| Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search | Login Register Extras |
En ce qui concerne le monde, le 5 novembre est une journée comme toutes les autres. Mais, pour Marie-Ève, malgré qu’elle l’ignore encore, c’était une journée qui allait changer sa vie…
En se réveillant la veille, Marie-Ève se dit que ce week-end à travailler n’avait rien d’excitant. Elle travaillait au Blockbuster. Rien de plus excitant que de « servir le client afin qu’il puisse avoir un service de qualité »! Avec des gens qui arrivaient à elle en demandant : « Où est le film de Johnny Depp? », l’envie de répondre qu’il y en avait beaucoup trop pour l’énumérer lui picotait la langue. Mais, pour financer ses études, elle avait besoin de rester debout pendant des heures à dire bonjour au Xe client qui entrait dans le magasin.
Après avoir fait ses toilettes, déjeuner et dit « bonne journée » à sa mère qui était occupée à préparer le souper de famille qui avait lieu la soirée même.
Elle n’eut même pas le temps d’entrer au Blockbuster que sa gérante vint l’intercepter.
— Tu vas entraîner le nouveau, dit-elle avant de se diriger vers un client qui voulait retourner une Wii à la caisse.
Marie-Ève ferma ses yeux et prit une grande respiration. Elle détestait entraîner les nouveaux employés. Avec leur incompréhension sans limites, leur point de questionnement permanent dans leurs yeux et leur aura qui disait : « je ne suis qu’ici pour l’argent, crache le cash! », Marie-Ève en avait souvent son voyage.
En sortant de la salle de bains des employées, où elle était allée s’habiller en uniforme de travail, un jeune homme aux cheveux blonds vint lui serrer la main.
— Bonjour, Marie-Ève! dit le jeune homme. Tu dois m’entraîner…
— D’accord…Guillaume, répondit-elle en jetant un coup d’œil à son étiquette de nom.
Marie-Ève passa donc les 8 heures suivant cette conversation à entraîner Guillaume. Comment utiliser la base de données, comment classer les films, les étiqueter… Mais, le plus important, comment traiter les clients : les modes de paiements, les recherches accompagnées, les réservations et la distribution sécuritaire du matériel.
Lorsque l’horloge de la succursale annonça 17h, Marie-Ève et Guillaume allèrent se changer et entrer leur code distinct pour cesser de travailler.
En marchant à l’extérieur, Marie-Ève demanda à son collègue :
— Pourquoi as-tu décidé de travailler ici?
— Aider mon père, répondit-il. Il a le cancer et je suis le seul dans sa famille immédiate.
— Désolé, dit Marie-Ève en baissant les yeux.
— Ce n’est pas grave, répondit Guillaume en entrant dans sa voiture.
Marie-Ève le regarda manœuvrer son véhicule. Elle voyait dans ses yeux bleus de la tristesse se former à mesure qu’il reculait pour partir.
« Pourquoi ai-je posé cette question? » se demanda-t-elle.
Arrivée à la maison, le souper de famille était presque cuit. Les invités étaient presque tout invités. Il ne manquait que son père qui était parti chercher l’oncle Tim, son pauvre frère qui demeurait dans une petite maison contenant seulement deux pièces.
— Et puis, demanda sa mère qui jetait un coup d’œil au jambon à l’ananas qui était en train de cuire, tu as passé une belle journée?
— Ah oui, répondit Marie-Ève. J’ai entraîné un nouveau.
— Est-il comme tous les autres?
— Non!
Sa mère haussa les sourcils en sortant la viande cuite de la cuisinière.
— Il est beau et travaille pour une bonne cause…
— Ah oui? dit sa tante qui venait d’arriver pour prendre les boissons dans le réfrigérateur.
— Il ramasse de l’argent pour aider son père qui a le cancer.
— Quel homme charitable! dit sa mère.
— Charmant! ajouta sa tante.
Le souper de famille fut un succès. Tous les invités présents rirent et fêtèrent. Un peu plus dans pendant le repas, le père à Marie-Ève tapota dans son verre de vin pour attirer l’attention.
— J’aimerais vous remercier d’être venu à ce délicieux souper. Vous vous demandez sûrement pourquoi vous êtes tous ici.
La plupart des têtes autour de la table hochèrent de la tête, sauf Marie-Ève, sa mère et Tim.
— Je vais publier un roman!
Les invités se regardèrent, ahuris, se demandant si c’était vrai ou pas.
Pour prouver la vérité, le père à Marie-Ève sortit l’exemplaire de son roman Un coup héorique, signé Paul Aubé.
La sortie de ce livre eut un effet de bombe à la table. Les émotions des invités passèrent d’ahuries à étonnées en passant par la jalousie et la fierté.
Le reste de la soirée se passa comme voulu, Paul réussit à vendre quelques exemplaires du roman tandis que les femmes nettoyaient autour, sauf Marie-Ève. Elle était à l’étage, dans sa chambre, se préparant à dormir, puisque c’était elle qui ouvrait la succursale le lendemain matin, le 5 novembre…
En ce matin du 5 novembre, elle se réveilla comme tous les autres jours, déjeuna et laissa une note à sa mère qui dormait encore de lui acheter une lumière, puisqu’elle avait manqué dans sa chambre.
Au Blockbuster, elle nettoya autour et prépara l’ouverture. En regardant qui allait travailler avec elle pendant la journée, elle vit le nom de Guillaume. Elle sourit et commença à installer des films retournés la veille dans sa base de films.
Guillaume arriva quelques minutes avant l’ouverture. Il se changea et alla s’installer derrière une caisse. C’était sa première journée devant des clients.
— Nerveux? demanda Marie-Ève.
— Un peu, répondit l’homme aux cheveux blonds.
— C’est normal!
Son premier client venait louer le film Happy Feet et il ne savait pas où il se situait. Guillaume se dirigea donc, sourire au visage, dans la rangée des films animés pour l’aider.
Sans pour autant le fixer, Marie-Ève le regardait souvent. Il y avait un filtre permanent devant ses yeux.
La matinée se passa comme prévu, jusqu’à 11h53.
Guillaume servait un client qui voulait se procurer 3 collections de DVD : les 3 Seigneur des Anneaux combinés, une saison télé des Simpsons et une autre de Smallville.
Marie-Ève, elle, servait une cliente qui voulait acheter un XBOX 360.
— Madame, je suis désolé, je viens de vérifier dans notre collection, nous n’avons pas de XBOX 360 en vente aujourd’hui.
— En avez-vous dans une autre succursale?
— Attendez un instant…
Pendant qu’elle vérifiait dans l’ordinateur, elle jeta un coup d’œil à Guillaume.
— Un total de 153, 24 $ s'il vous plaît.
— Je n’ai pas cet argent, dit l’homme.
— Et bien, répondit poliment Guillaume, il vous faudra revenir quand vous aurez l’argent.
— Je ne pense pas, siffla l’homme en sortant quelque chose de sa poche.
Marie-Ève aperçut l’arme qu’il sortait et elle appuya rapidement sur l’alarme silencieuse sous sa caisse.
— Tu vas me donner les DVD gratis, dit l’homme.
Guillaume regarda Marie-Ève qui approuva rapidement de la tête.
— Voilà, dit-il, nerveux.
— Merci! dit l’homme en glissant son revolver dans sa poche.
Même avant qu’il puisse se diriger vers la sortie, il vit les policiers.
— Câlisse! cria-t-il.
Marie-Ève était figée. Guillaume aussi. Le voleur, par peur lui aussi, sortit son fusil et visa Guillaume. Marie-Ève, par réflexe, se poussa devant son collègue. Elle reçut la balle dans son bras droit.
— Bon matin, ma douce…
Marie-Ève ouvrit les yeux. Elle était dans un lit. Devant elle, Guillaume était devant elle, torse nu.
— Je t’ai apporté ton déjeuner ce matin… Tu sais que ça fait 6 ans aujourd’hui que tu m’as sauvé la vie au risque de la tienne?
Marie-Ève hocha la tête. Elle se souvenait très bien. À son réveil à l’hôpital, le médecin lui avait dit qu’elle avait été énormément chanceuse, mais que son bras avait dû être amputé, car la balle avait transpercé des muscles en plus que l’opération avait mal tournée. Elle se souvenait très bien de son père qui avait dédié le livre à sa fille, livre qui était originalement dédié à sa femme. Elle se souvenait très bien des multiples visites de Guillaume à l’hôpital. De leur amour grandissant.
— Je t’aime, Guillaume.
— Moi aussi, ma puce.
En déposant le déjeuner de son amoureuse sur le lit, Guillaume passa sa main sur le ventre de Marie-Ève.
— Son nom sera Alain, comme mon père…
L’année suivante, son père était décédé paisiblement pendant la nuit, entouré de sa famille.
En ce qui concerne le monde, le 5 novembre est une journée comme toutes les autres. Mais, pour Marie-Ève et Guillaume, et ils le savent plus que tout au monde, c’est une journée qui a changé leur vie…