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Fiction » General » Bienvenue au Paradis font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Rhoden
Fiction Rated: M - French - General/Romance - Reviews: 7 - Published: 01-22-08 - Updated: 02-19-08 - Complete - id:2466066

Tic, tac. Le métronome incessant d’un petit réveil posé sur la table de nuit, donnant un nouveau rythme à la vie. Le cœur ne bat plus, non, mais les aiguilles tournent et le réveil bat, lui. Et ce tempo là est tellement plus reposant. Du sang plein la bouche, du sang plein le sol, du sang plein mon polo blanc. Je baigne dans cette marre de je ne sais quoi visqueux et chaud, et c’est comme un retour à l’origine. Alors c’est ça, avant la naissance, cette atmosphère douce et tiède, ce repos éternel et silencieux, l’absence de mouvement, l’absence de douleur, pas de mots, pas de cris. Je me replie dans la position du fœtus, et quelque part dans ma tête un chanteur de rock japonais me hurle quelques mots que je ne comprends pas pour terminer par « redemption ». Celui là, je le connais. Non, ce soir je renais. Je meurs et je reviens à la vie, encore une fois.

Je tourne la tête lentement et lui lance un sourire timide. Elle est allongée près de moi. Mais pour elle, pas de renaissance. C’est dans sa chambre que le réveil me berce, c’est de ses cris que je me suis nourri, c’est dans son sang que je baigne. Vous y aviez cru ? Vous aviez vraiment pensé que je pouvais mourir comme ça ? Non, moi je ne fais que renaitre. Encore. Mon histoire est là, l’histoire du Paradis. L’établissement porte bien son nom : on y entre…mais on n’en ressort jamais.

-- Trois ans plus tard --

Il y a des voix autour de moi, des lumières trop vives, des mouvements restreints par des liens fortement noués. Comme tous les jours depuis trois ans, c’est l’heure. L’homme à la blouse blanche entre dans la pièce, son regard évitant toujours de croiser le mien, et il s’installe sur la petite chaise en face. Elle est en tout point identique à la mienne, sauf que lui, il n’y est pas attaché.

- Bonjour Dylan. Comment te portes-tu aujourd’hui ?

Comme à mon habitude, je ne lui réponds pas et lance un regard à la caméra de surveillance, à l’angle de la pièce.

- Rien à me raconter ?

Devant mon absence de réponse, il s’approche un peu. C’est comme tous les jours, à la même heure. Depuis trois ans. Je sais déjà ce qu’il va faire. Me remémorer mes instants de crime et faire sortir à nouveau l’autre. Celui qui vit en moi. Oui, celui qui partage mon corps.

- Dylan, j’aimerais parler à Dol…je dois lui poser encore des questions.

Condamné à perpétuité pour trente-six meurtres. Jugé irresponsable de mes actes. Verdict médical : schizophrénie, dédoublement de personnalité. Je sens Dol s’agiter au fond de moi. Je ne le retiens pas, puisque cet homme veut le voir. Il fait un pas en arrière, juste au cas où.

- Bienvenue au paradis, Dol.

J’ai prononcé ces mots d’un air ironique et sadique, et ai plongé mon regard dans les yeux du médecin en face de moi. Le vieil homme me sourit.

- Bien, Dol, au moins avec toi je peux parler.

Je lui renvoie ce sourire sadique dont j’ai le secret.

- Et le thème de la discussion, aujourd’hui, c’est ?

- Est-ce que Dylan nous écoute ?

- Comme toujours, oui. Autant que je l’écoute quand il parle. Nous sommes une seule et même personne. Même corps…

- Même âme ?

L’homme pouffe de rire un moment, et mon regard devient haineux. Trois ans. Encore des dizaines à le supporter. Je me lasse de ce sac de viande périmé, et parfois je me dis que le Paradis serait bien plus beau sans lui. Ou en tout cas bien moins gris. Je tire un peu sur les cordes, je me débats, mon regard fou fixé dans ses yeux trop calmes à mon goût. Je le veux effrayé, je le veux hurlant. Je le veux mort. Il me pose des questions auxquelles je réponds. Les mêmes, toujours les mêmes. Et quelque chose dans ma tête s’embrouille. De la tristesse, de la haine, de la folie à l’état pur, de la douleur, de la culpabilité. De la fatigue. Je m’endors doucement sur le siège sans même prendre en compte ce qu’il dit. Quelque part dans ma tête un hurlement, rebirth…tic, tac.

- Une main ridée se pose sur ma joue, j’ouvre les yeux malgré mon envie de plonger.

- Tu es revenu, Dylan. Tu semble vraiment à bout de forces. Peut-être que je pourrais te détacher un moment et te laisser marcher. Hum ? Qu’est ce que tu en penses ?

Je lève difficilement les yeux vers lui. Pense à l’échange. Et plonge mon regard graphite dans ses émeraudes sans reflets. Ton corps, Dylan. Notre corps. Et Dol rit à l’intérieur de moi. Comme tous les jours depuis trois ans. Je laisse la main de cet homme caresser ma gorge et frôler les mèches ébouriffées de mes cheveux noirs, puis mon torse. Je ne cherche même pas à fuir, je ne cherche plus. Meurs. Non. Le sang dans ta bouche ? Plus jamais. Tu le veux encore ? Oh oui. Prends. Prends je t’aide. L’homme baisse lentement sa garde, et s’il veut me retourner, il va falloir me détacher. Il le sait. Lorsque Dol sort, mon corps à besoin de plusieurs heures pour récupérer. Plusieurs heures durant lesquelles je suis inoffensif. Baise-moi.

- Baise-moi…

Le sourire du vieil homme s’agrandit. Comme tous les jours en trois ans, il va me prendre. C’est bien, dis lui encore. Arrête ça. Dis-lui. Encore un de ses rires. Dol joue à l’intérieur de moi.

- Baise-moi…s’il te plait…

Ma voix fatiguée ne laisse présager aucun danger, et petit à petit les liens tombent. L’homme me retourne sans aucune autre forme de politesse et mes vêtements tombent rapidement au sol. Je lance encore une fois un regard éteint à la caméra. Personne ne viendra pour moi, non. Le Paradis. Un endroit où même la police n’ose pas mettre les pieds. Les plus grands détraqués mondiaux s’y retrouvent. Un établissement réputé pour perdre entre cinq à dix pourcent de ses effectifs, employés et patients confondus, par mois. Entre meurtres, suicides, folies et cauchemars. On y rentre difficilement. On n’en ressort jamais.

Je sens son sexe gonflé par la pilule de viagra se frotter doucement contre moi. Dol. Je l’appelle. Il rit. Détends-toi. Je me détends. Ferme les yeux et attends-moi. Tu m’excite quand tu cries…je vais t’écouter crier un petit peu. Ce n’est pas drôle, Dol. Je ferme les yeux et je l’attends, poussant de longs gémissent en sentant la queue de ce monstre me ravager. Je hurle de plaisir et de douleur. Dol aime ça. Ce vieux dégueulasse s’agite plus fort, mais je me sens tellement bien. Oui, Dol. Tu viens, et c’est si bon, de savoir qu’aujourd’hui le sang va couler à nouveau. Trois ans, en aurons nous la force ? Il rit, il rit d’un rire dément et je m’efface.

- Encore, baise-moi encore mon salaud. Ramones-moi à mort.

Un changement radical de voix et plus aucun gémissement. Cette voix prédatrice et animale, calme et grave, le médecin aurait pu la reconnaitre entre mille. Ses coups de butoir cessent soudainement.

- D…Dol ? Impossible !

Il est trop tard, et l’homme vient de commettre son plus mauvais pas : se retirer de notre corps. Je n’ai plus aucun lien pour me brider, je me retourne et me jette sur lui. Mes ongles, mes dents, tout est bon. Je joue avec sa peau, il hurle. Comme j’aime ses hurlements. Encore, encore plus. Je ris aux éclats, d’un rire de folie non contrôlée. Dans un ultime coup de dents j’arrache l’énorme artère qui courait dans sa gorge. Le sang, sur ma bouche, sur le sol, sur ma peau blanche. Et un regard animal dont la lueur folle ne s’éteint jamais. J’attrape le scalpel qu’il a toujours dans sa poche, comme toujours en trois ans. Celui même avec lequel il me marque quand je ne suis pas sage, et le plonge dans sa poitrine, le sourire aux lèvres. Je veux l’ouvrir. Je veux chercher son âme, à lui aussi. Je finirai bien par en trouver une. Je cherche désespérément entre ses chairs déchirées, encore et encore. Trouves-la, je la veux, trouves-la. Je fouille encore, retire violement le cœur en espérant qu’elle puisse être cachée dessous. Rien. A bout de forces, je me laisse tomber dans le sang, l’avale, l’étale sur mon corps nu. Personne ne viendra pour nous. Je m’endors, et dans ma tête Dylan me hurle de renaître.

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C'est difficile de faire la mise en page sur ce site, malheureusement, et c'est peut-être pour ça que je ne poste pas souvent ici. Je vous invite à faire un tour sur mon blog, tout y est et c'est plus lisible (rhode.



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