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Une petite nouvelle (c'était un devoir de français en fait...)
Rien de Yaoi j'étais pas autant perverti avant ( normal je ne connaissais pas Tam, bien que j'y ai aussi mis mon petit grain de sel...)
Un jeu pour du bonheur
Il était à peu près onze heures du soir, dans cette ville où, au clair de lune, un homme regardait tomber la neige. Absent par rapport à ce qui l’entourait, qui d’ailleurs n’avait rien d’exceptionnel, il restait immobile.
Cet homme dans la force de l’âge, semblait triste, ne scrutant que les petits flocons blancs dont les formes géométriques l’inspiraient en même temps qu’elles le fascinaient. Il avait eu de la chance dans la vie cet homme : ayant toujours voulu travailler le bois, il devint rapidement menuisier avec l’aide de son père. Et il ne manquait jamais de bois, son bonheur était accompli.
Cependant, depuis peu il s’inquiétait de son avenir, n’ayant jusque là aucun problème d’argent conséquent, il avait l’âme tranquille, mais la qualité demandée par les acheteurs se raréfiait et les finitions demandées étaient presque introuvables. Hier déjà, il avait dû vendre de précieux accessoires pour pouvoir se nourrir convenablement. Etonnamment, il semblait que ses réserves de bois ne s’épuisaient jamais.
Ses yeux étaient maintenant fixés sur la belle devanture d’un ancien magasin de jouets en bois où il avait sculpté des rosaces de toutes tailles. Un petit garçon regardait les jeux magnifiques de dames et d’échecs d’un air fasciné.
Depuis près d’une semaine, il observait le garçon, chaque jour au clair de lune.
Celui-ci paraissait plutôt maigre mais résistant, avec des vêtements râpés et troués ainsi que des chaussures manifestement trop grandes.
C’était aussi un peu pour lui qu’il était revenu. L’homme transportait avec lui un petit plateau de jeu de dames et des pions en bois peint qu’il avait fabriqué la veille avec des chutes.
Il traversa la route pavée et se dirigea vers le jeune garçon s’arrêtant lui aussi face au vieux magasin de jouets. Il sortit son cadeau et dit d’un ton chaleureux :
« - Tiens, prends le, c’est pour toi ! »
L’enfant le prit, enleva le sac qui l’entourait et écarquilla les yeux en découvrant le plateau de jeu et les pions peints :
« Pourquoi me donnez-vous ce jeu, c’est cher et je ne peux y jouer avec personne, fit le jeune garçon l’air méfiant.
- Demain, si tu le souhaites, reviens avec le jeu et je pourrais jouer avec toi, répondit l’homme avec bienveillance. »
Le garçon le regarda un moment et, il partit sans rien dire, en courant, à travers une sombre ruelle, le damier sous le bras. L’homme s’en retourna chez lui sans se presser.
Depuis quelques semaines, il se fit la réflexion, comme chaque jour, qu’il manquait de produit de finition qui rendraient son ouvrage brillant, étincelant. Mais, il se posait aussi la question de savoir si le jeune garçon allait venir, se rappelant soudainement qu’ils ne s’étaient donnés ni d’heure, ni de lieu de rendez-vous. Il se dit qu’il n’y avait même pas à réfléchir, onze heures, ce soir, devant le magasin de jouets.
La journée passa lentement, très lentement.
Le soir tomba, il se prépara emportant avec lui : une couverture, deux bougies et de quoi les allumer. Le ciel était dégagé et laissait voir une jolie lune argentée. Il partit.
Quelques minutes plus tard, il s’arrêta à dix mètres de l’ancien magasin de jouets, l’enfant n’était pas devant la vitrine, il se trouvait au coin de la sombre ruelle où il avait disparu la dernière fois.
Il sorti de l’ombre, le jeu entre les mains, quand l’homme alla à sa rencontre. Ils échangèrent quelques paroles pour décider de l’endroit où ils allaient jouer. Rapidement ils se mirent d’accord, et se dirigèrent vers le parc des « Chants d’oiseaux »,côte à côte.
Le jeune garçon avait les mêmes vêtements que la veille, qu’il avait déjà le jour d’avant. L’homme, lui, portait un pantalon couleur terre, un peu usé et un épais manteau de toile grise.
Ils arrivèrent à l’orée de la forêt où quelque tables de bois se dressaient.
Il sortit la couverture et la donna à l’enfant :
«Elle est un peu vieille, mais elle tient chaud. »
Le petit garçon s’en enveloppa et prépara minutieusement le jeu tandis que l’homme allumait les bougies.
Ils commencèrent à jouer. Trente minutes plus tard, la neige commença à tomber mais la lune était toujours présente.
Le jeu, éclairé par les minces bougies, semblait renvoyer de la chaleur de ses tons ocres et brun. L’homme et l’enfant rêvaient, en même temps qu’ils réfléchissaient, ils observaient les petites formes géométriques des flocons qui se posaient délicatement sur le plateau de jeu et les pions.
L’enfant gagna la première partie, au bout de quarante minutes de jeu, il souriait, avec une dame de plus que l’homme, il était heureux.
Ils firent cinq parties.
Le lendemain, ils eurent le temps d’en faire six.
Les jours s’écoulaient, les uns après les autres, l’homme et l’enfant se liaient d’amitié.
Un jour, l’homme dit à l’enfant qui venait de déplacer un pion noir, qu’il allait être obligé de fermer son atelier de menuiserie et de se reconvertir dans un autre métier. Il disait qu’il lui restait du bois brut, mais qu’il ne le vendrait jamais, que d’ailleurs il ne pouvait pas le vendre, ses parents lui avaient fait promettre de ne jamais vendre de bois brut à quiconque ; ils lui répétaient :
« Nous avons fait une alliance avec quelqu’un d’important, quand nous manquâmes de bois, il nous livra alors une réserve de bois qui ne devait pas s’épuiser et il nous dit de ne jamais en vendre, sinon il le saurait et reprendrait son bien et nous maudiraient. Alors ne vends pas de bois brut, sous aucun prétexte. »
Le jeune garçon ne dit rien.
le lendemain, l’homme alla au rendez-vous, mais l’enfant ne vint pas. Il remarqua sur la table une pièce d’or et une pièce d’argent. Il attendit une heure, deux, trois heures, toujours rien et se décida péniblement à rentrer chez lui en prenant les pièces.
Il ne dormit pas, il se posait des questions : « Que lui est-il arrivé ? Qu’ai-je dit de mal ?
En a-t-il eu assez ? Qu’ai-je fait ? D’où vient cet argent ? Est-ce lui qui me l’a donné ? Pourquoi n’est-il pas venu ? … »
Il décida d’y retourner cette nuit. Toute la journée, il y pensa, et en eut tellement assez qu’il partit en début d’après-midi faire un tour en ville. Ses pas le dirigèrent vers le vieux magasin de jouets, aucune trace de l’enfant. Il arriva au point de rendez-vous avec cinq heures d’avance.
Il attendit, scrutant chaque enfant avec une minutieuse attention.
Il regardait encore et encore chaque jeune garçon qui passait…leur amitié était-elle fini ? où n’avait-il pas pu venir ?…
Ses questions lui ravageaient le cœur et la tête. Il était épuisé, mais tint bon, il observait chaque passant avec précaution.
Vers minuit, toujours assis à la table, la tête entre les mains, il regardait la lune le regard vide, elle était si brillante, comme le premier jour où ils avaient joué à cette table, … Il s’endormit.
Sur le matin, la fraîcheur et le chant des oiseaux le réveillèrent, un demi-soleil brillait à l’horizon. L’homme vit deux petits sacs, plein de pièces d’or et d’argent. Vingt pièces d’or et vingt pièces d’argent exactement.
Il rentra chez lui, avec ces pièces, sachant que l’enfant ne reviendrait plus.
L’homme put continuer de travailler le bois, grâce à l’argent, et même peaufiner son travail, rajoutant une couche de peinture et des dorures afin de séduire et combler les acheteurs.
Il trouva un acheteur régulier qui lui assurait de nombreuses année à venir. Et il commença à fabriquer des jouets en bois ainsi que des jeux de dames et d’échecs.
Avec le temps, il oublia l’enfant.
Il se maria.
Un jour où il ouvrit son magasin de meubles, agrandi avec celui des jouets de sa conception, il crut reconnaître l’enfant, il avait l’air d’un jeune homme maintenant. Cependant, celui-ci était richement habillé et se tenait aux coté d’une dame très élégante portant une robe bleu ciel parée de dentelles. Elle parlait vivement avec un homme à l’allure fier. Le jeune homme, immobile, tenait dans sa main un petit plateau de jeu aux tons ocre et brun sans pions, il souriait.
Avril 2005
Kiss