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Titre:
La BA du Démon
Auteur:
Amy May
Rating:
T
Disclaimer:
Les personnages, l’histoire, les idées et tout le tralala
m’appartiennent.
Résumé:
En enfer, commettre une bonne action est un des délits les
plus graves. Ce jour-là je l’avais oublié… et je
vais devoir en subir les conséquences.
Notes:
La bêta-lecture a été faite par Nelja. Désolée
pour cet énorme retard .
Bonne lecture !
Chapitre 4
H – 0,5
“Que le procès de BitterSweet Margaret commence !”
Adrian vient de crier cette phrase à peine arrivée à sa place. Soudain on m’enlève le masque à oxygène, je reconnais ce vernis à ongles multicolore avec des strass partout… C’est l’infirmière de tout à l’heure, affichant sur son visage un sourire aussi factice que ses ongles. Je lui répond quand même par un sourire, je ne vois pas l’intérêt de répliquer un “Ça te fait rire ?” en lui crachant dessus de toute manière.
Je reconnais la “gentille demoiselle” et le clochard d’hier, habillé de manière extrêmement “clochardesque”. La femme me fait un signe de la main d’un air innocent, me donnant tout d’un coup envie de lui coller une baffe mais bon, répondons tout aussi innocemment et hypocritement à son signe, pour la forme.
Je regarde autour de moi. Il y a une bonne quarantaine de personnes dans la salle, des vieux aux longs cheveux blancs, des intellos prétentieux en costard-cravate, un groupe de femmes en vêtements flashy piaillant comme des adolescentes et des gens quelconques. Mes parents ne sont pas là, tant mieux, quand ils sont dans les tribunaux ils ajoutent des faits ayant eu plus ou moins lieu, aggravant le cas de leurs enfants et augmentant ainsi leur peine de prison (ou amenant carrément leur gentille progéniture sur l’échafaud, ça fera une bouche de moins à nourrir)
Adrian passe sa main dans ses longs cheveux noirs, tend son bras gauche vers moi et dit, un sourire sarcastique sur son visage:
“Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous.”
Merci, je suis au courant. Je sais également que ce que je ne dirai pas sera quand même retenu contre moi. Il doit y avoir plusieurs faux dossiers sur ma gentille petite personne à l’heure qu’il est.
À ma droite, un homme aux allures de mort-vivant sur une sorte de piédestal en bois brillant se met à déblatérer les faits, quand l’homme s’est fait tabasser, tout ça. On appelle la gentille demoiselle psychopathe aux cheveux blonds répondant au nom de Violet Rose (si ses parents ont voulu qu’elle ait un nom ridicule, c’est réussi) à la barre. Celle-ci passe sa main parfaitement manucurée sur sa robe rose pâle à volants et à dentelle blanche, se lève doucement du banc où elle était assise et marche de manière insousciante, quasiment en sautillant, jusqu’à la place qu’on lui avait montré quelques secondes plus tôt.
Elle parle des faits avec une douce voix innocente, celle avec laquelle elle m’avait demandé si j’avais donné des sous au clochard sans arrière-pensée pour ensuite me plaquer contre un mur et appeler la police. Elle aggrave les faits mais j’ai un peu de mal à suivre la conversation, j’ai assez mal à la tête et je vois flou. Je ferme les yeux mais l’infirmière me frappe avec son cahier la seconde d’après.
Mes trois “amies” passent à la barre l’une après l’autre, enchérissant à chaque fois pour être sûres que j’aie une peine bien lourde.
Vous devez vous dire “D’accord ce sont des démons, mais ce sont avant tout tes amies. Pourquoi elles t’enfoncent encore plus ?” C’est simple, tout comme avec les mariages, on se lie d’amitié avec quelqu’un uniquement par intérêt. Je suis amie avec Alicia parce qu’elle fait peur à pas mal de monde et ainsi je n’ai pas trop de soucis. Elle est amie avec moi parce que j’ai une bonne réputation, des bonnes notes et que je peux l’aider. C’est beau l’amitié chez les démons, n’est-ce pas ? J’en ai la larme à l’oeil.
Une bonne dizaine de témoins passent à la barre. Elle n’était pas si déserte que ça cette rue, ce n’est pas bon pour mes affaires tout ça. Les témoins exagèrent les faits à un point affolant: d’après eux j’ai tenté de tuer les témoins et puis j’ai commis des bonnes actions à côté, enfin c’est ce que j’ai cru comprendre. Adrian, les avocats, les juges et tout le tralala s’en foutent royalement de la crédibilité des témoignages et de l’absence de preuves, plus ma peine est lourde, mieux c’est. Enfin, une peine lourde… ils n’avaient même pas besoin de procès. Je serai condamnée à mort, ou je finirai simplement en prison, sous une torture quotidienne, quelque chose de ce genre-là.
Ils parlent de mon casier judiciaire. Il est bien rempli qu’ils disent. Bien rempli de faux dossiers évidemment. Tentative de meurtre d’Adrian, enlèvements, agressions, vols… La liste est tellement longue que le type à l’allure de personnage de Tim Burton, faisant au moins un mètre quatre-vingt-dix, est obligé de laisser la bas de la feuille traîner sur le plancher brillant.
Vous vous demandez peut-être pourquoi depuis tout à l’heure je me garde de faire taire ces crétins. Eh bien la réponse est simple, il y a deux types à mes côtés: baraqués, balafrés, dépassant les deux mètres, crâne rasé, lunettes noires sur le nez, air de mafieux, revolver dans le holster. À ma place je pense que vous la fermeriez aussi. De plus les autres imbéciles m’écouteraient pas, j’ai mal à la tête et j’ai la flemme d’articuler le moindre mot. Ouais je n’ai pas envie de me défendre. De toute façon je suis l’accusée, la coupable, la condamnée, la future éxécutée, la future morte, future enterrée. À moins que…
Il y a une autre solution. Si, par grande chance, c’est celle-là, je n’ai pas de chance de m’en sortir mais au moins je me serai montrée digne d’un démon: j’aurais emmerdé tout le monde jusqu’au bout.
Adrian se leva brusquement, faisant tomber son joli trône en bois décoré avec des dorures et des pierres précieuses, à moins qu’elle ne se soit faite arnaquée et que ça ne soit que du toc. Elle tendit son bras dans ma direction et déclara:
“BitterSweet Margaret, la cour a décidé de votre sort.”
Vous auriez été plus crédible si vous m’aviez dit ça dans le couloir hier. M’enfin je comprends le fait qu’elle aime se mettre en scène. Les démons ont toujours eu un ego surdimensionné…
“Vous êtes coupable de plusieurs meurtres, vols, agressions… Au total, plus de trois cents délits de gravité plus ou moins élevées.”
Plus de trois cents délits… dont quatre-vingt-dix-neuf pourcents venant de dossiers créés par vos soins. J’ai l’impression qu’elle a souri en disant cette phrase, ça ne m’étonnerait pas à vrai dire.
Vous devez vous dire “Pourquoi ils s’entêtent à faire un procès ?” “À quoi servent les faux témoignages et les faux dossiers, puisque commettre une bonne action est l’un des pires crimes possibles ?” “Pourquoi Adrian ne t’a simplement pas dit ton sort dans le couloir, pour en finir au plus vite ?” C’est simple, les démons adorent se mettre en scène, tout ça, ce qui fait que même les procès ont des allures de jeu télévisé.
Les témoins sont maquillés et habillés comme des acteurs dans une pièce de théâtre, le clochard est encore plus “clochardesque” qu’hier, ses cernes sont encore plus marquées, ses cheveux encore plus huileux, son teint encore plus parcheminé; la “gentille” demoiselle à l’air encore plus angélique (le comble, pour un démon) avec son maquillage rose pâle, son aspect fragile, son sourire sincère, j’en passe et des meilleures. On peut même regarder des procès sur une chaîne du câble il paraît. Peu de personnes regardent car ça coûte évidemment une fortune, afin d’en faire profiter le ministère des finances.
Adrian fait un pas, lève la tête et me fixe de ses yeux rouges. Un rictus se dessine sur son visage, elle lâche un petit rire et annonce:
“Vous êtes condamnée… à l’exil. Dans le monde des humains précisément.”
… Bingo.
“Et voici le temps de vos dernières paroles avant votre exil. Estimez-vous chanceuse, vous avez trois minutes.”
Trois minutes ? Merci mais je n’ai pas besoin d’autant de temps pour dire ce que j’ai à dire.
Prenez ça dans les dents, mademoiselle la ministre de la Justice, UC Adrian, le plus puissant démon existant à l’heure actuelle. Je souris, prends une grande inspiration et dis:
“Merci”