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Author: Deiya
Fiction Rated: T - French - Romance/Humor - Reviews: 4 - Published: 10-16-07 - Updated: 02-04-08 - Complete - id:2427051

Titre : Promesse

Auteur : Deiya

Note : Préquelle de "Nuit blanche".

Lexique : Je remets les définitions que j’ai déjà données, au cas où.

Daimyo: seigneur féodal japonais

Samouraï : en gros, un samouraï est un guerrier mais c'est bien plus compliqué que ça. Généralement, être samouraï signifie être noble, les femmes le sont donc aussi, même si elles ne se battent pas. De plus, être samouraï signifie respecter tout un code d'honneur…

Promesse

Le Sanglant Ryûji faisait le tour de tous les villages de son domaine - et il y en avait beaucoup ! C'était un moyen fondamental pour le nouveau daimyo de contrôler ses biens et d'affirmer son autorité sur tous les chefs de village.

Ryûji savait parfaitement que son jeune âge ne jouait pas en sa faveur, mais il y avait longtemps qu'il avait appris à s'imposer, tant par son caractère que par la force de son katana. A seize ans, tout son entourage le traitait avec la plus grande déférence et le plus profond respect, et bien peu, même parmi les autres daimyo, parvenaient à soutenir son regard.

Ryûji chevauchait aux côtés de Yoshida, le capitaine de sa garde. Il n'aimait pas tellement voyager, mais il prenait son rôle très au sérieux et si quelquefois il fatiguait, il n'en laissait rien paraître. Bien qu'il ne se sente pas vraiment d'humeur à faire des civilités, il était soulagé d'arriver au village d'Akikaze : là, il pourrait enfin faire une halte de quelques jours.

Le chef Tatsuhiro Saito était assez grand et sec, habillé sobrement ; il ne portait pas les deux épées des samouraïs puisque, à quelques exceptions près, c'était chose interdite en présence d'un daimyo. Saito était un véritable paquet de nerfs, et sa nervosité, plus ou moins bien dissimulée, s'accrut encore face au Sanglant Ryûji. Par bonheur - ou par habitude - son entourage ne semblait pas affecté outre mesure par son agitation.

Mariko, l'épouse de Saito, s'inclina profondément face au daimyo, avant de leur servir le thé avec grâce et discrétion. Ryûji et le chef se mirent d'accord sur le programme des prochains jours, puis ils discutèrent un peu de la situation du village. Sentant le mal de tête poindre, Ryûji voulut passer à un sujet plus léger et questionna Saito sur sa famille.

Saito faisait partie de ces rares samouraïs qui n'avaient qu'une épouse et aucune concubine : sa descendance était donc plutôt restreinte. C'est pourquoi, lorsque l'un de ses amis du village, qui, lui, avait trop d'enfants à nourrir, lui avait demandé d'adopter un de ses fils, il avait accepté. C'est ainsi, conclut Saito en riant, qu'il avait désormais deux fils du même âge en plus de sa ravissante fille.

A la demande de Saito, Ryûji accepta avec complaisance que ses enfants assistent au repas du soir. Ces derniers arrivèrent en file indienne et saluèrent à tour de rôle. La petite fille, Meiko, courut se réfugier auprès de sa mère dès qu'elle le put.

Le deuxième enfant était un garçon tout juste entré dans l'adolescence. Ses traits étaient réguliers et aucune imperfection ne marquait sa peau. Il était très beau. Cependant, il baissa bien vite les yeux sous le regard perçant du daimyo. C'était Kazuo, le fils adoptif de Saito.

Le garçon qui le suivait ne faisait pas montre d'une telle beauté, mais Ryûji fut frappé par le charme particulier qui émanait de lui et semblait l'englober. Peut-être était-ce en partie dû à la lueur de défi qui brillait dans ses yeux tandis qu'il dévisageait le daimyo sans aucune gêne. Imperturbable, Ryûji gardait son regard vissé au sien. Aucun des deux ne paraissait vouloir céder. Néanmoins, le garçon détourna enfin la tête lorsque son père l'appela d'un ton chargé de reproche :

- Tatsuya !

Ryûji se sentit irrationnellement soulagé lorsque le lien qui s'était établi entre eux se rompit. Sans doute aurait-il remporté de toute façon cette joute visuelle, comme à l'accoutumé. Cependant, durant un bref instant, il avait eu la sensation que le jeune garçon cherchait à lire en lui et, pire encore, qu'il pouvait y parvenir. Sans le savoir, Saito venait certainement de lui sauver la mise.

Pendant tout le repas, seuls Saito et Ryûji firent les frais de la conversation. Le daimyo refusa ensuite, avec toute la politesse exigée, les distractions proposées par son hôte, préférant se reposer.

Il quitta la pièce, plus troublé qu’il ne voulait bien le montrer. Tatsuya ne l’avait pas lâché des yeux de toute la soirée.

oOoOo

Ryûji tâchait de se concentrer sur ce que lui expliquait Saito à propos des récoltes de riz. Mais immanquablement, l’envie le démangeait de tourner la tête vers la droite. Là, il était sûr d’apercevoir le jeune Tatsuya, qui les accompagnait depuis le début de l’inspection. Et en effet, il se tenait à quelques pas de là, suivant distraitement du regard les paysans qui s’activaient.

Ryûji en profita pour le détailler discrètement. A la fois mince et grand pour son âge, il donnait l’impression d’avoir été brusquement étiré vers le haut, comme la plupart des adolescents. Cependant, plus que son physique, c’était son attitude qui intriguait le daimyo.

Très droit, Tatsuya portait son simple kimono de coton comme s’il eût été le manteau de soie de l’empereur. A ce moment précis, l’adolescent fit volte-face et darda sur lui son regard perçant. En fait, reconnut Ryûji en son for intérieur, toute considération vestimentaire mise à part, Tatsuya se comportait avec une arrogance tout impériale…

Et le daimyo se serait sans doute fait un plaisir de le remettre à sa place depuis longtemps, s’il n’y avait eu ce pli moqueur au coin de sa bouche, cette lueur dans ses yeux qui semblait dire : « Tu ne vas quand même pas céder le premier ? ».

Alors non, Ryûji ne céderait pas, il détournerait la tête et demeurerait impassible jusqu’au bout. Jusqu’à ce que Tatsuya, lassé de l’inefficacité de son petit jeu, vienne à lui…

oOoOo

- Puis-je vous parler, Ryûji-sama ?

Le daimyo tiqua un peu à l’emploi du prénom. Il leva lentement la tête vers l’adolescent et le toisa froidement. A quoi bon demander la permission pour une chose qu’il s’était déjà autorisé à faire ?

Constatant qu’il ne recevrait pas de réponse, Tatsuya se décida à poursuivre. Il jeta un coup d’œil circulaire autour d’eux et commenta :

- Ce jardin est agréable, cependant il est plus joli au printemps.

Ryûji se retint d’éclater de rire mais ne put s’empêcher de persifler :

- Il me semblait pourtant que tu n’étais pas de ces personnes qui s’embarrassent de mille détours pour exprimer le fond de leur pensée…

Sans se soucier du respect qu’il lui devait, Tatsuya le foudroya du regard et dit franchement :

- Je voudrais que vous m’initiiez.

Ryûji dissimula sa surprise et haussa simplement les sourcils d’un air dubitatif.

- Sais-tu réellement ce que tu viens de me demander ?

- Oui, murmura rapidement Tatsuya en baissant enfin les yeux, les joues rosies.

Aha, pensa le daimyo avec satisfaction, ce garçon n’est donc pas totalement dépourvu de gêne en fin de compte ! Cependant, la requête de l’adolescent ne cessait de l’étonner.

- Pourquoi moi ? questionna-t-il. Pour le prestige, peut-être ?

- Non, ce n’est pas du tout ça, nia Tatsuya.

- Alors quoi ?

Tatsuya se mordilla les lèvres nerveusement. L’explication lui paraissait à la fois simple et horriblement compliquée. Que répondre ? Il avait d‘abord voulu tester le daimyo : la perspective qu’un garçon à peine plus âgé que lui jouisse d’une telle réputation ne lui semblait être qu’affabulations. Néanmoins, il avait dû rapidement réviser son jugement. Et il n’avait pu échapper à la fascination qu’exerçait plus ou moins consciemment Ryûji sur son entourage.

L’adolescent s’était déjà rendu compte sans aucun malaise qu’il préférait les hommes aux femmes. Et il savait pertinemment que tôt au tard, quelqu’un devrait l’initier à la sexualité. Alors pourquoi pas maintenant, avec Ryûji ?

- Parce que j’en ai envie, c’est tout.

Oui, il n’y avait rien d’autre, c’était la pure vérité. Et pourtant, Tatsuya regretta aussitôt ces paroles, tant soudain elles lui paraissaient fausses. Evidemment qu’il en avait envie. Mais il y avait bien d’autres beaux jeunes hommes très désirables dans les parages, et bien plus accessibles qu’un puissant daimyo !

Il se força à soutenir le regard glacial du daimyo. Il ne pouvait y deviner les pensées de ce dernier, tant elles étaient bien dissimulées par le voile opaque de ses iris. Et cette fois-ci, Tatsuya s’en réjouissait, car il redoutait de voir soudain transparaître dans ces prunelles sombres le mépris, voire le dégoût, que peut-être il lui inspirait.

Cependant, rien ne vint. Ryûji lui tourna le dos et partit sans un mot.

oOoOo

La soirée se déroula quasiment à l’identique de la précédente, mis à part le fait que Saito avait l’impression de monologuer face au laconisme du daimyo.

Lorsque Ryûji se retira dans sa chambre, il sentit le regard brûlant de Tatsuya posé sur sa nuque.

oOoOo

- Yoshida-san ? J’aimerais te parler, seul à seul.

Yoshida s’inclina pour exprimer son accord, entra dans la chambre du daimyo et s’agenouilla face à lui.

Ryûji observa un instant sans mot dire le capitaine de sa garde. Âgé d’une trentaine, il était très grand, doté d’une imposante musculature et avait un physique malgré tout agréable. Au contraire de Ryûji, il était de nature joviale et savait s’adresser à chaque personne qu’il rencontrait avec un savant mélange de respect et de familiarité qui ne manquait pas de charmer. Ce trait de caractère et le fait qu’il soit un excellent guerrier le rendait très populaire auprès de ses soldats et en faisait un chef adulé.

Sa principale qualité, et non la plus négligeable, était son implacable dévouement à la famille Edogawa. Ryûji le connaissait depuis l‘enfance et savait qu’il pouvait avoir toute confiance en lui. Yoshida avait été son professeur, son ami, son amant, avant de devenir son capitaine. Et encore à présent, ils conservaient une certaine complicité qui allait au-delà de leurs fonctions respectives.

- Que penses-tu du fils de Saito, Yoshida-san ?

- Vous voulez parler de Tatsuya-san ? C’est un gamin intéressant. Pas une intelligence de stratège mais malin. Il n’a pas froid aux yeux, il est sûr de lui - peut-être même un peu trop, cependant ça compense son inexpérience -, il sait ce qu’il veut et… vous lui plaisez.

Ryûji essaya de ne pas rougir face au sourire amusé de son capitaine.

- Comment sais-tu tout cela ?

- Nous avons eu une petite discussion. Il a manœuvré habilement pour que ce soit moi qui lance le sujet, mais c’était évident que parler de vous était son principal but.

Yoshida fit une pause et regarda le daimyo sans masquer sa curiosité.

- Que s’est-il passé avec lui ?

- Il m’a demandé…

Ryûji s’arrêta, incapable de continuer. Il sentit, impuissant à l’en empêcher, le rouge prendre possession de ses joues. Yoshida dut se mordre la langue pour ne pas éclater de rire.

- Je vois… Ça ne m’étonne pas vraiment de sa part. Mais, si je puis me permettre, qu’allez-vous faire ?

Le daimyo reprit contenance tant bien que mal.

- C’est pour répondre à cette question que je voulais te demander conseil.

Le capitaine fronça un instant les sourcils d’un air songeur.

- J’imagine que si vous prenez la peine d’y réfléchir, c’est que ce garçon vous plaît également…

Ryûji tenta de faire comme s’il n’était pas conscient de la rougeur qui avait à nouveau envahi son visage. Finalement, ce n’était peut-être pas une bonne idée de lui demander conseil. Il lui fit cependant signe de poursuivre.

- Ce garçon est trop jeune pour que vous acceptiez, trancha Yoshida. Je pense que vous vous en êtes aperçu par vous-même avant cette conversation. A vrai dire, je ne peux que vous répéter ce que vous savez déjà.

Implicitement, le capitaine interrogeait ainsi le daimyo sur la raison de cette discussion, alors que ce dernier avait déjà sa réponse. Ryûji expliqua, avec une voix dans laquelle on percevait le soulagement :

- Disons que mon jugement était troublé par d’autres sentiments extérieurs. Je te remercie de l’avoir confirmé par le tien.

L’entrevue était terminée. Yoshida s’inclina, se releva et sortit de la pièce.

oOoOo

- Je suis désolé.

Tatsuya redressa brusquement la tête. Il avait l’air profondément blessé.

- Pourquoi ? Je suis pourtant sûr que je vous plais, alors pourquoi ?

- Tu n’es encore qu’un gamin, répondis platement Ryûji.

- Je n’ai que trois ans de moins que vous ! protesta l’adolescent.

Et c’était suffisant. Ryûji soupira avec lassitude.

- Tu voudrais que j’aille contre mes principes ?

Tatsuya se mordilla la lèvre sans savoir que répondre. Le déshonneur était la pire des choses qui puissent arriver à un samouraï, il ne pouvait pas décemment demander cela au daimyo. Soudain, une étincelle s’alluma dans ses yeux.

- Et quand vous ne me considérerez plus comme un gamin ?

Ryûji le toisa avec surprise. Puis laissa un léger sourire s’esquisser sur ses lèvres.

- Je te promets, déclara-t-il solennellement, que je reviendrai dans quelques années, et à ce moment-là, je demanderai même directement à ton père l’autorisation de passer la nuit avec toi.

Tatsuya ouvrit de grands yeux, avant de rougir furieusement. La parole d’un samouraï valait de l’or, car jamais il ne se parjurerait. C’était un véritable honneur que recevoir une promesse d’un daimyo tel que le Sanglant Ryûji.

- Merci, dit-il simplement. Dans ce cas, j’attendrai.

- Bien, conclut Ryûji.

Il inclina légèrement la tête en guise d’au revoir, fit volte-face et commença à s’éloigner sans un mot de plus. Jusqu’à ce que Tatsuya le hèle :

- Ryûji-sama !

Il fit de nouveau face à l’adolescent, qui planta ses yeux droit dans les siens et lui dit avec son insolent sourire :

- Embrassez-moi.

Eh bien, il a vite retrouvé de sa superbe, constata Ryûji, partagé entre la surprise et l’amusement. Cependant, il se pencha lentement, jusqu’à effleurer les lèvres de l’adolescent. Il s’attarda un instant à les caresser, puis y passa doucement le bout de sa langue. Soudain, il la fit se faufiler entre les lèvres entrouvertes de Tatsuya et se lança dans une exploration approfondie de la bouche du jeune garçon. Ce dernier s’agrippa à son kimono et se laissa littéralement emporter.

Ryûji se contraignit bientôt à rompre le baiser et sourit en voyant Tatsuya rester sans réaction, le regard dans le vague.

Cette fois, il était temps de partir. Il était déjà loin lorsqu’il entendit Tatsuya lui hurler :

- N’oublie pas, je t’attends !

Fin.

Voilà pour la préquelle, rien de transcendant mais bon… J’ai pas mal d’idées pour une suite possible (sans doute plus intéressante), mais pour l’instant, j’ai envie d’écrire d’autres choses, donc n’attendez pas ! (contrairement à Tatsuya XD je sors -- )



© Copyright 2007 Deiya (FictionPress ID:568752).


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