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Author: katoru87
Fiction Rated: M - French - Adventure/Spiritual - Reviews: 22 - Published: 11-04-07 - Updated: 08-19-08 - id:2434253

Titre: Sleeping Beauty

Auteur: Mysing

Série: Originale

Genre: Yaoi. Policier / Intrigue / Action

Dédicace spéciale: à Ys (pour les infos) et Devilou (pour les corrections)

Chapitre 6: Détecteur de mensonges

Il était plus de midi quand Rama se réveilla. Une bonne odeur de café flottait dans l'appartement, titillant son estomac. Zach avait décidé de nourrir son homme qui n'avait presque rien avalé depuis vingt-quatre heures. Du bacon en train de griller dans la poêle, des oeufs brouillés, des pancakes, des toasts et plusieurs pots de confitures attendaient sagement d'être engloutis par un beau Thaïlandais sans doute affamé. Un brunch en amoureux. Le photographe s'était accordé une journée de congés pour aider son compagnon à se remettre de son voyage, il savait l'effet que l'avion pouvait avoir sur lui.

Rama était arrivé à Los Angeles la veille, en fin d'après-midi. Il avait mal à la tête, se sentait nauséeux et si Catherine n'avait pas été là pour le soutenir il se serait sûrement effondré sur la piste d'atterrissage. Grâce à elle, il avait pu s'écrouler – comme prévu – dans les bras robustes d'un Zachary manifestement habitué à le retrouver dans cet état. Ils étaient rentrés chez eux et Rama s'était endormi au seul contact de son oreiller. Il n'avait pas bougé d'un pouce pendant quinze bonnes heures.

« Tu daignes enfin abandonner Morphée, dit Zachary en entrant dans la chambre, je commençais à envisager la douche froide pour vous séparer.

- Tu aurais osé? grogna Rama en se frottant les yeux. Il se sentait mieux mais un reste de fatigue pesait encore sur ses épaules. Il n'avait pas encore envie de se lever.

- Sans hésiter, tu sais que j'adore quand tu es mouillé.

- Donc tu aurais osé me jeter un verre dans la tronche avant de m'agresser sexuellement. Tu es un monstre au réveil!

- Tu ne t'en plains pas d'habitude.

- D'habitude, je me mouille à l'eau chaude.

- Froide ou chaude, c'est un détail.

- C'est ça! Compte sur moi pour interrompre ta prochaine grasse matinée, on verra ce que tu diras.

- Tant que tu te fais pardonner après... susurra le photographe en lançant un regard lourd de sous-entendus sur le corps de son compagnon.

- T'aurais-je manqué à ce point? Je ne suis parti que deux jours pourta... Attend c'est moi ou tu bandes? s'exclama Rama en fixant le caleçon de son amant de ses yeux encore englués de sommeil. Il faisait trop sombre pour qu'il soit sûr mais certaines ombres étaient louches.

- Je bande, constata simplement Zach, sa voix anormalement rauque suffisait à trahir ce qui se passait dans son caleçon – Rama en frissonna. Tu es à poil, dans notre lit, encore un peu dans les vapes et donc très mignon, c'est normal. Je veux bien nous laisser le temps de manger un morceau mais après tu devras t'occuper de moi. Rien que de moi, ajouta-t-il en laissant ses mains glisser langoureusement sur son torse, son ventre, se faufiler dans son sous-vêtement. Les yeux à demi- fermés, la tête renversée, il laissa le piège délicieux de l'onanisme se refermer sur lui.

- Tu penses pouvoir tenir à ce rythme? murmura Rama en se débarrassant de la couette qui le couvrait encore. Avec une lenteur calculée, il imita les gestes de son amant, conscient des yeux qui ne le quittaient pas sous des paupières à moitié baissées.

- Disons que j'espère tenir, mais il y a des chances pour que ce ne soit qu'un voeu pieux. »

Ses mots s'étranglèrent dans sa gorge quand il vit les longs doigts de Rama se perdre entre ses cuisses en une invite plus qu'explicite. Il observa avidement les joues se colorer, la peau presque lisse se couvrir de chair de poule.

Dieu que Rama était beau!

Inconscient des pensées de son homme, le détective décida que le petit-déjeuner pouvait attendre encore un tout petit peu.

« Viens là, souffla-t-il en ouvrant grand ses bras, je vais bien trouver un moyen de te faire patienter »

Zach ne se le fit pas dire deux fois, il arracha presque le seul vêtement qu'il portait avant de rejoindre son amant qu'il cloua au matelas. À chaque fois le photographe était émerveillé par le corps de Rama, il pouvait passer des heures à l'embrasser et à le caresser. Sa peau au teint si particulier, marquée de cicatrices, le délicat parfum qu'elle dégageait associé à l'odeur plus aigre de la sueur d'une nuit de sommeil sous une couette trop épaisse pour la saison. Ses membres fins, qui auraient pu paraître fragiles s'ils n'avaient pas été modelés par des muscles fermes. Son visage aux traits délicats sublimés par ses quelques imperfections. Zachary aimait la beauté, il aimait la capturer sur papier glacé, conscient qu'il ne pouvait en capter qu'une petite part à un moment donné, lui offrant une forme d'immortalité – certaine quoiqu'incomplète.

Des lèvres, il suivit la ligne rosée qui serpentait sur une dizaine de centimètres au-dessus du nombril de Rama, puis remonta vers la gorge pâle où apparaissait déjà un nouveau suçon.

Rama ne protesta pas quand son amant s'installa entre ses cuisses, les doigts baladeurs et la langue affairée. Il se sentait trop faible pour être vraiment actif mais Zachary le connaissait trop bien pour ne pas savoir comment composer avec sa paresse passagère. Et ils avaient toute la journée pour se faire plaisir, le plat principal pouvait encore attendre, ils sauraient se contenter de l'entrée.

Avec une brutalité maîtrisée, Zach agrippa son partenaire et le retourna à plat ventre sur le matelas avant de se plaquer contre lui.

« On se la joue à la grecque? souffla-t-il en s'emparant d'un tube de lubrifiant. »

Rama ne put que hocher la tête. Sa peau était en feu et ses nerfs frémissaient au moindre souffle. Il avait toujours été très sensible et son homme savait en jouer, il savait comment le rendre fou à force de tourner autour du pot sans jamais y plonger, comment attiser la moindre cellule de son épiderme, le réduire à une petite chose gémissante et tremblotante, tout comme il savait attendre le bon moment pour le faire jouir à en perdre conscience – c'était déjà arrivé.

Le souffle de Zach était une fournaise contre la peau moite de Rama, ses joues mal rasées, ses cheveux trop longs titillant sa peau rougie en une caresse affolante. Malgré son manque d'énergie, le jeune homme prit les devants et referma ses cuisses sur le sexe tendu de son amant, enfermant le membre palpitant dans un creux huilé et chaud. Ses hanches entrèrent en action. Le bruit mouillé était sale et puissant et foutrement excitant, et les deux hommes en grognèrent de satisfaction.

Rama était agrippé d'une main au matelas, son autre bras était pressé contre Zach pour l'empêcher de s'écarter d'un centimètre. Il criait et gémissait et suppliait et grognait à chaque passage du sexe aimé qui allait et venait, cognant ses bourses et caressant son anus – avant goût du fameux plat principal qu'ils comptaient bien déguster après leur brunch. Il frottait son bas ventre contre le matelas pour augmenter ses sensations.

D'un coup, les muscles se tendirent et les corps s'immobilisèrent. C'était rare qu'ils jouissent en même temps, mais ça arrivait. Rama sourit en pensant à son ami Richard, le cinglé qui lui avait offert un porte-clés en forme de préservatif à la fraise, qui voyait dans ce genre de détails un signe favorable. Apparemment, la relation de Zachary et Rama avait encore de l'avenir.

Pendant un long moment, ils ne bougèrent pas. Zach ne chercha même pas à libérer son amant, il savait que ce dernier râlerait de ne plus sentir sa chaleur ni son poids rassurant.

Ils attendirent que les souffles reviennent à la normale, que la sueur s'évapore. Paresseusement, Zach laissa ses mains errer sur le corps mince prisonnier sous le sien. Il caressa le torse, s'attardant sur les tétons encore dressés de plaisir, joua distraitement avec une mèche de cheveux noirs, redessina quelques cicatrices en grimaçant légèrement. Il n'aimait pas ces cicatrices. En tant qu'artiste, c'était un perfectionniste, en tant qu'amant un possessif. Il n'aimait pas l'idée que d'autres aient osé toucher à son oeuvre d'art pour la lui abîmer, c'était son chef-d'oeuvre à lui tout seul d'abord! Cependant c'était un avis qu'il ne se serait pas risqué à partager avec l'intéressé.

Ils attendirent jusqu'à ce qu'une odeur de brûlé leur monte aux narines et que les estomacs grognent pour qu'on les remplisse.

« C'est quoi ce que tu as oublié sur la cuisinière? se moqua Rama en enfilant paresseusement un caleçon.

- Soit les oeufs, soit le bacon, répondit le photographe en se ruant dans la cuisine – sans prendre la peine de s'habiller, ce qu'un certain thaïlandais apprécia grandement. »

Le détective pouffa en entendant son compagnon pester et jurer contre cette fichue casserole qui avait eu le culot de prendre feu, transformant son contenu en charbon immangeable. Étant donné les talents culinaires de Zach, ils avaient peut-être évité une intoxication alimentaire mais Rama n'osa pas le dire à voix haute. D'autant que lui-même n'était pas un grand cuisinier, à moins d'avoir un livre de recettes et les bons ingrédients sous la main.

« Bon, cria Zach depuis la cuisine, c'est mort pour le bacon mais on a quand même de quoi faire. Tu as le choix entre pancakes, oeufs brouillés et d'autres trucs. Tu veux commencer par quoi?

- Des pancakes.

- Il n'y a plus de sirop d'érable.

- Tant pis, je les prendrai avec de la confiture. »

Le téléphone sonna, au plus grand agacement des deux hommes. C'était très énervant que le monde extérieur s'immisce ainsi dans leur tête-à-tête.

« Je prends, grogna Rama en prenant le combiné de la table de nuit. Allô?

- Rama Stevens?

- Oui?

- C'est Catherine Bobby. Je voulais savoir quand nous commencerons votre enquête, que je puisse adapter mon emploi du temps. »

Le détective envisagea un temps de lui raccrocher au nez, il n'avait pas envie de penser à son travail, pas envie de penser à ses engagements privés ou non. Il avait seulement envie d'aller s'asseoir dans sa cuisine, de faire du pied à son homme pendant tout le repas puis de le ramener dans leur chambre et de ne plus en sortir de la journée.

Il pensa cependant qu'il valait mieux éviter de la froisser, son aide pouvait lui être très précieuse et il aurait dû l'appeler de toute façon. Il serra les dents et se força à adopter un ton poli.

« Nous pouvons la commencer n'importe quand, dit-il Je suis simplement contraint de limiter mes déplacements à cause d'un engagement qui m'occupe trois soirs par semaine.

- Quel genre d'engagement?

- À moins que vous ne l'appreniez en lisant directement dans mes pensées, vous ne le saurez jamais.

- Je crois que j'y survivrai, railla-t-elle, sachant pertinemment qu'elle finirait par le savoir. En attendant je ne sais toujours pas quand nous commencerons. J'ai un emploi du temps chargé cette semaine. À vrai dire, techniquement, je n'ai même pas le temps de passer ce coup de fil.

- Et la semaine prochaine?

- Quelques rendez-vous mais pas de quoi friser le surmenage. Médium c'est pas un boulot stable vous savez.

- Vous êtes libre mercredi prochain? demanda-t-il en passant une main lasse dans ses cheveux.

- Comme un oiseau.

- Dans ce cas vous n'avez qu'à passer vers quinze heures, c'est une heure creuse.

- Creuse?

- C'est à dire qu'à partir de quinze heures j'arrête pendant un moment de recevoir les coup de fils de tous les mous de la quille qui pensent que leur femme va voir ailleurs et de toutes les entretenues qui craignent de voir s'envoler la carte de crédit de leur mari.

- Ça ne vous va pas le cynisme.

- Vous n'êtes pas la seule à le penser mais ce ne sont que des opinions, trancha-t-il avec une impatience non feinte qu'il ne chercha pas à cacher – Zach s'était mis à danser devant ses fourneaux, il ne portait qu'un ridicule tablier de dentelle rose que ses parents avaient eu le bon goût de lui offrir à noël (avec un ordinateur portable pour faire passer la blague) et Rama ne voulait surtout pas rater le spectacle.

- Admettons. Bonne journée et à mercredi, fit-elle en coupant la communication. »

Rama ne fit que hausser une épaule avant de raccrocher à son tour et de débrancher le téléphone. Il avait faim.

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Catherine raccrocha brusquement en voyant arriver sa cliente, Jessica Robin, une toute jeune femme qui lui avait téléphoné la veille et l'avait suppliée pour prendre rendez-vous le plus vite possible. La médium avait finalement accepté de la voir à l'heure du déjeuner, ce qu'elle ne faisait jamais d'habitude car la pause de midi lui était sacrée. Et d'ailleurs, il lui suffit de voir Jessica pour regretter d'avoir cédé. Si celle-ci avait le malheur d'émettre un seul couinement hystérique, la médium ne répondait plus de rien.

Les deux femmes se saluèrent et se dirigèrent vers le fast food le plus proche, à une centaine de mètres de là. Catherine avait toujours eu l'habitude de marcher vite et de laisser tout le monde en arrière, il ne lui fallut pas longtemps pour remarquer qu'elle distançait sérieusement sa cliente, enceinte jusqu'aux yeux. Elle dut faire appel à toute sa bonne volonté et à tout son professionnalisme pour ralentir et attendre la jeune femme. L'odeur de viande grillée qui flottait dans l'air était une torture pour ses sens de travailleuse affamée mais elle se contraignit à rester au niveau de Jessica, reléguant au fond de son esprit tous ses instincts qui lui hurlaient de planter l'escargot et de continuer sa route seule.

Elles entrèrent ensemble dans un bâtiment flambant neuf – au point qu'il y flottait encore une légère odeur de peinture. Le décorateur avait banni les couleurs criardes au profit de teintes douces, de matériaux naturels et de plantes en pot dont les feuilles se recouvraient déjà d'une fine pellicule de graisse. L'endroit n'avait rien d'exceptionnel, ce n'était pas son ambition.

Catherine commanda un hamburger et des frites, sa compagne se contenta d'une bouteille d'eau et d'une salade maison. Catherine haussa un sourcil surpris, sa cliente était enceinte. Elle ne faisait quand même pas un régime pour être sûre de ne pas prendre trop de poids?

« Vous aurez assez avec ça? finit-elle par demander alors qu'elles se dirigeaient vers une table à l'écart, entre deux ficus benjamina étonnamment touffus.

- Je ne supporte pas ce qui est trop gras, ça me donne mal au coeur. Ne vous inquiétez pas pour lui, répondit la jeune femme en caressant son ventre, j'ai un gros sandwich dans mon sac. Il ne mourra pas de faim.

- Si j'avais su, je vous aurais donné rendez-vous ailleurs.

- Laissez, ce n'est pas le plus important. Le plus important, c'est la raison qui m'a poussée à vous appeler au secours. Ma maison est hantée, annonça-t-elle de but en blanc, sans aucune trace de cette gêne commune à ceux qui ne croyant pas, normalement, aux esprits s'imaginent qu'on les croira fous s'ils se confient à qui que ce soit – même à un médium. Toutefois, ses yeux trahissaient son manque total d'aisance. Elle regardait partout comme si un démon pouvait surgir de nulle part et une de ses mains ne quittait pas son ventre rebondi, maigre protection en cas d'agression extérieure.

- Qu'est-ce qui vous fait penser ça? questionna calmement Catherine en mordant dans son hamburger. Elle avait moins de mal à être polie quand elle quelque chose dans l'estomac.

- Ce fantôme hante la chambre que j'ai préparé pour mon bébé. Chaque fois que j'y entre, des meubles ou des objets ne sont plus à la place où je les ai laissés. J'ai changé deux fois de pièce pour installer cette chambre, chaque fois le fantôme a suivi. La semaine dernière, j'ai entendu une voix fredonner une berceuse...

- Votre compagnon peut-être?

- Je suis célibataire. Mon « compagnon » s'est barré avec une des pétasses qu'il collectionnait dans mon dos en apprenant que les préservatifs ne sont pas efficaces à cent pour cent. Il m'a laissé une jolie enveloppe avant de partir, contenant de quoi me faire avorter – j'ai utilisé l'argent pour acheter un berceau. Je veux ce bébé et je ne laisserai personne lui faire du mal, mais je ne peux pas combattre un fantôme. Après avoir entendu cette berceuse j'ai pris quelques affaires et je suis allée m'installer chez une amie mais ça ne peut pas durer éternellement. Vous pouvez m'aider?

- Je vais essayer. Vous êtes certaine que personne d'autre que vous ne pouvait déplacer ces objets?

- Absolument certaine.

- Et vous vivez seule?

- Plus pour longtemps. Et qu'est-ce qu'il fera quand mon fils sera là? Qui me dit qu'il va seulement continuer à déplacer ses jouets? Et s'il décidait de « déplacer » mon bébé de son lit à une baignoire pleine ou à un four allumé? »

Catherine tenta de calmer la future mère mais elle-même n'était pas convaincue par ce qu'elle disait. Contrairement à ce qu'elle avait dit à Rama, il arrivait qu'un fantôme devienne assez fort pour s'en prendre aux vivants et un bébé, pour un esprit mauvais ou vengeur, était une cible de choix. Elle n'aimait pas les enfants et n'avait pas la moindre once d'instinct maternel mais si ce nourrisson était en danger, c'était son devoir de tout faire pour qu'il ne lui arrive rien. Ni à lui ni à sa mère.

« Depuis combien de temps vivez-vous dans cette maison? questionna-t-elle. Y-a-t-il eu un décès parmis vos proches récemment?

- J'y habite depuis quatre mois, et non, personne n'est mort dans mon entourage depuis plus de dix ans.

- Vous êtes enceinte de combien?

- Sept mois, mais je ne vois pas le rapport. J'ai besoin de votre aide madame Bobby!

- Un peu de patience, répliqua calmement la médium. Est-ce que ce genre de phénomènes se produisait avant que vous n'emménagiez dans cette maison?

- Non. Ça a commencé le jour même de mon installation. Au départ, je croyais que c'était la fatigue ou un stress professionnel, que je perdais un peu la tête, mais ces derniers temps, j'ai commencé à faire des expériences. J'ai laissé traîner un ours en peluche par terre exprès avant d'aller travailler. Quand je suis rentrée, l'ours était dans le berceau de mon fils. Ça m'a tellement terrifiée que j'ai appelé ma mère et j'ai passé une heure à pleurer de trouille au téléphone.

- Je m'étonne que n'ayez pas quitté votre maison à toute vitesse.

- J'avais fait tomber mes clés derrière un buffet. Alors, qu'est-ce que vous en pensez?

- Nous avons affaire à un fantôme puissant, annonça la médium.

- Puissant? C'est-à-dire?

- Les esprits sont des « résidus » d'âme qui s'accrochent à un être humain auquel ils étaient très attachés de leur vivant ou qu'au contraire ils détestaient et dont ils veulent se venger. Ils ne peuvent s'éloigner de cet individu puisque leur survie en tant qu'esprit dépend de cette espèce de symbiose.

- Donc un esprit s'est attaché à moi? souffla Jessica, toute couleur déserta son visage. Elle était morte de peur.

- Non, intervint aussitôt Catherine en attrapant la main de sa cliente pour la rassurer. Il arrive qu'un esprit devienne assez fort pour survivre en étant attaché à autre chose qu'un vivant. Dans votre cas, il doit être lié à la maison et donc il peut y faire ce qu'il veut ou presque, voilà ce que j'entends pas « puissant ». C'est un fantôme ancien. S'est-il déjà manifesté en dehors de la chambre de votre bébé?

- Non, sauf peut-être une fois dans la cuisine mais je ne suis pas sûre.

- Et dans la chambre s'est-il déjà montré agressif? Est-ce que vous avez l'impression qu'il réclame votre départ?

- Je ne sais pas. Je ne sais pas. »

Jessica baissa les yeux. Elle n'avait pas besoin de plus de stress, elle avait besoin de calme dans sa maison et pour parvenir à ses fins, elle n'avait d'autre choix que de faire confiance à une parfaite inconnue.

Elle avait besoin d'aide.

« Pouvez-vous me débarrasser de lui? Ou faut-il que j'aille voir un exorciste?

- L'exorcisme ne marche que sur les démons, qui n'ont pas d'âme et qu'on ne peut pas vraiment qualifier de vivants. Il existe quelques rituels pour enfermer un esprit dans un objet et l'empêcher de se manifester mais pour s'en débarrasser, comme vous dites, il faut l'aider à passer dans l'au-delà. Un esprit a une bonne raison pour rester.

- Comme la vengeance? suggéra Jessica après avoir avalé une gorgée d'eau.

- La vengeance, la quête d'un pardon, une action inachevée, il y a mille raisons. Et le dialogue est la seule façon de la savoir. Quand puis-je passer chez vous?

- Demain, vers dix-huit heures c'est possible?

- Dix-huit heures trente plutôt.

- Pourquoi?

- Je suis très demandée en ce moment.

- Ah? Bon.

- Mais je viendrai, ne vous inquiétez pas. Je serai peut-être en retard, mais je viendrai.

- Je vous attendrai dans ce cas. Merci beaucoup. »

Satisfaite, Jessica termina sa salade en quelques bouchées et s'éclipsa rapidement – elle travaillait à l'autre bout de la ville et ne pouvait arriver en retard. Son patron était une peau de vache.

Catherine ne se sentit nullement vexée par ce départ précipitée, au contraire. Elle allait, finalement, pouvoir profiter de sa pause déjeuner en solitaire. Il y avait peu de monde dans le restaurant et aucun esprit pour la distraire.

Elle avait une douzaine de rendez-vous dans l'aprés-midi, de quoi devenir folle, de quoi rentrer chez elle affamée et prête à se laisser sombrer tête la première dans le frigo où subsistait un gros reste de gratin dauphinois et une large part de forêt noire qu'elle pouvait déjà sentir se greffer sur ses cuisses. Au cas où, avant de partir, elle retourna au comptoir et acheta deux muffins au chocolat. Elle n'était pas du genre à se priver mais il ne fallait rien exagérer non plus.

Les heures s'écoulèrent avec une lenteur effroyable pour la médium, ses oreilles fonctionnèrent beaucoup plus que son don et ses neurones emmagasinèrent tellement d'informations personnelles et totalement inutiles pour elle que son cerveau menaçait d'éclater quand elle put enfin garer sa voiture dans son propre garage.

Catherine vivait dans une superbe citadelle coloniale nichée au coeur des collines résidentielles d'Hollywood. Elle et son mari avaient eu un coup de coeur pour la propriété, ils avaient signé les papiers de vente sans même visiter la maison – ce qu'ils n'avaient jamais regretté, pas même en se retrouvant face à face avec le devis des rénovations nécéssaires pour rendre l'endroit habitable et lumineux. La façade avant du bâtiment avait été conservée, mais à l'arrière une grande partie des murs avaient été abattus et remplacés par des panneaux de verre, offrant une vue imprenable sur un jardin soigneusement entretenu par la maîtresse de maison. Celle-ci adorait déambuler pieds nus au milieu de ses épais buissons de fuschia et de buis où se dissimulaient quelques statues antiques ramenées en douce par les anciens propriétaires, ou se promener à l'ombre des eucalyptus et des palmiers. Elle prenait tout particulièrement soin d'une vieille glycine qui trônait au beau milieu de la pelouse, soutenue par un solide treillis en bambou – sous lequel Catherine et David, son époux, faisaient l'amour à la moindre occasion.

Elle adorait cette glycine.

Arrivée dans son salon, Catherine ôta ses chaussures et presque tous ses habits avant de s'écrouler dans un canapé. Elle ne portait plus que ses sous-vêtements et un chemisier grand ouvert, c'était le bonheur. Si elle avait pu, elle aurait passé sa vie complètement nue ou en très petite tenue. À une époque elle avait fait du naturisme mais voir de parfaits inconnus complètement nus ne lui plaisant pas particulièrement, surtout les personnes âgées, elle avait laissé tomber son club. Se balader à poil dans son salon était beaucoup plus agréable, surtout quand son homme était dans les parages et que cela se finissait sous le treillis de la glycine.

« Tu rentres tard, dit son mari en entrant dans le salon, une bouteille de bière à la main.

- Et toi sacrément tôt, je ne t'attendais pas avant une bonne heure, répliqua-t-elle. »

David vint s'asseoir à côté d'elle et la laissa poser ses pieds endoloris sur ses cuisses.

« Ma réunion a été annulée à la dernière minute, s'expliqua-t-il, ignorant totalement que sa femme avait entendu, en plus de ce qu'il venait de dire, « Vanessa a annulé notre rendez-vous à la dernière minute ».

- Pourquoi?

- Il nous manquait certains documents, nous ne les recevrons que demain. (Le père de Vanessa a fait une attaque, elle est allée le rejoindre à Boston et il nous manque effectivement ces foutus documents.)

- Donc demain tu rentres tard.

- Si j'ai eu le temps d'étudier les documents en question. Je te préviendrai de toute façon.

- Comme d'habitude. Qu'est-ce qu'on mange ce soir?

- J'en sais rien. Je suis trop fatigué pour sortir, j'ai pas envie de cuisiner...

- Moi non plus.

- J'appelle le traiteur chinois?

- Vendu! »

David se leva en souriant et se dirigea vers la cuisine – ils n'avaient pas de téléphone dans le salon. Catherine le regarda s'éloigner en se demandant comment il était possible d'aimer quelqu'un au point d'accepter de le partager. Comment elle, dont la jalousie avait fait fuir plusieurs petits amis, pouvait accepter de partager l'homme de sa vie avec une autre.

Vanessa Berger, une française, était la maîtresse de son mari depuis plus de cinq ans. Elle travaillait comme chef-comptable dans l'entreprise de David. C'était une femme de quarante ans tout à fait charmante, brune et plantureuse, divorcée et mère de quatre enfants – Catherine l'avait rencontrée plusieurs fois, à tous les coups elle avait rêvé de lui arracher les yeux et de la pendre avec ses propres tripes mais elle s'était contentée de lui sourire hypocritement en la traitant intérieurement de tous les noms. Sa liaison avec David était extrêmement discrète, à tel point que l'épouse légitime ne se serait jamais doutée de rien si ses dons médiumniques ne s'étaient accompagnés d'un talent aussi particulier que gênant: la vérité. Il était impossible de lui mentir, elle entendait la vérité en même temps que le mensonge.

Ce pouvoir lui avait causé beaucoup de problèmes et de souffrances quand elle était jeune. Il y avait eu ceux qui l'avaient traitée de menteuse (un comble de son point de vue), ceux qui avaient fait semblant de la croire et ceux qui, convaincus ou tout simplement effrayés, avaient cessé de lui parler. Elle avait découvert très tôt la fourberie du genre humain. Les sourires qui cachaient le mépris ou la jalousie. Elle avait passé son adolescence dans sa chambre, n'en sortant que pour aller en cours, ne se liant avec personne. Sa vie avait repris son cours lors de son entrée à l'université, avec les fêtes étudiantes, les garçons et les filles capables de parler franchement, les drogues douces et le sexe. Elle avait eu sa première expérience à vingt-et-un ans avec un garçon qu'elle n'avait jamais revu par la suite.

Étudiante, Catherine avait fini par comprendre que le mensonge n'est pas toujours gratuit, pas toujours hypocrite et que rien ne pouvait empêcher les gens de s'en servir que la raison soit bonne ou pas. Il faisait parti de la vie et il fallait s'en accommoder. Elle avait appris à vivre avec cette capacité même si elle lui empoisonnait la vie. Il était très dur pour elle de jouer l'ignorance et de sourire quand elle savait que son interlocuteur se contrefichait d'elle. Elle avait eu de nombreuses fausses amies.

Au bout du compte, elle était celle qui mentait le plus.

David avait été une bouffée d'air frais dans sa vie. Il était fou d'elle et ne cherchait pas à le cacher. Sa sincérité quand il exprimait ses sentiments avait plus séduit la jeune femme que Catherine était alors que tous les bouquets de fleurs qu'il lui avait offerts et tous les poèmes qu'il lui avait écrits (et qu'elle avait soigneusement gardé, ne serait-ce que pour lui faire du chantage. Ça pouvait toujours être utile).

Leur mariage avait été l'un des plus beaux jours de sa vie. Ainsi que chaque jour qui avait suivi depuis. Jusqu'à ce qu'il la rencontre.

Il ne lui avait jamais menti avant de rencontrer Vanessa. Il s'était trahi immédiatement et sans même le savoir. Pourtant, Catherine n'avait jamais imaginé le quitter, parce que ses « je t'aime » et ses mots doux ne sonnaient jamais faux. Il l'aimait, mais il aimait aussi une autre femme et n'étant pas capable de choisir, il les trompait toutes les deux – même si l'une l'était plus que l'autre, du moins le croyait-il. Et par amour, parce qu'elle ne pouvait imaginer une vie sans lui, Catherine fermait les yeux.

David était heureux comme ça.

« Je t'ai pris des rouleaux de printemps, ça t'ira? fit-il en revenant dans le salon.

- Des rouleaux à la crevette?

- Et au poulet, ajouta-t-il avec un sourire ravageur. »

Catherine le regarda. Elle l'aimait comme une folle mais, loin au fond d'elle-même, elle lui en voulait d'avoir besoin d'une autre femme pour être vraiment heureux. Elle lui en voulait de pouvoir être heureux dans d'autres bras que les siens. C'était injuste qu'elle doive partager.

Mais elle ne disait rien.

Et Dieu savait ce que ça lui coûtait.

« Qu'est-ce qu'il y a? demanda David en se penchant vers elle pour l'embrasser.

- Rien. Je t'aime.

- Je sais, mais je ne suis pas sûr que ce soit réciproque (Je sais, et crois-moi que c'est réciproque), se moqua-t-il. »

Il y avait quand même des fois où Catherine aimait bien son pouvoir.

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Rama aurait volontiers hurlé tellement ses pieds lui faisaient mal. Pour sa seconde soirée de service à l'Alpha et Oméga, il portait une robe d'inspiration chinoise dans laquelle il n'était entré que parce que Connie l'avait menacé de le jeter hors de son propre appartement complètement nu et, surtout, une paire de bottes en cuir dont les hauts talons étaient en train de consciencieusement lui bousiller le dos et la voûte plantaire. Pour sa survie, il n'avait plus qu'à convaincre sa chère belle-soeur de lui trouver des chaussures plates. Il pourrait toujours refiler les pompes trop hautes à Papaye.

« Un Daiquiri s'il vous plaît, lui demanda un homme d'une cinquantaine d'année, installé dans un coin de la salle. C'était un habitué, il venait depuis que le club avait ouvert ses portes et semblait n'avoir aucune préférence quant à la personne qui lui apportait ses cocktails. Il appelait le premier employé à passer dans son champ de vision.

- Tout de suite monsieur, répondit Rama – alias Tallis.

- Vous êtes nouveau ici?

- Oui, c'est mon deuxième soir.

- Vous vous y retrouvez?

- J'ai encore un peu de mal à comprendre quand un client m'appelle mais je devrais m'y faire. Je vous amène votre boisson dans quelques minutes. »

Rama fila vers le bar et passa la commande à Ebony qui s'empara aussitôt d'un shaker et d'une bouteille de rhum. Il allait entamer le dialogue avec le barman quand Papaye surgit de nulle part.

« Quand vous aurez terminé, mon bel ami, il me faudrait un Zombie, clama le travesti avec un accent français soigneusement travaillé. »

Fasciné par la France, il n'hésitait pas à venir travailler en costumes et à jouer des rôles. D'après Glenn, le serveur homosexuel et très demandé de la boîte, Papaye était un jour arrivé déguisé en madame de Pompadour et avait passé la soirée à draguer un séduisant trentenaire rebaptisé Louis XV pour l'occasion. Il avait aussi incarné Louise Michel et Joséphine de Beauharnais, entre autres. Il lui arrivait aussi de piocher dans la littérature – Gina del Dongo, Justine, Chimène ou Roxane.

C'était même devenu un jeu: le premier à deviner son identité d'emprunt gagnait le cocktail de son choix offert par la maison. Une idée de Gabriel qui avait beaucoup de succés et permettait au beau travesti de draguer en toute impunité.

Ce soir, il incarnait Sarah Bernhardt – il s'était inspiré d'une photo trouvée sur internet. Il avait donné la solution à Rama mais personne n'avait encore trouvé.

« Ne lésine pas sur le rhum, Bony, le gars qui a commandé ça m'a l'air d'avoir besoin de se mettre la tête à l'envers.

- Pas de problème, ma tendre amie, répondit le barman. Papaye eut un sourire canaille.

- Alors Tallis, comment ça se passe pour toi? Tu prends tes marques? Tu arrives à éviter les mains baladeuses?

- Ça va, ça commence à rentrer. Pour les mains baladeuses, elles ne sont pas encore très nombreuses donc ça passe. Pour l'instant.

- Si tu trouves que certains clients deviennent trop entreprenants n'hésite pas à en parler au patron ou à un videur. Monsieur Azuela n'aime pas qu'on tripote son personnel si celui-ci n'est pas d'accord – les histoires de viol et de harcèlement, c'est pas bon pour les affaires.

- Quel compassion! Merci, je m'en souviendrai.

- Dites, intervint tout à coup Ebony, l'un de vous a vu Ivory? Ça fait un quart d'heure qu'il est parti et vu le monde qu'il y a ce soir, je ne peux pas assurer tout seul.

- Tu sais où il est allé?

- Aux toilettes.

- Je m'en occupe, fit Rama. Papaye, tu peux apporter le Daiquiri à la table du fond?

- Oui, mais c'est bien parce que t'es mignonne! »

Le travesti s'éloigna avec les boissons à servir, nullement gêné par son ample jupe froufroutante ni par ses bottines à talons anachroniquement hauts. En passant à côté de la piste de danse, il secoua Franck pour qu'il arrête de draguer une jolie blonde, qui se trémoussait sans complexe et on pouvait même dire sans pudeur en tenant compte de la longueur de sa jupe, et retourne bosser. Papaye était quand même le chef de rang! C'était son travail de motiver les troupes.

Au même instant, Rama errait, pieds nus, dans les couloirs de l'établissement en direction des toilettes du personnel. Il avançait lentement, laissait ses yeux fouiller dans tous les coins à la recherche de caméras de surveillance et de recoins pouvant dissimuler un homme de main. De tels détails pouvaient toujours servir, surtout s'il décidait de visiter discrètement le bureau du patron.

Les couloirs étaient étroits et tous les escaliers, anormalement raides. Une fuite rapide ou une course en zig-zag pour éviter des balles étaient impossibles. De même, toutes les portes étaient soigneusement verrouillées. Gabriel Azuela n'était pas du genre à verser dans le laxisme.

Lucas n'était pas aux toilettes.

Rama décida d'employer une méthode presque infaillible: il sortit son portable et composa le numéro du « fugitif ». Une sonnerie retentit aussitôt à quelques mètres de là, dans le couloir de la réserve. Le détective n'eut qu'à tendre l'oreille et quand il trouva enfin le barman, celui-ci avait autre chose à faire que lui répondre – entre autres essayer de récupérer sa langue, égarée dans la bouche du patron.

Gabriel embrassait sûrement comme un dieu, Ivory semblait proche de la liquéfaction. Il s'agrippait farouchement à son partenaire et l'une de ses jambes était langoureusement enroulée autour d'une ravissante paire de fesses. Passion et possessivité. Une réaction étonnante pour quelqu'un qui prétendait avoir été entraîné dans cette relation contre son gré. Lucas était-il excellent comédien ou lui avait-il menti?

Rama décida d'attendre que les amants se séparent, espérant que Gabriel retournerait directement dans son bureau.

Quelques longues minutes plus tard, Lucas apparut au tournant où un certain serveur l'attendait de pied ferme. Il ne chercha pas à dissimuler sa surprise ni sa gêne de le trouver là.

« Ebony a besoin de toi au bar, déclara froidement Tallis, il y a beaucoup de monde ce soir.

- Tu as... tout vu, n'est-ce pas? bégaya un Lucas prodigieusement mal à l'aise. Pris en flagrant délit de mensonge il ne savait plus où se mettre. Ah, il aurait mieux de fermer sa gueule!

- Tout. Tu joues drôlement bien la comédie, c'est digne d'Hollywood. Si tu ne m'avais pas dit le contraire, j'aurais presque pu croire que tu étais consentant. »

Le ton était un mélange d'ironie acide et de colère froide. Rama avait l'habitude des clients qui ne disaient pas tout, ils étaient son lot quotidien, mais quand il prenait la peine de mettre sa peau dans la balance il avait tendance à préférer la sincérité. Question de principes.

Le serveur avait les yeux baissés sur ses chaussures. Il paraissait absorbé par sa contemplation des lattes de parquet.

Il finit cependant par se reprendre, il n'avait pas fait grand chose de mal après tout. Et il avait bien le droit de protéger sa vie privée – même si l'exposer dans un couloir, potentiellement à la vue de tous, n'était pas une excellente idée pour protéger quoi que ce soit.

« Bon d'accord, je t'ai menti, admit-il d'une voix assurée mais sans toutefois lever les yeux. À ma place et sachant ce qu'il est, tu aurais dit la vérité?

- Ça dépend. C'est quoi la vérité?

- Il ne me force à rien – sauf quand il s'infiltre chez moi la nuit parce qu'il se sent seul, mais ce n'est pas la question. Je suis amoureux de lui, et en même temps je craque pour Ebony.

- Il m'est très sympathique mais, là, maintenant, je m'en tape d'Ebony. Ça dure depuis combien de temps cette histoire?

- Plus de deux ans mais c'est compliqué. Mon non-consentement n'est pas totalement fictif. »

Rama aurait payé cher pour voir sa tête en cet instant. Les jeunes d'aujourd'hui n'étaient vraiment pas simples.

« Explique, exigea-t-il. Les bras croisés sur la poitrine et le regard dur, il n'avait plus rien du petit travesti qui peuplait déjà les fantasmes de certains clients de l'Alpha et Oméga. Ivory n'avait pas manqué de remarquer la transformation.

- Au début, quand j'ai commencé à sortir avec lui, j'allais voir ailleurs en même temps. J'étais très jeune...

- Tu l'es encore, le coupa Rama.

- Oui, admit Lucas, mais je suis plus mature qu'à dix-huit ans.

- Tu en es sûr?

- Oh la ferme! s'énerva Ivory. »

Il avait levé la tête. Désormais, il regardait son interlocuteur droit dans les yeux. Oui, il avait fait des erreurs. Oui, il n'avait que vingt ans et restait par certains côtés un ado tête-à-claques, mais merde, il avait aussi le droit de vivre! Et il avait le droit de n'être pas parfait.

Rama lui fit simplement signe de poursuivre son histoire.

« J'avais dix-huit ans et c'était la première fois que je pouvais vivre librement ma sexualité. J'en profitais, quoi. Mais, assez vite, Gabriel n'a plus voulu partager. Il a exigé... oui, c'est le bon mot... exigé que nous entamions une relation exclusive. Il a découragé la concurrence. Il m'a fallu un moment pour accepter l'idée que j'étais casé mais j'ai fini par intégrer le concept.

- Et pourquoi tu m'as menti? Uniquement pour préserver ta réputation?

- Pour préserver la logique. Ça n'a pas de sens un homme qui engage un détective pour faire arrêter son amant.

- Alors pourquoi tu l'as fait?

- Je ne sais plus. Au départ, je voulais seulement protéger ma famille. Mon père n'est pas un homme bien mais il aurait entraîné mon frère et ma mère dans sa chute. Et c'est mon père. C'est lui qui a eu l'idée de faire d'une pierre deux coups.

- Retrouver les documents gênants et trouver des preuves pour envoyer Gabriel Azuela en prison, récapitula Rama.

- Exactement.

- Et sachant ça, tu es quand même venu me trouver.

- Je me suis laissé entraîné, je n'ai pas vraiment réfléchi. Du coup, je me retrouve pris en sandwitch entre toi, mon père et mon petit-ami. Crois-moi, si je pouvais faire marche arrière, je l'aurais déjà fait. Quel con!

- Tu peux encore me virer.

- Tu es ma seule chance de protéger ma famille.

- Et ton amant? »

Lucas se tut quelques minutes.

« À bien y réfléchir, reprit-il, je ne m'en fais pas pour lui. Il est prudent et il a de l'argent, beaucoup d'argent sur des milliers de comptes différents – des comptes dans tous les paradis fiscaux, des comptes de sociétés bidons, des comptes bien propres et d'autres pour l'argent sale. Il s'est récemment offert les services des meilleurs pirates informatiques du monde et il a un troupeau d'avocats à ses pieds. Il a aussi des dossiers sur des hommes politiques, dont mon propre père.

- En d'autres termes, il ne risque pas grand chose.

- À moins de commettre une grave imprudence, et encore. Il est de cette engeance qui ne mettra jamais un pied en prison, du moins pas du mauvais côté des barreaux!

- Ton père veut donc l'impossible.

- Pas moi. Essaie juste de mettre la main sur le dossier qui concerne le maire. Pour le reste, tu peux essayer mais n'y compte pas trop.

- Tu doutes de mes capacités?

- Je doute de ta capacité à te faire pousser une armure.

- Tu es trop pessimiste.

- Et tu n'es pas un mutant. »

Rama haussa les épaules et fit demi-tour sans attendre Lucas. Il réfléchissait, Gabriel Azuela n'était plus un simple escroc à qui il devait mettre des bâtons dans les roues, il était désormais un défi. Et Rama aimait relever les défis.

Il grimaça en remettant ses chaussures.

o

Quand Catherine entra pour la première fois dans le bureau de Rama, elle dut se retenir d'éclater de rire tant l'endroit ressemblait à ce qu'elle avait imaginé à force de lire des romans noirs et de regarder les films d'Humphrey Bogart. Un cliché grandeur nature, avec le désordre, la cafetière fumante et même le fameux trench-coat beige accroché à un vieux porte-manteaux. Avec son pantalon de toile et sa chemise aux manches roulées, Rama avait tout à fait l'apparence du détective grincheux et cynique tout droit sorti de son livre.

« Je suis un peu en avance, j'espère que ça ne vous dérange pas, annonça-t-elle en posant son sac sur un coin de bureau libre. »

Sans attendre, elle s'installa sur la chaise réservée aux clients et pesta intérieurement contre ses cuisses trop dodues qui l'empêchaient de croiser les jambes. N'est pas Sharon Stone qui veut, pensa-t-elle avec résignation. De toute façon, elle n'avait jamais été mince.

« Tant que vous ne me parlez pas de votre mari et de sa secrétaire... soupira Rama en se grattant la tête. Il avait passé sa matinée à consoler deux cocues et un paranoïaque, c'était épuisant. Il se vautra dans son fauteuil.

- Ça ne risque pas, la secrétaire de mon mari est un homme – tout à fait charmant au demeurant.

- Très content pour lui. Vous savez, ajouta-t-il sur le ton de la confidence, à force d'entendre des histoires d'adultères et d'orgies j'en viens à me demander pourquoi je me suis marié.

- Je sais que Vera est une emmerdeuse mais vous ne m'avez pas fait venir pour me parler de votre divorce j'espère? Ah non, je sais ce que vous avez: vous pensez encore que je suis là pour vous espionner! Alors, j'ai raison?

- C'est une éventualité que je n'ai pas encore complètement exclue.

-Alors c'est vous le paranoïaque.

- Si vous voulez. Comment se porte mon esprit aujourd'hui? Demanda-t-il brusquement, autant pas réel intérêt que pour changer de sujet »

Il avait parlé sur un ton léger, mais cela ne trompa personne. Il ne pouvait s'empêcher d'être effrayé par la présence de Suko, cette présence qu'il ne pouvait même pas sentir mais dont il était de plus en plus sûr qu'elle n'était pas imaginaire, et en même temps il était ému. Son ami l'avait choisi comme soutient dans le monde des vivants, il l'avait choisi pour l'aider à trouver la paix. Alors qu'ils ne s'étaient plus vus depuis dix ans à l'époque. Alors que Suko avait alors des douzaines d'amis et de connaissances, un compagnon et une famille.

Suko ne l'avait jamais oublié. Il n'avait jamais oublié leur enfance nourrie de mythes et de croyances populaires, ni leur dernier périple dans une minuscule échope de Bangkok pour acheter une amulette spéciale avant de se séparer. Ils ne savaient pas, alors, que l'au revoir deviendrait un adieu.

« Il est excité et soulagé, expliqua Catherine en retenant un sourire attendri. Il fera son possible pour nous aider.

- C'est ce que je voulais entendre. On va avoir besoin de lui.

- Il le sait. Il est prêt. »

Rama et Catherine s'observèrent un petit moment. Elle dégageait une confiance tranquille, une force rassurante. Elle connaissait son métier, ses capacités et ses limites, elle n'était pas là pour impressionner qui que ce soit, elle n'avait pas de preuves à fournir. Elle était là parce qu'elle le voulait et parce que ses compétences pouvaient être utiles à quelqu'un. Elle n'était pas non là pour se battre, ni pour se faire accepter – si Rama ne voulait pas d'elle, alors tant pis.

Les sentiments de Rama étaient plus embrouillés, il oscillait entre la méfiance et la tolérance, la compréhension et l'incrédulité. Il avait l'impression que la culture de sa mère opposait désormais une résistance farouche au scepticisme que son père lui avait enseigné. Catherine ne se posait pas de questions, elle savait déjà. Rama n'avait pas cette chance, il devait s'y retrouver par lui-même – en attendant de faire assez confiance à la médium pour se dévoiler un peu plus.

Au bout du compte ce fut lui qui décida de briser le silence.

« Vous voulez un café? demanda-t-il en se levant. Sa vieille cafetière était posée sur une table encombrée de vieux magazines et de photocopies de coupures de presse. Rama avait réuni tous les articles traitant du décès de son ami, pour se rendre compte que tout le monde se fichait qu'un mort ait disparu. On pleurait les spectateurs, on pleurait la princesse mais personne ne voulait savoir où le prince avait été emmené. Dans certains textes il était dit clairement que Suko était gay, ces mêmes textes le rendaient pratiquement responsable de ce qui s'était passé – qu'un pédé se fasse tuer, c'était une chose, mais il était indécent qu'il entraîne d'honnêtes citoyens dans sa chute. La belle-mère de Rama avait dû adorer ces écrits, lui les avait seulement trouvés partiaux et stupides.

- Il est frais? questionna Catherine en prenant une petite pause snobe qui eu le mérite de faire sourire son interlocuteur.

- Il fume encore, précisa-t-il.

- Alors d'accord. Avec du lait...

- Je n'en ai plus.

- Bon, trois sucres dans ce cas. Quand je monterai sur ma balance pour constater que j'ai encore pris un kilo, je saurai à qui m'en prendre.

- C'est ce que dit ma belle-soeur chaque fois qu'elle se ressert une part de gâteau. C'est ma tronche qui pousse les femmes à me prendre comme bouc-émissaire?

- Non, c'est le fait que vous puissiez manger un hamburger, le faire glisser avec un coca et vous taper une plaque de chocolat aux noisettes en dessert sans prendre un gramme.

- Je fais du sport, prenez-en de la graine et laissez-moi me gaver tranquille.

- Vous êtes méchant.

- C'est l'histoire de ma vie.

- Et cynique en plus.

- Vous me l'avez déjà dit. Votre café, dit-il en lui tendant une tasse fleurie, un cadeau de Connie.

- Merci. Maintenant que les civilités d'usage ont été respectées, pouvez-vous me dire ce que je fais ici exactement.

- Je vous l'ai dit, j'ai besoin de vous pour m'aider à retrouver quelque chose que Suko, mon esprit, a perdu.

- Et c'est quoi?

- Et bien... Comment dire...

- Commencez par le début, suggéra la médium en souriant, moqueuse. Rama se retint de grogner.

- Il y a onze ans, commença-t-il, Suko a quitté New-York pour venir s'installer à Los Angeles avec son petit-ami, Oscar Sanders. Et il y a dix ans, il a été tué par balle lors d'une représentation amateur de La Belle au bois dormant. Il jouait le prince.

- C'est très touchant.

- Évitez les sarcasmes, nous parlons d'un mort – qui est dans cette pièce en plus.

- Il dit qu'il s'en moque.

- Si vous le dites, grogna Rama, pas franchement convaincu.

- Continuez.

- Son assassin, Mike Sanders,...

- Sanders? coupa-t-elle. Un parent de son petit-ami?

- Non, j'ai vérifié. S'ils ont un ancêtre commun ça remonte au moins à l'époque du Mayflower. Donc, ce type a abattu Suko et a vidé son chargeur avant de s'enfuir, il a tué la jeune fille qui jouait le rôle de la princesse et quatre personnes dans le public dont une fillette de cinq ans.

- Pourquoi avoir tué ces gens?

- Pour faire diversion pendant qu'il prenait la tangente, du moins je pense. Il a emporté le corps de Suko avec lui.

- Donc votre ami était vraiment sa cible, ce crime n'a pas été commis au hasard par un déséquilibré.

- Déséquilibré si, il faut l'être pour ouvrir le feu comme il l'a fait.

- Et qu'est-ce que votre ami a perdu?

- Son propre corps. »

Un long silence lui répondit. Catherine repensa automatiquement à la discussion qu'ils avaient eue dans l'avion qui les ramenait à Los Angeles. Rama pouvait effectivement être surpris qu'un esprit ne sache pas où pouvait se trouver sa dépouille, ça semblait impensable et pourtant...

En tant que médium, Catherine savait que la mort était un processus à la fois simple sur le plan biologique et complexe sur le plan spirituel – une véritable déchirure entre le corps et l'âme. Et cette déchirure, que l'esprit passe tout de suite de l'autre côté ou pas, coupait complètement l'âme de la réalité pendant quelques temps.

L'âme et le corps de Suko avaient été séparés par la mort, mais aussi par le vol de la dépouille. Dans la confusion provoquée par son décès brutal, le jeune homme avait oublié de se préoccuper de son enveloppe charnelle et celle-ci lui avait été arrachée. Il ignorait où elle était car, ne lui étant plus lié, elle n'était plus pour lui qu'un objet perdu comme les autres.

Un objet perdu un peu particulier.

« Je vois, finit par reprendre Catherine en essayant une nouvelle fois de croiser les jambes (tentative qui échoua, comme d'habitude depuis qu'elle avait fêté ses quarante ans et perdu sa taille de jeune fille). Pourtant ça ne devrait pas l'empêcher de passer de l'autre côté. Il n'est plus lié à son corps.

- Suko était superstitieux, expliqua Rama, il avait peur de devenir ce qu'il est à présent. C'était également un croyant fervent. Il restera dans notre monde tant qu'il n'aura pas été inhumé suivant les rites bouddhiques, qui doivent lui assurer une bonne renaissance.

- Et je suppose que tenter de le convaincre que ces rites ne sont que du folklore... Même pas la peine, d'accord, acheva-t-elle en levant les mains en signe de reddition.

- Qu'est-ce qui se passe?

- Je crois que l'ai fâché.

- Qui? Suko?

- Oui, n'oubliez pas que je peux comprendre ses sentiments et il n'a pas du tout apprécié que je qualifie ses croyances de folklore.

- Aucun croyant n'apprécierait d'entendre ça, raisonna Rama – non sans une certaine incrédulité dans la voix. Il se demandait s'il s'habituerait un jour à ce que cette femme puisse communiquer avec un être qu'il ne pouvait même pas voir.

- Vous avez sans doute raison. Pardonnez-moi Suko, j'ai manqué de tact. »

Seul le silence lui répondit, du moins en apparence. Dans les faits, Suko avait seulement cessé de bouder – plus pour aider Rama que parce qu'il en avait vraiment envie mais ça, c'était un détail que Catherine ne pouvait savoir. Elle sourit simplement, pensant sincèrement qu'elle avait été pardonnée. Elle l'avait dit elle-même le jour où elle rencontré Rama dans l'avion, elle n'était pas très puissante.

« Je suppose que vous savez par où commencez, remarqua-t-elle en avalant une gorgée de café.

- Je suis allé à New-York pour voir sa mère. Elle m'a appris certaines choses dont je vous ferai part en temps utiles.

- Pourquoi n'avoir pas commencé par la famille du tueur?

- Parce que je ne sais pas encore où la trouver. De plus, je ne veux pas seulement retrouver ce qu'il reste de lui, je veux savoir pourquoi il est mort. Il n'avait que vingt ans à l'époque et je doute qu'il ait fait quelque chose pour mériter une fin pareille.

- Mais vous n'en savez rien. Cela dit, votre ami confirme qu'il n'a rien fait de mal.

- Je le crois. Je crois aussi qu'il a peut-être fait quelque chose mais sans s'en rendre compte, ou sans le faire exprès. Qui sait?

- C'est possible.

- Vous allez m'aider à le découvrir? Vous n'allez pas changer d'avis en cours de route?

- Je finis toujours ce que je commence, déclara la médium d'un ton artificiellement pompeux.

- Parfait. Je vais chercher l'adresse des parents de Mike et je vous tiens au courant.

- Vous pensez pouvoir la trouver?

- Je sais où chercher, répondit Rama sans s'expliquer davantage. »

Il aimait bien laisser planer le mystère. Et il ne savait pas encore s'il pouvait faire totalement confiance à sa nouvelle collègue. Il était pour l'instant hors de question qu'il lui parle de ses informateurs, de ses amis aux capacités très spéciales, de ses relations dans la police et au FBI, il était hors de question qu'elle connaisse les détails de son enfance en Thaïlande ou de son récent voyage à New-York.

Il était encore trop tôt.

Certes, elles pouvait percevoir ses pensées mais elle semblait incapable de plonger ou de fouiller dans ses souvenirs – et elle ne semblait pas s'offusquer de cette absence de confiance qu'elle ne pouvait pas ne pas avoir sentie. Il n'avait pas cherché à la cacher.

Il allait prendre son temps. C'était comme ça qu'il fonctionnait.

Un peu plus tard dans la journée, alors que Catherine venait de partir, un coursier lui apporta un colis recommandé. Le paquet venait de madame Bradberry.

Soigneusement emballé dans une montagne de papier de soie, trois petits cahiers à grands carreaux. Le journal intime de Suko. Dans une courte lettre, sa mère expliquait qu'elle l'avait retrouvé peu de temps après la mort de son fils mais qu'elle n'avait pas pensé à le lui remettre quand Rama était venu la voir.

Au fond de la boîte, la vieille dame avait déposé un paquet de thé vert et une amulette porte-bonheur. Une des nombreuses amulettes de Suko.

o

Gabriel était un homme d'affaire très en vue, beau et riche, diplômé des meilleures universités du pays, un parti jugé idéal par la rumeur et plusieurs magazines féminins à grand tirage. Cela flattait son ego et avait le don d'ulcérer Lucas – ce qui flattait encore plus son ego. Cette façade soigneusement lustrée cachait un patron du crime organisé. Ses activités étaient diverses et variées, et il avait la réputation de ne pas être un tendre même s'il prenait soin de son personnel.

Gabriel était également un homme amoureux. Lucas l'ignorait mais il était très surveillé et protégé. Chaque fois qu'il traversait une rue, chaque fois qu'il allait vider son compte en banque dans une boutique de vêtements, chaque fois qu'il allait aux toilettes, il y avait un homme ou une caméra pour veiller à ce qu'il ne lui arrive rien.

Par conséquent, Gabriel n'avait pas manqué l'intérêt croissant de son compagnon pour un autre homme.

Il n'avait pas l'intention de laisser les choses se faire sans rien dire. Il aimait trop Lucas pour le perdre et savait qu'il ne pourrait pardonner une liaison, il devait donc veiller à ce qu'il n'y ait pas de galipettes entre ces deux-là. Regarder mais sans toucher.

Il suffit d'un claquement de doigts pour qu'Ebony se retrouve sous surveillance.

Une surveillance étroite.

Une surveillance très rapprochée.

À suivre...

Merci à ceux qui m'ont laissé un commentaire. Merci de lire cette histoire, j'espère que vous l'aimez autant que moi.


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