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Fiction » Supernatural » Amours fantômes font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Screamy
Fiction Rated: M - French - Mystery/Romance - Reviews: 1 - Published: 09-30-07 - Updated: 04-06-08 - id:2420743

Epilogue, partie 1.

Les coudes noirs de crasse appuyés sur une table, le visage caché dans les mains, la jeune fille n'offrait que ses courts cheveux rouges et hérissés aux yeux du policier installé face à elle. Elle tremblait pitoyablement et une boule lui obstruait la gorge, menaçait à tout moment d'éclater en un sanglot de désespoir et de lassitude. Des souvenirs pénibles et terrifiants se bousculaient pêle-mêle dans son cerveau. Elle espérait être dans un rêve. Juste un mauvais rêve, par pitié !

Son meilleur ami était sûrement mort maintenant, et ces abrutis de flics thaïlandais ne cessaient de lui poser les mêmes questions dans un anglais pitoyable :

Il s'est passé quoi ?

Comment votre ami a été aussi gravement blessé ?

Vous ne saviez pas que les visites dans ce vieux temple étaient interdites ?

Vous allez encore nous raconter toute l'histoire !

Ils ne semblaient vraiment pas disposés à la croire.

Elle se demanda comment Kasemchaï s'en sortait dans la pièce d'à côté. Se contentait-il de toiser les flics de ses yeux impassibles avant de hausser les épaules à chaque question ? Ou allait-il s'énerver, les assomer tous et venir la chercher ?

Elle se sentait comme une pauvre loque, une merde. Elle était crevée, laminée, une gueule de bois anthologique lui vrillait le crâne et lui nouait le ventre. Elle se faisait aussi un sang d'encre pour Chris, elle était prête à se convertir à toutes les religions du monde si cela pouvait le sauver. Pour couronner le tout, elle sentait la charogne !

Cette simple évocation du mot "charogne" lui flanqua la chair de poule.

On ouvrit la porte. Le flic en face d'elle prononça rapidement quelques mots en thaïlandais puis la jeune fille entendit distraitement ses pas tandis qu'il sortait de la minuscule pièce dans laquelle ces pauvres connards de poulets l'interrogeaient depuis... combien de temps au juste ? une heure ? une journée ? une éternité ?

Bollocks !

Mademoiselle MacFerrin, l'appela une voix douce.

Elle leva la tête en sursaut et dévisagea le nouveau venu. Elle ne l'avait pas senti arriver et le voilà ! lui faisant face, une fesse posée sur la table, un petit homme souriant gentimment qui lui tendait un mouchoir en papier.

Essuyez votre visage, mademoiselle MacFerrin, les larmes ont tracé des sillons blancs au milieu de toute cette crasse.

Cela était dit sans aucune moquerie mais de la plus prévenante des façons. La jeune fille se contenta de regarder l'homme avec stupeur. Il était assez petit, la quarantaine, le visage tout rond et une grosse moustache ne parvenait même pas à dissimuler un sourire qui ne semblait jamais devoir s'effacer.

Merci, bredouilla-t-elle enfin en prenant le mouchoir.

Elle fit de son mieux pour nettoyer son pauvre petit visage. Le mouchoir ne resta pas blanc très longtemps. De son côté, le petit policier s'aperçut qu'elle était un peu plus âgée qu'elle en avait l'air. Elle devait avoir dans les 26, 27 ans. Ses grands yeux noisettes étincelaient de larmes sur le point de déborder de ses paupières rouges et bouffies. Mignonne cependant, pas le genre de touriste venu chercher l'émotion par des moyens illégaux.

Je me présente, dit le petit homme, inspecteur Pongwilaï. Je suis ici pour vous aider et, de cette façon, nous aider nous aussi à comprendre ce qui arrivé la nuit dernière à vous, votre guide et ce photographe français, monsieur Séraphin.

Comment va-t-il ? demanda brusquement la jeune femme, la voix tremblante.

Pongwilaï posa une main légère sur l'épaule de son interlocutrice :

Les médecins de l'hôpital de Bangkok ignorent s'il va s'en tirer, pour vous parler franchement. Il a été très grièvement blessé et a perdu beaucoup de sang. Il a eu des transfusions et bénéficié des soins de très bons médecins, mais nous ne sommes sûrs de rien. Soyez courageuse, mademoiselle MacFerrin.

Les larmes débordèrent et roulèrent sans discontinuer sur les joues de la jeune femme rousse. Elle ne fit pas un geste pour les essuyer.

Je ne veux pas le perdre, hoqueta-t-elle entre deux sanglots. Je... Il... Si j'avais pu... si j'avais pu comprendre ce qui était en train de se passer...

Pongwilaï sortit un paquet de mouchoirs en papier de la poche de sa chemise kaki et entreprit de sécher lui-même les yeux de mademoiselle MacFerrin, démarche pour le moins fastidieuse tant étaient abondantes les larmes qui dévalaient sur ses joues en deux petits torrents salés.

Si cela peut vous soulager, mademoiselle MacFerrin, il ne souffre pas. On lui a administré des sédatifs. Cependant, les médecins ont fait cela par pure précaution car il semble dans le coma. Mais je pense que vous devriez le voir. Je n'y vois aucune objection pour ma part.

Mademoiselle MacFerrin ouvrit de grands yeux plein d'espoir.

C'est vrai ?

Vrai de vrai, répondit le petit flic les yeux pétillants. Mais à une seule condition : Vous allez me raconter toute votre histoire depuis votre premier jour en Thaïlande jusqu'à votre arrivée dans ce charmant commissariat. Et je veux tous les détails.

Mademoiselle MacFerrin se cacha le visage dans les mains :

Damnit ! j'ai déjà raconté toute mon histoire trois putain de fois !

Hé bien vous voilà partie pour une quatrième fois. Seulement, on va changer de décor, je pense que cela rendra ce nouveau récit moins pénible. Nous allons même commencer dans ma voiture. Venez mademoiselle MacFerrin.

Cookie, murmura la rouquine.

Je vous demande pardon ?

Tout le monde m'appelle Cookie, expliqua la jeune femme. Les "mademoiselle MacFerrin", je dois vous avouer, ça m'a toujours tapé sur les nerfs.

Cookie, répéta le petit policier. Ca vous va plutôt bien. Bien, nous avons assez perdu de temps. Je suppose que vous avez hâte de le retrouver.

De le retrouver, oui, mais vivant, soupira Cookie.

Elle suivit Pongwilaï en se demandant de quelle façon elle allait débuter son récit, en réfléchissant encore à tous ces trucs bizarres et flippants qui avaient commencé une semaine auparavant, le jour où elle et Chris étaient arrivés en Thaïlande et au comportement étrange de son ami... enfin, plus étrange que d'habitude...



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