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Author: Eliote
Fiction Rated: K+ - French - Romance - Reviews: 10 - Published: 01-29-08 - Updated: 01-29-08 - id:2469080

Chapitre 1 :

Ca avait commencé sans qu’ils n’y prennent garde, une histoire d’amour bien cachée.

Deux adolescents, comme il y en avait tant, deux gamins de seize ans qui se croisaient tous les jours sans se voir.

Pourquoi auraient-ils regardé l’un vers l’autre, alors qu’ils étaient parmi des centaines dans ce lycée ?

D’abord, elle n’aimait pas les types comme lui, prétentieux, sûr de son charme.

Elle, c’était Suzie, pas très grande, pas trop petite non plus, dans la moyenne pourrait-on dire. Cette moyenne où elle se mêlait si bien qu’on ne la remarquait pas. Elle était jolie, avec un visage fin, doux. De grands yeux bleus très clairs, c’était cet air fragile qui l’agaçait tant qu’elle reflétait. Petite chose fragile ?

Pas si sûr.

Même si elle le cachait bien, elle avait du caractère. Et quel caractère ! Des goûts bien trempés, elle savait au moindre mot qui elle aimait ou qui elle détestait. Alors pourquoi cette erreur-là ? Peut-être s’était-elle emmêlé les pinceaux...

Il fallait que ça lui tombe dessus un jour, la veille, c’était bien le dernier de ses soucis. Bien trop obnubilée par le petit bout de papier, celui, pensait-elle, qui pourrait changer toute sa vie. Alors qu’elle apportait les livres à emprunter à la documentaliste, ses yeux étaient tombés dessus, comme ça ! Une seule seconde et voilà que tout changeait.

« Concours d’illustrations »

...Deux mots. Deux mots, presque rien, tellement tout.

Sa vie qui basculait devant un bout de papier. Un petit rire lui avait échappé, nerveux, incertain. Pourtant. Elle était ressortie du C.D.I avec la sonnerie, et derrière elle, les élèves qui rentraient chez eux après une dure journée de travail et d’études, une de plus.

Ses jambes connaissaient bien le chemin de la maison, elles l’avaient portée sans qu’elle n’y prête attention, perdue dans ses pensées bousculées. C’était une fois qu’elle avait posé la main sur la poignée, qu’elle s’était demandé comment elle était arrivée ici en un seul morceau. Elle l’ignorait, et s’en moquait un peu, aussi elle ouvrit la porte et entra chez elle.

- C’est moi...Murmura-t-elle du bout des lèvres.

Trop secouée pour penser à quoi que ce soit d’autre, elle posa sa veste sur le portemanteau, et monta chacune des marches de l’escalier, qu’elle trouvait étrangement interminable ce jour-ci, pour aller s’enfermer dans sa chambre.

Deux secondes plus tard, elle ressortait, passait à la salle de bain, pour s’asperger le visage avec l’eau du robinet. Il fallait redescendre sur terre.

Elle leva les yeux sur le miroir, qui lui offrait le reflet d’une fille aux joues rougies. Par le froid ? Possible, mais et ce pétillement dans les yeux, alors ?

Elle avait grimacé, et fait demi-tour.

Oui, elle était de mauvaise humeur. Un drôle de poids sur l’estomac. Tiens donc, voilà bien autre chose. Elle n’avait pas de raison d’être triste, mieux, elle aurait dû être heureuse, la chance de prouver son talent, elle était là, sur un idiot de petit bout de papier, elle n’avait qu’à l’attraper.

Facile. C’était peut-être pour ça que ça faisait peur. Trop facile, comme si ce n’était pas du jeu. Elle avait l’impression de tricher, et elle ne voulait pas. D’abord. Ensuite ? Houlà, stop.

Elle hocha la tête de droite à gauche, pour se remettre les idées en place. Tricher ? Ah, tricher. C’était nouveau. Elle s’en serait donné des claques. Ce n’était pas tricher, ça. C’était essayer. Ca faisait peur, le courage, quand on en manquait.

Respirer un bon coup et sauter ! Tant pis si en dessous il y avait le vide, il paraissait que la sensation était merveilleuse. Et le mode d’emploi pour ceux qui avaient le vertige, dans tout ça ? Satané bout de papier.

Un gémissement lui échappa, elle se laissa tomber sur son lit.

Des dizaines d’idées lui venaient en tête. Mais pas une seule ne voulait s’imprimer assez longtemps pour qu’elle puisse réussir à la mettre sur papier.

Zut.

Ca commençait, le trac, avant même d’avoir fait quoi que ce soit.

Soudain, Suzie fronça les sourcils. Non. Ce n’était pas comme ça que ça marchait. Elle attrapa son sac de cours, en tira la fermeture. Sur son agenda, à la page du lendemain, il y avait...beaucoup de notes. Elle soupira. Elle devait d’abord commencer par faire ses devoirs. Parce qu’elle le devait, et parce que ça la soulagerait.

Elle y passa trois bonnes heures, plus vingt minutes pour dîner, et encore quinze autres de pause. Quand elle eut enfin fini, il était bientôt dix heures du soir.

Alors, Suzie se passa une main sur le front, fatiguée. Elle n’avait plus ni les forces ni le temps pour tenter de trouver une illustration convenable ce soir. Elle devait y remettre à plus tard.

La jeune fille se coucha avec l’impression désagréable d’être passée à côté de quelque chose d’important. Ah ça, quelle plaie, les devoirs écrits !

Le lendemain arriva plus vite que ce qu’elle aurait cru. Ca commençait mal, elle fut réveillée par le bruit répété des gouttes de pluie giclant contre le sol et les volets clos. Quand elle ouvrit un œil, non pas sans mal, elle se trouva plongée dans le noir : Il ne faisait pas encore jour et les gros nuages menaçants empêchaient toute clarté. Alors, Suzie voulut se rendormir, mais elle savait qu’elle ne pouvait pas. Le lycée l’attendait. Elle aimerait bien qu’il l’oublie un peu, qu’il lui fiche la paix et la laisse dormir tranquille. Elle avait fait correctement tous ses devoirs, alors un peu de reconnaissance, pitié !

Elle se leva en ronchonnant, elle garderait cette humeur-là le reste de la journée. Son sac était fait, elle prit son petit-déjeuner et se prépara. L’idée de rester couchée et faire semblant d’être malade l’avait bien effleurée, comme chaque fois que ça n’allait pas, mais elle y avait vite renoncé. De toute façon, ses parents ne voudraient sûrement pas qu’elle reste à la maison et elle avait un contrôle à passer. Elle n’avait pas vraiment le choix.

Au dernier moment, elle revint sur ses pas et prit le prospectus sur son bureau. Elle fourra aussi quelques feuilles blanches dans son sac, on ne savait jamais.

Le trajet jusqu’au lycée n’était pas des plus agréables, il faisait froid, les toits avaient gelé, mais au moins pouvait-elle prendre tout le temps qu’elle voulait pour regarder la ville s’éveiller doucement autour d’elle.

Ca lui réchauffa un peu le cœur, c’était étrange, cette impression d’appartenir au paysage.

Le lycée, ce n’était pas la même chose. Elle n’y allait que depuis la rentrée en début de septembre, et elle n’était pas encore habituée à ce groupe de bâtiments froids. Comme à peu près tous les élèves de son âge, elle aimait mieux en sortir que d’y rentrer.

Il s’arrêta de pleuvoir vers à peu près dix heures, et à sa surprise, elle réussit assez bien son contrôle. Mieux, plus tard dans la journée, on lui en rendit un autre où elle avait vraiment eu une bonne note. Et avec les félicitations du professeur, rien que ça !

Elle s’était fait mentir toute seule : Elle avait fini par se retrouver à sourire. Tout ça aurait été parfait, si à l’heure de la récréation, elle n’avait pas suivi ses amies devant le lycée pour discuter. Son idiot de bout de papier rouge à la main, concentrée sur la relecture des règles du concours, elle n’avait relevé la tête qu’au dernier moment, arrivée à tout juste deux mètres d’eux. Impossible de reculer sans se faire remarquer. Elle jura à voix basse, se composa aussitôt un regard froid et dur pas du tout feint : ce groupe vers lequel elles se dirigeaient, il était de ceux qui ne lui inspiraient pas confiance.

Les filles s’étaient déjà regroupées autour d’eux, un groupe mixte, pourtant Suzie ne pouvait ni faire un pas en avant, ni en arrière. S’asseoir à côté d’eux ? C’était hors de question.

Elle préférait les regarder discuter, de loin, et s’éclipser discrètement quand plus personne ne ferait attention à elle. Déjà, la plupart des regards s’étaient détournés. Elle était soulagée.

- C’est qui, cette fille qui fait le pied de grue ? Demanda un gars à l’oreille d’une fille de la classe.

Celle-ci se retourna. Elle aperçut Suzie, qui n’avait rien entendu, et guettait le moment de prendre la fuite.

- Suzie ? S’exclama-t-elle à voix haute.

Suzie, qui faillit trébucher en sursautant.

Pas si fort, bon sang ! Toutes les têtes s’étaient tournées vers elle parmi le groupe. Toutes, ou presque. De toute façon, le résultat était le même. Sa chance s’était envolée.

- Oui ? Répondit Suzie, d’une voix trop aiguë, qui lui donna envie de grincer des dents.

Elle s’approcha. D’un pas.

- Euh...Bonjour.

Qu’est-ce qu’ils avaient à la fixer comme ça, cette bande de nouilles sans cervelle ? Ils n’avaient rien de mieux à faire ?

- Tara, je dois aller au C.D.I. On se voit tout à l’heure, en classe, de toute façon, hein... ? Hum. Allez, salut !

Elle était prête à faire demi-tour. Au même moment, la voix s’éleva, narquoise :

- Pas la peine d’être si coincée. On ne va pas te manger.

Ces deux petites phrases, elle devrait les retenir plus tard comme ce qui allait marquer le début d’une haine profonde pour quelqu’un qu’elle ne connaissait même pas. C’est aussi celles qui l’auraient fait se retourner, sous le coup de la colère.

- Désolée d’être aussi coincée, mais moi, j’ai vraiment quelque chose à faire au C.D.I. Bye.

S’il n’y avait pas eu le ton sec et dédaigneux de sa voix, appuyant le pli dur qui barrait maintenant ses lèvres, on aurait pu croire à une réplique tout à fait neutre.

Le type, avec ses grands airs et son visage trop séduisant pour être celui de quelqu’un de réglo, avait éclaté de rire, oui, mais pour se moquer d’elle.

- Tu nous traites de bons à rien, la coincée ?

Saleté de sourire amusé.

- Entre autres, y’a de ça aussi, oui, rétorqua Suzie sur le même ton.

Elle avait réussi à s’attirer des coups d’oeils incendiaires, mais c’était bien le dernier de ses soucis.

Les deux opposants se toisèrent dans un silence trop pesant, elle, debout, poings serrés, sans se rendre compte qu’elle transformait son prospectus en torchon à force de le tordre comme ça ; lui, assis tranquillement sur le muret, entouré de sa troupe, comme un roi avec sa cour. Et sous ces yeux-là, elle se sentit comme un insecte qu’on écrabouille du plat de la chaussure, alors qu’elle s’acharnait quand même à garder les yeux bien levés : « Tu n’es pas plus fort que moi, alors essaye toujours de me faire peur, tu verras. »

- Allez, dégage, dit l’autre.

Comme si elle allait s’en priver.

- Merci, mais si tu avais eu des oreilles et quelques neurones, tu saurais que j’ai pas attendu ton accord pour décider de me barrer.

Il y eut une ou deux exclamations étouffées du côté des filles de la classe. Suzie entendit un « Mais ça va pas, non ?! » scandalisé.

Petit sourire en coin. Amer, le sourire. Suzie, elle avait été tout sauf agressive depuis le début de l’année. Oui, mais. Là, elle se trouvait en face de son point faible.

Parce qu’elle ne s’était encore jamais mise en colère, ça faisait d’elle une folle quand elle en manifestait un peu ? Pas très nette, comme logique.

Elle se retourna sans demander son reste.

- Ou si tu restais là, plutôt ? Qu’est-ce que t’en dis, la coincée ?

Elle en disait que ce serait bien si il pouvait lâcher le morceau, ce type, de temps en temps.

- Va te faire voir.

- Oh, allez, tu vas pas...

Elle ne put pas savoir ce qu’elle n’allait pas faire. Le type qui avait demandé à Tara qui elle était lui coupa la parole avant.

- Ca va, ne fais pas attention à Joan, il est...

Tiens, tiens ! Joan, hein ? A elle de rire, maintenant ! Ironie du sort...Cet ado insolent et insupportable, le bras sur l’épaule de sa conquête du moment, il s’appelait Joan ?

Eh bien, hommage à vous, Don Juan de pacotille !

La sonnerie du lycée coupa l’autre type avant qu’il ait pu dire ce qu’était Joan. Voilà qui t’apprendra à couper la parole au roi, et à en dire du mal !

Suzie, elle, avait aussitôt fait demi-tour pour retourner en classe, sous un regard gris apparemment détendu, celui de Joan, le calme avant la tempête.



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