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Author: Gwendolen66
Fiction Rated: T - French - General/Suspense - Reviews: 3 - Published: 01-03-08 - Updated: 01-25-08 - id:2457947

Prodigium

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Chapitre 3 Fenn Feye

Midi avait sonné depuis longtemps déjà, mais personne au commissariat ce jour-là ne sentait la faim le tenailler. L’affaire sanglante du meurtre des quatre adolescents avait fait le tour ici encore plus vite que chez les journalistes, et si elle n’était pas sur toutes les lèvres, elle était dans tous les yeux.

En vérité, personne à part les agents mis sur l’affaire ne connaissait les détails, et encore : il s’agissait tout de même de jouer d’un minimum de discrétion. Mais les faits de base étaient connus, et parce qu’ils étaient insuffisants, cela en revanche suffisait largement à procurer un terrain propice aux rumeurs. Celles-ci allaient tellement bon train que, de quatre adolescents assassinés en pleine nuit dans la cabane qui leur servait de refuge pour jouer à invoquer les esprits, on était facilement passé à un dangereux psychopathe aux pratiques sataniques qui rôdait dans la ville – quand on ne parlait pas directement d’un démon.

Des membres de la police alertaient par téléphone leurs proches pour leur dire de garder les enfants à la maison sous stricte surveillance, et, en quelques heures à peine, la rumeur s’était propagée dans la ville avant même que les médias ne relatent l’affaire véridique.

C’était du moins ce que constatait de ses yeux et ses oreilles vigilants la commissaire Tenvers. Ce qu’elle avait voulu garder plus ou moins discret pour que personne ne cède à la panique et à l’hystérie tournait déjà à la psychose… Elle imaginait à l’avance les titres qui n’allaient pas manquer de jaillir par milliers des cerveaux de la Presse, tirant ainsi largement profit d’une affaire qui marquait les esprits avant même d’en avoir peur : « l’Horreur est parmi nous ! », « Un monstre dans les rues », « Nos enfants en danger », « Le satanisme, courant sanglant ?», « Mais que fait la Police ? » … Et bien d’autres Unes de journaux pour des articles ne faisant que malaxer vénalement une psychose facile.

Soupirant, elle réajusta posément ses lunettes de vue avant de reporter son regard et son attention vers l’inspecteur Foresight, qui pestait déjà depuis quelques bonnes minutes dans son bureau.

- Vous vous foutez de moi ! s’écriait-il. Lui rendre sa liberté ? Il était sur le lieu du crime, couvert de sang ! Qu’est-ce qu’il vous faut de plus pour accepter sa culpabilité ?
- La difficulté de l’affaire t’aveugle, David, répondit avec calme la commissaire en croisant délicatement ses longues jambes gracieuses. Nous n’avons pas assez de preuves contre lui, à part qu’il était en vérité sous le lieu du crime, avec quelques gouttes de sang sur le visage, et qu’il se rétablit à peine d’inanition à l’hôpital, ce qui laisse penser qu’il était là-dedans depuis un moment. De plus, il est difficile de croire qu’un être si frêle ait eu la force de commettre un tel massacre.
- Toujours est-il que nous n’avons pas mieux et que sa présence à cet endroit est troublante ! Placez-le au moins en observation !
- Nous n’en avons pas le droit. Que nous n’ayons pas mieux ne justifie en rien le fait de rejeter les fautes sur le premier attrapé. Il sera surveillé, mais laissé en liberté. Et même ceci, je ne peux le faire que durant 24 heures.

Suffoquant presque de rage, le brun allait encore répliquer sur le même ton, mais se stoppa brusquement, réalisant que s’énerver ne le mènerait pas plus loin, surtout avec Anna Tenvers. Celle-ci conservait habituellement son calme avec cette dextérité et cette sévérité qui obligeait le respect et louait son statut de commissaire reconnue à une quarantaine d’années… Mais pour Foresight elle restait une chipie, et une chipie qui actuellement lui paraissait même irresponsable.

- Nous ne savons même pas qui il est, à part un potentiel sans-papiers, reprit-il vaillamment mais sur un ton moins véhément.
- Il nous a dit son nom.
- Son nom ? S’énerva à nouveau David. Vous délirez ! Il n’a pas de papiers ! Vous comprenez ça ? Pas de papiers, et il n’est pas foutu de nous dire d’où il vient et où il habite !
- Ça fait de lui un sans-abri, répliqua encore Tenvers sans la moindre nuance d’émotion dans sa voix. Si sa personne te tient tant à cœur, pourquoi ne t’en chargerais-tu pas ?

Ne trouvant plus rien à répondre, l’inspecteur eut un mouvement de recul vraisemblablement dû au choc.

- Que je m’en charge ? Répéta-t-il. Vous comptez donc vraiment le relâcher ? Et le sang sur son visage, qu’en faites-vous ?
- Je ne néglige rien, répondit la commissaire en prenant une feuille sur son bureau et la lui tendant. D’après le labo d’analyses, le sang qu’il avait sur son visage était bien celui d’un des enfants. Mais ce qui est plus troublant, c’est le fait qu’il ait été trouvé presque mort d’inanition, sous une trappe dont la poignée, selon l’équipe technique, ne comportait pas d’autres empreintes que celles d’enfants. Selon toute apparence, celles des victimes.
- Et alors, qu’est-ce que ça change ? Grogna David en jetant tout de même un œil au relevé.
- Ça change que n’ayant pas eu comme toi de gants ni même un morceau de tissu - puisqu’il était nu - pour ouvrir la lourde trappe, il ne s’est pas enfermé tout seul.

Ecarquillant les yeux devant la révélation de quelque chose qu’il aurait dû voir immédiatement, David mit cependant la feuille dans sa poche avant de scruter l’expression de sa supérieure.

- Vous le voyez donc comme une victime ? dit-il.

Un sourire que l’on pourrait qualifier d’espiègle illumina le visage que la commissaire avait posé sur ses mains croisées.

- Je ne veux faire aucune erreur, inspecteur, répondit-elle. Tout comme toi, il me semble… ?

Et comme un nouveau grognement lui répondit, Anna Tenvers se redressa pour s’appuyer nonchalamment contre le dossier de sa chaise avant d’ajouter sur un ton encore plus léger :

- Et puis, il est plutôt pas mal non ?

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David fulminait plus que jamais en quittant les locaux pour l’hôpital. Mais à quoi pensait cette vieille folle qui lui servait de supérieure ? Circonstances troublantes ou non, l’individu qu’il avait trouvé dans la cave improvisée ne pouvait être que le coupable, qu’importe comment il s’y était pris !

Jetant les derniers papiers qu’il avait accumulés dans la matinée sur le siège passager, il s’installa au volant de sa voiture sans manquer de claquer avec une irritation visible sa portière. Il se rappela brusquement qu’il avait demandé à interroger sa collègue Nella Andson, mais mit tout de même le contact : chaque chose en son temps, et le meurtrier d’abord. Ce dernier était bien plus susceptible de s’échapper.

Tandis qu’il conduisait, sa colère s’estompa doucement, et sa découverte du « meurtrier » revint hanter ses pensées. Il était là, sans le moindre vêtement, recroquevillé dans un coin de la cave, à moitié conscient et mort de peur. David se souvint de la première chose qu’il avait vue de lui. Son visage, ébloui par la lampe torche qui le rendait encore plus pâle qu’il ne l’était déjà.

Ce qui agaçait réellement Foresight et qu’il ne pouvait admettre se trouvait être qu’en premier lieu, son cri n’était pas né de la certitude d’avoir trouvé le monstre qui avait tué de façon si horrible ces enfants. Mais plutôt de la surprise de se retrouver face à un ange.

Oui, un ange. C’était ce à quoi il avait pensé, avant toute autre chose, devant cet être à la minceur éthérée mise à nue, d’une peau si pâle qu’elle paraissait presque translucide, devant son visage fin auréolé de mèches blondes presque blanches… Et devant ses yeux dont l’iris bleu insondable couvrait presque entièrement la pupille. Le brun se revoyait immobile, totalement choqué, avant de s’apercevoir que ce qu’il prenait pour des ailes dans son dos n’était que le halo de sa lampe se répercutant sur le mur…

Il serra les dents à ce souvenir. Il se retrouvait partagé en deux, entre sa raison qui lui rappelait que le blond ne pouvait être qu’un assassin, et son intuition, celle de sa première impression, qui, elle, ne pouvait admettre qu’un tel être était capable d’un tel crime. Cette sensation de dualité intérieure le faisait douter, et il détestait cela… Au fond, qui de sa raison ou de son intuition était la plus fiable ?

Pourtant, les paroles de Tenvers lui revinrent en mémoire. Il ne s’est pas enfermé tout seul. Non. Et il devait bien admettre que, quand bien même il aurait réussi ce coup de maître, il ne voyait pas pourquoi le blond se serait caché juste sous le lieu du crime au lieu de fuir quand il en avait eu le temps, et surtout pourquoi il était nu. Etait-il déjà dans ce sous-sol avant le meurtre, comme semblait le prouver son état d’inanition ? Mais si c’était le cas, aurait-il été enfermé par les enfants ? Et pourquoi ?

David secoua la tête. Mauvaise piste. Le sang qu’il avait sur le visage, même en quantité minime, n’était pas assez sec pour être là depuis plus longtemps. Il devait forcément y avoir un troisième acteur dans cette tragédie, qui l’aurait enfermé – mais là encore, pourquoi ? Et si troisième personne il y avait bien eu, il était sûrement muni de gants, car l’équipe technique n’avait trouvé pour l’instant pas d’autres empreintes que celles des enfants. Pas même d’empreintes du blond. A se demander si on ne l’avait pas porté jusqu’à son trou.

Profitant d’un feu rouge, il attrapa sur le siège passager les notes qu’il avait griffonnées rapidement pendant l’interrogatoire du blond en question. « Griffonnées » était le mot, car ses réponses n’avaient été suffisamment claires et non bafouillées pour établir des notes sérieuses qu’à un seul moment : quand il avait donné son nom.

Fenn Feye. C’était son nom. Et la première chose qu’il avait dite de sa voix claire et légère – ni masculine ni féminine.

- Fenn Feye… répéta David à voix haute, comme l’avait prononcé le blond.

Ce « nom » lui faisait penser étrangement à une brise légère… Presque un souffle à vrai dire. Un drôle de nom dont il ne parvenait à faire la distinction entre nom et prénom. Et quand on lui avait posé la question, Fenn Feye avait écarquillé ses yeux à la fois si dérangeants et si beaux, en signe d’incompréhension totale. A s’arracher les cheveux.

Des cheveux, l’inspecteur Foresight et ses collèges avaient dû bien en perdre. Comment faire autrement devant ses réponses ? Non seulement il prenait son temps avant d’ouvrir la bouche, comme s’il lui fallait au préalable traduire ce qu’on lui disait, mais en plus il réussissait à esquiver d’une manière qui était presque un Art toutes les questions, alors qu'il ne disait jamais beaucoup de mots à la suite.

Et qu’est-ce qu’il faisait sur le lieu du crime ? Il répétait « crime ? » avec difficulté, et enchaînait de suite après avec aisance un « je ne sais pas » qu’il avait offert au moins une bonne trentaine de fois en à peine vingt minutes d’interrogatoire à l’hôpital.

Il s’était avéré impossible au final d’apprendre de sa bouche ce qu’il faisait là, depuis combien de temps, et pourquoi. Et il n’avait l’air ni d’une victime qui aurait été maltraitée et enfermée… Ni d’un meurtrier dément.

Ni ange, ni démon, ni…

- Dis donc devant, le feu il a que trois couleurs hein !

David émit un grognement très contrarié. Décidemment, c’était sa journée. Et elle était loin d’être terminée.

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« L’Horreur absolue dans les rues ! Mais que fait la Police ? »

L’inspecteur Foresight poussa un soupir et jeta le journal qu’il venait d’acheter dans la première poubelle qui se présentait à lui. Les journalistes n’avaient pas perdu de temps. Et il ne leur en faudrait sûrement pas beaucoup plus pour découvrir « Fenn Feye », au vu de la vitesse à laquelle allaient les rumeurs. Et dire que la commissaire voulait le relâcher… Qui savait ce que ce type, étranger ou non, pouvait bien avoir derrière la tête ?

- Ah, inspecteur Foresight !

L’interpellé se retourna pour reconnaître le docteur à qui le suspect blond avait été confié le matin même. C’était un homme calme, que l’âge avait déjà creusé et dont le temps lui en avait fait voir bien d’autres qu’un sans-papier à l’apparence d’un ange emmené par la Police. La personne idéale en fait, qui ne posait plus depuis longtemps de questions, les laissant flotter dans les airs sans même essayer de les effleurer... Pourtant, David remarqua dans ses yeux une anxiété sourde qu’il n’avait jamais vue auparavant, et qui le mit immédiatement sur ses gardes.

- Un problème avec le… Patient ? demanda-t-il.

Mais l’homme parut se reprendre, et lui fit un léger sourire par-dessus ses traits fatigués qui se voulait rassurant.

- Non aucun, répondit-il. Il a rapidement repris des forces. Mais je me demandais ce que vous vouliez faire de lui. Les hommes que vous avez laissés en surveillance n’ont vraisemblablement pas reçu d’ordres.
- Ouais, c’est vrai… Marmonna presque David, fatigué d’avance à l’idée de ce qu’il avait prévu de faire après les sous-entendus de sa supérieure. Je m’en occupe. Merci.

Le docteur lui adressa un signe poli de la tête, et le laissa devant la porte en s’éloignant doucement. David le regarda partir avant de se tourner vers la porte, puis finalement se ravisa :

- Docteur !
- Qu’y a-t-il ? fit le vieil homme en se retournant.
- Vous n’avez rien… Remarqué d’anormal ?
- Concernant ce jeune homme ? ... Non, rien de particulier… Il est en bonne santé, comme un garçon de la vingtaine.

Comme l’inspecteur ne paraissait pas satisfait de sa réponse et hésitait, il ajouta, non sans un sourire d’un air étrangement paternel :

- Si c’est mentalement que vous voulez dire, je n’ai rien remarqué d’autre… Qu’une grande solitude. Mais vous devriez plutôt aller le voir.

Et sans attendre de réponse, il reprit son chemin, cette fois sans plus s’arrêter et en laissant un jeune inspecteur encore plus perplexe qu’avant. Mentalement? Ce n'était pas seulement ce qu'il voulait dire. Le praticien n'avait-il pas remarqué que son patient n'était pas... Tout à fait comme les autres?
David haussa les épaules. C'était lui qui était ridicule. Mais il hésita pourtant encore quelques secondes avant de pousser enfin la porte de la chambre de… Fenn Feye.

Quand il entra cependant, il resta sérieusement bloqué devant le spectacle qu’il lui était offert : il lui avait semblé avoir laissé deux gorilles en surveillance dans la chambre d’un individu jugé dangereux… Et il avait devant lui deux grands gaillards presque agenouillés devant le lit d’où ne dépassaient que quelques mèches blondes de dessous le drap blanc. La scène devait être intense, car aucun des deux ne remarqua l’arrivée de Foresight.

- M’enfin, disait l’un deux d’une voix tellement adoucie qu’il en était ridicule, puisqu’on te dit qu’on n’a pas l’intention de te faire du mal !
- Il a raison, ajouta l’autre sur le même ton pâteux. On est juste là pour te surveiller… Allez, sors de là…

Et il tendit la main pour essayer de retirer le drap, ce qui ne lui valut qu’un furtif mouvement de recul de la forme blottie en dessous... Et une réaction de l’inspecteur.

- Non mais qu’est-ce que vous foutez ?! S’écria ce dernier, faisant sursauter et se relever les deux hommes comme deux enfants pris en faute.
- In… Inspecteur ! Bredouilla l’un deux – la forme sous le drap n’avait même pas frémit. C’est le… Le suspect ! Il… Il nous a dit qu’on lui faisait peur !

Du sang-froid. Ne pas s’énerver. Rester calme. C’était ce à quoi s’efforçait de se tenir David en se passant une main sur le visage. Pour le coup, les seules personnes qu’il voyait apeurées, c’était bien ses hommes…

- Allons bon, il vous a dit… reprit-il d’une voix qui se voulait posée. Il est bavard maintenant ?
- Ben…
- En fait il ne nous l’a dit qu’une fois, dit l’autre en prenant le relais. Sinon il se collait contre le dossier du lit, et quand on a voulu s’approcher, il s’est caché sous le drap !
- Oui, un vrai gamin ! Il ne veut même pas nous écouter.
- Dites-lui vous, inspecteur, qu’on lui fera pas de mal !

La bonne résolution de l’inspecteur David Foresight s’anéantit à cet instant précis.

- C’est vous qui feriez mieux d’aller vous planquer ! Cria-t-il. Je vous avais demandé de le surveiller pour qu’il ne s’échappe pas, pas de faire du baby-sitting ! Bon sang, mais vous étiez bien là quand on l’a découvert dans sa cave, au beau milieu de ce… Ce…
- In… Inspecteur…
- Quoi ?
- Ne criez pas, vous… Vous lui faites encore plus peur on dirait.

Abasourdi, David tourna machinalement la tête vers la forme sous le drap qui s’était roulée en boule et tremblait imperceptiblement.

- Là, vous voyez… renchérit l’un des agents.
- VOUS DEUX, DEGAGEZ MOI LE PLANCHER EN VITESSE !!

Et en à peine quelques secondes, le brun se retrouva seul avec le blond toujours blotti sous sa couverture, et poussa un long, long soupir fatigué. Pour une fois, il aurait apprécié que le brigadier Duvot soit là aussi ; peut-être que lui, au moins, n’aurait pas attribué l’innocence et la pureté d'un enfant à celui qu’il avait retrouvé sous une scène abominable. Et pour l’instant, David se sentait un peu seul dans sa conviction et dans la situation assez incongrue de devoir sortir un assassin de dessous son drap…

En se motivant du mieux qu’il le pouvait, il revint au bord du lit et arracha sans autre forme de procès la couverture sous laquelle « Fenn Feye » se réfugiait, faisant pousser à ce dernier un cri de surprise.

David pris le temps de le parcourir un instant du regard, comme pour s’assurer qu’il ne l’avait pas rêvé : les mêmes mèches blondes emmêlées dans un joli désordre qui descendait jusque sur son visage, la même peau claire cette fois recouverte pour un minimum de décence d’un pyjama blanc, le même corps presque trop mince pour être celui d’un homme, et ces mêmes yeux un peu en amande, que le bleu semblait envahir de manière anormale. Ceux-ci écarquillés par un mélange de crainte et de surprise, il rendait son regard au jeune inspecteur, le détaillant en silence à son tour depuis le lit où il restait allongé sur le dos et les bras levés sans plus bouger.

Puis leurs regards se trouvèrent, noir perçant dans bleu insondable, et ils restèrent finalement plus longtemps à s’interroger mutuellement sans un mot. Accusation contre méfiance. Force contre crainte. Distance mais curieux rapprochement...

Mis quelque peu mal à l’aise par ce bleu qui dévorait presque tout le blanc des yeux, David avait le sentiment qu’il ne pouvait se permettre de rompre le contact visuel le premier, comme un défi, et lui qui ne se souciait jamais du regard des autres sur lui se prit à se demander ce que « Fenn Feye » voyait quand il le regardait…

Un clignement vint fermer momentanément la profondeur bleutée des yeux du blond, et ce fut plus que suffisant à Foresight pour se ressaisir. Il l’attrapa par l’épaule et le força à s’asseoir, toujours sans le moindre discours et évitant désormais de croiser ce regard qui le dérangeait comme s’il lisait en lui.

- Debout, dit-il enfin d’une voix ferme. Tu vas sortir d’ici.

« Fenn Feye » ne répondit rien, mais se leva. Il était grand, élancé, mais pas encore autant que David. Puis l’interrogation se lu sur son visage, et l'inspecteur crut voir de l’inquiétude commencer à poindre à la place de la curiosité dans ses yeux.

- Où vas-tu aller maintenant, Fenn Feye ? Poursuivit le brun sur le même ton.

L’autre réagit à son nom, mais fit un léger signe d’ignorance sans répondre, sa tête un peu baissée mais ses yeux levés vers son interlocuteur, comme un enfant qui se ferait gronder. David soupira.

- Tu ne sais pas où aller ? Tu n’as pas de maison, de famille… D’amis ? Des personnes que tu connais ?

Cette fois, il hocha lentement sa tête blonde de droite à gauche, mais sans cependant quitter un instant David du regard, comme en constante surveillance. Ce dernier nota cependant que son regard s’était assombrit à la question.

- Tu sais plus parler ? S’énerva-t-il.
- Oui, je sais, fut la courte et unique réponse.

Entendre à nouveau cette voix claire surprit David plus qu’il ne s’y attendait. Il lui semblait qu’une sorte d’écho très léger accompagnait le moindre mot du blond, le rendant encore plus aérien, et s’il n’avait pas l’impression de trouver cela désagréable, une pensée étrange traversa l’inspecteur tandis qu’il recroisait ces yeux noyés de bleu où la pupille avait disparue. Une pensée qu’il avait déjà eue, et que sa raison repoussait. Alors pendant qu’il s’entendait adresser quelques derniers mots à la créature devant lui, cette pensée se répercutait dans sa tête comme un signal d’alarme qu’il n’écouta pas : que le responsable d’un tel massacre…

- Tu vas venir avec moi. Je refuse de te laisser courir en liberté.

Ne pouvait pas être humain.

- Chez moi, tu comprends ?

Et étrangement, cette fois, une telle pensée ne le rassura pas.

Ni ange, ni démon, ni humain.



© Copyright 2008 Gwendolen66 (FictionPress ID:594007).


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