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Author: Mouf Mouf
Fiction Rated: T - French - Romance/Humor - Reviews: 63 - Published: 12-23-07 - Updated: 09-02-08 - id:2453754

Auteur : Mouf Mouf

Disclaimer : Tous à moi, du mignon petit couple aux jumeaux surexcités en passant par les parents cool ! Par contre, Everything est à Michael Bublé ! Ecoutez-la, elle est magnifique !

Genre : Romance yaoi (quand même !)… Famille… Angst et révélations…

Mai

-Attention, répétition finale ! lança soudain Lou avec un léger sourire. Quelles sont les trois règles ?

Samuel poussa un profond soupir qui ne passa pas inaperçu malgré la musique de l’autoradio mais n’arracha qu’un éclat de rire à Lou.

-Règle n°1… fit le blond, encourageant.

-Règle n°1, céda Samuel, ne pas m’obstiner à appeler tes parents ‘‘Monsieur, Madame’’ puisqu’ils vont me demander d’utiliser leurs prénoms dans les cinq secondes qui vont suivre notre arrivée.

-Bonne réponse, commenta Lou sans lâcher la route des yeux.

-Règle n°2, poursuivit le brun en comptant sur ses doigts, ne jamais donner de chocolat aux jumeaux en-dehors des goûters, quelques soient leurs suppliques, ça les rend intenables.

-Très importante, celle-là, fit son amant d’un air grave.

Un léger sourire naquit sur les lèvres de Samuel avant qu’il ne fronce les sourcils.

-Et la n°3… N°3… murmura-t-il en se mordillant la lèvre quand la voiture s’arrêtait au feu rouge.

-Quoi, tu as oublié la règle n°3 ?! s’insurgea Lou. La plus importante, la règle essentielle, inoubliable…

-Accouche ! intima le jeune homme. Tu…

Il fut interrompu par deux lèvres chaudes qui vinrent s’emparer des siennes pour un baiser tout doux. Je l’ai pas vu venir, celui-là… Loin de s’écarter, il profita pleinement de cet instant trop court avant que Lou ne doive se séparer de lui à regret pour reprendre la route. Il en profita d’ailleurs pour adresser un clin d’œil à la jeune conductrice d’à côté, clairement amusée.

-Alors, cette règle n°3 ? demanda Samuel, les joues rosies.

-Ne pas oublier mon bisou, expliqua Lou sur le ton de la plus parfaite évidence. Et surtout pas sous prétexte que mes parents sont là, ce n’est certainement pas eux qui vont critiquer ! Ils t’adorent déjà !

-Sans me connaître ? fit Sam, dubitatif.

Un clin d’œil lui répondit comme une main douce pressait sa cuisse.

-Tu as un bon avocat…

Un large sourire naquit sur les lèvres de Samuel comme il entrecroisait ses doigts à ceux posés sur sa cuisse. Une musique légère envahit l’habitacle et Lou se mit à chantonner en rythme, berçant doucement son amant.

-Cause in this crazy life, and through these crazy times

It’s you, it’s you, you make me sing

You’re every line, you’re every word, you’re everything...

C’était Lou qui avait eu cette idée de l’emmener passer ce week-end prolongé chez ses parents. Il lui avait vanté les beautés de Chartres, assuré que ses parents et ses frères seraient ravis de le rencontrer, depuis le temps qu’il leur parlait de lui… Et si Samuel avait commencé par sérieusement tiquer à cette idée, Lou avait su déployer des arguments qui l’avaient convaincu… D’autant plus que dès qu’ils avaient été mis au courant, tous leurs amis étaient venus lui vanter la famille Liaret. D’Alex, bien sûr, inconditionnel des parents et de la beauté de la ville, à Anna, folles des deux petits frères, en passant par Kyril, qui s’était contenté de qualifier la maison ainsi que la famille de ‘‘supers !’’. Soit. N’empêche qu’ils s’étaient ensuite tous accordés pour dire que Lou était un digne représentant de sa famille de cinglés. Ça promettait. Mais ce qui ravissait et turlupinait Samuel le plus à la fois, c’étaient les derniers mots d’Alex avant qu’ils ne quittent la dernière soirée. ‘‘Lou aime emmener ses amis chez lui, leur faire partager et découvrir son univers. Mais il n’a encore jamais présenté d’amant à ses parents, même s’ils sont au courant de ses… préférences. Tu es le premier.’’ Cela signifiait donc beaucoup pour le blond. Et du coup, on ne se refait pas, Samuel stressait. Il jeta un coup d’œil au jeune homme, qui lui offrit un regard joyeux et un doux sourire une courte seconde avant de se concentrer à nouveau, sans cesser de chantonner.

-You’re every song, and I sing along

Cause you’re my everything...

Tout se passerait bien.

   

Samuel sursauta presque lorsque Lou gara la voiture devant une maison aux murs rouge foncé. Il était encore sous le charme de la ville qu’il n’avait pourtant qu’entre-aperçue. Il avait pu admirer les flèches de la cathédrale de loin, s’était amusé de la place aux jets d’eau où couraient déjà des enfants trempés et avait contemplé les jolies maisons un peu vieillottes des quartiers qu’ils avaient traversés. Celle qui se dressait maintenant devant lui devait avoir un bon siècle. Des murs sombres, des appliques de fenêtres ouvragées, une lourde porte en bois de chêne…

-Tu viens ou tu préfères prendre racine sur le trottoir ? lança Lou avec un sourire en coin, chargé de leurs deux sacs.

Samuel lui adressa une grimace avant de le rejoindre devant la porte, soudainement impressionné. Il avait décidément un réel problème avec les portes, il allait falloir qu’il se penche dessus… Tandis qu’il se perdait en considérations profondes, Lou bataillait ferme avec son sac à dos pour retrouver ses clés qui semblaient avoir décidé de jouer à cache-cache.

-Trouvées ! lança-t-il triomphalement en les extirpant d’une chaussette sous l’œil amusé du brun. Bon, alors maintenant, respire à fond, prépare-toi psychologiquement… Et compte à rebours avec moi ! 3…

Il inséra la clé dans la serrure sous le regard d’un Samuel soudain inquiet pour sa santé mentale.

-2…

Il tourna la clé jusqu’à entendre le déclic caractéristique.

-1 !

Il ouvrit la porte en grand et des cris perçants retentirent aussitôt.

-Loooooooooooooou !

Samuel eut juste le temps de voir deux mini fusées blondes se ruer sur son amant en riant, s’accrochant à ses bras et à sa chemise, chacune cherchant à capter son attention mieux que l’autre.

-Tu sais, il faudra que tu viennes voir notre chambre…

-Maman a acheté plein de chocolat, tu feras un gâteau, dis ?

-Paske on a eu plein de Playmobil nouveaux, faudra qu’on te montre…

-Et tu mettras du coulis avec, hein, paske c’est trop bon avec du coulis !

Et tout ça en sautant dans tous les sens autour de Lou, en une sorte de danse tribale revisitée. Un rien effrayant, pour un fils unique, même quand on a l’habitude des enfants et qu’on les adore.

-Stop ! cria soudain Lou, stoppant net le combat de répliques et les mouvements désarticulés.

Il s’accroupit jusqu’à être au niveau des deux têtes blondes et leur planta à chacun un gros bisou sur la joue, qu’ils lui rendirent en même temps.

-Salut les monstres, fit-il avec un large sourire. Samuel, je te présente mes deux petits frères, Will et Antonin. Les jums, voici mon ami Samuel.

Ils échangèrent des bonjours timides. Les deux jumeaux se ressemblaient comme deux gouttes d’eau, à quelques légères différences près. Aussi blonds que Lou, ils avaient les mêmes yeux verts clairs qui leur donnaient un regard perçant, la même bouille encore un peu ronde des jeunes enfants, le même sourire espiègle. Mais Will était un poil plus grand qu’Antonin, et tout dans son attitude montrait qu’il était le plus assuré et le plus effronté des deux. Antonin semblait plus calme, plus réservé. C’était lui qui se serrait le plus étroitement contre son grand frère tout en regardant Samuel. Le jeune homme se mit à sa hauteur et lui adressa un gentil sourire, auquel l’enfant répondit timidement.

-T’as des yeux bizarres, fit soudain remarquer Will en s’approchant un peu.

Samuel éclata de rire et une voix un rien grondeuse coupa sa réponse.

-Will ! ça ne se dit pas, enfin !

Samuel releva les yeux pour tomber sur les parents de Lou qui s’approchaient. Un couple grand et souriant. Le père était aussi brun que la mère était blonde, et avait donné ses yeux à ses plus jeunes fils. Ils avaient l’air doux des parents fous de leur progéniture, et embrassèrent Lou en riant.

-Enchanté, jeune homme, fit le père en se tournant vers Samuel. Je m’appelle Patrick et voici ma femme Laurine.

-Bonjour Monsieur, Madame, répondit le jeune homme en serrant la main offerte.

-Pas de ça chez nous, voyons, ça nous donne l’air de vieux croûtons ! corrigea Laurine en lui plaquant deux bises sur les joues. Appelle-nous par nos prénoms !

Lou lui adressa un clin d’œil derrière l’épaule de son père et Samuel lui tira la langue en représailles.

-Avec plaisir, répondit-il en souriant. Et ne vous inquiétez pas pour Will, j’ai l’habitude qu’on me fasse des remarques sur mes yeux.

-C’est vrai qu’ils sont très beaux, remarqua la mère.

Samuel rougit instantanément.

-Maman ! s’exclama Lou, les poings sur les hanches.

-Mon cœur, je remarquais juste que tu l’avais très bien choisi, ne sois pas jaloux, fit Laurine en lui tapotant l’épaule sans tenir compte du regard assassin de son fils. Bien, je vous laisse poser vos sacs à l’étage et je prépare le goûter avec les jums, d’accord ? En route les monstres ! ajouta-t-elle en les poussant dans la cuisine.

-Bienvenue chez nous ! fit Patrick d’un air faussement fataliste. Je vais aller vérifier qu’ils ne se blessent pas, sait-on jamais…

Il disparut dans la cuisine sur un dernier sourire… et s’écria quelques instants après :

-Non, Laurine ! On avait dit pas de Nutella avant le goûter, lâche cette cuillère !

Lou éclata de rire en secouant la tête et s’empara des sacs.

-Ça m’avait manqué ! remarqua-t-il en montant les escaliers.

Samuel le suivit sans un mot, détaillant chaque photo accrochée au mur tout au long des marches. Des bébés blonds, un gamin recouvert de boue un sourire jusqu’aux oreilles avec un ballon de rugby sous le bras, deux petits sur un poney, une famille souriante derrière un gigantesque château de sable, une cabane dans les arbres habitée par trois pirates victorieux… Des images de bonheur, partout, qui faisaient écho à un vide, là, quelque part chez Samuel… Le jeune homme secoua la tête. Hors de question de s’apitoyer. Cette famille-là était heureuse, tant mieux, la sienne ne l’était pas, tant pis. Et point final.

-Samuel, par ici ! l’appela la voix de Lou, le guidant le long de couloir.

Il poussa une porte bleue décorée d’une tête de cheval peinte à même le bois et pénétra dans la chambre de Lou. Un grand lit double occupait tout un pan de mur, surplombé par une étagère croulant sous les livres et les CD. Une armoire en bois massif occupait le mur d’à côté, et une large fenêtre s’ouvrait en face, déversant la lumière du soleil sur les murs bleu clair. Des photos d’amis souriants, des dessins de chevaux et de paysages occupaient tout l’espace au-dessus du bureau posé contre le dernier mur. Une chambre simple et claire, à l’ambiance chaleureuse. Toute à l’image de son propriétaire. Deux bras vinrent encercler la taille de Samuel et un corps chaud se pressa doucement contre son dos tandis qu’un visage se nichait dans son cou.

-Alors, qu’est-ce que tu en dis ? souffla Lou à son oreille.

Samuel renversa la tête pour la poser sur son épaule et joignit ses mains aux siennes.

-C’est génial. J’adore, fit-il simplement. Ta famille a l’air super.

-Attends de les voir en action au goûter ! prévint Lou à quelques centimètres de ses lèvres.

Samuel eut un léger rire et n’eut qu’à franchir la courte distance pour obtenir un baiser dans un sourire. Ils s’embrassèrent tout en lenteur, attisant lentement les sens de l’autre… lorsque trois voix impérieuses les interrompirent.

-Les garçons, le goûter est servi !

-On a faim !

-Je veux du Nutella !

Ils se séparèrent à regret et éclatèrent de rire.

-Qu’est-ce que je te disais ? fit Lou d’un air désabusé.

   

Antonin léchait ses doigts pleins de Nutella et Samuel finissait sa dernière tartine, repu. Les goûters de la famille Liaret viendraient à bout du plus féroce des appétits !

-Sammy ? Qu’est-ce que tu dirais d’aller faire un petit tour en ville, histoire de découvrir… et de digérer ? fit Lou avec un clin d’œil.

-On peut venir, on peut venir ? s’écria Will en bondissant sur sa chaise tandis qu’Antonin adressait un regard mouillé de chiot à son grand frère. Avec les vélos, qu’on te montre comment on est doués !

-Samuel ? demanda Lou. Tu veux bien ?

Les deux petits se tournèrent aussitôt vers le brun, suppliants. Il leur adressa un large sourire en hochant la tête.

-Pas de problème, répondit-il. Ils mettront de l’animation.

-Ouaaaaais ! s’écrièrent les jumeaux en chœur en bondissant de leurs sièges, courant à l’étage pour y chercher leurs pulls.

-Parce que tu insinues que je suis ennuyeux, c’est ça ? remarqua Lou en rangeant le Nutella.

-Maintenant que tu en parles, fit Samuel d’un air dégagé en se levant.

Il adressa un large sourire moqueur à son amant en réponse à son air outré.

-Et 1-0 pour Samuel ! s’exclama Laurine.

-Bien joué ! ajouta Patrick.

-Hey ! protesta leur fils. Vous êtes dans quel camp, vous ?

Ses parents se consultèrent un instant du regard puis adressèrent un clin d’œil à Samuel.

-Celui de ton adversaire ! répondirent-ils en chœur sous le rire du brun.

Lou se contenta d’un grognement en saisissant les mains de ses petits frères enfin prêts. Il les entraîna vers la porte sans un regard pour le trio éclaté de rire. Samuel se reprit comme il sortait et lui courut après en attrapant sa veste au vol.

-Mauvais joueur, va ! lança-t-il en refermant la porte derrière lui.

Lou haussa les épaules… et lui vola un baiser derrière ses petits frères occupés à enfourcher leurs vélos.

-Puni ! lança-t-il avant de se pencher sur Will pour l’aider à attacher son casque.

Samuel s’approcha avec un sourire en coin.

-Avec des punitions pareilles, je veux bien faire plein de bêtises, lui glissa-t-il à l’oreille.

Sur ces mots, il se détourna pour aider Antonin à son tour sous le rire de son amant.

   

Lou les entraîna dans le dédale des rues de Chartres quasiment désertées par les voitures en ce long week-end, laissant le champ libre aux deux petits cyclistes en toute sécurité. Il présenta à Samuel sa maternelle, son école primaire où allaient désormais ses deux frères, le collège, le lycée, les zones sportives, ses magasins préférés… Mille anecdotes lui venaient à chaque lieu qu’ils traversaient et il s’appliquait à les lui raconter entre deux courses avec ses petits frères. Samuel nota les yeux brillants, le sourire lumineux comme Lou se perdait dans ses souvenirs. Il avait eu une enfance et une adolescence heureuses dans cette ville, c’était indéniable.

-Tiens, fit-il en s’arrêtant devant une fontaine de pierre blanche sur une place déserte. J’étais assis là, exactement sur ce rebord, en mangeant une glace au chocolat, lorsque ma mère m’a appris qu’elle était enceinte. J’avais 16 ans, ajouta-t-il avec un sourire.

-Et t’étais content ? demanda Will en freinant devant lui.

Dans l’expectative, les jumeaux levèrent la tête vers lui, pleins d’espoir. A cet instant, Samuel capta enfin la profondeur de l’affection qui liait les trois frères, malgré la différence d’âge. Lou raffolait de ses petits frères, et ces derniers lui vouaient une admiration et un amour sans bornes. Nul doute qu’il en serait toujours de même, et savoir que ce sentiment lui serait toujours étranger lui causait comme un pincement au cœur. Pas de jalousie ou d’envie, non, juste… un manque.

-Ben… répondit Lou avec un demi-sourire. Je me suis d’abord dit que vous alliez faire du bruit, me piquer mon chocolat…

-Même pas vrai ! protesta Antonin.

-Méchant ! renchérit Will en fronçant les sourcils.

Ce qui le rendait plus mignon qu’effrayant, d’ailleurs, tel un chaton outré qui essaye de feuler.

-Et puis en fait, maintenant, je me suis habitué à vous les grumeaux ! fit Lou avec un clin d’œil.

Il leur planta à chacun un gros baiser sur la joue sous le rire des deux petits et l’œil amusé de Samuel. Puis, avisant son amant, il glissa quelques mots à l’oreille de Will. Une lueur espiègle et un rien inquiétante passa dans le regard du petit blond, qui s’approcha innocemment du jeune homme avec un grand sourire.

-Samuel ? lança-t-il en lui tendant la main.

Le jeune homme haussa les sourcils en lui tendant la sienne. Méfiance, c’était un Liaret… En effet, le petit tapa dedans avant de bondir en arrière et de s’enfuir à toute allure de l’autre côté de la fontaine, entraînant Antonin avec lui.

-C’est toi le chat ! claironna-t-il une fois en sûreté.

Samuel en resta un instant interdit, pas vraiment certain d’avoir tout suivi. Son regard passa de sa main à Will planqué derrière la gerbe d’eau, puis s’arrima aux yeux d’un Lou hilare.

-Il s’est passé quoi, là ? demanda-t-il avec une grimace d’incompréhension.

-Tu t’es fait avoir comme un bleu, mon cœur ! répondit Lou en se tordant de rire.

-Attrape-nous ! renchérit Antonin, les yeux brillants.

Un large sourire naquit sur les lèvres de Samuel. Les frères Liaret voulaient jouer ? Très bien, ils allaient jouer ! Il poussa un rugissement terrifiant en bondissant vers les deux enfants qui s’égaillèrent en riant. Lou évita souplement son attaque et s’enfuit de son côté. Ils jouèrent longtemps sous le regard amusé des rares passants, étonnés de voir deux grands jeunes hommes pourchasser des enfants en riant et se chasser l’un l’autre, courant tout autour de la place, virevoltant autour des arbres. Lou et Samuel se laissait complaisamment attraper par les jumeaux, feignaient des pertes de vitesse pour les laisser fuir. Lorsqu’il en eut assez de ce petit jeu, Lou proposa une alliance à Samuel.

-Bon, attaque finale ? lança-t-il.

Son amant lui adressa un clin d’œil et chacun fondit sur un enfant, l’enlevant dans ses bras avec un éclat de rire, le fit tournoyer dans ses bras avant de planter un gros baiser sur sa joue.

-Je t’aime bien, tu sais, fit gravement Antonin lorsque Samuel le reposa à terre.

Le jeune homme n’eut pas le temps de réagir que déjà le petit blond entraînait son frère vers les vélos. Il en resta tout chose un instant puis éclata de rire.

-Te voilà adopté ! lança Lou qui s’était rassis sur le rebord de la fontaine.

-On dirait, oui, acquiesça Samuel en s’asseyant à côté de lui. Tes petits frères sont adorables. Et increvables, on dirait ! ajouta-t-il en les regardant slalomer à vélo entre les arbres.

-Ça, c’est parce qu’ils ont ingurgité plein de Nutella et qu’ils sont surexcités, répliqua le blond en riant. Attends de voir ce soir, ils vont s’endormir le nez dans leur assiette !

-J’aime bien tes parents, aussi, ajouta Samuel. Ils ont l’air… gentils.

Son visage se ferma à ces mots, et Lou ne jugea pas nécessaire d’insister. Son amant ne lui avait toujours pas expliqué les origines de sa brouille avec ses parents, et il n’allait pas le pousser aux confidences tant qu’il ne le voudrait pas, bien que ce sujet le turlupinait depuis un moment.

-Et… comment ont-ils réagi ? reprit Samuel, le sortant de ses pensées. Le jour où ils ont su pour toi ?

Lou comprit instantanément la question et haussa les épaules.

-Plutôt bien, en fait, fit-il en fixant ses mains jointes. J’avais 17 ans et les jumeaux tout juste un an. Je venais de me faire larguer par mon copain, d’ailleurs. C’est bizarre, non ? ajouta-t-il avec un rire bref. D’habitude, on fait ce genre d’annonce quand on a rencontré quelqu’un, pas l’inverse. Enfin… J’ai jamais voulu faire comme tout le monde, hein ?

Samuel eut un léger rire. En effet, c’était le moins qu’on puisse dire du blond.

-Bref, c’était en avril, il faisait super beau et je rentrais d’un après-midi au parc avec mes potes qui s’étaient ingéniés à me remonter le moral tout du long. Mes parents étaient installés au salon, ma mère jouait du piano et mon père écoutait religieusement, les deux petits faisaient la sieste. J’avais la trouille, et en même temps je me disais que c’était un quitte ou double. Alors je me suis lancé dans une bafouille pas du tout préparée, un peu bégayante par moments, mais tout à fait convaincue.

-Et alors ? le pressa son amant.

Lou s’autorisa un doux sourire avant de continuer.

-Alors il y a eu un blanc. Ma mère s’est levé du piano, est venue devant moi, rejointe par mon père. Un court instant, j’ai cru qu’ils allaient me gifler. Mais ils m’ont pris dans leurs bras et m’ont serré très fort. Ma mère pleurait. Ils m’ont dit en vrac qu’ils m’aimaient, qu’ils voulaient me voir heureux même si c’était différemment des autres, et mon père s’est même proposé pour aller casser la gueule de celui qui venait de me briser le cœur ! ajouta-t-il en riant. J’ai appris plus tard qu’ils en ont longuement parlé, qu’il leur a tout de même fallu quelques jours pour se faire complètement à l’idée… Mais ils ne m’ont jamais rejeté. Et ils sont aujourd’hui très heureux de rencontrer celui que j’aime, fit-il doucement en serrant la main de Samuel posée sur la pierre blanche.

Le jeune homme lui rendit son étreinte avec un large sourire.

-Tu as beaucoup de chance, murmura-t-il en perdant son regard plus loin.

Lou attendit une confidence qui ne vint pas. Alors il se contenta d’embrasser tendrement Samuel sur la tempe et de le serrer brièvement contre lui. Il lui raconterait peut-être plus tard. En attendant, il se faisait tard et son estomac commençait à gronder de façon fort peu élégante.

-On rentre ? proposa-t-il en se levant.

Samuel réprima sa nostalgie en suivant le mouvement. Rien ne servait de s’apitoyer sur ce qu’il n’aurait jamais. Ses relations avec ses parents étaient déjà désastreuses, comment réagiraient-ils en apprenant qu’il aimait un homme ?! L’idée de leur réaction pourrait être drôle si elle lui laissait pas un goût amer dans la bouche. Il se gifla mentalement. Il avait fait un croix sur sa famille depuis longtemps, inutile de faire des comparaisons douloureuses. Mieux valait apprécier la famille qui l’accueillait aujourd’hui les bras ouverts.

-Et comment on rattrape les monstres ? s’informa-t-il auprès de Lou en haussant les sourcils.

-Comme ça, répondit le jeune homme avec un clin d’œil. Will, Antonin, à taaaaable ! cria-t-il.

-Manger ! hurlèrent les deux petits en revenant à toutes pédales vers eux.

Samuel éclata de rire. En effet, c’était efficace ! Il faudrait qu’il teste la méthode sur Lou, tiens, la prochaine fois qu’il le perdait dans les magasins…

   

-Et voici le dessert ! claironna Laurine en revenant de la cuisine les bras chargés d’une charlotte aux fruits rouges.

Samuel interrompit une discussion passionnante avec Patrick au sujet des voiliers et éclata de rire en voyant les yeux des quatre Liaret mâles se mettre à pétiller. Ils venaient d’avaler un rôti de bœuf de taille respectable, des pommes de terre au four par-dessus, et ils avaient encore de l’appétit pour un dessert pareil ?! Laurine intercepta son air interloqué et lui adressa un sourire amusé.

-Vois-tu Samuel, il faut bien nourrir ces estomacs sur pattes ! fit-elle en posant la charlotte sur la table. Enfin, estomacs, je devrais dire gouffres…

-Mais c’est que ta cuisine est si délicieuse, ma petite maman ! répondit Lou d’un air enjôleur en tendant son assiette.

-Dommage que tu n’aies pas hérité de ce talent, lança Samuel l’air de rien en servant Will.

Lou manqua de s’étouffer avec sa première bouchée et lui adressa un regard noir comme ses parents éclataient de rire, regard auquel son amant répondit par un sourire innocent.

-Espèce de traître, va, marmonna le blond.

-Jeune homme, je te tire mon chapeau ! s’exclama Patrick. Il est rare de voir Lou se faire moucher de la sorte !

Son fils se contenta de lui tirer la langue et Samuel éclata de rire. L’ambiance avait été la même tout au long du repas, légère et joyeuse. Patrick et Laurine se révélaient des hôtes charmants et pleins d’humour, jamais à cours d’anecdotes un poil embarrassantes sur Lou au grand dam de ce dernier. Ils savaient également écouter, s’intéressaient, posaient des questions. Sauf sur ses parents. Samuel soupçonnait Lou de les avoir discrètement mis au courant qu’il s’agissait d’un sujet tabou, et l’en remerciait intérieurement. Il aurait été dommage de plomber le dîner. Il s’étonnait d’ailleurs encore un peu d’être accepté ainsi sans restriction, aussi bien au statut que petit ami de Lou que comme simplement lui-même. C’était rafraîchissant et reposant à la fois. Jusqu’à Will et Antonin qui lui racontaient pêle-mêle l’école, les copains, les poneys et leurs Playmobils. Une ambiance de douce folie, donc.

-Votre charlotte est délicieuse, Laurine, fit Samuel en léchant sa cuillère.

-Je vois ça, oui, répondit-elle avec un sourire amusé. Et même elle ne pourra pas te convaincre de me tutoyer ?

Samuel grimaça comiquement. C’était leur nouveau cheval de bataille : maintenant qu’il les appelait par leurs prénoms –un peu le pistolet sur la tempe par Lou, mais bon…-, ils essayaient de le persuader de les tutoyer. Affaire autrement plus compliquée.

-Attaque demain avec ta tarte caramélisée aux bananes, glissa Patrick, ça marchera peut-être !

-Bonne idée mon cœur, répondit sa femme, je note !

Lou ouvrit la bouche pour répliquer mais fut coupé par un énorme bâillement fort peu discret d’Antonin, aussitôt suivi par Will qui se frottait les yeux. Les deux petits papillonnaient des yeux depuis un moment déjà, mais là ils semblaient sur le point de s’endormir dans leurs assiettes.

-Bon, je crois que la limite est atteinte, fit remarquer Laurine en caressant la joue d’Antonin avec un doux sourire. Au lit les monstres ?

-Pas des monstres, protesta doucement Will en réprimant un deuxième bâillement.

Antonin descendit de sa chaise en s’emparant de la main de Lou, tirant pour l’obliger à se lever.

-C’est toi qui raconte l’histoire ! lança-t-il d’un ton qui ne souffrait aucune objection.

-A vos ordres, chef ! répondit son grand frère d’un air amusé. Allez, bisou aux parents et montez vous mettre en pyjama, j’arrive.

Les deux petits se prirent par la main et se dirigèrent vers les escaliers. Mais avant d’avoir grimpé la première marche, Will se tourna vers Samuel, les sourcils froncés.

-Tu viens toi aussi, hein ?

Le brun haussa les sourcils et adressa un regard interrogateur à Lou, lequel se contenta de hausser les épaules. Alors Samuel adressa un sourire au petit blond.

-D’accord, j’arrive avec Lou.

-Ouuuuuais !

Un soudain regain d’énergie fit avaler les marches aux jumeaux et ils disparurent à l’étage en discutant avec animation. Lou et Samuel aidèrent à débarrasser le temps qu’ils se mettent en pyjama, puis le blond vint saisir la main de son amant et déposa un baiser sur la paume.

-On va aller se coucher nous aussi, annonça-t-il à ses parents. La journée a été longue.

-Heu… je dors où, moi ? demanda Samuel.

Ben oui, la question n’avait pas encore été abordée… Les trois Liaret le regardèrent avec des yeux ronds.

-Avec moi, non ? répondit Lou sur le ton de la plus parfait évidence.

-Enfin, sauf si tu en as assez qu’il ronfle et gigote dans son sommeil… fit Patrick avec un sourire en coin.

-Non, mais… tenta Samuel.

-Ne cherche pas, tu t’enfonces mon chéri, le coupa Laurine en le prenant par les épaules. Filez vous coucher, vous avez l’air d’en avoir besoin !

Sur ces mots, elle lui planta un gros baiser sur la joue, fit de même avec son fils puis entraîna son mari dans le salon. Le brun en resta comme deux ronds de flan. Un éclat de rire le tira de son étonnement et il se tourna vers Lou. Le blond lui embrassa le bout du nez et l’emmena vers les escaliers.

-Mes parents sont plutôt souples, fit-il en réponse au regard étonné de Samuel. Je t’aime, on est ensemble, il n’y a pas de raison pour qu’on ne dorme pas ensemble, ajouta-t-il en haussant les épaules.

Un sourire naquit lentement sur les lèvres du brun.

-Ça me va, répondit-il en resserrant son étreinte sur la main qui tenait la sienne.

-J’espère bien ! répliqua Lou en riant.

Ils débarquèrent dans la chambre des deux petits. La moquette était jonchée de jouets, et atteindre les lits superposés opposés à la porte sans en écraser relevait du miracle ou de la haute voltige, à voir. Toujours est-il qu’ils finirent par s’affaler sur le lit du bas, où étaient installés les deux petits, chacun son doudou dans les bras, kangourou pour Will, dauphin pour Antonin. A peine étaient-ils arrivés que Will tendait déjà un livre à Lou. Samuel sourit en lisant le titre : ‘‘Les Passiflore déménagent’’.

-Encore ?! s’exclama Lou en s’installant contre l’oreiller, Will serré contre lui. Vous le connaissez par cœur !

-Lis ! fut la seule réponse de son frère.

Samuel s’appuya contre le mur, assis tranquillement sur la couette. Il regarda avec étonnement Antonin se faufiler jusqu’à lui et se glisser entre ses bras et sur ses genoux, posant sa tête sur son épaule. Il referma ses bras autour de lui et le petit lui adressa un sourire qui le fit fondre.

-Tu fais un vrai nounours de compèt’, Sammy ! remarqua Lou en riant.

Son amant se contenta de lui tirer la langue et de lui indiquer le livre du menton. Alors le blond s’exécuta et commença à lire. Samuel écouta avec un sourire les aventures d’une famille de lapins qui changeaient de maison, d’autant plus que Lou s’amusait à changer de voix en fonction des personnages, pour le plus grand plaisir des deux petits. Cependant, il était temps que l’histoire se termine, car il sentait Antonin s’endormir contre lui et se faire plus lourd entre ses bras. Il ne réagit presque pas lorsqu’il le souleva pour le mettre dans son lit, se contentant d’ouvrir un œil.

-Demain c’est toi qui raconte, marmonna-t-il d’une voix ensommeillée.

Samuel haussa un sourcil, regarda Will. Le petit se contenta de hocher la tête en fermant les yeux, réclamant un câlin à Lou.

-D’accord, fit le brun en déposant un baiser sur la joue du petit blond. C’est moi qui raconterais demain.

Il fit de même avec Will, et lorsque les deux grands quittèrent la chambre, les jumeaux dormaient déjà.

   

Assis sur le lit, Lou regarda Samuel revenir de la salle de bains, vêtu en tout et pour tout d’un T-shirt ample et d’un boxer pour la nuit. Il le regarda évoluer dans la chambre, pliant ses affaires, rangeant sa trousse de toilettes, et un profond sentiment de bien-être l’envahit. Tout s’était bien passé. Sa famille l’avait accepté sans la moindre difficulté –quoiqu’il ne s’était jamais fait beaucoup de souci à ce sujet-là-, mais surtout Samuel s’était détendu. Il avait accepté les marques d’affection comme telles, et même si sa famille ne pourrait jamais remplacer celle qu’il n’avait plus, Lou était tout prêt à la lui prêter autant qu’il le faudrait, rien que pour voir ce sourire ravi sur son visage le plus longtemps possible. Le jeune homme réprima un éclat de rire en réalisant jusqu’où l’avaient mené ses réflexions, effaré par le potentiel romantique qu’il recelait au fond de lui-même. Merde, après tout il était amoureux, non ? D’ailleurs, il finit par se lever et alla enlacer Samuel, le serrant contre lui, enfouissant son nez dans ses cheveux, s’imprégnant de son odeur. Un peu étonné, le brun ne lui en rendit pas moins son étreinte, appréciant la chaleur de ses bras autour de lui, les battement de son cœur contre le sien. Une main douce lui releva le menton pour faciliter l’accès à des lèvres chaudes et affamées. Il profita pleinement du baiser, souriant lorsqu’ils se séparèrent.

-En quel honneur ? chuchota-t-il en chassant une mèche blonde qui voilait le regard sombre de son amant.

-J’en avais envie, répondit Lou sur le même ton avant de s’emparer à nouveau des lèvres douces qui l’attiraient tant.

Tout en s’embrassant, les deux garçons se laissèrent tomber sur le lit, bien que les mains caressantes restent sages. Ils étaient chez les parents de Lou, leur chambre et celle des petits se trouvaient juste à côté, il était hors de question de pousser les choses trop loin. Alors ils se glissèrent sous la couette sans perdre le corps de l’autre, Samuel comme à son habitude blotti dans les bras de Lou. Le jeune homme posa sa joue sur les mèches brunes et ils restèrent silencieux, chacun profitant simplement de la présence de l’autre.

-Mes parents n’ont jamais voulu de moi, fit soudain Samuel.

Lou dressa l’oreille. Une confidence, enfin ?

-Ils sont sortis ensemble quand ma mère avait 17 ans et mon père 20. C’était un amour de jeunesse sans importance, sauf que ma mère est tombée enceinte. Accidentellement. Et comme elle venait d’une famille très croyante, elle n’a pas avorté, et les deux familles ont fait pression sur leurs enfants pour qu’ils se marient. Ça limitait le scandale, tu comprends ? ajouta-t-il avec un rire bref. Et je suis né. Je ne comprenais pas pourquoi ma maman ne me faisait presque jamais de bisous au contraire de celles de mes copains, pourquoi mon papa ne jouait jamais avec moi. J’ai vite compris qu’ils ne s’aimaient plus, mais ils n’ont jamais divorcé. Pression de mes grands-parents, sûrement. Ils ont toujours vécu sous leur coupe. Je n’en pouvais plus de l’atmosphère à la maison. Alors le soir où mon père m’a balancé que chaque fois qu’il me voyait il se rappelait son erreur qui avait gâché sa vie, je suis parti. Et je n’ai plus jamais eu de contact avec eux. Je raconte l’histoire de la pharmacie quand on me pose la question, c’est plus banal et moins glauque.

Le tout avait été débité sur un ton monocorde, comme un sujet banal. Sauf que Lou sentait des larmes rouler sur les joues de Samuel long de son épaule, et des tremblements lui secouer les épaules. Il se refusa pourtant à le réconforter immédiatement, préférer crever l’abcès jusqu’au bout.

-Jamais ? demanda-t-il en resserrant tout de même l’étreinte de ses bras autour de Samuel.

-Non, répondit le brun en s’essuyant les yeux, en vain. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus et je m’en fous.

Son visage se ferma plus encore à ces mots si c’était possible, démentant ses paroles. Il souffrait de ce manque d’amour et d’attention, c’était évident. Et comme un petit enfant, il espérait encore sans trop y croire pourtant. Lou sentit un bouffée de haine monter en lui envers ceux qui l’avaient blessé ainsi. Et il mesura également l’importance de la confession de Samuel. Pourtant rien ne lui venait à l’esprit, que des mots banals et vides de sens. Alors il se contenta de déposer un baiser tout doux sur la tempe de son amant et de le bercer, serré contre lui le temps que ses larmes se tarissent.

-Tu vois, reprit Samuel d’une voix tremblante, quand je vois ta famille, ça me rassure. Elles ne sont pas toutes nulles.

-Je te la prête quand tu veux, répondit Lou en souriant. Surtout les jumeaux. Ça me fera des vacances.

Un léger rire secoua Samuel au milieu de ses larmes. Ça lui avait fait du bien de tout déballer à Lou, même si le sujet le faisait encore souffrir. Les bras du blond autour de lui, sa présence contre lui, sa chaleur qui s’insinuait en lui et chassait sa peine, tout cela n’avait pas de prix. Une main douce vint essuyer ses larmes, glissant le long de ses paupière pour l’obliger à fermer les yeux tandis que l’autre se perdait dans ses cheveux.

-Moi je t’aime Sammy, murmura une voix tendre à son oreille. Tu m’as pour un bon moment.

Le jeune homme sourit et chercha les lèvres de son amant.

-Alors je vais bien faire attention à ne pas perdre le titre de propriété, répondit-il avec un sourire encore tremblant.

Lou éclata de rire avant de l’embrasser. Il était hors de question qu’il le perde. Jamais.

   

Une fois n’est pas coutume, Samuel se réveilla le premier ce matin-là. Enfin, se réveilla… Il reprit lentement conscience, blotti dans un cocon de chaleur qui s’avéra être un mélange de couette épaisse et de l’étreinte farouche de son petit ami qui le tenait serré contre lui. Il y avait plus désagréable comme situation. Samuel eut un sourire attendri en contemplant le visage endormi du blond. Il le soupçonnait d’avoir veillé tard sur lui, bien après que ses larmes se soient épuisées et qu’il se soit endormi. Et il lui en était reconnaissant. Son doigt suivit presque sans la toucher la ligne de la joue de Lou, releva quelques mèches rebelles, glissa sur la bouche entrouverte. Ne pouvant résister plus longtemps, il y déposa un baiser léger comme une plume. Mais il s’avéra vite que Lou était loin d’être aussi endormi qu’il le paraissait, puisqu’une main retint Samuel par la nuque et que des lèvres caressantes revinrent prendre les siennes. Le jeune homme sourit dans le baiser.

-Bonjour toi, murmura-t-il lorsqu’ils se séparèrent.

Un sourire lumineux et un second baiser lui répondirent, plus pressant cette fois-ci. Samuel s’y perdit de bonne grâce, frissonnant au contact des mains de Lou qui remontaient sous son T-shirt le long de son dos, douces et chaudes.

-Bonjour ! s’exclamèrent soudain deux voix joyeuses tandis qu’un double poids bondissait sur le lit.

Les deux amants se séparèrent brutalement pour croiser le regard interrogateur des deux jumeaux dans leurs pyjamas verts. Les joues de Samuel virèrent aussitôt à l’écarlate et Lou se passa une main lasse sur le visage. Il allait vraiment falloir qu’il apprenne à ses petits frères à frapper.

-Pourquoi tu l’embrasses ? demanda soudain la voix claire de Will. C’est pas une fille.

Lou rouvrit les yeux pour voir l’air clairement perdu des petits blonds et le regard suppliant de Samuel. Super…

-Non, tu as raison mon cœur, fit-il en prenant son petit frère contre lui. Mais Samuel est mon amoureux, même si c’est un garçon. Tu comprends ?

Le front de Will se plissa, signe d’une intense réflexion, tandis qu’Antonin se glissait à ses côtés.

-D’accord, déclara soudain Will. Il est gentil, on a décidé qu’on l’aimait bien.

-Toi aussi tu aimes notre grand frère, hein ? ajouta Antonin en levant ses grands yeux clairs vers Samuel.

-Heu… oui. Oui, bien sûr, répondit le jeune homme, encore un peu sous le choc.

Les deux jumeaux se consultèrent du regard puis haussèrent les épaules.

-Alors c’est bon, décréta Will. Câââlin !

Il se blottit contre son grand frère, imité par Antonin qui tenait bien serrée dans la sienne l’une des mains de Samuel. Le regard du brun passa de l’un à l’autre des jumeaux, avant de remonter croiser celui de son amant.

-Je t’avais dit qu’ils étaient géniaux, fit Lou avec un clin d’œil.

Samuel éclata de rire et lui vola un baiser par-dessus les deux têtes blondes.

-Bien sûr qu’ils sont géniaux, ce sont nos fils ! s’exclama une voix amusée.

Les deux garçons se séparèrent à nouveau pour voir Patrick et Laurine dans l’embrasure de la porte, le premier portant un plateau croulant sous les tasses, brioches et autres confitures.

-Hey, dites, ma chambre n’est pas un moulin que je sache ! gronda Lou, les sourcils froncés. Je comprends mieux d’où viennent les mauvaises manières des deux monstres !

Les deux monstres en question lui tirèrent la langue de concert avant de tendre les bras vers leur mère qui s’asseyait au bord du lit, vêtue simplement d’un pyjama recouvert d’un fin peignoir. Elle embrassa chacun de ses fils avec un sourire éclatant.

-Et si on apporte le petit déjeuner, tu râles toujours ? demanda-t-elle comme son mari déposait son plateau au milieu du lit.

-Je vous adore ! s’écria Lou d’un ton si convaincu qu’ils éclatèrent tous de rire.

-Bon, c’est exceptionnel, précisa Patrick en s’asseyant à son tour. Simplement pour fêter ton arrivée, Samuel.

-Oh, et bien… merci, répondit Samuel, touché.

-Remercie-moi plutôt en mangeant ! corrigea l’homme en lui tendant un croissant avec un large sourire.

-Tu vois, ils ne demandant qu’à t’adopter, murmura Lou à son oreille.

Samuel lui adressa un sourire éclatant… et lui enfourna aussi sec le croissant dans la bouche. Lou tenta vaguement de protester, mais la bouche pleine ce n’était pas chose aisée… D’ailleurs, cela déclencha un éclat de rire général. Will en profita pour laisser Antonin dans les bras de son grand frère et aller se lover dans ceux de Samuel en lui réclamant un chocolat chaud d’un air angélique. Le jeune homme accéda bien volontiers à sa requête, jonglant tel un expert entre tasses et carafe.

-Et au fait, fit soudain Laurine en beurrant des tartines pour son fils, comment vous êtes-vous rencontrés ?

Les deux amants se regardèrent un instant avec d’esquisser des sourires amusés.

-C’est l’histoire d’un renne et d’un lutin de Noël…

FIN

Voili voilou, j’espère que ça vous aura plu ! Bon week-end !



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