qu’il t’a fait ? »
Il fait glisser ses mains jusqu’à ses cheveux qu’il agrippe nerveusement, les décoiffant inconsciemment. Son regard fixé sur la voûte noire semble fusiller un visage invisible.
« Georges. » grogne-t-il.
Un petit silence suit ce nom qui résonne très légèrement dans le caveau.
« Georges… Ce mec a tout pour lui, à un point que c’en est horripilant ! Tu as envie de le prendre par sa splendide tignasse de cheveux châtains est de lui exploser le crâne contre le mur, tu comprends ? Il parle en cul de poule en se pavanant dans ses vêtements hors de prix, il récite Descartes et te bats à la course, il est, il est…
"Parfait ? Je me sens obligé de compléter, amusé.
"NON ! S’offusque-t-il en me lançant un regard outré. Personne n’est parfait, et surtout pas lui, t’entends ?!
"J’entends bien, oui… je marmonne, en attendant la suite.
"Il est IGNOBLE ! C’est un MINABLE ! Ok ? Je le hais ! Vraiment ! Quant il a su comment mes parents sont morts, il m’a humilié de la plus horrible des façons ! Ce fumier m’a fait chanter pendant toute une année, j’étais son pantin, totalement à sa merci! Et après, il est venu se plaindre au directeur que je le harcelais, moralement, sexuellement même ! Ce bâtard a osé sous-entendre que je n’étais qu’une vulgaire tapette lubrique ! Que j’étais un gay, un gay sans cervelle et sans espoirs de rédemption ! JE LE HAIS !! »
D’accord… deux points importants : d’abord, le coup du gay sans rédemption je ne sais pas trop comment je dois le prendre. Rédemption de quoi ? Enfin bref. Eddy est libertin. Je suppose qu’il assume tout à fait d’être attiré autant par les filles que les garçons. Enfin, je crois qu’il s’intéresse aux deux… Ensuite…
« Il t’a… humilié ? Je répète timidement. Juste parce qu’il savait comment tes parents étaient morts ? Ils ne sont pas morts dans un accident de voiture ? »
Il tourne la tête vers moi, les mains toujours dans ses cheveux. Son regard est vide. Je crois que j’ai fait une nouvelle boulette.
« Oui. » répond-t-il.
Hem… ça c’est une réponse, Eddy ! Waouh ! Je n’en attendais pas tant !
« Oui quoi ? Je demande, à tout hasard.
"Oui ils sont morts dans un accident de voiture. » Dit-il.
On avance. Et ensuite ?
« Ce n’est pas une excuse de chantage, ça ! Des tas de gens meurent en voiture tous les jours tu sais ! » Je m’exclame, paumé.
Il a un rire nerveux et torture un peu plus les mèches sous ses doigts. Je meurs d’envie d’éloigner les magnifiques mains de mon frère de leurs victimes, mais je m’en empêche à grand peine. Ce n’est pas le moment je crois.
« Oui, tu as raison, des tas de gens meurent ainsi chaque jour… admet-il. Mais rarement à cause de leur fils !
"Ce n’est pas de ta faute, Eddy, tu le sais ! Je tranche avec assurance.
"Ah non ? Ce n’est bien sûr pas à cause de moi, l’imbécile, qui ait absolument tenu à avouer à mon père que j’étais homosexuel, que mon père s’est mis dans une telle rage qu’il a cessé de regarder la route pour me gifler ! Non bien sûr… je n’y suis pour rien dans le meurtre de mes parents. »
Mon sang se glace. Seule la vérité blesse, n’est-ce pas ? Et bah ça… si ce n’est pas une cruelle vérité, je ne m’y connais pas.
« Et ce n’est pas moi non plus qui ai ouvert ma portière en voyant ces deux voitures foncer vers nous, ce n’est pas moi qui me suis jeté au dehors pour me sauver, moi, et laisser crever ma famille. Ce n’est pas moi. Il n’y avait donc rien de bien consistant pour me faire chanter, n’est-ce pas True ? »
… Maieuh ! C’est moi qui suis sensé être le cynique du groupe ! Pourquoi me prend-t-il à partit, alors que je voulais juste le consoler ! J’suis vraiment nul ! Je baisse les yeux en comprenant que je ne pourrais pas vraiment lui ôter ses idées noires de la tête. Une main relève mon menton. Ses yeux marron percent mon regard comme deux aiguilles et j’ai du mal à ne pas me détourner. Je rougis. Il me lâche, pour passer sa main dans mes cheveux. Tout doucement, il agrippe une mèche noire qu’il fait couler entre ses doigts. Il réitère l’expérience plusieurs fois, jusqu’à me prodiguer une caresse douce et mécanique.
Je suis gêné. C’était à moi de lui remonter le moral cette fois ci, et c’est encore lui qui se préoccupe de moi. De la cire de bougie tombe bruyamment sur le sol, la tempête est toujours forte dehors. Et le temps s’est arrêté pour moi. Je suis peut-être trop proche de lui pour réfléchir correctement. Il baisse les yeux sur ma bouche, maintenant. Ses yeux… de plus en plus noirs… il se penche…
HEIN ?! Issue, une issue, et vite !!
« En fait, t’avais à mort craqué sur ce Georges, non ? »
Intelligent hein ? Superbe réplique, True ! Non, non, sans rire, tu as été parfait ! Eddy est là, penché à cinq millimètre de tes lèvres, figé comme une andouille, totalement pris de court ! Le mec le plus sexy que t’as jamais connu a essayé de t’embrasser, et toi tu viens de lui casser son élan ! NON MAIS QUEL CON !!
Il se recule, évidemment, et se racle la gorge. Il a l’air un peu frustré, et je doute qu’il ait apprécié ma réplique.
« Je n’ai jamais… craqué… sur Georges ! Se défend-t-il froidement. Tu me prends pour qui ? »
Et vous croyez que je me suis arrêté là, que je ne me suis pas enfoncé encore plus ? C’est mal me connaître !
« Je te prends pour un mec qui décrit son soi-disant tyran comme ayant une ‘splendide tignasse de cheveux châtains’ et qui jure qu’il a ‘tout pour lui’ ! »
Il prend un air choqué en croisant les bras, furieux.
« Je t’interdis d’interpréter ainsi tout ce que je dis ! s’écrie-t-il.
"Je t’en pris, tu ne te serais jamais laissé faire si tu n’avais pas eu le moindre faible pour lui !
"C’est sûr que niveau sentiments, tu t’y connais délégué ! Ironise-t-il.
"Vas-y, craches ton venin, exposes tes sarcasmes, je te suis totalement imperméable ! Je susurre.
"Bien sûr, c’est bien pour ça que tu es là ! »
Oh, le coup bas ! Je croise les bras à mon tour.
« J’aime ma solitude ! Je réplique, vexé.
"Ce que tu aimes surtout, c’est avoir le dernier mot ! Vampire !
"Sal gosse !
"Je suis plus vieux que toi !
"Et aussi plus immature !
"Moi je chiale pas à tout bout de champs !
"Tu plaisantes ? Tu passes tes soirées à chialer ! Ne mens pas, je l’ai vu !
"C’est n’importe quoi, et de quoi je me mêle ?
"De ce qui ne te regardes pas, comme d’habitude !
"True, tu as plutôt intérêt à la fermer maintenant, c’est un conseil d’ami !
"Non, je ne me tairais pas ! Tu passes ton temps à donner des ordres, à croire que tout t’es acquis, que tu peux tout te permettre pour peu que tu ais quelques excuses dans ta poche ! T’es qu’un sal gosse pourri gâté, et moi je suis ton supérieur, alors c’est plutôt à toi de la fermer ! »
Le silence revient mais nos regards ne décolèrent pas. Mais il a un caractère très particulier qui fait que, au fur et à mesure que mon regard le fusille, que mon esprit passe en boucle toutes les façons possibles de le défigurer, une lueur trop connue revient hanter son regard noisette. Ses joues perdent leur rougeur de colère, et le coin de sa bouche s’étire en un rictus moqueur. Je boude.
« Maieuh, arrête de te moquer de moi ! Je m’énerve.
"Désolé, mais dès que je te vois en colère ça me fait marrer ! Ricane-t-il. Tu fais vraiment p…
"BOUCLE-LA ! Je gueule, excédé. Oui je fais peur, je sais, je sais très bien ! Ca suffit maintenant, arrêtez tous de me le rappeler à tout bout de champs ! Laissez-moi tranquille ! Je sais que je suis laid, je sais que je suis maigre, que j’ai les yeux trop sombres, des cernes, une bouche trop fine, que je suis petit, que je suis…
"Hyper complexé ! Me coupe-t-il, fasciné. Waaah ! Je ne savais pas qu’on pouvait l’être autant !
"Parce que ça t’étonne ? Je … ben, m’étonne.
"Ouai, plutôt ! Je n’ai jamais pensé que tu étais trop petit, ou que tes yeux étaient trop noir ! Au contraire, je trouve ça mignon, moi… »
Je grimace et il ricane derrière une de ses grandes mains d’aristocrate.
« J’suis pas mignon… je marmonne avec une moue boudeuse.
"Si, tu es trèèès mignon ! Se moque-t-il un peu plus. Et tes yeux noirs, c’est peut-être ce que je préfère. J’en suis fou… »
Là, je me met bêtement à espérer un deuxième essais. Mais non, cette fois ci il ne vient pas m’embrasser. Je crois que sa première tentative foireuse lui a remis les sens en ordre. Dommage… mais c’est de ma faute aussi, si j’avais pas paniqué comme une vulgaire écolière effarouchée ! Grr… je me foutrais des claques des fois. Des fois ?... un flingue, vite, il faut que j’en finisse !!
« La pluie semble se calmer un peu. » me fait remarquer Eddy en fermant les yeux pour écouter plus attentivement.
Je prête à mon tour attention aux bruits extérieurs. Effectivement l’orage s’éloigne. Je regarde la montre au poignet d’Eddy. Il est quatre heures, déjà. Si nous ne sommes pas à Mandolyn Street avant que ne sonne les 7 heures du matin, alors nous sommes morts. Et ma carrière de délégué est fichue. On attend une petite demi-heure pour être sûr que la pluie cesse bien, sans plus ni se regarder, ni se parler. Moi je cache mon visage dans le pull à larges mailles qu’Eddy m’a prêté. Je ne sais pas s’il s’en doute, mais je respire son odeur. J’adore ça. Il sent si bon. Ca me donne l’impression d’être continuellement entouré de ses bras. Une image fugitive de lui, les bras, et tout le reste du corps nu, sous la douche, m’obligeant à l’y rejoindre, me fait tourner cramoisi. Mais je suis pas bien moi, pourquoi je pense à ça maitenant!!
« On y va ! » ordonne-t-il gentiment en se levant et en récupérant son sac de sport.
J’éteins les bougies dans un souffle, le plus vite possible pour qu’il ne remarque pas mon trouble, et je me rechausse pour le suivre au dehors. La pluie ne tombe plus, mais le sol est horriblement boueux. Il a une démarche assurée alors que moi je glisse tout le temps. Au moins je ne tombe pas. Faut dire qu’il m’en empêche, chaque fois qu’il me voit glisser il me retient par le bras en souriant moqueusement. On sort par l’arrière du cimetière. C’est plus sûr d’après lui. Et on avance, comme deux cons, dans une direction que lui seul connaît véritablement. Moi je fixe mes pieds, et passe de trottoirs en trottoirs d’un air absent. Finalement je l’aurais retrouvé rapidement mon Eddy. Peut-être pas dans des conditions idéales, mais au moins il revient à la maison maintenant.
Le soleil commence à se lever. Ca fait deux heures qu’on marche. Je ne me rappelle pas avoir fait un si long voyage en arrivant ici, mais je fais confiance à Eddy. Pourtant, en levant les yeux pour observer le paysage, un mauvais pressentiment me transperce. Eddy, juste devant moi, reste impassible et avance calmement. Moi j’observe les petits immeubles bourgeois qui se succèdent, avec leurs larges escaliers. Ces escaliers… Je m’arrête avec des sueurs froides. Tout à coup je ne veux plus avancer.
« Eddy… » Je souffle.
Il ne m’a pas entendu alors je recommence plus fort :
« Eddy ! »
Il se tourne enfin vers moi, surpris. Je dois avoir l’air terrifié. A croire que ça devient une habitude depuis que je suis sortit du pensionnat.
« Qu’est-ce qu’il y a True ? demande-t-il gentiment en se rapprochant de moi, tandis que je fixe toujours les escaliers d’un immeuble de briques rouges.
"Faisons demi-tours s’il te plait. » Je supplie.
Il prend un air surpris.
« Mais pourquoi ? On va à Mandolyn Street…
"Non. Je coupe avec angoisse. On est à l’opposé de Mandolyn Street. A l’autre bout de la ville… faisons demi-tours, Eddy !
"Comment sais-tu que nous ne prenons pas la direction de l’orphelinat ?
"Je suis déjà venu ici. J’explique rapidement. Ecoute, cesses de te moquer de moi ! Je veux rentrer chez moi ! »
Il pince les lèvres et rougit un peu. J’en étais sûr, il savait exactement où il allait. Mais il semble quand même surpris que je reconnaisse l’endroit. Il pose une main sur mon épaule que je retire violement, perdu.
« Ecoutes True, je veux juste te montrer quelque chose. Explique-t-il posément. Juste te montrer, il te suffira de regarder et de m’écouter. Rien de plus. Je ne t’obligerais à rien. Et directement après, on retournera au pensionnat.
"Non ! Je m’écris en reculant, buté. Je veux rentrer MAINTENANT !
"True, s’il te plait. Ce ne sera l’affaire que de quelques minutes. On sera rentré pour 7 heures, on aura qu’à prendre le bus. D’accord ? »
Je secoue la tête en fermant mes yeux de nouveaux humides, mes cheveux longs fouettant mes joues au rythme de ma négation. Il prend ma main, me chuchote que c’est juste une fois, pour me rassurer, pour me faire entendre raison. Juste une fois. Que ça ne se reproduira plus. Qu’il ne m’obligera plus jamais à rien faire contre mon grès. Qu’il ne veut pas me faire de mal. Jamais. Et moi je le suis, docile et apeuré comme un enfant qu’on emmène chez un médecin pour se faire vacciner. Il serre fort ma main pour ne pas que je m’enfuis. Je sais où il m’emmène. Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi. Pourquoi, et comment. Comment a-t-il su ? On ne passe que deux pâtés de maison. Dans mes souvenirs, cela faisait beaucoup plus. Mais tout parait plus grand à trois ans qu’à seize, pas vrai ?
« Logic Street. Annonce Eddy avec un sourire qu’il veut rassurant mais qui me donne l’impression que je suis un mourant dont on attend le dernier souffle. Avec un nom comme ça, on se demande bien qui a crée ce village de cambrousse !
"Un milliardaire excentrique français qui s’appelait Dugros. Je réponds automatiquement, pas rassuré pour autant. Il voulait s’offrir un village so british… il l’a crée de toute pièce il y a soixante-dix ans maintenant. »
Et bien quoi ? Je lis beaucoup, il faut bien que je sois tombé au moins une fois sur un bouquin qui parlait de mon village natal ! Comme presque toutes les maisons de ce village, elles sont de plus en plus grandes et riches. Comme à Mandolyn Street, les voitures noires à la carrosserie impeccable me narguent du prix qu’elles ont du coûter à leurs propriétaires. Je déteste les riches, c’est décidé. Oui mais, si Eddy vient de s’arrêter, c’est que… bouh, je veux partiiiiiiir !!
« C’est le numéro 34. » me souffle-t-il à l’oreille, en me montrant une maison à notre exact opposé.
De là où l’on est, on peut être aperçu, mais pas reconnu. A peine cinq minutes après qu’on se soit arrêté sur ce trottoir, la porte de la maison s’ouvre en grand. Un homme d’affaire, grand, mince et aux cheveux courts, noirs, qui doit avoir trente-huit ans au plus, en sort pressé. Une mallette de cuir pend au bout de son bras. Une petite tornade brune le dépasse en riant pour se diriger vers la voiture. Je pince les lèvres. Un instant, j’ai bien cru me voir, avec quelques années de moins.
« Lui, c’est monsieur Egglewood. Me dit Eddy. Et la furie qui vient de rentrer dans sa voiture, c’est Betty, sa fille. »
J’hoche la tête, la bouche sèche. Une femme, petite et maigrelette, aux cheveux roux et filasses, fait un discret signe d’encouragement à son mari avant de disparaître à l’intérieur, en refermant la porte derrière elle. La voiture démarre bientôt et passe devant nous. Je me cache instinctivement derrière Eddy, comme si je craignais que ces inconnus me reconnaissent. La fille, qui doit avoir treize ans environ, tourne la tête vers le brun quant la voiture nous dépasse, et je suis absolument sûr qu’Eddy lui a fait un signe de main. Comme si il la connaissait.
« C’est elle qui m’a dit comment elle s’appelait. Explique-t-il en se tournant vers moi, qui reste pétrifié. C’est rare que son père l’emmène au collège, alors un matin où je traînais là par hasard… »
Mon regard se fait si sceptique qu’il ne retient pas un rire nerveux.
« Ok, peut-être pas par hasard. Admet-il. Mais nous avons fait la route ensemble. Elle était tellement contente d’avoir de la compagnie sur son trajet qu’elle n’a pas pu tenir sa langue. Elle a répondu à toutes mes questions dès que je lui ai dit qu’elle ressemblait à quelqu’un que je connaissais. »
Je palis plus que je le croyais possible.
« Tu ne lui as pas… je bredouille, la voix éteinte.
"Evidement non ! Se défend-t-il. Je ne lui ai pas parlé de toi directement. C’est une petite fille amusante, mais un peu faiblarde. Elle n’arrête pas de se faire tyraniser à l’école. Paraît-il qu’on l’appelle ‘l’enfant de trop’. »
Je soupire. Je commence à comprendre.
« Ecoute Eddy… oubli ça ! je lui demande, suppliant.
"D’accord. Promet-il. Je voulais juste que tu le saches : elle ne l’a jamais connu, parce que sa mère était enceinte d’elle à l’époque, mais ils ont perdus un enfant, il y a treize ans de ça. Jack Egglewood. Ca te dis quelque chose ? »
Jack… non. Egglewood pas plus. Pourtant, les deux ensembles, ça me donne des frissons. C’est tellement évident, alors comment nier maintenant ? Et voilà, encore, des larmes coulent sur mes joues. J’en ai assez, assez, ASSEZ !
« Ca va aller True ? Me demande Eddy alors que je prend moi-même la direction de l’orphelinat, ou plutôt de l’arrêt de bus le plus proche.
"Ca va. » Je marmonne, sombre.
Désormais, Eddy me laissera tranquille. Il n’a plus rien à m’apprendre. Il m’a montré les gens qui m’ont abandonnés. Il m’a montré l’adolescente qui a pris ma place dans leur cœur. Il a résolu mon dilemme.
« Mac est mon père. » j’affirme à voix haute, pour m’en persuader autant que pour en informer Eddy.
Oui. Pour toujours, désormais, Mac est mon seul père. J’entre dans le bus. Le chauffeur me regarde bizarrement, il ne doit pas avoir l’habitude de voir des garçons aussi androgynes. Ou alors c’est que je lui fais peur, à lui aussi. Eddy paye nos deux places et s’installe à côté de moi. Nous serons à l’heure, mais de justesse. La journée n’est pas terminée, mais je suis déjà extenué. Vivement ce soir, que je m’endorme enfin. Pour ne plus me réveiller que sur de beaux jours.
C’est beau de rêver, non ?
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FIN DE LA PREMIERE PARTIE ! La suite dès que possible, c’est en cours mais ça va prendre du temps ! Gros bisous mes petits mimoldiers ! Merci pour toutes vos reviews, même si je ne peux pas répondre à tout le monde.
Et un grand merci à Reno Kurigawa pour son splendide portrait de True. Je vous rappelle que si vous le voulez, je pourrais bientôt créer un forum RPG sur Mandolyn Street. Mais je veux être sûre d’avoir de futurs joueurs pour cela !
Gros bisous !
Mimo