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Fiction » Romance » Une goutte d'éternité font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: shakes kinder pinguy
Fiction Rated: K+ - French - General/Fantasy - Reviews: 8 - Published: 12-17-07 - Updated: 12-17-07 - Complete - id:2451572

Une goutte d'éternité
Scribouilleuse : Shakes Kinder Pinguy
Genre : conte-temporain :D
Date : Lundi 17 décembre 2007
Claimer : A mwa, tout est à mwa ! Yeah !

Note : … ça va être bizarre.

Une goutte d’éternité

L’Éternité
c’est la mer
mêlée au soleil. (Arthur Rimbaud)


« Tu restes ?

Je reviens.

Menteur.

Ne pleure pas. Je reviens.

Tu m’oublieras.

Je resterai avec toi. Pour toujours.

Toujours, ça veut dire quoi ? Encore un de tes mots qui n’a pas de sens.

Toujours, ça veut dire que je ne te laisserai plus jamais.

Tu m’oublieras. »


L’eau glissait sur son corps, une caresse antiseptique, laissait un goût de chlore au fond de sa gorge et sur ses lèvres, lui donnait soif. Un nageur aux bras puissants le dépassa et frappa avec violence l’eau qui le portait, la brisa en milliers de perles d’air qui se dépêchèrent de fuir à la surface. Audren les regarda disparaître puis remonta à son tour. Il avait reconnu le maillot qui se rapprochait de lui.

« Tu restes trop longtemps sous l’eau, se plaignit Marine. C’est flippant.

– C’est pour voir si le maître-nageur réagit.

– Pourquoi ? Il te plaît ? » grogna-t-elle.

Audren se mit à rire, jeta un coup d’œil à l’horloge accrochée au mur.

« Il va être sept heures, dit-il. On y va ? »

Marine acquiesça.

Ils se retrouvèrent une demi-heure plus tard à l’extérieur de la piscine municipale. Il faisait encore jour, la température agréable malgré le temps couvert. Ils décidèrent de marcher un peu, jusqu’à la prochaine station de métro. Au-dessus d’eux, un goéland poussa un cri strident.

« C’est dingue le nombre de mouettes qu’il y a en ce moment, commenta Marine.

– Des goélands.

– T’es sûr ?

– Certain, c’est pas exactement la même bestiole.

– C’est toi le Breton. Mais si loin des côtes ? Tu crois que c’est à cause de la tempête ? »

Audren prit l’air mystérieux.

« Ils fuient la colère des dieux de l’océan. »

Marine leva les yeux au ciel, enchaîna sur le sujet des cours et des partiels qui venaient de terminer. Ils se quittèrent sur le quai, chacun partait dans une direction différente. Marine, comme toujours, prit l’air indécis, comme toujours, perdit courage et ne l’embrassa que sur la joue (comme toujours, Audren cacha son soulagement,).

Elle sentait la javel.


À son retour, Briac était en train de repasser, sourcils froncés et agacés.

« C’est les plis de ta chemise qui te mettent dans cet état ? » demanda Audren.

Briac le foudroya du regard, désigna la fenêtre.

« Y’aura bientôt plus de palmés que de pigeons, ici.

– Mais non.

– Quand est-ce que tu vas t’inquiéter ? Quand on devra foutre des sardines à l’huile sur le rebord de la fenêtre pour nourrir les cormorans ? »

Audren ne put s’empêcher de sourire.

« Ça continue ?

– Y’a des raisons que ça s’arrête ? rétorqua Briac. Ils sont tous là avec leurs explications à la con, « la faute à l’effet de serre », « la faute au gouvernement », « la faute aux pétroliers biélorusses ». Mais le pire, je crois, c’est ces crétins de néo-païens qui se réunissent sur la plage pour « apaiser les esprits de la mer ». »

Audren grimaça, Briac donna un nouveau coup de fer énervé.

« Étonnant qu’aucun d’entre eux ne se soit encore fait emporter. »

Depuis le début de l’interminable tempête, il y avait eu un nombre curieusement bas de morts noyés. Bateaux, filets et marins s’échouaient sur la côte, ces derniers encore plus surpris de se retrouver vivants que les équipes de secours qui les récupéraient.

L’église en avait gagné une recrudescence d’ex-votos à ne plus savoir qu’en faire.

« Les répercussions économiques vont être splendides, soupira Briac. Un lingot d’or le filet de sole.

– Tu veux dire qu’on le payait moins avant ? »


Les informations continuaient de tourner autour de la tempête ; aux reportages autour du réchauffement climatiques et de la panique des politiques se succédaient les arrachages de cheveux des scientifiques et les interviews de survivants.

« Tout ça est lié aux catastrophes naturelles de ces derniers temps, assurait un météorologiste incertain dans son bureau.

– Le gouvernement ne se préoccupe pas assez d’écologie ! grognaient les Verts au Parlement.

– Ça n’a aucun sens, absolument aucun, déclarait un océanographe au sourire crispé. Les coefficients sont complètement déréglés, les marées n’obéissent plus à l’attraction de la lune, vous comprenez ?

– Je suis heureux d’être en vie, murmura un marin bandé sur son lit d’hôpital, mais se faire rejeter aussi radicalement par la mer a de quoi vous briser un peu le cœur. »

Audren ouvrit le robinet de l’évier pour commencer à faire la vaisselle. Briac, un torchon à la main, avait cessé de commenter chaque spéculation. Dehors, il s’était mis à pleuvoir.

Cette nuit-là et pour la première fois depuis des années, Audren rêva du jour où la mer avait pris ses parents. De nouveau le voilier se renversa, de nouveau il sentit l’océan l’engloutir, tu restes avec moi ?

(Briac, debout au fond de la mer, les bras croisés, affirme à un banc de lançons : « Ce n’est pas de la colère, crétins, c’est de la tristesse, ça ne s’apaise pas. »

tu restes avec moi ?

je reviens

Du sel sur ses lèvres, sur sa peau

ne pleure pas)


« Tu vas quelque part ? » demanda Briac le lendemain matin.

Audren, termina d’enfiler ses chaussures. Il n’avait pris que son portefeuille.

« Je m’en vais, dit-il.

– D’où la question : tu vas quelque part ? »

Audran esquissa un sourire, haussa un sourcil. Briac détourna les yeux.

« J’ai mis mes affaires en ordre.

– Qu’est-ce que je dis à mes parents ?

– Que je les remercie pour tout ce qu’ils ont fait pour moi. Que je les aime.

– On n’est pas à une époque où on peut disparaître comme ça, soupira Briac.

– Je suis désolé. »

Son ami haussa les épaules.

« J’ai toujours su que tu resterais pas, depuis le jour où mes parents t’ont ramené. J’imaginais même pas que tu puisses quitter la côte. Depuis quand t’es pas rentré ? Deux, trois ans ?

– Trois ans.

– C’est bien plus longtemps que n’importe qui aurait supporté de t’attendre. Tu as eu de la chance. On a eu de la chance, de t’avoir si longtemps.

– J’ai été égoïste, acquiesça Audren. Au revoir Briac. Passe nous voir, un de ces jours. »

La porte se referma.

Quatre heures de voyage plus tard, Audren descendait sur la plage battue par le vent. La mer, déchaînée, était pourtant basse comme un jour de grande marée. Audren retira ses chaussures et, pieds nus dans le sable, marcha d’abord vers elle, pour savourer l’attente, sourire aux lèvres. Puis, impatient, désormais, il se mit à courir jusqu’à ce qu’une vague lui mouille les chevilles, le bas du jean.

Il regarda un rouleau se former, immense, s’écraser devant lui. L’eau et l’écume, lorsqu’elles se retirèrent, abandonnèrent un trésor sur la plage.


(« La mer ne rend jamais ce qu’elle prend, tu sais », lui dit Lyr.

Allongé sur le bord, il joue avec un bernard-l’hermite accroché à son doigt ; ses jambes pâles disparaissent dans l’eau, complètement, puis se reforment lorsque les vagues se retirent. Audren ne se lasse jamais du spectacle.

« Tu n’es pas la mer », rétorque-t-il.

Il faut toujours que Lyr se vante.

« Mais presque, répond Lyr, boudeur. Je pourrais ne jamais te rendre.

– Tu m’as déjà rendu », fait remarquer Audren.

La mer a gardé ses parents, mais Lyr l’a rendu à la terre. Audren n’a pas compris pourquoi avant longtemps, avant de vouloir toucher Lyr sans qu’il ne disparaisse en écume, avant d’embrasser ses lèvres salées.

Lyr l’a rendu à la terre pour qu’Audren lui revienne.

« Audren, mon roi », un joli rire en cascade, Lyr l’entraîne dans l’eau, sous l’eau, « Audren, reste avec moi ? »

Mais pas encore, pas tout de suite ; Audren sait qu’il reviendra toujours alors il s’en va tant qu’il peut.

« Tu m’oublieras. »

Audren se demande si les larmes de Lyr sont d’eau douce et les goûte, mais elles sont salées, salées, comme les lèvres, comme la peau de Lyr, comme les lèvres, comme la peau d’Audren.

« Ne pleure pas.

– Tu m’oublieras. »)


« Tu en fais, du bazar », dit doucement Audren.

Il tendit la main, caressa la joue de Lyr qui frémit, hésita à lui glisser entre les doigts.

« Tu m’as oublié », la voix de Lyr vibrait du chagrin des dauphins échoués sur les plages.

Audren l’enlaça, inspira l’odeur du sel, de la mer.

« Je t’ai dit que je reviendrais.

– Tu sens bizarre, lui dit Lyr et Audren éclata de rire.

– Je sens l’eau morte. Emmène-moi.

– Tu restes avec moi ? »

(« Tu restes avec moi ? »

Les lèvres de Lyr sont salées, salées, salées, Audren se demande pourquoi il n’a jamais soif que d’elles.)

« Ne me rends plus jamais. »

(Fin)

Petites notes :

– Oui, c’est fluffy, et alors ? XD

– Les trucs pas très clairs, c’est probablement parce qu’ils sont pas importants, le fond est très au fond. :p

– Audren signifie « haut roi », plus au moins.

– Lyr : Llyr/Lir/Ler signifie mer dans les différents dialectes celtiques/gaéliques, et accessoirement, un dieur de la mer

– Au départ, cette histoire devait se situer dans une forêt. En fait, ça n'avait strictement rien à voir que je pourrais écrire cette version vous croiriez qu'elles n'ont rien à voir. XD

– Non, je meurs pas d’envie de rentrer chez moi, qu’est-ce qui vous fait dire ça ? :D



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