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Mouistiqua : A chaque fois, tu me laisses un message. C’est aussi motivant que si on m’offrait de l’argent pour le faire … Ou qu’on me menaçait avec une balle. Merci.
- 4 -Trois jours s’étaient écoulés depuis l’accident des rats lors du bal d’anniversaire. Prune s’amusait énormément car elle découvrait des paysages et des mœurs qu’elle ne connaissait pas.
Un soir, où la jeune femme veillait tard pour parcourir les romans de la bibliothèque du premier étage, elle entendit des bruits de pas. De peur qu’on ne la surprenne en pleine nuit à bouquiner sans autorisation, elle éteignit la lumière, et elle se cacha derrière un grand meuble en acajou.
La bibliothèque n’était pas un endroit spacieux. Les livres encombraient les tables étagères. La circulation était difficile, suffocante, et la lumière était tamisée dans le but de ne pas abîmer les ouvrages.
Deux paires de pas raisonnèrent dans le lieu, et une voix de femme s’envola, tel l’oiseau dans la forêt. Elle chuchota dans une langue que Prune ne comprenait pas. Une seconde voix douce tentait visiblement de la rassurer, en vue du ton de la voix, mais la femme semblait inquiète, presque paniquée.
Prune là où elle était ne pouvait voir les visages des deux protagonistes, elle avait l’impression de connaître les deux sans arriver à mettre un nom dessus. Elle ne su le noms de la femme qu’en l’entendant rouler les lettres : la femme russe ! Celle-là même qui venait de se marier avec le père de Raphaël : Levdokia.
- Comment comptez-vous faire ? Demanda-t-elle d’une voix fluette qui n’avait plus rien de stupide, ni d’embourgeoisé.
- Ne vous en faîtes pas. Ce qui doit être fait sera fait.
Prune écouta les voix sans arriver à discerner celle de l’homme trop basse. Les échos des pas disparurent, mais terrifiée, la jeune fille n’osa pas sortir. Depuis qu’elle était ici tout lui semblait tellement irréel : le village, le château, le mariage de cet homme, et maintenant les intrigues de cette femme. Devait-elle en parler à quelqu’un ? Oui ! Néanmoins à qui ? Et surtout comment interpréter ce qu’elle venait d’entendre.
Perturbée, elle monta tout de même se coucher. Elle craignait de mal agir et elle avait besoin de reprendre ses esprits.
Le matin du 13 Août, Raphaël s’était levé de bonne heure. Depuis une semaine, des invités à lui se trouvaient dans la demeure. Des français qu’il connaissait depuis un à deux ans, en fonction des individus, et qu’il avait invités dans des buts précis.
Ce matin-là, il se rendit compte qu’il ne s’était pas énormément consacré à eux. Il n’était pas sociable et n’aimait pas les discussions inutiles. Il n’avait donc pas eut l’idée de faire visiter le terrain à ses convives, ni à leurs montrer les beautés environnantes. Les domestiques s’étaient chargés de cette tâche, qu’il jugeait fastidieuse.
Ils étaient trois invités. Prune une fillette de dix-sept qui ressemblait à une enfant et qu’il nommait la petite. Son cousin Yann, un brun aux yeux verts, séduisant mais affreusement triste. Paul, le meilleur ami de Prune, et également un grand artiste qui n’osait pas montrer ses dessins, et qui avait d’autres talents, dans le chant et dans la comédie.
Bien décidé à se racheter, l’hollandais demanda à ses employés de faire venir ses invités dans son petit salon qui se trouvait au second et dernier étage.
Au bout d’un quart d’heure, ils revinrent ennuyés.
- Nous sommes désolés, monsieur, mais mademoiselle Veervanspel est partie ce matin avec votre cousin Dimitri afin de saluer son départ et de visiter les environs. Monsieur Leblanc s’est également absenté, sans le signaler, il semblerait qu’il soit parti avec des affaires de dessins en direction de la forêt, voulez-vous que nous le rattrapions ?
- Ce ne serra pas la peine. Et Yann ?
- Monsieur Fourch se fait excuser, il ne se sent pas bien et désire rester dans ses appartements.
- Qu’a-t-il ?
- Je ne sais pas, monsieur.
Raphaël remercia les jeunes gens et quitta son salon pour rejoindre son père avec qui il resta une heure. Ils parlèrent d’une affaire importante concernant la possibilité d’acheter une usine de produits pharmaceutiques en dérive. Puis il alla déjeuner au rez-de-chaussée. Il en profita pour écouter les employés qui parlaient en râlant des invités du mariage qui étaient encore là et qui comptaient squatter un peu plus longtemps, dans l’espoir de signer un contrat.
Quand la matinée fut bien allongée, Raphaël se rendit dans la chambre du second étage où on avait installé son ami Yann. Il toqua et attendit. N’entendant pas de réponse, il ouvrit la porte, et regarda dans le boudoir avant de rentrer directement dans la spacieuse pièce qui servait de chambre à coucher.
Rien ne le laissait supposer de l’existence de quelqu’un dans le lieu. A part le lit défait, la valise de Yann avait été soigneusement rangée, la table de chevet ne comportait aucune trace de passage, et la pièce était aussi silencieuse que le lit d’un mort. Raphaël s’apprêtait à faire demi-tour quand il remarqua une forme enfouie derrière l’un des gros placards.
Il s’en approcha et trouva Yann, à moitié caché par une couverture, en train de lire un cahier de notes.
Raphaël avait cru y voir un livre mais en se rapprochant, il vit que ce n’était pas le cas. Ce carnet était un ouvrage qu’il tenait étant adolescent pour passer ses journées. Sa première réaction fut d’avoir honte que quelqu’un ait pu trouvé dans son ancienne chambre l’un de ses nombreux carnets rouges. Ensuite, il fut en colère que son ami puisse ainsi lire son journal intime mais, en se rapprochant de Yannick, il se rendit compte que celui-ci avait un visage plus triste qu’à son habitude.
- La vie ne sert à rien, se mit à lire Yann sentant la présence à coté de lui, Elle ne sert pas à vivre. Je voudrais ne pas en avoir eut. Je voudrais n’être jamais né. Etre un robot. Pas pour la vie, je pourrais être cassé. Je pourrais être jeté. Cela sera moins douloureux. A quoi bon m’avoir fait humain si c’est être un robot qui serra son image et son double ? A quoi bon m’avoir fait avec un cœur si je ne dois pas sentir les battements qui y dansent ? Je finirais pas devenir un robot. Je finirais par ne plus sentir mon cœur et par ne plus avoir peur de lui. Je suis un homme ! Un homme ne pleure pas. Un homme n’a peur de rien !
- C’est moi qui écris cela ? Questionna Raphaël. J’étais vraiment un adolescent sans scrupule.
- On n’est pas adolescent à 8 ans …, remarqua simplement Yann qui avait lu l’année du carnet. On n’est pas vieux à 25 ans …
- Tu n’es donc pas malade. Je croyais qu’on ne devait jamais mentir ?
- On ne doit jamais mentir.
- Tu l’as pourtant fait.
- Quand j’étais un enfant, le coupa Yann, je me disais souvent que j’aimerais être un robot. Je ne suis pas né dans une famille riche, elle est loin d’être pauvre, mais je vivais différemment. Pourtant, tu me fais penser à moi, un village, des idées, un père et …
- Je suis le plus vieux.
- Je sais. Je voulais ne plus avoir d’émotions, et ne plus rien ressentir. Seulement ça n’a jamais marché, je les cache, je ne sais pas les montrer, mais j’ai un cœur …. Et tout danse encore. Tu es comme moi. Souffla Yann. « Tu as encore des émotions …. » Il se stoppa et reprit sur une voix un peu plus haute : « Elle s’est infectés. La plaie … »
Sous les yeux de Raphaël et sa demande d’explication, Yann se releva avec une grimace de douleur, et il retira son vêtement gris. Il laissa ainsi apparaître sa peau fine, et une large marque sur le torse. Cette coupure profonde était d’un noire virant légèrement au bleu carmin dans les contours. Ce n’était pas la seule blessure sur le torse de l’homme, des dizaines de bleus et de petites égratignures étaient visibles datant de plus d’une semaine. Raphaël aurait volontiers hurlé sur son compagnon, mais la blancheur de son visage, laissait supposer que la douceur était déjà assez insoutenable pour devoir de plus supporter un sermon qui serait sortit, par habitude, en flamand, langue que Yann ne comprenait pas.
- Comment t’es-tu fait ça ?
- … Ca fait mal.
- Yann !
- …Les feuilles tombent loin des arbres au contraire des fruits, non ? A moins que le fruit roule … peut-être. La feuille ira toujours plus loin. Sauf si le vent n’est pas avec elle … Mais le vent est toujours avec moi.
- Je ne comprends rien à ce que tu dis.
- Pardon. Tu me soignes ?
- Je n’ai pas le choix.
Quelques minutes plus tard, Raphaël revint et commença lentement à soigner le torse de son ami qui fermait les yeux sous la douleur. Ce fut quelques heures longues et douloureuses pour les deux. Malgré son regard froid et dur, Raphaël ne supportait pas de voir le français gémir de douleur. Le français quand à lui avait honte d’avoir du demandé de l’aide à cet homme impressionnant.
- Dis-le moi maintenant. Reprit Raphaël en terminant le travail.
- Dire quoi ? Demanda Yann qui tenta de mettre un tee-shirt mais qui du y renoncer à cause de la douleur.
- Yann …, n’es-tu pas mon ami ?
- Je le suis.
- Alors, dis-moi.
- Tu es injuste Raphaël. Tu as bien plus de secrets que moi, et tu refuses de me parler. Pourquoi devrais-je me confier à toi ?
- Car je le veux.
Yann sourit en pensant que Raphaël était ce genre d’être détestable qui pense avoir tout ce qu’il voulait. Il haussa des épaules et finit par acquieser lentement :
- Tu sais ce que veux dire : àrschgeijer ?
- Non. C’est du français ?
- Presque. De l’alsacien. Les alsaciens sont français mais ils aiment ne pas y penser. Ils ont leurs cultures, leurs lois, leurs vies …. Leurs villages comme ici.
- Tu es alsacien ?
- Oui. Je suis né près d’Altkirch. C’est beau là-bas. Je vous y emmènerais, toi et Marcel, un jour. C’est là où j’ai rencontré ma prune et mon petit Paul. C’est là qu’on s’est connu, j’avais … 13 ans, je croie.
- Je ne comprends pas, Yann, le rapport entre l’Alsace et les blessures …
- Je suis fatigué. Remarque Yann. Nous parlerons plus tard. Allons d’abord voir si Prune est revenue.
- Tu dois te reposer. Nous verrons ensuite, ce que nous ferrons.
Elle
court. Vite ! Encore plus vite. L’ombre tombe lourdement, et
en se relevant, la peau de ses mains se déchirent, se coupent.
Elles se relèvent encore. Tourne le visage en arrière.
Il approche. Il est là. Elle le sent. Qu’elle ne pourra
pas lui échapper.
Un morceau de satin s’accroche à une branche d’arbre. La femme pousse un hurlement de terreur.
Et.
Le corps s’effondre sur le sol.
Elle
est morte.
Yann se réveilla en sursaut. Il regarda l’heure indiqué par sa montre. Il était pratiquement vingt heures. Il n’aurait pas du passé l’après-midi à dormir, il le savait. Maintenant, il n’aurait plus envie de dormir cette nuit, et cela allait perturber son sommeil futur.
Le garçon descendit de son lit et quitta sa chambre sans prendre le temps de se changer. Il voulait savoir si sa cousine était bien rentrée et si le cousin de Raphaël, dont il ne se souvenait plus du nom, n’avait pas trop prit ses aises avec elle en lui sapant le moral : Prune semblait déjà assez mal le matin même.
En arrivant dans le grand salon, Yann vit immédiatement que quelque chose n’allait pas. Des agents en uniformes discutaient à voix basses avec Charles, Henri, et Raphaël. Les trois générations de Duviel avaient le même regard noir et dur et semblaient soudain faire ressortir la même énergie mauvaise. Quand les agents virent Yann, ils se rapprochèrent de lui. Le plus jeune, un trentenaire, qui avait apprit le française à l’école, demanda :
« - Monsieur. Pourriez-vous nous suivre, s’il vous plait. »