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Fiction » General » Fleur de Sel ou A la Lueur d'une Etoile de Mer font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Roxanne de Bormelia
Fiction Rated: K+ - French - Adventure/Family - Reviews: 7 - Published: 02-27-08 - Updated: 07-10-08 - Complete - id:2481166

Tout le monde était endormi à présent, les pirates l’avaient prévenue qu’ils avaient drogué le vin et qu’il ne fallait donc pas y toucher si elle voulait partir avec eux. Par malchance, la lune était pleine ce soir-là, et ils devraient donc être particulièrement prudents pour qu’on ne les voie pas sortir Margot du château. Ensuite, il n’y aurait rien de plus banal qu’une troupe d’artistes itinérants voyageant de nuit, et ils ne seraient pas longs avant de rejoindre le navire.

Elle avait été un peu déçue de ne pas voir Karl parmi eux, elle aurait souhaité le réconfort de sa voix, et ses bras pour s’y réfugier. A force, elle s’était mise à le considérer comme un deuxième père. Mais l’étreinte de l’artiste et ses conseils l’avaient également rassurée, sans qu’elle puisse dire si cela tenait plus à ses paroles ou à sa voix elle-même. Le pirate, de son côté, avait certainement beaucoup de travail à bord afin de pouvoir appareiller dès qu’ils auraient atteint le navire.

On frappa à sa porte, c’était le saltimbanque qui l’avait avertie un peu plus tôt qui venait la chercher. Main dans la main, ils traversèrent le château entièrement endormi, seuls quelques pages, trop jeunes pour boire, veillaient encore. Mais aucun d’eux ne leur barra la route, au contraire, ils leur indiquaient le chemin à suivre avec le sourire.

A l’opposé des soldats et des suivantes de la Comtesse qui avaient passé leur temps à la dénoncer au moindre faux pas, elle avait reçu des appuis de leur part. A présent, en dévalant les escaliers les uns après les autres, elle se sentait lâche de les abandonner à leur sort. Elle fit un mouvement pour repartir en arrière, mais l’artiste l’en empêcha. Chacun de ces enfants trouverait sa place ce soir même sur le navire.

Ils arrivèrent bientôt en vue de la porte principale, c’est alors que, face à eux, surgit le Vicomte. Margot se rappela alors qu’il n’avait pas touché à son verre pendant le repas. Son visage était fermé, et empreint d’une grande tristesse tandis qu’il regardait les deux fuyards arrêter leur course.

- Vous m’abandonnez alors ? demanda-t-il sur un ton presque pathétique.

La jeune fille sentit les larmes lui monter aux yeux, qui était-elle pour laisser derrière elle son seul ami ? Il l’avait soutenue et aidée alors qu’elle était seule et désemparée dans un monde qui n’était pas le sien. Mais en jetant un regard vers le saltimbanque, elle s’aperçut que lui ne semblait ni triste ni en colère, au contraire du Vicomte. Il attendait sa décision, simplement.

- C’est à vous de choisir, dit-il, et il faut le faire maintenant, si vous tardez, il sera trop tard.

Cette vie de luxe n’était pas la sienne, celle qui correspondait à ses origines, oui, mais pas à sa vie réelle. Elle repensa à ses années d’enfance, à chanter dans la taverne avec ses amis, à écouter leurs récits de voyage au-delà du monde connu. Si elle restait ici, elle vivrait certes dans l’opulence et le confort pour le reste de ses jours, mais elle avait appris au berceau la valeur du travail et elle savait que c’était vers ce monde que se portait véritablement son cœur.

Elle voulait d’une vie vraie, avec ses joies et ses peines extrêmes, et non pas d’une demi-vie, où les amis aiment non pas ce qui remplit votre tête, mais ce qui se trouve au-dessus. Elle aimait entendre le cri des mouettes et des goélands le matin en se réveillant, sentir l’odeur du port et de la mer autour d’elle. Elle aimait la saveur du sel de la mer qui fait celui de la vie.

- Je ne vous ai pas en inimitié, dit-elle au Vicomte, mais ma vie et la vôtre sont bien différentes, trop à vrai dire, pour qu’elles s’accordent. Toutefois je ne suis pas mauvaise fille, et je vous donne ce sceau, qui est celui que m’a donné la Comtesse et que j’aurais porté si j’avais gouverné ce comté à vos côtés. Gardez-le, et soyez toujours aussi bon que vous l’avez été pour moi.

Margot et le saltimbanque rejoignirent leurs compagnons et, ensembles, ils rallièrent la côte. Une fois à bord du navire, ils mirent les voiles vers d’autres horizons. Et l'on n’entendit plus jamais parler d’eux, jusqu’à ce qu’un matin, une voile étrangère apparaisse à l’horizon.

Mais ceci est une autre histoire...



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