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Fiction » Biography » Ce Matin font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Nuitari Aquarius
Fiction Rated: K+ - French - General - Reviews: 1 - Published: 12-18-07 - Updated: 12-18-07 - Complete - id:2452028

Ce Matin

Ce matin je me suis réveillée dans le silence pesant de ma petite chambre. Ou plutôt dans ses frissons hésitants.
Les chiffres sinistres et rouges de l'horloge m'imposaient leur criante vérité. Il Est l'Heure, disaient-ils en luisant comme des insectes d'un autre temps, d'une autre époque, s'agitant, grouillant dans l'obscurité.
Je n'ai pas envie de me lever. Je ne veux pas être sage.
La chaleur réconfortante de la couette est trop tentante. Si j'avais été Ève, nul doute que j'aurai mordu dans le fruit interdit sans plus tergiverser. En fait, je me trompe, les couvertures ne sont plus si chaudes. J'ai beau m'y blottir intimement, me rouler en boule comme le ferait un chat paresseux, rien n'y fait. Je veux garder les yeux fermés, mais de leur propre accord, ceux-ci cherchent la lumière éblouissante de la lampe de chevet. Le froid aussi a décidé de ne pas me laisser dans l'oisiveté plus longtemps. Alors il faut se lever, sortir de la torpeur maladroite du réveil, étendre les muscles paralysés par l'inactivité, se laisser presque tomber à côté du lit, tout en gardant les bras fermement ancré autour de la douceur molle et velouteuse de l'oreiller.
Il est l'heure.
Les cloches de l'Église ne m'épargnent pas à leur tour. Elles clament haut et fort que le jour se lève. Pourtant, elles mentent. Je me suis hissée sur la pointe des pieds, pour regarder par la petite fenêtre embuée. Dehors, il fait encore nuit. Les réverbères luisent toujours de leur lueur ambrée d‘insectes crépusculaires.
Et pourquoi se lever si le Soleil lui-même a décidé de rester là où il est ? Perdu qu'il est dans les draps noirs de velours brodé d'argent de la Nuit...
Un vrombissement. Des voitures défilent dans la rue en bas, leurs phares comme autant d'étoiles électroniques et sans chaleur, impersonnelles.
Le silence revient. Froid.
Il faut s'habiller, manger du bout des lèvres une nourriture au goût de cendre et sortir.
Le jardin est couvert d'une délicate pellicule blanche, éthérée. Je me penche. Les brins d'herbe immobiles sont prisonniers de fines gangues de glace fragile. Quelques rayons de soleil, et il n'y paraîtra plus.
Il faut trouver mes clefs, les saisir, les tourner dans la serrure grinçante, les doigts gelés. Mes mâchoires claquent sans mon aval. Mes lèvres gercées me font mal.
Refermer le grand portail derrière soi, découvrir la rue, humide et sèche à la fois, chichement éclairée par ces réverbères qui ne se lassent pas de me toiser avec orgueil. L'obscurité règne pourtant encore.
Descendre cette rue, les pieds glissant sur les plaques de verglas. Le froid, le vent me pique les yeux. Des larmes doivent perler sur mes joues rougies. Je marche dans les ruelles désertes, pressée par un impératif inexistant. Vite ! Dépêche-toi !
Mes pas me mènent à ce grand portail vert et noir. On dirait presque qu'une mousse séculaire s'y est entassée, marque imperturbable du temps qui file et ne s'arrête pas.
Et puis.
L'aube est là. Timide, hésitante. Rosée, dans sa grande robe d'or.
Bien qu'un sourire sur mes lèvres gercées me fasse souffrir, je ne le réprime pas. Pour cela juste, pour cette beauté modeste et humble de l'aurore victorieuse, il valait la peine de se réveiller.
Et de découvrir que le monde renaît chaque matin.
Demain il fera jour.



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