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Chapitre 2
Tu m'appartiens
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Lorsqu’il se réveilla au milieu de draps chauds et qu’il ouvrit les yeux pour reconnaitre sa chambre, Allen se demanda si la nuit qu’il venait de passer au Midnight n’avait en fait été qu’un mauvais rêve. Il se redressa subitement, portant sa main à son front sous la douleur. Indéniablement, il avait bu, et sûrement beaucoup bu. Se remémorant difficilement les évènements, il tenta tant bien que mal de se mettre sur ses jambes et de marcher jusqu’à la salle de bain. Bien décidé à prendre une douche, il se débarrassa rapidement de son pyjama et se retourna, tournant le dos au grand miroir derrière lui. C’est alors qu’il s’en aperçut et que ses jambes le trahirent. Il tomba au sol sans même chercher à se rattraper, la tête tournée et les yeux rivés sur ses deux fesses rondes encore rouges et la multitude de suçons laissés le long de sa nuque et de ses omoplates. Les souvenirs se bousculaient à nouveau dans sa tête, chaque détail de sa nuit avec Heath lui revenait en mémoire, et son corps se mit à trembler. Pris d’une soudaine envie de vomir, Allen remit sa douche à plus tard et regagna sa chambre, entièrement nu.
Il se laissa tomber assis sur son lit et attrapa son violon, non sans lancer un regard larmoyant à Riva, bien installé et endormi dans son vivarium. L’archet se déplaça lentement sur les cordes, et un air d’une tristesse lugubre retentit alors dans la pièce, s’accélérant de plus en plus jusqu’à en devenir presque dément.
Conscient de la brutalité et de la laideur du morceau qu’il jouait, Allen recommença son mouvement, comme envouté par la musique. Elle le guérissait, elle lui faisait oublier un instant la souillure que Heath avait faite à son corps. Au bout de quelques notes jouées, le jeune homme se demanda comment il avait pu « composer » une mélodie si douce et reposante en pensant à cet homme répugnant qui avait osé le violenter. Il trouva juste de poser ces quelques notes sur le papier, et laissa libre cours à son imagination pour tenter d’y trouver une suite. Il ne savait pas encore quel rythme suivrait cette mélodie, mais elle commençait comme avaient commencées ses retrouvailles avec Heath, brutalement, pour s’adoucir de nouveau ensuite. Car Allen le savait, son ainé avait surement fait ça sous l’emprise de l’alcool puis, se sentant soudain gêné et coupable, il l’avait ramené dans sa chambre, lui piquant au passage un double des clés pour pouvoir refermer la porte derrière lui.
D’une certaine manière, Allen ne savait pas s’il était soulagé ou écœuré par le fait que son ami n’ait pas attendu son réveil pour s’excuser, ou tout au moins pour lui demander si il allait bien. Chassant cette réflexion loin de lui, il reprit sa mélodie encore et encore, cherchant à se détendre du mieux possible.
Après une petite demi-heure à perfectionner sa partition, le jeune homme senti la faim lui tirailler les entrailles et prit la direction du frigo. Heath avait laissé une note sur la table.
« Je t’ai pris un double parce que je ne voulais pas partir en laissant la porte ouverte. J’espère que tu t’es remis de notre soirée, et je tenais à m’excuser. Je ne mettrais pourtant pas ça sur le dos de l’alcool. »
Allen eut un frisson à la lecture de cette dernière phrase. Qu’est-ce-que Heath cherchait à lui dire ? Il s’imagina quelques scénarios catastrophes, un peu comme dans les mangas qu’il lisait, où le gars fou amoureux de la fille va jusqu’à l’espionner avec une paire de jumelles en se postant sur le toit d’en face. A cette idée, il ne put s’empêcher de se retourner et d’inspecter du regard le toit de l’immeuble d’en face. Non, il avait dû mal comprendre, Heath n’était pas le genre d’homme à dire je t’aime sur un morceau de papier, et encore moins à un autre homme. Allen laissa son regard se poser à nouveau sur la feuille et lut le reste.
« Dans trois jours c’est Noël, on aura qu’à fêter ça le vingt-cinq au soir, disons vingt-heures trente (si ça ne te dérange pas que je passe chez toi bien sûr, je comprendrais parfaitement que tu refuses)…tiens moi au courant. »
Il laissa retomber le bout de papier sur la table et se fit chauffer un bol de lait avant de pousser les radiateurs à fond et de tirer les rideaux. Il n’avait aucune envie de s’habiller, alors mieux valait que la pièce sois chaude et que personne ne puisse le voir en tenue d’Adam.
Après avoir bu son lait et mangé deux gâteaux, il se laissa retomber sur son lit et envoya un texto à Heath. Sans aucune hésitation, il acceptait de passer la soirée avec lui.
Heath tenait sa tête entre ses mains depuis le début de la matinée, et sa collègue le regardait d’un sale œil. Tout le monde au bureau savait que le jeune homme avait parfois des accès de colère et de violence, et beaucoup auraient été prêts à jurer que son cas relevait de la compétence psychiatrique. S’attendant à ce que, comme à l’accoutumée, le « patron » se lève et pique une crise en plein milieu de la pièce en hurlant un tas d’obscénités et en donnant des coups de pied dans les dossiers, la secrétaire fut agréablement surprise lorsque celui-ci sortir son portable de sa poche et esquissa un sourire. Elle pourrait se concentrer un peu sur son travail, à présent.
Souvent, le père de Heath, grand patron de la banque dans laquelle le jeune homme représentait la sous-direction, mettait ses accès de colère sur le dos du stress et des journées trop longues passées à travailler. Mais il savait pertinemment que la violence de son fils remontait déjà à ses années de collège.
Le jeune homme se leva donc et alla déposer un baiser sur la joue de la blondinette qui, maintenant soulagée de ne pas avoir tous ses dossiers détruits sous les chaussures de son patron, lui rendit un sourire immense et lui souhaita une bonne journée. Heath avait décidé de rentrer sans penser à Allen. Il était heureux d’avoir une réponse affirmative de sa part, mais il savait qu’il ne devait en aucun cas passer chez lui avant la date indiquée.
Il attrapa les clés de sa voiture dans sa poche avant de se diriger vers l’ascenseur. Après une petite matinée à régler quelques affaires importantes pour la survie de son emploi, il était content de retrouver sa petite Twingo. Certes, elle n’était ni bien belle ni bien grande, mais malgré les sommes plus que raisonnables qu’il touchait en fin de mois il n’avait jamais réussi à s’en séparer, ni à en acheter une autre. Cette voiture. C’était sa première voiture. L’endroit où ils s’étaient embrassés pour la première fois, Allen et lui, lors d’un pari bidon que Jérémy avait lancé au plus jeune. Mais s’il se souvenait du baiser, Heath ne pouvait pas oublier la soirée magnifique qu’il avait passé la veille. Bien sur, il ne devrait pas le dire comme ça devant Allen. Devant lui, il devrait jouer le type désolé et complètement à l’ouest, celui qui ne se rendait pas compte de ce qu’il faisait. Après avoir fait l’amour comme une bête à celui qu’il aimait, l’avoir ramené chez lui, changé ses vêtement et avoir finalement déposé un baiser délicat sur son front, il devait jouer le jeu à fond et tromper Allen, l’empêcher de voir ce qui se cachait au fond. De peur d’être rejeté.
Heath s’assit derrière le volant, démarra et passa la première. Il rentrerait chez lui, sans passer par le quartier où vivait Allen.
-2-
Malgré tout, Noël était arrivé rapidement, et Allen ne savait pas trop où donner de la tête. Le soir même, Heath devait passer. Il décida d’évacuer son stress sous une douche brulante, mais même avec ça il ne pouvait sortir cette affreuse idée de sa tête : et si ce soir encore Heath tentait de poser ses mains sur lui ?
Il étala machinalement un peu de shampooing sur ses cheveux et se sentit rougir en repensant à la « soirée du Midnight ». Il se souviendrait toute sa vie de cette nuit là sous ce nom. La « soirée du Midnight ». Lui qui s’était promis de ne pas libérer un seul son, il avait pourtant gémi comme une pucelle lorsqu’il s’était répandu entre les doigts habiles de Heath. Il secoua la tête, en espérant que son cerveau se cognerait contre sa boite crânienne et oublierait un moment cette histoire.
Après maintes et maintes préparations, qui allaient du rangement de sa chambre à la façon dont il allait se coiffer, Allen ouvrit le vivarium, comme à son habitude, pour laisser Riva sortir un moment sur le balcon. Un coup frappé à la porte lui fit alors oublier tout le reste, et il se précipita pour voir s’il s’agissait de Heath, prêt à remballer qui que ce soit d’autre, en entrebâillant la porte.
Son ami lui lança un immense sourire auquel le jeune homme répondit avant de le laisser entrer, un bouquet de roses rouges à la main. Allen le regarda avec de grands yeux ronds pendant quelques secondes, puis Heath brisa le silence.
- Quoi ? Ce n’est pas toi qui m’avais dit que tu les aimais rouges ?
Le jeune homme prit soudainement la même couleur que les fleurs avant de les accepter timidement et de les poser sur la table. Le silence se fit à nouveau, jusqu’à ce que Heath se décide à faire ses excuses de vive voix à celui qu’il avait blessé. Allen les accepta sans trop poser de questions, ayant peut-être un peu peur des réponses que son ami aurait pu lui donner. Après ça la soirée se passa sans encombres, et ils trinquèrent tous les deux en l’honneur du père Noël jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus ingurgiter une seule goutte d’alcool.
Allen s’était finalement installé entre les bras de son ainé, la tête sur son épaule, et somnolait, l’odeur de l’alcool incrustée sur sa peau et ses cheveux. Il était vrai que Heath en avait profité pour laisser ses mains se balader sur le corps de l’adolescent, mais faisant toujours en sorte de ne pas aller trop loin. Il ne comptait pas mettre leur amitié en danger pour si peu. Pourtant, à son grand étonnement, ce fut Allen qui poussa les caresses un peu plus loin, frôlant le bas ventre et les reins dénudés de son ainé, qui ne l’aurait repoussé pour rien au monde, bien au contraire.
Sur un lit de pétales de roses, qu’ils s’étaient tous deux amusés à arracher au bouquet offert par Heath, ils avaient fait l’amour tendrement et amoureusement, comme deux amants connaissant parfaitement le corps de l’autre. Allen avait prit entre ses lèvres la virilité gonflée de désir et de passion de son amant, alors que celui-ci s’attelait à préparer le jeune homme à la seule force de sa salive et de ses doigts. Ils avaient ensuite léché chaque parcelle de leur peau, avant qu’Allen ne vienne s’empaler de lui-même dans un cri de douleur sur cette partie de son corps que lui offrait Heath. A entendre ses cris, cette position devait être la préférée du jeune homme. Il avait hurlé comme une petite chienne en en redemandant encore et encore, et son amant lui avait fait l’amour tantôt tendrement tantôt violement. Après avoir joui en même temps que son aimé, Heath avait finalement fermé les yeux, avant de les rouvrir brusquement en sentant la langue de son élève frôler une nouvelle fois son pénis qui, il fallait l’avouer, n’était plus réellement en forme. Il s’était pourtant redressé une nouvelle fois sous les caresses tentatrices du jeune homme. Au final, ni l’un ni l’autre n’avait compté le nombre démesuré de fois où ils avaient fait l’amour durant cette nuit.
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A son réveil, Heath ne s’étonna pas de trouver Allen endormi entre ses bras. Ce qui lui fit un drôle d’effet fut plutôt l’impression qu’un poids lui pressait l’estomac. Il ouvrit les yeux difficilement avant de pousser un cri qui aurait pu réveiller un mort dans un rayon de quatre cent mètres. Un énorme serpent s’était endormi sur leurs deux corps, et ne semblait pas du tout dérangé par le malaise évident de l’homme. Le premier à sursauter face à ce cri fut finalement Allen, qui piqua un fou rire en apercevant Riva ainsi que la tête de son compagnon. Il s’empressa cependant de soulever l’énorme Boa et de le faire regagner son vivarium.
- Depuis quand est-ce que tu as un truc pareil ?!
La voix de Heath, paniquée et apeurée, amusait fortement le jeune homme qui étouffa un petit rire avant de répondre.
- Ca fait deux ans. Quand tu as commencé à travailler, tante Emmanuelle a donné son autorisation pour que je puisse m’en occuper à condition qu’il ne sorte pas du vivarium.
- Je te signale qu’il était sorti ! Ce truc aurait pu nous étrangler tous les deux !
Allen fit un non de la tête avant de s’apercevoir qu’il était complètement nu sous le regard de Heath. Il s’aperçut aussi que l’homme était dans son lit. Il avait fini par ouvrir de grands yeux en se demandant ce qu’ils avaient bien pu faire tous les deux, en tenu d’Adam sous la même couverture.
- Ne me dis pas que…
Le visage de l’ainé se crispa quelques secondes, puis il ramassa une poignée de pétales avant de les lancer en direction d’Allen. A ce moment là, un « quoi ?? » aigu traversa la pièce, faisant trembler jusqu’aux fenêtres.
- Dis moi que c’est pas vrai…
Le jeune homme avait pris sa tête entre ses mains et se lamentait inlassablement. Il finit tout de même par se glisser à nouveau sous la couette, tournant le dos à son ami qui tenta tant bien que mal de s’approcher sans recevoir de coup de coude. Quand il eut enfin réussi à le serrer entre ses bras, il reprit la parole d’une voix douce mais déterminée.
- Ecoute Allen, on a encore couché ensemble, oui. Mais ce n’est pas que de ma faute.
Il avait fortement insisté sur la « ma » pour essayer de déstabiliser le jeune homme. Voyant que ce dernier restait sans réaction, il entreprit de continuer son explication.
- Il faut dire que je t’ai pris dans mes bras sans arrière pensée. Menteur, je bandais comme un âne. Et que tu as gentiment fait glisser tes mains sur moi. Alors que j’enlevais ma chemise pour t’inciter à continuer. Alors tu vois, c’est surtout toi le responsable de tout ça. Et puis, tu as pris du plaisir ! Mais surement pas autant que moi. Vu comme tu criais.
Allen se senti rougir, mais ne se laissa pas distancer pour autant, bien déterminé à se défendre. Pourtant, une seule et unique question parvint à traverser ses lèvres.
- On l’a fait combien de fois…cette nuit ?
Le cœur de Heath manqua un battement, et avant même de répondre à la question il en posa une autre.
- Pourquoi ? Tu veux recommencer ?
Son sourire idiot quitta ses lèvres lorsqu’il sentit le coude de son cadet s’enfoncer dans ses côtes. Mais malgré cela, Allen se retourna et s’empara des lèvres de son ami, le forçant presque à ouvrir la bouche pour croiser sa langue. Heath ne répondit pas tout de suite au baiser, aussi choqué qu’il était de la tournure des évènements.
- Pas maintenant…
L’adulte ne croyais pas ce qu’il venait d’entendre. « Pas maintenant », ça voulait dire « plus tard », et « plus tard » ça voulait dire « on va recommencer ». Il se mit une gifle à lui-même pour être certain que tout ça n’était pas qu’un beau rêve.
En face de lui, un jeune homme aux incroyables yeux gris-violets le regardait tendrement. Il ne put s’empêcher de détailler chaque partie de son visage, de ses sourcils fin et clairs, en passant par son petit nez joliment remonté, ses lèvres pulpeuses et gourmandes qui avait avalé son sexe avec tant de passion la veille. Oui, ce visage fin et androgyne aurait pu charmer n’importe qui. Puis sa gorge pale et étroite, la courbe exquise de ses épaules sur lesquelles retombaient de très fines mèches de cheveux châtains clair, sa peau pâle et douce. Cela suffisait à créer le désir au bas de son ventre, et Allen s’en était bien rendu compte. Il s’approcha doucement et caressa Heath jusqu’à ce que ce dernier se libère entre ses doigts.
Puis ils avaient prit une douche ensemble dans la plus grande des tendresses, et l’adulte était finalement reparti après l’avoir embrassé passionnément et lui avoir promis de lui envoyer un message très vite, histoire de savoir quand ils pourraient se « croiser » à nouveau. Allen savait bien que le mot qu’avait employé son ainé à ce moment là était loin d’être innocent, et ça l’avait fait sourire pendant un long moment, même après son départ.
Il était maintenant assis nu sur son lit, comme à son habitude, son regard clair plongé dans celui de Riva, son violon sur l’épaule. La mélodie prenait une tournure superbe, un élan de douceur intense. Pendant un moment, le jeune homme arriva même à se demander quels étaient ses sentiments réels envers Heath. Il fut sorti de ses pensées et, par la même occasion, de son univers musical par le son de son téléphone portable.
Espérant que ce soit un message de son amant, Allen sauta du lit et attrapa l’appareil à la volée. Ce qu’il put y lire lui glaça le sang jusqu’aux os. Sur l’écran blanc, en caractères noirs et serrés, le jeune homme fixait le simple « tu m’appartiens » que venait de lui envoyer Jérémy.