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Poetry » Life » La Plainte d'Isabeau font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Nuitari Aquarius
Fiction Rated: K - French - Angst/Tragedy - Reviews: 1 - Published: 10-26-07 - Updated: 10-26-07 - Complete - id:2430913

La Plainte d'Isabeau

Bacchante au sourire désabusé,
Elle croyait pouvoir vivre en rêve.
Elle pouvait voir les heures passer.
Avance Temps, sourit-elle, marche ou crève !

Prisonnière d'une tour d'ivoire
Bâtie pierre par pierre de ses mains,
Elle veille la nuit pour la mort du Soir.
Serrant un doux serpent contre son sein.

Fille de naufrageur, elle danse
Sur la grève. La mer chuchote son nom.
Elle hésite entre hirondelle intense
Et soleil aux adorables rayons.

Autrefois on lui chuchotait de douces
Berceuses pour que vite elle s'endorme.
Sur les aiguilles d'une montre à gousse
Aujourd'hui elle veut que les Autres dorment.

Belle Isabeau croit au Prince Charmant,
Se lamentant des beautés qui ne sont
Pas les siennes. Alors encore elle attend.
Sur ses lèvres errent de tendres chansons.

Privée de sa belle robe en dentelle,
Damnée au rôle du Palefrenier,
Elle a laissé la soie et la flanelle
Pour un affreux cuir des plus abimés.

Les Fées sont ses amies, la Lune aussi.
Ensorcelée sans toujours le savoir,
En des lieux sombres se réfugie,
Créant toujours, elle en a le Pouvoir.

Sa plume dessine des royaumes ;
Sa Parole forge des fantaisies ;
Ses loyaux sujets sont donc des hommes
Auxquels Isabeau a donné la Vie.

Oh comme elle aime les soleils couchants !
Ils lui rappellent qu'ailleurs on l'adore.
Une prêtresse des dieux d'Antan
Au visage fin, aux hanches d'amphore.

Imaginait-elle qu'un jour viendrait
Où les mornes adieux s'achèveraient ?
Non : elle rêve toujours au Passé
Qu'elle enveloppe de rubans dorés.

Pygmalion la prendrait en pitié.
Il comprendrait aussitôt sa détresse
Quel pire châtiment d'éternité
Que d'être une solitaire princesse !

Jumelle d'un ange et ami solaire,
Elle souhaiterait être bien plus.
Espoir tu, désolé et éphémère,
Qu'elle tait, qu'elle cache sur sa peau nue.

Aux mélancoliques Rois de l'Automne
Elle a jadis juré fidélité :
Jusqu'à ce que le grave Glas ne sonne
Elle hantera ses rêves bien-aimés.

Alors elle contemple le Couchant,
L'horizon où meure la lumière.
Le regard donc tourné vers l'Occident
Elle se désagrège en poussière

Pour l'instant, elle ferme ses yeux noirs,
Errant en un monde qui n'est pas sien,
Puissent ses rêves prendre leur essor !
Une Princesse sans Prince n'est rien.



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