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Fiction » Young Adult » Répulsion font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: pivoine
Fiction Rated: M - French - Romance/Angst - Reviews: 5 - Published: 02-22-08 - Updated: 02-22-08 - id:2478800

Un autre chapitre pour ce soir...le prochain est tout nouveau...


IV. Le poltron abstinent.

Je sais que mon coeur fragile est complètement pourri. Je ne peux pas être sauvé. Je sais que tout est de sa faute. Je veux juste détruire ce corps qui me transforme en quelqu’un d’autre. Je hais ça. Je hais vraiment ces nausées qui résident en moi de façon permanente. Je le hais. Je hais mon frère. A cause de ce retardé, j’ai à peine dormi cette nuit. Quand mon frère ne se branle pas, il ronfle comme une toupie.

Maintenant, j’essaye de faire une petite sieste sur ma table avant le début du cours. Bien sûr, je n’y arrive pas. J’essaye de me calmer, d’accueillir ce balancement apaisant à l’intérieur de ma tête, mais, au bout du compte, des pensées désagréables, sans pitié, me tiennent éveillé.

Je soupire de bon coeur, me sentant quelque peu vaincu, et j’éprouve subitement le besoin de quitter cette cage d’ennui pour courir à travers les champs, et me diriger vers un de mes coins de campagne favoris. Je suis déjà debout, mes jambes se dépliant automatiquement. Puis, je me précipite presque hors de la classe, échappant ainsi à des heures de mathématiques.

Cela semble si facile de s’enfuir comme ça. Je veux croire que c’est facile même si, tout au fond de moi, je sais que je ne pourrais jamais me libérer complètement. Mais, pour l’instant, laissons croire que cela va m’apaiser, me réconforter.

Je saute par dessus une clôture usée, après avoir dépassé un pâté de maisons. Ensuite, je marche avec entrain vers cet immense arbre isolé, se dressant sur un pré. Je laisse tomber par terre mon lourd sac à dos et je m’assois aussitôt, croisant mes bras sur mon torse. C’est un jour ensoleillé et je ferme les yeux, me sentant tout d’un coup très fatigué. Des pensées envahissent encore ma conscience.

En effet, quelque chose a changé. Un fond de chaos empoisonne le fil ténu de confiance nous reliant l’un à l’autre. Tout est de sa faute. Il a commencé à le casser, ce lien entre nous, à cause de son aveuglement, de son comportement méprisable. Je ne peux plus dire qu’il est mon frère. Ce mot semble si étrange et il laisse un arrière-goût amer dans ma bouche. Il ne peut pas être mon frère. Ce connard. Non, il ne peut certainement pas l’être.

Il est loin ce temps où je l’admirais encore, mais même à cette époque, la rivalité était un moyen si courant de nous évaluer. Il y avait ce jeu que je ne pouvais pas mener habituellement parce que j’étais si lâche. Charlie, d’un autre côté, était sans peur et fier, si fier.

J’étais un enfant alors, un tout jeune poltron âgé de huit ans. Oui, je m’en souviens comme si c’était hier.

Je regardais avec curiosité ce Charlie de onze ans qui mangeait un yaourt aux pruneaux, en plongeant dedans un gros morceau de pain. Je ne pus m’empêcher de lui demander : “Tu peux le manger avec du pain aussi ?”. Charlie acquiesça distraitement puis me tendit le yaourt et le pain. Ainsi, je goûtai à ce yaourt, comme mon frère venait juste de le faire. Je me rendis vite compte que c’était très bon.

Lorsque cette petite scène de gourmandise s’acheva, mon frère alla chercher des chaises dans la maison. Il revint dans la cour, aligna et espaça promptement ces dernières. Je le regardais toujours, tandis que mes mains serraient le pot de yaourt et que je me passais de faire tout commentaire.

“Hé! Regarde ça, Nico! Je suis sûr que tu ne peux pas le faire!”, me dit-il, son visage reflétant une expression de défi.

Cette nouvelle provocation, une parmi tant d’autres, me mit tout de suite en rogne, mais, cependant, mon irritation s’évanouît instantanément lorsqu’il commença à sauter au dessus des chaises avec une facilité déconcertante. Ses mouvements étaient si fluides et parfaits. J’en fus estomaqué, à mon grand déplaisir.

Au bout de la rangée de chaises, Charlie était tout sourire. L’excitation provoquée par l’exercice faisait scintiller ses yeux noirs. J’avalai ma salive avec difficulté. Mes mains devinrent très vite moites de sueur. J’étais terriblement nerveux mais je ne pouvais refuser ce défi, aussi, je me préparai pour cette épreuve.

Je serrai les poings. J’inspirai profondément. Je tapai même un peu mon pied sur le sol. J’avais l’air déterminé à cet instant. Malheureusement, ma détermination s’envola dès que je fis face aux obstacles de ma course. Je fus ainsi incapable de sauter au dessus de ces sacrées chaises. Je m’étais juste arrêté avant, mes yeux inquiets s’attardant sur cette rangée impeccable.

Alors, je l’entendis. Son rire.

“POLTRON!”, cria-t-il.

A cette époque, je ne savais pas encore ce que ce mot signifiait, mais je pouvais aisément deviner qu’il n’était pas très flatteur d’être qualifié de “poltron”.

Je me souviens encore de cette honte aigue qui brûlait mes joues. Salaud.

Une gentille tape sur mon genou, qui me fait sursauter, me tire de mon rêve éveillé. Je lève les yeux et je grimace lorsque la lumière agressive du soleil heurte mes pupilles. Je cligne. Je cligne encore une fois. Au départ, je n’arrive à discerner qu’une ombre immense me surplombant. Puis, les contours se font petit à petit plus distincts si bien que j’arrive enfin à identifier qui est le perturbateur. Le malaise s’élance en moi, aussi rapide qu’une flèche tirée, dès que je le reconnais. Un sourire timide courbe ses lèvres. Il a l’air presque contrit. Je grogne intérieurement de frustration.

“Tu te caches ici alors ?”, dit Charlie d’une voix douce.

Je ne tiens pas compte de sa question. Je me contente de hausser les épaules pour toute réponse. Sa présence ici me dérange et elle suscite ces sentiments que je connais si bien : mépris et dédain. Je me demande comment il a pu trouver mon refuge. Je m’appuie sur l’écorce craquelée de l’arbre et la sensation de cette texture rugueuse contre ma peau réussit à m’apaiser. Je pousse un souffle de contentement et je ferme les yeux, essayant de ne pas faire attention à Charlie.

Bien sûr, je n’y arrive pas. Comment puis-je complètement ignorer mon frère, quand il décide alors de s’asseoir à côté de moi ? C’est un plan voué à l’échec, pauvre de moi !

“Tu n’as jamais séché de cours avant…ça me surprend, Nico! Donc…euh…tu viens ici souvent?”

J’ouvre un oeil.

“ Et merde, Charlie, tu peux me laisser tranquille ?!”, je m’exclame, pris de colère. Il affiche un sourire triomphant : “Tu peux parler finalement ? T’as enfin constaté que le doux appendice dans ta bouche sert à quelque chose ?”

Je le fixe quelques secondes, mes yeux traçant ces lèvres qui viennent juste de prononcer ces mots bizarres. Heureusement, je reprends vite mes esprits et je hausse encore les épaules. J’évite son regard interrogateur et je saisis un bouquin à l’intérieur de mon sac à dos. La lecture est vraiment un loisir étonnant.

“Tu me fais la gueule, bon sang!”, murmure un Charlie agressif avant d’ajouter, d’un ton plus amusé: “Mais c’est moi qui devrait être mécontent! C’était horrible d’être interrompu comme ça!”

Mon visage affiche une expression d’agacement quand je réponds, sarcastique: “Et bien, laisse moi te donner un petit conseil bien utile pour la prochaine fois : abstinence!”

Ses yeux se mettent à briller d’une étrange lueur. A l’instant, un voile sombre semble couvrir ce front plissé. Je regarde mon frère avec, maintenant, beaucoup d’appréhension. J’ai l’impression d’être pris au piège, à la merci des pattes griffues d’un chat lunatique. Des frissons parcourent mon dos. A quoi pense-t-il? Je tente de rester calme et détaché. Sa question soudaine remet en cause aisément ce fragile contrôle: “On peut comparer?”.

La confusion ne tarde pas à s’immiscer en moi et cela m’effraie grandement. Je n’aime pas me sentir anxieux, perdu. Je chante à nouveau cette litanie, secrètement, dans la vase de mes pensées abasourdies.

Je le méprise. Je le déteste. Je le hais. Je le maudis. Je l’exècre.

Voilà mon sang qui brûle de dédain.

Je bégaye: “com…comparer?”

Le sourire de mon frère se fait inquiétant, presque moqueur et j’éprouve l’envie folle de fracasser ce visage. Mes doigts crispés me dérangent terriblement.

Je pâlis lorsque j’entends sa réponse provocatrice: “Nos bites. Je me demande si la tienne vit toujours.”



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