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Pour un collier de coquillage
Author:
Shad'Elbereth PM
Tout ça pour quelques grains de sable, pour un collier de coquillage.
Rated: Fiction T - French - Romance - Words: 2,715 - Reviews: 1 - Favs: 1 - Published: 12-24-07 - Status: Complete - id: 2454201
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© Sophie Roch, Octobre / Novembre 2005

Pour un collier de coquillage

C'était un soir d'été,

Un bateau en haute mer ;

C'était un soir d'été,

Crépuscule de tempête :

Par le chant des sirènes,

Cent vingt hommes se noyèrent ;

Par les mains des sirènes,

Six sauvés de la mer

Sur une île déserte

Dans le sable s'éveillèrent ;

Sur une île déserte,

L'Eden ils trouvèrent…

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Dans le sable s'éveillèrent

Six rescapés des eaux,

Sur la plage trouvèrent

Six princesses des coraux :

Sirènes déguisées

Voulaient d'eux un enfant.

Des six reines de beauté

Une seule n'eut pas d'enfant ;

Des six braves matelots,

Un seul resta chaste :

Toi seul, brave matelot,

Résista à mon charme.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Une femme t'attend,

M'as-tu dit, bel ami :

Dans ton fier port normand,

L'unique femme de ta vie.

Tu ne veux aucune autre,

Elle te fera un fils ;

Un fils plus que tout autre,

Libertine, non merci.

Ainsi oserais-tu

Me traiter de catin ?

Comment résiste-tu,

Fidèle, vil marin ?

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Et le bel éphèbe

Résiste à ma voix ;

Et mes sœurs superbes

Batifolent dans les bois.

Elles jouent ; il me rejette.

Elles aiment ; il me refuse.

L'Eden, l'île déserte

Point pour cet homme ne fut…

Le seul que je désire,

Moi, l'enchanteresse,

Le seul que je séduis :

Je suis enchantée.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

À force de caresses,

Je me suis charmée :

Moi, l'enchanteresse,

Je suis enchantée.

Plus il me rejetait,

Plus je le regardais ;

Plus il me repoussait,

Plus mon amour croissait.

Ô destin si cruel !

Et pourtant je l'aimais.

Ô souffrance éternelle !

Toujours je l'aimerai.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Et quand mes sœurs partaient,

Je ne pus les suivre :

Avec lui je restais,

Espérant séduire.

Le troisième soir venu,

Enfin je remarquai

Sur son torse dévêtu

Jaune sable, un collier :

Talisman protecteur

Fait de coquillage,

Talisman de malheur

De la couleur du sable…

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Je t'ai interrogé

Et tu m'as répondu :

Cadeau de ton aimée,

Babiole de son cru,

Collier magique

Censé te protéger

De la maléfique

Marée et ses dangers.

Futile attention,

Arnaque selon toi ;

La malédiction

De mon pouvoir à moi.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Talisman protecteur,

Tu es, maudit sois-tu,

La cause de mes malheurs :

Trahison, malotru !

Coquillage de la mer,

Mon ire t'a arraché,

Traître parmi les traîtres

À son cou retiré.

Et tandis que je chante,

Dans ses yeux je ne vois

Qu'amour, je le hante :

Il ne voit plus que moi !

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Mais cette adoration

À mes yeux n'est que fausse :

À ma déception,

J'y ai vu le mensonge…

Sous le charme il perdait,

Ô malédiction,

Sa beauté, je trouvais.

Ô vile déception !

Chagrinée, je remis

À son cou le collier,

Et son cœur enhardi

Retrouva sa beauté.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Et le marin partit

Avec ses compagnons,

Et seule je les suivis,

Eux, leur petit radeau.

Leur port de Normandie

Ils finirent par trouver ;

Les attendait des filles,

Sa femme ronde d'un bébé.

Et moi, seule, je pleurais,

Pleurais devant sa joie :

D'elle seule son fils serait.

Ils sont heureux, pas moi.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

J'étais triste, je pleurais :

Devant bonheur j'ai fuit,

Pendant longtemps j'errais

Loin de l'île, loin de lui,

À travers les eaux bleues…

Bleu, ô bleu impuissant !

Impuissant comme mes yeux ;

Comme j'aimerais en blanc.

Blanc, comme la mariée,

Ou alors comme la mort

Par tous les flots noyée,

Oublier, et encore…

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Sur une plage de nacre,

Un jour j'ai échoué :

Doux galets d'albâtre

Sous mon corps éploré,

Mes yeux emplis de larmes

Finirent par sécher.

Amour, ô cruelle arme

Dans mon cœur poignardé !

Mourir sur du nacre blanc,

Sans plus aucun espoir ;

Mais l'adieu, ce chant

Vint une main secourable.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Un habitant des terres

Non loin de la plage de nacre

M'a trouvée, fille des mers,

Visage d'albâtre.

M'apporta au village,

Mon corps y a guéri

Reprenant ses adages ;

Mon esprit, que nenni,

Semble maudit à jamais :

La princesse des eaux

Maudite par quolibet.

Moi, belle sirène des eaux.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Sur cette île je devins

Une pêcheuse de perle,

Dans les fosses, fonds marins

Cherchais trésors anciens :

Myriades de coquillages,

Légions de perles blanches

Et richissimes épaves

Ramenaient dans ma panse

Une fortune grandissante.

Mais l'avarice des autres,

Jalousie toute puissante,

Jeta encore son ombre.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Et alors mes sauveurs,

En quelques jours à peine,

Devinrent vils chasseurs ;

Et devant tant de haine

Une nouvelle fois je fuis.

Fuir, j'y suis condamnée !

C'est le but de ma vie :

Par la faute d'un collier

À jamais errante,

Pour toujours en chemin ;

Idylle inexistante,

Tout ça pour trois fois rien…

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Par la mer emportée,

Retour au port normand :

Sur un quai échouée,

Déserté par les ans.

Des fiers, des grands bateaux,

Il ne reste plus que ruine ;

Demeurent les plus pauvres,

Ceux qui ne peuvent partir.

Un enfant sur la digue

Lançait des pierres aux flots :

L'enfant de ce pays

Punissait eaux trop pauvres.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Jouvenceau sans le sou,

Désabusé pêcheur :

Dans ses cheveux, des boucles

Dansaient à son malheur.

Le fils d'un matelot

Et d'une mère bergère,

Ses yeux d'un beau vert d'eau

Adressaient à la mer

Son dégoût de la vie,

De son destin brisé :

Par la mort, par l'oubli,

Mort d'un port oublié.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

L'enfant aux yeux vert d'eau

Avait un regard ferme ;

Ses yeux défiant les eaux

À jamais renferment

La mémoire de son père,

Son père, le si fidèle,

Son père parti en mer :

Le fils de l'homme que j'aime.

Enfant de ce pays,

Tu lui ressembles tant !

Enfant de Normandie,

Son fils, je le ressens.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Un regard de rebelle,

Tout comme l'était son père :

Résiste-t-il aux belles,

Aux charmes de la mer ?

Coupable de mon malheur :

Le fils de la bergère,

L'homme qui brisa mon cœur,

L'enfant d'une sorcière

Qui offrit un collier

À son mari en mer ;

Empêcheuse d'aimer

D'une défaite amère.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Le fruit de ton amour

Faisait monter en moi

La rancune qu'un jour

J'ai ressenti pour toi :

Emportée par ma rage

J'ai voulu le séduire,

Quand j'ai vu coquillage

À son cou pour garnir.

Un collier fait de sable

Par tant de fois maudit,

De son père l'héritage.

Ô pourquoi lui aussi ?

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Je ne pouvais toucher

À celui qui portait

À son cou le collier,

Ce fichu quolibet !

Désespérée, je dis

À ce charmant enfant

L'histoire de la relique

Et de son fier parent :

Le conte de la sirène

Qui n'eut jamais d'enfant ;

Incroyable fable de haine,

D'amour en un seul sens.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Et en guise d'adieu

Je remis à l'enfant

Un cadeau digne d'un dieu :

Des bijoux en argent,

Des perles de nacre blanc,

Toute cette fortune

Gagnée en plongeant.

Jure-moi, et d'une,

Ai-je dit à l'enfant,

De redonner au port

Sa puissance d'antan

Grâce à ces pièces d'or.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Et le fils répondit :

Oui, ma Dame, je le jure :

Ce port de Normandie

Retrouvera ses parures,

Et au cœur du prestige

On chantera la sirène

Qui sauva de l'oubli

Le port malgré sa haine.

Il portera votre nom,

Vous serez notre idole :

Cette belle, dira-t-on,

Aimait un matelot.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Rassurée, je partis :

Il était en bonnes mains ;

Ce port de Normandie

Retrouverait ses marins

À la tête l'enfant,

Et d'immenses navires

Mouilleront port normand.

Je peux maintenant partir

Sans nulle autre larme

Autre que celles du bonheur :

Ce collier, cette arme,

Semble finir son heure.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Finalement je revins

Sur l'île de l'amour.

Résidaient cinq bambins

Vivant au jour le jour :

Les enfants de mes sœurs,

Qu'elles ont abandonné ;

Des mâles, oh quel malheur !

Elles les ont rejeté.

Ces fils d'une nuit d'amour

Me prirent en pitié,

Et je restai toujours

Au cœur de ces alliés.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage :

Le pouvoir de ses yeux océans

À jamais réduit à néant.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Nous nous sommes unis,

Sans amour ni passion ;

De ces étreintes naquirent

Une civilisation :

Filles et fils des marées,

Enfants pêcheurs des eaux

D'une sirène charmée,

En pleine mer un bateau.

Les fruits d'une union

Qui jamais n'eut lieu :

Celle d'une princesse des fonds

Et d'un marin trop pieux.

Tout ça pour quelques grains de sable,

Pour un collier de coquillage.

Un collier couleur sable.

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