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Fiction » Fantasy » Le Parfum de l'Automne font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Nuitari Aquarius
Fiction Rated: K+ - French - Poetry/Fantasy - Reviews: 2 - Published: 10-26-07 - Updated: 10-26-07 - Complete - id:2430910

Le Parfum de l'Automne

Un frisson. Je crois que c'est toujours ce mot insaississable, ce mouvement incontrôlable du corps - des doigts du violoniste surtout ! - ce sursaut terrible et imprévu du coeur, cette vague piquante qui se meut sous la peau et la soulève, qui m'a permis de réaliser que l'automne avait enfilé ses guêtres trouées sur la nudité brûlante et exhubérante de l'été.
Je pense que l'équinoxe n'est qu'un augure païen et astral, un signe prémonitoire, un rêve que fait âprement le monde. La chaleur et le soleil estivaux ne se laissent pas si facilement arracher à la terre qu'ils ont desséchée avec tant de parcimonie et d'application.
Quand viennent les Frissons, alors, dans les vignes ensoleillées de Septembre, au milieu des brumes d'Octobre ou sur le trône pluvieux de Novembre, mon coeur se réjouit silencieusement, chantant mille requiems à la belle saison qui s'achève, mille louanges à celle qui renaît de sa décrépitude. Les Peuples de l'Automne sortent de leur sommeil douloureux et humide, les articulations ankylosées, après leur interminable estibernation.
Je vous appelle donc, Poètes Maudits des Temps Jadis ! Je vous invoque, Mélancoliques Atrabilaires ! Je vous somme d'errer sous les arbres noirs, Âmes en Peine, dans ces forêts infinies qui peu à peu se dénudent de leurs parures de rubis, de topaze et d'or, pour se vêtir de robes de pluie, de froid et de brouillard. Vautrez-vous dans l'eau grise et saumâtre - car tant y ont pleuré - des marécages larmoyants du Spleen, les yeux pleins de la lumière des étoiles, tournés vers les sphères cristallines et célestes de l'Idéal.

Quand les Peuples de l'Automne se soulèveront, la terre ne saura que gémir de désespoir, que grincer d'amertume. Nul ne saura résister au terrible sortilège. Combien de choses secrètes et mystérieuses reprendront de droit leur ascendant sur la misérable race humaine ? Oh oui, l'homme sera bien démuni devant ces puissances dont il n'imagine même pas la titanesque portée. Pauvres misérables âmes esseulées, vous ne saurez vaincre la terrible et douce mélancolie qui vous prendra à la gorge, comme la corde du gibet. Vous vous balancerez au bout de ces fourches patibulaires, cherchant des yeux votre bourreau emmitoufflé dans un manteau de feuilles mortes. Lui fredonnera entre ses lèvres closes et gercées une mélodie, celle qui monte des entrailles de la terre, celle que le vent murmure au-dessus des ruisseaux, celle que la bise réapprend tout doucement. Son accolyte reprendra cette triste oraison funèbre sur les cordes de son violon de soupirs et de sanglots longs. Vous vous endormirez, sur cette chanson langoureuse et indicible, le grincement de la corde - des cordes - ne cessant de résonner à vos oreilles.

Je vous accompagnerai sur les sentiers des forêts mourantes. Je serai votre guide sur les chemins inconnus de l'agonie automnale, jusqu'à l'arrivée de l'hiver. Vous qui marchez à mes côtés, laissez toute espérance. Enterrez-la quelque part aux racines d'un grand chêne aux glands dorés, bien enfouie dans la terre encore chaude. Vous viendrez la chercher lorsque les neiges auront cédé leur place aux fleurs printanières.

Quant aux miens, ils s'assoiront sur les falaises battues par les vents, leurs regards ternes tournés vers l'horizon indistinct de la mer, ou bien sur les tombeaux oubliés dans les clairières obscures. De leurs poitrines soulevées par le chagrin monteront de grotesques lamentations que vous préfèrerez oublier. Sur l'aile d'un corbeau, ils s'envoleront vers les vallées de tendresse et de langueur pour y chanter leurs hymnes stellaires et nocturnes. Lorsque viendra le crépuscule, de leurs larmes naîtront des fleuves de deuil et de beauté qui se frayeront un chemin capricieux jusqu'à l'océan.

Je serai avec eux, mes doigts engourdis dansant paresseusement sur les cordes du violon de mon coeur. Mais, lorsqu'ils disparaîtront dans les flots du désespoir, ces charognes, je resterai sur la berge, à contempler la mort du soleil. Ils s'évanouiront tous dans les entrailles froides et glacées d'un monde dont on ne peut pas parler.

Je frissonnerai sur la berge. Jusqu'à la saison prochaine, jusqu'à ce qu'il faille encore conjurer les Peuples de l'Automne. Jusqu'à ce qu'il faille rappeler les feuilles mortes au déclin de l'été.

Emrys, âme errante.



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