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La Plainte d'Isabeau
Bacchante
au sourire désabusé,
Elle
croyait pouvoir vivre en rêve.
Elle
pouvait voir les heures passer.
Avance
Temps, sourit-elle, marche ou crève !
Prisonnière
d'une tour d'ivoire
Bâtie
pierre par pierre de ses mains,
Elle
veille la nuit pour la mort du Soir.
Serrant
un doux serpent contre son sein.
Fille
de naufrageur, elle danse
Sur
la grève. La mer chuchote son nom.
Elle
hésite entre hirondelle intense
Et
soleil aux adorables rayons.
Autrefois
on lui chuchotait de douces
Berceuses
pour que vite elle s'endorme.
Sur
les aiguilles d'une montre à gousse
Aujourd'hui
elle veut que les Autres dorment.
Belle
Isabeau croit au Prince Charmant,
Se
lamentant des beautés qui ne sont
Pas
les siennes. Alors encore elle attend.
Sur
ses lèvres errent de tendres chansons.
Privée
de sa belle robe en dentelle,
Damnée
au rôle du Palefrenier,
Elle
a laissé la soie et la flanelle
Pour
un affreux cuir des plus abimés.
Les
Fées sont ses amies, la Lune aussi.
Ensorcelée
sans toujours le savoir,
En
des lieux sombres se réfugie,
Créant
toujours, elle en a le Pouvoir.
Sa
plume dessine des royaumes ;
Sa
Parole forge des fantaisies ;
Ses
loyaux sujets sont donc des hommes
Auxquels
Isabeau a donné la Vie.
Oh
comme elle aime les soleils couchants !
Ils
lui rappellent qu'ailleurs on l'adore.
Une
prêtresse des dieux d'Antan
Au
visage fin, aux hanches d'amphore.
Imaginait-elle
qu'un jour viendrait
Où
les mornes adieux s'achèveraient ?
Non
: elle rêve toujours au Passé
Qu'elle
enveloppe de rubans dorés.
Pygmalion
la prendrait en pitié.
Il
comprendrait aussitôt sa détresse
Quel
pire châtiment d'éternité
Que
d'être une solitaire princesse !
Jumelle
d'un ange et ami solaire,
Elle
souhaiterait être bien plus.
Espoir
tu, désolé et éphémère,
Qu'elle
tait, qu'elle cache sur sa peau nue.
Aux
mélancoliques Rois de l'Automne
Elle
a jadis juré fidélité :
Jusqu'à
ce que le grave Glas ne sonne
Elle
hantera ses rêves bien-aimés.
Alors
elle contemple le Couchant,
L'horizon
où meure la lumière.
Le
regard donc tourné vers l'Occident
Elle
se désagrège en poussière
Pour
l'instant, elle ferme ses yeux noirs,
Errant
en un monde qui n'est pas sien,
Puissent
ses rêves prendre leur essor !
Une
Princesse sans Prince n'est rien.