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Fiction » Romance » Où et avec qui tu m'aimes font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Miss Spooky Muffin
Fiction Rated: T - French - Tragedy/Romance - Reviews: 27 - Published: 12-10-07 - Updated: 10-04-08 - Complete - id:2448804

Le bruit de la clé dans la serrure, celui de mes pas humides dans l’entrée, et le silence qui en dit long sur ton absence. Je ne prends plus la peine d’allumer la lumière. Ma veste s’écrase sur une marche de l’escalier et je me dirige vers le salon, laissant traîner mes semelles sur le bois craquant du parquet. À la lumière de la lune se dessinent les meubles, presque recouverts d’une couche de poussière. Depuis combien de temps ne t’es-tu pas assis dans ce canapé avec moi, depuis combien de temps n’as-tu pas partagé un dîner avec moi ici ? Je ne me souviens plus. Des photos de nous traînent sur les murs, des mensonges de la vie que l’on ne partage pas. J’évite de les regarder pour soulager un peu la douleur qui ronge mon cœur à chaque instant. Il y a un cendrier plein sur la table, rempli de mégots des cigarettes que je fume en attendant ton retour. Je ne sais pas pourquoi toutes ces choses nous sont communes puisque tu ne les utilises jamais.

Je m’appuie contre la fenêtre, la lueur rouge du tabac qui se consume pour seul repère. Dans ma tête, je revois tous les soirs qui ont passé de la même façon, toutes les excuses que tu me donnes inlassablement sans vraiment croire que les accepte. Je ne sais pas si je supporterai encore longtemps tes mensonges, si je supporterai que tu me poignardes une fois de plus avec ton indifférence. Je voudrais savoir pourquoi tu ne te contentes pas de partir, de me laisser cicatriser doucement au lieu d’agrandir mes plaies. À chaque fois que je te maudis, tu me dis que tu m’aimes et je n’ai pas la force de lutter contre tes belles paroles. Tu me tires en arrière dès que je me sens la force de partir, tu me retiens dans cette prison vide et pourtant, je n’arrive pas à te détester.

J’ai tellement pleuré à cause de toi que mon corps s’est desséché et mon cœur flétri. Je n’éprouve même plus de sentiments, comme si ton indifférence devenait contagieuse. Je me demande pourquoi tu m’évites, pourquoi je ne te suffis plus. Tu persistes à vouloir me garder alors que je ne te sers à rien, qu’ai-je fait pour que tu me veuilles tant de mal ? J’ai tout fait pour racheter ces fautes inconnues que tu me reproches, tout fait pour mériter un regard de ta part, même si ça fait longtemps que je n’ai pas vu la couleur de tes yeux. Je fais partie du décor de ta vie pour n’être plus qu’une ombre dans la mienne.

J’entends la porte qui grince, le bruit sourd de tes chaussures que tu abandonnes sur le palier. Tu passes encore sans me voir, sans même me chercher, quelques soient les circonstances. J’ai envie de crier ton nom, de t’obliger à faire attention à moi mais tu as déjà disparu dans la chambre, inconscient de ce qui se passe autour de toi. Sentir ton odeur se répandre dans l’appartement est une blessure de plus dans ma chair à vif. Plus le temps passe et plus je perds mes couleurs. Ma lumière s’éteint petit à petit et je ne crois plus que tu prendras la peine de la rallumer un jour. Tu me laisses errer dans les ténèbres sans jamais m’offrir ta main, m’y enfonçant un peu plus dès que se profile la sortie du tunnel. Je n’ai même plus la force de te détester.

— Où étais-tu ?

Tu me regardes avec étonnement. Savoir que ma présence ne te fait aucun effet fait encore plus mal que de supporter ton ignorance.

— Boire un verre avec des amis.

Tu me mens encore, je sens son parfum sur toi, je devine les marques qu’il a laissées sur ta peau. J’aimerais savoir si c’était bien, mieux que moi, si tout ça vaut vraiment le coup. J’aimerais que tu me dises ce qu’il t’a fait pour te faire m’oublier, ce qu’ils te font tous, ces passages à vide auxquels tu te raccroches pour m’éviter.

— Je m’en vais.

Combien de fois ai-je dit cette phrase ? Est-ce que tu m’écoutes… je n’en suis plus très sur.

— Ne dis pas de bêtises.

Tu m’achètes avec ces mots que tu ne penses pas. Tu viens me prendre dans tes bras, juste quelques secondes pour ne pas trop t’impliquer, juste assez pour me donner envie de te pardonner.

Je passe cette nuit assis dans un fauteuil, loin de toi pour ne pas dormir avec tous ces hommes avec qui tu couches. Je ne sais pas si j’ai encore envie de toi, je ne sais pas pourquoi je m’accroche. Est-ce que c’est vraiment de l’amour que d’accepter ça ? Je dois avoir un problème moi aussi, quelque chose de déréglé. Peut-être que c’est ma faute après tout, que c’est moi qui t’ai rendu comme ça. Voilà à quoi j’en suis réduit à penser à cause de toi, que je ne vaux même pas cette considération que tu me refuses. Comment m’as-tu attrapé dans tes filets ? Qu’as-tu mis dans ma tête autrefois, en ce temps où je sentais toujours le goût de tes lèvres sur les miennes, ce temps où tes yeux me suivaient au lieu de m’éviter ?

Il n’y a pas de retour en arrière.

J’attrape un sac, mon ordinateur et d’autres choses impersonnelles qui me permettent de survivre. Des vêtements que je reconnais à peine, bien rangés dans la penderie. Rien qui pourrait me faire penser à toi, surtout pas, rien pour me raccrocher à mes illusions, sinon je resterais bloqué encore. Je m’arrache le cœur et le pose sur la table, bien décidé à en finir avec nous, avec moi aussi si c’est ce que ça coûte. Je voudrais t’expliquer, je voudrais que tu me dises pourquoi, que tu mettes fin à ces questions parasites qui me torturent. Mais j’ai trop peur de voir ton visage, de replonger avec toi dans ce cauchemar.

La nuit est glacée et je ne vais nulle part, je fuis juste le bruit de ton souffle régulier. Ici rien n’a de sens, juste des rues impersonnelles, des étrangers comme ce que l’on est devenu. J’ai tellement envie d’être quelque chose quelque part, de redevenir quelqu’un après que tu m’aies rendu esclave de toi, mais dans ma tête tu refuses de t’effacer. Je veux en finir…

J’en ai marre de me rendre malade. De me demander pourquoi tu m’as laissé, pourquoi tu m’as fait ça… Pourquoi n’as-tu même pas le courage de me le dire en face ? Malgré moi, tu vas me manquer, je vais me ronger les sangs à penser à toi, à ce que tu vas faire maintenant. Je ne sais plus ce qui est bien et mal, je ne sais plus en quoi croire. Tu m’as laissé m’effondrer et j’ai oublié comment penser à moi, j’ai oublié comment il fallait faire pour avancer. Je suis dans le noir.

J’ai froid sur ce toit, pas à cause du vent, pas à l’extérieur, juste le froid lancinant de ton absence. Il n’y a plus rien à sauver pour nous, plus à rien à sauver pour moi. C’est insensé ce que ça me coûte d’abandonner alors qu’il ne t’a pas fallu une seconde d’hésitation pour me tromper. Je ne veux plus t’entendre, je ne veux plus entendre la voix en moi qui me souffle tes promesses. J’espère au fond que tu vas souffrir aussi, que tu t’en voudras pour moi, qu’il reste une once d’humanité dans ton cœur de glace pour regretter tes actes.

Toute l’énergie qui me reste servira à te haïr.



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