Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search Login Register Extras
Fiction » Supernatural » La BA du Démon font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Amy May
Fiction Rated: T - French - Supernatural - Reviews: 25 - Published: 10-12-07 - Updated: 08-01-08 - id:2425628

Titre: La BA du Démon
Auteur: Amy May
Rating: T
Claimer: Les personnages, l’histoire, les idées et tout le tralala m’appartiennent.
Résumé: En enfer, commettre une bonne action est un des délits les plus graves. Ce jour-là je l’avais oublié… et je vais devoir en subir les conséquences.
Notes: La bêta-lecture a été faite par Nelja. Désolée de poster avec autant de retard mais entre le brevet et la correspondante allemande, j'ai dû avancer deux lignes par deux lignes n.n"

Bonne lecture !


Chapitre 8

Le hasard fait bien les choses, tu ne trouves pas… Bittersweet ?”

Ça pour du hasard qui fait bien les choses… C’était la dernière chose que je souhaitais: Adrian en professeur. Le mien en plus. Elle n’aurait pas pu piocher d’autres numéros ? Bien sûr que non, ça aurait être trop simple qu’elle tombe en plein milieu du Pôle Nord, en compagnie de ses amis les pingouins (ou les manchots, peu importe).

Adrian se lève lentement de sa chaise tout en laissant sa main gauche traîner sur le vieux bureau en bois. Elle observa l’ensemble de la salle de ses yeux ayant passé de la couleur rouge vif au simple rouge sombre puis dit d’une voix autoritaire mais atone:

“Je suis votre professeur d’Histoire-Géographie cette année… Adrian… Atkins. Sachez que si vous ne m’aimez pas, c’est réciproque. N’essayez pas de m’énerver, c’est moi la plus forte à ce jeu-là. J’espère que vous avez pigé.”

Elle finit cette déclaration par un sourire en coin. Un silence pesant s’installe dans la pièce. J’aurais bien voulu balancer une pique mais je suis trop fascinée par la moue frustrée d’Adrian qui dit “Arrêtez de me fixez comme ça sinon je vous empale un par un sur des cuillères à soupe de la cantine”

“Je suppose qu’il n’y a pas de questions, dit-elle en souriant.
- … Si on n’a pas fait nos devoirs, se fera-t-on labourer à coups de scalpels ? je réponds d’une voix innocente et aiguë en levant la main bien haut.
- … Tout dépend de mon humeur.”

Finalement même ma fascination et ma fausse admiration envers Adrian ne m’ont pas empêchée de dire quelque chose, faut dire qu’elle avait tendu une perche quand même. Je laisse échapper un petit rire amusé en voyant Adrian contenir sa colère tandis que les autres élèves se regardent, médusés. Une fille devant moi demande si je connais Adrian, je réponds que “C’est une… très bonne amie à moi.” en souriant de toutes mes dents. L’adolescente me regarde avec des yeux grands comme des soucoupes. Elle s’attendait à quoi ? À ce que je lui dise “C’est mon amant” (ou plutôt ma maîtresse, sans mauvais jeu de mots) ? Les humains de nos jours…

Adrian jette son sac noir sur le bureau, fouille à l’intérieur, sort un livre et trois dés. Elle les jette deux fois. Elle jette un des dés une troisième fois.

“Faites les questions des pages vingt à soixante-quinze et foutez-moi la paix. Vous avez l’heure. Travail individuel. À la fin je ramasse et je note. Coefficient deux.”

Elle dit ça mais je suis sûre qu’elle va choisir les notes avec des dés. Trop flemmarde pour corriger et puis je doute de sa connaissance de l’Histoire chez les humains. Quoique, elle a bien déclenché quelques guerres.

Le “professeur” s’étale sur sa chaise et met ses jambes habillées d’un pantalon noir sur le bureau. En voyant certains élèves sous le choc, d’autres riant dans leur coin, elle lâche un soupir d’agacement et frappe le bureau du poing droit.

“Je vous préviens, je suis de mauvaise humeur aujourd’hui. Le premier qui fait un bruit que je juge gênant je lui ferai regretter. Au fait, je sais très bien manier les scalpels et autres cutters. Je ne plaisante pas. J’ai dit le premier mais c’est le même tarif pour les suivants.”

Je crois que le message est bien passé. Les élèves doivent penser qu’elle est complètement tarée et qu’on n’a pas à balancer un scalpel sur un élève même quand on ne l’apprécie pas particulièrement. Je suis bien d’accord avec eux, cependant faire comprendre cela à Adrian est une autre paire de manches.

La fille à côté de moi pousse un soupir inaudible et prend son livre. Une étiquette ornée d’étoiles vertes me montre qu’elle s’appelle Siena Green. Je prends également mon livre d’Histoire-Géographie et l’ouvre à la page vingt d’un air nonchalant. Je pousse un baillement sonore. Tous les visages se tournent vers moi d’un air apeuré disant clairement:

“Tu viens de signer ton arrêt de mort ma vieille, toutes mes condoléances.”

Je fixe d’un faux air interrogateur les gens qui me plaignent par télépathie avec leurs yeux de chien battu. Je dirige ensuite mon regard vers Adrian avec un sourire innocent jusqu’aux oreilles. Les élèves doivent croire que je suis masochiste. Je vais finir par le croire aussi si ça continue.

Adrian se contente de pousser un soupir et me regarde indifféremment. Les autres élèves écartent leur tête tandis que je joue avec mon stylo en sifflotant, l’air de rien. Je remercie mes camarades de leur volonté de me protéger, c’est émouvant. Elle porte la main à sa poche droite et lève brusquement sa main. Vide.

Je jubile dans mon coin tandis qu’Adrian s’aperçoit qu’elle n’a plus la sacoche où elle rangeait ses scalpels. Elle serre les dents et esquisse un rictus visiblement très crispé. Les têtes des autres élèves se remettent en place lentement. En tout cas ça aurait été marrant si Adrian avait trouvé le scalpel et feinté son lancer, histoire de faire peur à ceux qui avaient replacé leur tête trop tôt.

“Bah alors ? dis-je en continuant à jouer avec mon crayon. Tes scalpels ont disparu ?
- En quelque sorte mais de toute manière je n’allais pas te viser parce que j’ai aucune envie de satisfaire tes envies masochistes. Ça te ferait trop plaisir.
- Quelle méchanceté !”

Adrian tend alors son bras gauche et jette un stylo avec une force plutôt incroyable. Heureusement ce n’est pas moi qui me la prends mais ma voisine qui est actuellement en train de constater avec horreur qu’elle saigne.

“Euh… Dés… Et puis non, j’ai pas à m’excuser, t’as qu’à pas être là, bordel !”

J’explose de rire en tendant un mouchoir à ma voisine de table tandis que les autres élèves font leurs exercices l’air de rien, tout en veillant aux moindres gestes d’humeur qu’Adrian pourrait faire. Ils n’en ont pas besoin car il n’y a rien de spécial à signaler durant la suite du cours, en effet Adrian est tellement frustrée qu’elle s’est à moitié affalée sur le bureau en gribouillant je ne sais quoi dessus en appuyant au maximum sur son stylo bleu (elle a réussi à en casser deux pendant l’heure) tout en grommelant des choses incompréhensibles depuis ma place. C’est plutôt drôle à observer.

La cloche sonne. Les élèves paniquent car ils ne sont qu’à la page quarante, ce qui est tout à fait normal. Pour ma part je n’ai absolument rien foutu et j’ai bien fait. Regardez la pathétique Adrian qui se barre de la salle, furieuse, en claquant la porte et en ne ramassant pas la moindre feuille !

Un professeur entre timidement dans la classe en regardant de tous côtés. Il ouvre les yeux comme des soucoupes et s’installe au bureau nerveusement. C’est un stagiaire ? Vu les quelques cheveux blancs dans sa chevelure noire et son look vieux-jeu, j’en doute mais son comportement me laisse assez dubitative.

“Euh… Il s’est passé quelque chose avec… Mademoiselle Atkins ? demande-t-il de sa voix douce de grand-père avant l’heure.
- C’est plutôt à elle qu’il faut demander monsieur, répond Siena en soupirant, un sourire sur les lèvres. Nous n’en avons aucune idée, elle était déjà sur les nerfs en arrivant. Pourquoi ?”

Le professeur se râcle la gorge, puis répond en baissant légèrement la voix:

“Elle a… disons… balancé à travers la salle des professeurs le tableau en liège auquel sont cloués divers prospectus et infos.
- Wah, en effet, sympathique !
- Ce n’est pas drôle Siena ! s’exclame une grande brune. Quelqu’un a été blessé ?
- Je ne pense pas. Je n’ai jamais vu un nouveau professeur se comporter ainsi dès le première semaine en tout cas.
- C’est compréhensible !”

“Compréhensible” ? Pourquoi pas. En enfer les professeurs ne se gênent pas et punissent de manière plus ou moins violente les élèves de façon totalement arbitraire. Ils les utilisent également comme cobayes ou comme modèle pour les sorts. Les élèves sont des rats de laboratoires. Chez les humains certains sont assez sensibles et gamins pour être choqués de faire des tests sur des rats, en enfer on ne trouve pas ça choquant de faire la même chose sur des démons.

Le professeur - monsieur Forestier de son nom – s’avère être notre professeur de français. Il m’a l’air extrêmement peureux, c’est marrant. Je suis sûre qu’Adrian va adorer le persécuter. Si elle n’est pas virée avant d’en avoir l’occasion bien sûr.

Le professeur nous explique quelques trucs plutôt soporifiques et nous demande de remplir une fiche de présentation. Heureusement que mon moi humain avait marqué l’adresse et d’autres informations dans son agenda sinon j’aurais été mal. Les gens ont quand même dû trouver ça bizarre que je vérifie mon adresse dans mon agenda… Qu’est-ce que j’en ai à faire de toute manière ? Ils doivent me trouver bizarre dès le moment où j’ai provoqué Adrian.

Récréation. On nous lâche comme des bêtes sauvages dans le rectangle de bitume. Les filles restent dans les toilettes. Ça je ne l’ai jamais compris. La peinture rose pâle éclatée par endroits et les cabinets ne forment pas un décor très chaleureux et convivial. De plus l’odeur qui s’en échappe n’est pas des plus sympathiques je trouve. Vraiment, aucune raison de rester là pour discuter, il n’y a même pas de chauffage.

Je m’assois sur un banc en bois et observe les élèves discuter, jouer ou s’occuper de manière encore moins intéressante. Il recommence à pleuvoir alors je mets la capuche de mon imperméable noir. M’ennuyant profondément, je décide de faire un croche-pied à une fille habillée en rose fuschia avec une minijupe et des bas résille et je ris en la voyant s’étaler à moitié sur le goudron. Elle m’engueule pendant trente secondes environ en me montrant d’un air désespéré les taches de boue sur ses Converses blanches et son gilet rose et turquoise, ce à quoi je réponds avec un rire tonitruant. Elle part alors en me traitant de tarée. Trop facile. Ç’aurait été marrant si elle m’avait collé une claque.

Une fille à la chevelure ondulée châtain clair tirant sur le doré s’approche de moi d’un pas rapide et aérien, comme si elle dansait. Elle s’assoit sur banc et pose son grand sac à main qui lui sert de sac de cours sur les genoux. Elle me dit, un grand sourire sur les lèvres et se collant à mon épaule gauche:

“Salut ma violoniste préférée !
- Hum… Salut.”

Depuis quand je suis violoniste ? Je sais même pas comment on se sert d’un violon, à part pour frapper les gens ou les décapiter avec l’archet…

“Ça va pas ? demande-t-elle en me fixant de ses yeux marron.
- Si si, tout va bien.
- Si tu le dis ! Au fait, tu devineras jamais qui j’ai en prof de physique-chimie !
- J’en ai absolument aucune idée ! je réponds avec un grand sourire signifiant clairement “et j’en ai clairement rien à faire””

La fille fait alors une chorégraphie digne des magical girls les plus kitsch que le monde entier ait jamais réalisé, s’arrête enfin devant moi et m’annonce, la main droite sur sa poitrine comme un comédien prêt à déclamer une réplique essentielle de la pièce:

“J’ai… monsieur Dubois !
- Euh… C’est cool.
- Tu l’as dit ! Il est trop mignon et super sympa, ses cours sont vraiment géniaux !
- Calme-toi la groupie ! dis-je en rigolant.
- Moi, groupie ? Pas autant que toi hein…
- Tu parles à qui là ? dis-je en regardant de l’autre côté d’un faux air étonné.
- À la dénommée Margaret Seidel qui, l’année dernière, a mis une lettre d’amour dans le casier du dénommé monsieur Dubois en octobre dernier…”

… Hein ? Attends, ça voudrait dire que… mon moi humain était véritablement une cruche complètement niaise au point d’envoyer une lettre d’amour à un prof ? Génial ! Ce monde a beau être “la réalité”, j’ai vraiment l’impression d’être dans une autre dimension appelée gaiement “Déboussolons dans la joie et la bonne humeur la plus totale les démons exilés” Vraiment, je suis ultra contente. J’essaie de me sortir de cette situation qui me gêne ne serait-ce qu’un peu en sortant le meilleur argument que j’aie jamais trouvé:

“Possible mais j’ai largement changé depuis l’année dernière.”

Bravo ma vieille, décidément t’es la reine de la répartie là. J’applaudis bien fort, vraiment. Tu devrais avoir un oscar, au moins.

“Pourquoi tu applaudis au juste ? me demande l’adolescente d’un air stupéfait.
- … Pour rien.”

Pitié, faut que je trouve un truc pour me sortir de là. Je me mets les mains au visage d’un air désespéré, l’autre doit vraiment me trouver bizarre. Je m’étire quand un gars a la bonne idée de tomber à cause de ma jambe un peu trop longue. Je me lève en venant vers lui.

“Ça va ?
- Mouais on va dire.
- Je suis vraiment désolée mais d’un autre côté permets-moi de te remercier pour m’avoir sorti d’une situation fort délicate. Merci encore.
- … Tu te fous de moi ?
- Non, je t’assure que je suis parfaitement sérieuse mais si tu as envie de me chercher des noises, dis-toi que je suis la plus forte à ce jeu-là, après Adrian.
- Adrian ?
- Atkins. La prof.
- Tu l’appelles par son prénom toi ? Original. T’façon je suis pas du genre à chercher des ennuis, surtout avec une fille aussi mignonne que toi, dit-il en souriant.
- C’est maintenant à mon tour de te demander si tu te fous de moi.
- Je suis sérieux, tu es plutôt jolie.
- Pourquoi tu es passée de “aussi mignonne” à “plutôt jolie” ?
- Eh bien…
- J’attendais pas de réponse.
- Margy ! appelle une troisième voix.”

Je me tourne, c’est Franziska qui se jette à moitié à mon cou. Elle me pose des questions diverses et variées à propos des cours, tout ça. Ça faisait longtemps que quelqu’un ne s’était pas inquiété pour moi sans avoir d’idées plus ou moins tordues derrière la tête. À vrai dire ça ne m’était jamais arrivé.

“Après j’ai… piscine, yeah ! s’exclame-t-elle avec un enthousiasme qui me fait douter du fait qu’elle appartient à ma famille. Jalouse, hein ?
- Pourquoi je le serais ?
- Parce que je suis dans la classe de Morgan, quelle question !
- Morgan ? Qui est-ce ?
- Y en a pas trois mille ! LE Morgan. Le seul, l’unique !
- Possible.
- Genre tu ignores complètement qui il est ! Tu m’auras pas !
- Pourtant il me dit rien du tout.
- Alors que tu as complètement craqué sur lui en milieu d’année… C’est bon, je t’ai rafraîchi la mémoire ?
- … Attends… J’aimais pas déjà monsieur Dubois ? dis-je avec mon habituel air mi-consterné mi-interrogateur.
- Tu as pleurniché parce qu’il était fiancé et ton petit coeur a balancé vers Morgan, comme tu l’avais si bien dit à l’époque.
- … Hein ?”

Oh. My. God. Mon moi humain était un coeur d’artichaut complet, qui fond pour le premier type venu, tandis que moi j’ai plus tendance à cracher sur les gens. Trop bien, je sens que je vais m’adorer. En tout cas, ces découvertes sur moi ne sont pas très réjouissantes. Je me demande si c’est pareil pour Adrian.

Je souris légèrement à ma soeur puis je m’assois de nouveau. Elle me dit que c’est pas grave, que c’est vrai que Morgan est “canon” puis met sa tête sur mon épaule. Je me décale donc brusquement, ce qui a provoqué un choc de sa boîte crânienne sur le banc en bois. Elle me regarde d’un air de chien battu, ce à quoi j’ai explosé de rire en pointant son visage rougi. Réflexe de démon, désolée.

Elle part en courant, l’air blessé. Je soupire puis jette un coup d’oeil aux gens alentour. Tiens, plus personne. J’aperçois les gens de tout à l’heure derrière Franziska. Le monde des humains est étrange. En enfer, on aurait soit rigolé à la pauvre demoiselle, soit on m’aurait tabassée, peut-être même les deux à la fois. La sonnerie retentit.

Quelques demoiselles aux tympans affaiblis par le volume sonore trop important de la musique dans les discothèques se mettent les mains habillées de mitaines en résille à bandes fluorescentes sur les oreilles en pestant de leur voix de souris hystérique que la sonnerie est bien trop agressive et qu’elles devraient se plaindre au directeur. Qu’elles se plaignent plutôt aux disc-jockeys du volume de la musique.

Je rejoins Siena qui est en train de gribouiller adossée au mur à une dizaine de mètres de moi. Elle ne quitte pas son petit carnet des yeux puis le ferme soudainement et sursaute en me voyant. Je ne vais pas chercher à comprendre. Je lui demande ce qu’on a comme cours, ce à quoi elle répond qu’on a mathématiques et que le professeur (qui s’avère être une prof) vient d’arriver. On se met en rang avec les autres.

Toute la journée se passe comme ça, à peu de choses près, donc je pense que ce n’est pas la peine de vous raconter cela dans le moindre détail. J’ajouterai simplement que les élèves humains n’ont pas trop à se plaindre de la nourriture à la cantine, eux au moins n’ont pas à vérifier si on a pas mis de poison et/ou de somnifères dans leur steak charbonneux, leur yaourt à la fraise lyophilisé ou leur verre d’eau calcaire.

Dix-sept heures trente, la sonnerie retentit. Contrairement à ce que je pensais, toute la classe n’est pas vide de toute forme de vie à la seconde suivante. En fait, quasiment toute la classe est encore là, trente secondes après. Dingue. Certains discutent entre eux ou avec le professeur, d’autres rangent leurs affaires avec lassitude, d’autres encore observent avec amusement à la fenêtre la marée lycéenne se diriger vers le portail à une vitesse plus ou moins prodigieuse, selon que l’élève ait des baskets ou des chaussures à talon aiguille.

Après avoir rangé mes affaires dans mon sac à dos, je me joins à la vague humaine qui se dirige avec une sorte d’euphorie qui m’est totalement étrangère vers le portail. Après l’avoir dépassé, je m’arrête soudainement.

Où suis-je ?

C’est vrai, je ne suis plus en enfer… Je reste immobile, à regarder les déferlantes humaines m’entourer, m’engloutir, me secouer comme un fin radeau sur le point de se casser. Quelques rayons de soleil transpercent les nuages gris qui peuplaient le ciel depuis ce matin. Mes yeux osent à peine cligner, tant la houle me captive. J’ai l’impression de vivre hors du temps, c’est délicieux de voir ces gens se hâter, piailler, s’insulter, taper frénétiquement sur des portables et rester stoïque, sereine, si peu concernée, au-dessus de tout ça. Ah… Délicieux en effet.

“Ma soeur est demandée à l’accueil ! Ouhou !”

Franziska me fait des signes, passe sa main devant mes yeux et rigole devant mon air surpris. Ses cheveux blonds sont légèrement plus foncés que d’habitude, car détrempés à cause de la piscine.

“Alors, tu dormais debout ?
- Non je repeignais le plafond.”

Elle esquissa un sourire amusé, ce qui me fit un peu sourire malgré moi.

“Maintenant que t’es réveillée on va peut-être pouvoir y aller, tu ne penses pas ?”

J’approuve d’un vague signe de tête et suis Franziska vers le “garage à vélos”. Elle me demande de tenir son sac de sport et s’accroupit pour détacher les antivols. Je m’appuie sur le poteau métallique auquel ils sont attachés et contemple une branche de lierre accrochée au mur de béton qui se balance au gré du vent.

Bon, qu’elle se grouille, marre de contempler et de parler avec calme et poésie.

“Hé ! Hé, j’te parle !
- Hm ?
- On y va maintenant ? me demande-t-elle en soupirant devant tant d’enthousiasme.
- Mouais, d’accord…”

Elle me répond par un petit sourire et me demande si je ne suis pas fatiguée en ajoutant qu’elle me trouve bizarre aujourd’hui. “Peut-être parce que je ne suis pas ta soeur.” Non, je ne vais quand même pas répondre ça, même si c’est franchement tentant.

Nous enfourchons nos fières montures métalliques et partons sur les étendues d’asphalte pareilles à ce matin. Le soleil est encore haut dans le ciel. Il est six heures moins dix.

“Au fait, commence Franziska, tu sais quoi ?
- Ouais !
- Nan mais sérieux, j’ai vu Morgan a la piscine et il a un tatouage !
- Ah oui ?
- Oui, sur la clavicule droite.
- Ah ?
- Enfin bizarre comme tatouage, on dirait une sorte de brûlure, genre au fer à souder… Étrange ! En plus c’est marqué la date d’hier avec marqué en dessous “Nous espérons que vous avez passé un agréable voyage”…

Une brûlure au niveau de la clavicule… ?

Nous espérons que vous avez passé un agréable voyage…”

Tiens tiens…

Adrian, on n’est pas seules.


Et c'est sur cette magnifique fin que je vous laisse 8D
À bientôt !



Return to Top