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Fiction » Mythology » Le Monstre du Labyrinthe font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Nuitari Aquarius
Fiction Rated: K+ - French - Horror/Fantasy - Published: 02-09-08 - Updated: 02-09-08 - Complete - id:2473480

Le Monstre du Labyrinthe

Le monstre du Labyrinthe, celui des souterrains, est aveugle.
Forme grotesque et rachitique.
Maître de cérémonie d'un festin déserté, il attend en bout de table.
Momie épouvantable et imparfaite.
Son père est un Mensonge proféré dans les entrailles d'un arbre mort et grouillant d'insectes noirs.
Sa mère est une Horreur née du clair de lune, sous le ventre brûlant d'une louve déjà morte.

Les Muses le connaissent. Elles savent où se tient son sanglant banquet. Alors, elles vont danser ailleurs, dans les bois du crépuscule, dans les forêts de l'aube, dans les bosquets de minuit.
Mais les Muses sont créatures frivoles et désobéissantes. L'une d'entre elle s'éloigna une nuit de la clairière où toutes inventaient les chants du monde, tissant la trame des rêves invisibles ou peignant les désirs innommables des dieux.
Elle abandonna sa lyre, elle laissa de côté son rouet et rangea ses pinceaux et son encre d'étoile. Sans fouler le tapis d'humus noir, elle quitta la lumière des flambeaux, s'éloigna du feu crépitant, un sourire mutin aux lèvres.

Puis elle courut, comme un ruisseau, légère, insaisissable, enchanteresse. Le vent sifflait dans ses ailes dentellières, tant et si bien qu'elle s'élevait parfois au-dessus du sol, aérienne. Les oiseaux s'éveillaient à son passage, la saluant de révérences gracieuses. Elle riait, comme l'eau vive. Brise caressait sa peau rosée, Zéphyr passait ses longs doigts dans sa chevelure prise dans d'exquises toiles d'araignée, Eurus jouait malicieusement avec ses jupons de soie.

Les astres dardèrent sur elle leur regard impérieux.
Infortune, avec un sourire tordu, fit tourner sa roue.

La belle Muse interrompit sa course, devant la silhouette torturée d'un vieux noisetier. Dans son antique écorce boursouflée était une porte, grinçante, gravée, ouverte. De l'intérieur montait une musique joyeuse, de délicieux fumets de gibiers et de pain chaud.
Elle entra.
Un long couloir la conduisit dans un hall aux piliers d'or et d'ambre, surmontés de torches dansantes. Aux murs pendaient des tapisseries aux couleurs chaudes et réconfortantes. Une longue table de chêne traversait la pièce, ployant sous la multitude de victuailles, sous les carafes de cristal remplies de vin noir, sous les coupes de platine, sous les plateaux de fruits d'autres contrées, sous les assortiments de pâtisseries collantes de sucre.
Au bout de la table, dans un riche fauteuil tapissé de velours amarante, le monstre était immobile.

Au loin, la porte du noisetier se referma en gémissant.

La Muse sautilla gaiement autour de la table, s'imprégnant des délicates odeurs, des fragrances rares et alléchantes, se gardant toutefois de réveiller son abominable hôte. Elle s'empara d'une pomme d'un rouge si profond qu'on eût dit qu'elle était de sang, l'effleura du bout de ses doigts graciles, fredonnant doucement une ritournelle d'un autre âge.

Avec un gargouillement terrifiant, le monstre se leva. Mouvements saccadés, inhumains, grinçants. Ses hanches se balancent, tordues, comme si son corps n'avait pas été fait pour le porter. Il s'approche de la belle créature, de sa démarche de cauchemar, ses longs doigts griffus s'apprêtant à saisir la gorge pâle de l'inconsciente.

Le loquet de la porte cliqueta au loin.



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