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- Qu’est-ce que c’est que ça ??
La voix furieuse et choquée du père de Dustin avait retenti dans la pièce et son écho résonna quelques secondes, figeant les deux amants sur place. A cet instant, Michaël avait fait un bon, faisant glisser la couverture et offrant le haut de son corps dénudé à la vue de tous.
- Vous avez deux minutes pour sortir de là ! Putains de pédés !
Aucun des deux n’avait osé prononcer un seul mot, mais ils furent soulagés quand la porte claqua sur l’immense masse qui venait de sortir de la pièce. Dustin en profita pour se retirer doucement du corps tremblant de son amant, qui deux minutes auparavant le chevauchait avec fougue. Il sortit du lit, invitant son ami à faire de même, avant de remettre ses vêtements. Il fallait bien que ça arrive un jour. Avec un père homophobe et une mère coincée, il était bien tombé. Il aida Michaël, encore tremblant, à enfiler son jean et serra la ceinture du jeune homme avant de s’emparer amoureusement de ses lèvres, dans un baiser qui se voulait rassurant. Que faisaient-ils là, alors qu’ils étaient sensés travailler ? Pourquoi arrivaient-ils toujours à lui mettre des bâtons dans les roues ? Dustin prit la main de son amour et descendit lentement les escaliers. En bas, sa mère attendait assise sagement sur le canapé à côté de son père, ses yeux reflétant la colère et l’incompréhension.
- Venez ici !
Les deux jeunes hommes s’envoyèrent un regard en coin avant de s’avancer prudemment.
- Pas besoin de vous asseoir, ça ne sera pas long. Dustin, tu viens d’avoir dix-neuf ans mais ça ne fait pas de toi un homme libre ! Tant que tu vivras sous mon toit, il faudra te plier à mes règles ! Comment peux-tu faire des choses dégueulasses comme d’enculer un pédé dans ma propre maison ?!
Michaël se raidit un instant devant la rudesse de ces propos, mais ne broncha pas. Dustin, lui, fronça les sourcils en signe de colère et lâcha une phrase qu’il aurait du garder dans sa bouche.
- Comment ? Parce que je suis un « putain de pédé », tout simplement.
Sans qu’aucun des deux amants n’ait eu le temps de bouger, la mère de Dustin avait fondu en larmes et ce dernier était tombé au sol après avoir encaissé le plus puissant coup de poing de toute sa vie. En moins de temps qu’il ne fallait pour le dire, Dustin se retrouvait dehors. Il avait bien demandé à Michaël de l’héberger une ou deux nuits, le temps qu’il se trouve un endroit où dormir, mais sa réaction l’avait dégouté. Alors que quelques minutes auparavant son camarade de classe s’épanouissait sur son corps, il avait trouvé le moyen de lui refuser gentiment ce service, prétextant qu’il n’avait aucune envie de vivre la même histoire avec ses parents. Puis il avait tenté d’embrasser Dustin, en vain, avant de tourner les talons et de rentrer chez lui.
Le jeune homme errait maintenant, avec pour seule compagnie un billet de dix euros. Il avait été con, tellement con de ne pas avoir mis son portefeuille dans la poche de son jean alors qu’il se rhabillait. C’était pourtant un réflexe qu’il avait pris. Mais au lieu de cela, il avait laissé cette putain de carte bleue et son téléphone portable sur son bureau. N’ayant aucun moyen d’appeler ses amis pour leur demander un « service » un peu pesant, il se décida à se tourner vers la seule personne dont il connaissait l’adresse. En vingt petites minutes, à pieds, il y serait.
Quand il sonna et que la porte s’ouvrit, Dustin se jeta presque entre les bras de Cléa. Elle le toisa du regard un moment avant de le laisser entrer et de lui servir un coca.
- Tu n’as pas l’air bien. Et il est tard. Il t’est arrivé quelque chose pour que tu viennes frapper chez moi ?
Ne voulant pas trop mêler sa camarade à ses problèmes, il prit le parti de ne pas mentir, mais d’en dire le moins possible.
- Michaël m’a largué.
- Ouille.
La jeune fille avait toujours été très compréhensive envers eux, et malgré le fait qu’elle soit d’un an plus jeune que le reste de la classe, elle en surpassait beaucoup par sa maturité, son intelligence et surtout sa gentillesse. Elle passa ses bras autour des épaules de son ami avant de poser ses lèvres sur ses cheveux. Dustin lui envoya un regard qui, elle le comprit tout de suite, voulait dire merci. Un moment de silence s’installa, et l’estomac du jeune homme se noua alors qu’il allait faire sa demande. Il prit une inspiration.
- En fait, Michaël m’a largué parce que mes parents nous ont vu faire l’amour et on fini par nous insulter. Ils m’ont viré de chez eux. Je peux passer la nuit chez toi ?
Dustin avait tout lâché d’un trait sans même prendre le temps de respirer, sentant ses joues s’empourprer sous la révélation, et les yeux de Cléa s’agrandir d’étonnement. Pourtant, elle ne laissa ni un « aahh » ni même un « beurk » s’échapper.
- Bien sur tu peux rester, mes parents rentrent dans deux jours. Je suis vraiment désolée Dustin mais…tu sais…quand ils rentreront…
- Il ne faut pas qu’ils me voient ici.
Il avait répondu dans un sourire, et Cléa s’était détendue à nouveau. Il ne savait pas comment lui dire à quel point il l’aimait en ce moment même. Elle lui offrait un toit pour quelques nuits, quitte à se mettre elle-même en danger vis-à-vis de ses parents qui surement lui avaient interdit de laisser entrer qui que ce soit, et c’était déjà une belle épine qu’elle lui tirait du pied.
Après avoir pris une douche et enfilé une chemise trop grande que Cléa lui avait prêtée, ils s’allongèrent tous les deux dans le même lit, la jeune fille ne voulant surtout pas qu’il dorme sur le canapé.
- Pour la chemise, si ton père s’en aperçoit…
- Je ferai tourner une machine à laver quand tu partiras.
Elle semblait sûre de son coup et Dustin n’ajouta rien. Ils finirent par s’endormir dans les bras l’un de l’autre, sans aucune arrière pensée.
Après cette bonne nuit de sommeil, le jeune homme fut surpris de ne pas trouver Cléa entre ses bras. Il descendit lentement les marches et l’aperçut alors dans la cuisine.
- Bonjour. Qu’est-ce que tu fais ?
Elle se retourna et lui lança dans un sourire : « Petit déj’ ! ». A la grande surprise de Dustin, une montagne de pancakes atterrît brusquement devant lui.
- Mange à ta faim, qui sait combien de temps encore tu pourras manger comme ça…
Elle baissa la tête et le jeune homme se sentit soudainement coupable. Cléa semblait déprimer pour lui, alors que lui ne s’inquiétait pas le moins du monde. En tout cas, pas encore.
- Hey, ne t’inquiète pas. Et tu n’as pas à être désolée. Je vais me trouver un boulot et je trouverai bien un endroit où dormir. Et puis je te tiendrai au courant. D’accord ?
Elle fit un oui de la tête avec un petit sourire peu sincère. Et les deux journées en sa compagnie passèrent à une vitesse fulgurante. Elle avait même été jusqu’à lui tendre un billet de vingt euros avant son départ. Il avait voulu le refuser, mais elle lui avait assuré qu’elle ne faisait pas ça par pitié. Il l’avait glissé dans sa poche en se promettant de ne pas l’utiliser. Un souvenir de Cléa, et ça lui tenait à cœur.
Dustin continua donc à errer durant de longues journées, s’éloignant de plus en plus de la banlieue. En achetant des sandwichs à un euro et des boissons à cinquante centimes, il arrivait à tenir le coup sans exploser le peu de budget qu’il avait. Dans la soirée, il avait croisé sur son chemin une femme qui l’avait trouvé mignon. Elle lui avait préparé à manger, permis de prendre une douche, et elle avait finalement demandé son corps en échange. Il n’avait pas refusé, conscient du fait que coucher avec cette femme de vingt-six ans lui assurerait un toit où passer la nuit, même si l’acte avec elle l’avait fortement dégouté.
Il avait repris sa route le lendemain sans rien demander de plus. Quatre jours d’errance. Plus une thune. Il restait bien dans la poche de son jean le billet de Cléa, mais il le garderait le plus longtemps possible. Il ne l’utiliserait qu’en cas d’extrême urgence. Sans même s’en rendre compte, Dustin était entré dans un nouveau village. Beaucoup plus grand que le sien. Une mini ville. L’affiche « McDonald, à trois minute direction Marseille » lui donna une envie de manger quasi incontrôlable. Pourtant, à la tombée de la nuit, le ventre creux et le froid rougissant sa peau, Dustin se laissa tomber sur le bord du trottoir et s’endormit rapidement. Il le méritait…de dormir un peu après quatre jours sans sommeil.