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Bonjour à tous !
Me revoilà avec la première partie du chapitre 2 ! Ce chapitre est centré sur Nelclecia et sur les Autochtones, on en apprend plus sur eux J'espère qu'il vous plaira A titre d'information je viens de commencer le chapitre 6 (mes chapitres sont très longs XD) et on entame la moitié de cette première partie sur Av'Lee !
Merci à toi Sevina pour tes remarques et pour me suivre J'espère que la suite va continuer à te plaire ! Et vi Shyn c'est bien "le beau mec que toutes les filles baves en le regardant" loool
Bonne lecture
Chapitre II
Même si elle avait traversé de nombreuses fois le Portail, voir les anneaux en activité restait toujours impressionnant pour Nelclecia, qui voyait là le point culminant de la technologie des Citoyens. Malgré le fait qu’elle était une Autochtone, elle approuvait totalement les travaux de ces envahisseurs, oubliant de ce fait l’asservissement dont son peuple avait été victime. Peu lui importait le passé, seul l’avenir l’intéressait. L’avenir et les réponses qu’il allait lui apporter.
L’arrêt soudain des anneaux annonça qu’ils étaient parvenus à destination. Comme à chaque fois qu’elle se déplaçait, la jeune femme était accompagnée de son garde du corps, un nom bien important pour un simple androïde de protection. Elle n’aimait pas vraiment ses « machines humaines », et aurait préféré pouvoir engager un Autochtone ayant besoin d’un travail, mais les directives de Nathiman étaient indiscutables. Un Androïde restait plus fiable qu’un humain dicté par ses instincts de survie. Bien évidemment Nelclecia avait rétorqué à cet argument que la guerre concernait les machines, pas les Autochtones. Remarque qui s’était soldée par un magistral silence, qui prouvait qu’elle avait visé juste, mais que la discussion restait stérile. Son père ne changerait pas d’avis. D’autant plus qu’un employé humain revenait nettement plus cher qu’une machine qu’il fallait entretenir sérieusement une fois par an. Aussi riches étaient-ils, de telles dépenses étaient quand même examinées deux fois avant d’être acceptées. Talonnée par son Androïde mâle, qui était par ailleurs efficace, discret et compétent, et suivie par un robot-transporteur de petite taille, elle quitta la passerelle pour être accueillie par les gardes. Ils reconnurent aussitôt la fille Nelclecia, non pas parce qu’elle était la fille de Nathiman El Ecritian, ici son nom n’était pas aussi connue ; mais parce qu’elle était la fille de Lilucia Shayar de la noble famille Ressienne. On la mena dans une salle d’attente luxueuse où une employée en chair et en os lui servit à boire tout en l’installant confortablement dans un fauteuil. Elle n’eut à attendre qu’une dizaine de minutes avant de pouvoir quitter la pièce, tout en sachant pertinemment que son cas avait été étudié en premier afin de réduire son attente. Privilège de la lignée.
Un autre Androïde l’escorta jusqu’à l’immense hall encadré par des hautes et majestueuses colonnes en marbre qui soutenaient à intervalle régulier des balcons servant de salons privés. L’être inorganique la conduisit jusqu’à l’un d’eux, empruntant pour ce faire un escalier en colimaçon. Le salon faisait une dizaine de mètres carrés, et comportait deux canapés, trois fauteuils et deux tables basses. Des rideaux en velours vert sombre isolaient les convives du reste de la bâtisse, et donnait à l’ensemble une ambiance intime. Confortablement assise sur un fauteuil, les mains dont les doigts étaient ornés de trois anneaux de bronze chacun posées sur ses genoux croisés, révélant une jambe gauche à la plastique parfaite, une jeune femme discutait avec un garde du Portail. Se tenant à l’accoudoir du fauteuil d’en face, il affichait un air clairement intéressé par ce qu’il voyait, ses yeux déviant fréquemment vers le décolleté de son interlocutrice.
– Laisse donc ce pauvre homme travailler en paix, lança Nelclecia sur un ton nasillard en pénétrant dans le salon.
Le concerné se redressa aussitôt, pris sur le fait. Ses yeux s’écarquillèrent de surprise en reconnaissant la nouvelle venue, à la suite de quoi il s’excusa pour son comportement, s’inclina et quitta prestement les deux femmes.
– Tu exagères, il fallait bien que je m’occupe le temps que tu arrives, se justifia l’autre d’une voix à l’intonation grave.
Un sourire sarcastique se peignit sur son visage dépourvu de la moindre imperfection, et qui chose rare le rendait d’autant plus beau. Un maquillage léger mais judicieux mettait ses yeux d’un gris orage en valeur, et faisait ressortir le contraste entre sa peau hâlée et ses cheveux gris souris qui encadraient son visage. Un simple diadème seyait son front, retenant un morceau de pierre précieuse.
– Tu es en retard, Fayshayar, ajouta-t-elle en plantant son regard impénétrable dans le sien.
Nelclecia répondit pareillement à son sourire, entrant dans son jeu subtil tout en prenant place en face d’elle. « L’Or Noir », tel était le nom dont sa mère l’avait gratifié, à cause des paillettes d’or qui donnaient à ses yeux leur couleur mordorée. Les Autochtones avaient leur propre langage, qui avait dû certes s’incliner devant l’uniformité de la langue officielle des Citoyens, mais qui continuait d’être utilisée, notamment par les lignées de la famille Ressienne. L’utilisation la plus courante restait pour les prénoms. La richesse de leurs légendes et de leur langage faisait que chaque nom pouvait avoir une signification qui lui était propre. Cela rendait la personne plus unique, plus remarquable. C’était une tradition qui commençait à être imitée par les familles aisées de Vion, désireuse de se faire remarquer à plus d’un titre. Toutefois, parce qu’elle vivait sous la dépendance de Vion, et qu’encore maintenant les Autochtones et leurs coutumes étaient parfois mal vus par la société puriste d’Éleriel ; Fayshayar portait le nom officiel de Nelclecia sur le Continent et à l’Institut. Mais dès qu’elle revenait « chez elle », elle redevenait Fayshayar, de la famille Ressienne.
Descendante de la ô combien puissante mais redoutée, Shayaress.
– Je suis moi aussi contente de te revoir Lehmna, glissa-t-elle en prenant le verre de liqueur mis à sa disposition sur la table basse.
Fry Lehmna, Leh Ress. Âgée de vingt-quatre ans, elle restait le meilleur soutien que Nelclecia pouvait avoir à la Cité de Shayar. Descendante de la Déesse Lehress, Dragon d’Obsidienne, elle la représentait parfaitement bien. Intelligente, forte, intransigeante, efficace, Lehmna possédait un mental sans faille. Et si ses paroles directes et souvent acerbes mettaient mal à l’aise un auditoire non initié, elle n’en demeurait pas moins une amie extrêmement fidèle si tant soit peu qu’on avait capté son attention. Son principal défaut, était sa tendance à la séduction et à la manipulation de la gent masculine. Elle était magnifique, habitée d’une beauté et d’une assurance qui ne pouvait laisser de marbre, et elle le savait. Contrairement à Nelclecia qui ne s’intéressait pas à ce genre de choses, Lehmna elle, s’était forgée une réputation de séductrice qui pouvait faire pâlir les plus belles descendantes de Cheeniress, Dragon de Pourpre symbole de l’amour. Mais tous les prétendants n’arrivaient pas à leurs fins, car l’Obsidienne pouvait se révéler particulièrement tranchante. Beaucoup s’étaient blessés en voulant s’approcher d’elle. Cette barrière invisible qui la rendait intouchable la rapprochait de Nelclecia, et était sans doute l’une des explications à leur amitié inébranlable.
– Tu te fais rare à la capitale, soupira la jeune femme en s’enfonçant dans le canapé en jetant un coup d’œil par-dessus la rambarde située à deux mètres d’elle.
– L’inconvénient des études, lâcha Nelclecia avec fatalité.
– C’est bien pour ça que j’ai arrêté dès que j’en ai eu assez ! S’exclama Lehmna en lui adressant un sourire malicieux. J’aurais sans aucun doute agi différemment si seulement j’avais pu me rendre à Av’Lee.
– Je n’en doute pas, tu aurais eu tant de succès que Kirazaleen en serait devenue folle de rage, laissa-t-elle échapper avec un certain amusement.
Son amie fronça les sourcils, devenant subitement sérieuse, elle se redressa pour se rapprocher d’elle.
– Tu parles encore d’elle, nota-t-elle avec gravité. Je croyais que ça allait mieux, Nel…
– Excuse-moi, je n’ai pas réfléchi avant de parler, se rattrapa-t-elle aussitôt. Oublies donc ce que je viens de dire. Donne-moi plutôt des nouvelles de la Cité.
Lehmna resta soucieuse quelques secondes encore, puis elle accéda à sa requête, lui énumérant les dernières informations pouvant l’intéresser.
– Et où en est la procédure de mariage avec Nawn ? Demanda-t-elle sur un ton badin après avoir pris en compte les paroles de la jeune femme.
– Ne m’en parle pas ! Se plaignit-elle en soupirant exagérément. Ils sont encore en train de rechercher nos degrés de parenté pour après faire les premières expériences. C’est d’un compliqué ! Je n’ose imaginer à quel point cela a dû être pénible pour notre futur Empereur, le pourcentage de tares issues d’un mariage incestueux est si élevé qu’il a dû leur falloir des années de test avant d’avoir leur enfant.
Nelclecia hocha de la tête, approuvant silencieusement ses dires. De par le noble sang des Déesses qui coulait dans leurs veines, les membres de la grande famille Ressienne devaient se plier à un certain nombre de règles pour préserver la pureté des lignées. Comme il n’y avait que huit Dragons, les croisements consanguins ne pouvaient être évités. Mais grâce à la technologie presque miraculeuse des Citoyens, les unions pouvaient se faire sans problèmes dorénavant. Leur maîtrise du génome humain, de la transmission des chromosomes, et du génie génétique leur permettait d’établir rapidement les cartes génétiques des deux parents, et d’effectuer des modifications chez le fœtus si jamais des gènes récessifs codant pour une maladie ou une malformation apparaissaient. Et si les tests préliminaires restaient lourds, la réussite de leur méthode était totale. Ainsi les lignées de la famille Ressienne pouvaient être maintenues sans craindre les inconvénients habituels des unions consanguines.
– Mais bon, dans moins d’un an je serais mariée, ce sera déjà ça, reprit-elle avec une pointe de déception dans la voix.
– Je pensais que tu approuvais le choix de ton père, souligna Nelclecia. Nawn n’est-il pas « une proie particulièrement attirante », pour reprendre tes propres mots ?
– Si bien sûr, tu pourras t’en rendre compte par toi-même dès ce soir d’ailleurs. C’est juste que je n’aime pas l’idée d’être enchaînée, et je ressens le mariage comme une espèce d’enchaînement à vie.
– Je vois ce que tu veux dire, confia-t-elle pensivement. Il est vrai que tu ne pourras plus t’amuser comme tu le fais en ce moment…
– Je risque fort de m’ennuyer, il va falloir que je me penche de plus près sur les lois concernant le degré d’adultère, émit-elle en affichant un air réfléchi.
– Lehmna, reprocha son amie avec un petit rire.
– Plus sérieusement, Nel…Commença-t-elle en reprenant une voix grave.
La concernée leva les yeux vers elle, sachant que si la jeune femme l’appelait par son surnom, cela signifiait que le sujet était délicat et qu’il ne lui plairait sûrement pas de l’aborder. Avec tact, Lehmna préparait le terrain pour la discussion.
– J’ai appris que le père de Faydan lui avait posé un ultimatum. S’il ne se marie pas avant la fin de l’année avec une descendante, il s’en occupera lui-même. Et tout pense à croire que son choix ne conviendra à personne.
– Je savais que cela allait arriver, déclara-t-elle à mi-voix. Il le fallait, après tout il est notre aîné, il n’a que trop attendu.
– Que vas-tu faire ? Cela fait dix ans maintenant, ne crois-tu pas qu’il est temps de tourner la page, et de donner sa chance à Faydan ?
– Ce n’est pas si simple !
– Bien sûr que si ! Je sais qu’il te plaît, c’est tellement flagrant quand vous vous voyez ! Et contrairement à lui, Faydan est là. Le bonheur qu’il peut t’apporter est réel, et non ancré dans un passé sans avenir.
Nelclecia ferma les yeux, refoulant les sentiments qui la submergeaient suite à ces paroles. Lehmna avait visé juste, la touchant profondément, là où elle était la plus sensible. Elle avait raison, et pourtant la jeune femme refusait de l’admettre.
Car accepter sa vision des choses revenait à le considérer comme mort.
Or, elle ne pouvait toujours pas se l’avouer, même après dix longues années.
– Je ne voulais pas remuer tes souvenirs, continua son amie. Mais il fallait que tu le saches. Prends le temps d’y réfléchir et essaye d’en parler avec lui, quoique je suis certaine qu’il amènera de lui-même le sujet.
– Je n’en doute pas, toutes les occasions sont bonnes pour me rappeler à quel point je passe à côté d’un être si exceptionnel que lui, railla-t-elle avec un demi-sourire. Merci de m’avoir prévenu, je pense que l’apprendre de sa bouche aurait été encore plus blessant.
– C’est bien pour cela que je l’ai devancé. Allez, mets donc cela dans un coin de ton esprit le temps que nous rentrions au palais. Notre calèche doit être prête, à moins que tu ne veuilles rester encore un peu ici.
– Non, j’ai hâte de revenir chez nous, avoua-t-elle avec une expression pleine d’espoir.
Sur un commun accord, elle quittèrent donc le salon, et prirent place dans une calèche luxueuse, tirée par deux chevaux d’un noir profond.
– Regarde l’amie fidèle que je suis, se vanta Lehmna en lui désignant les deux équidés avant de monter dans la voiture. J’ai fait exprès de demander les chevaux de notre bien-aimée Shayaress pour t’accueillir.
– En effet, une telle dévotion me va droit au cœur, ironisa Nelclecia en levant les yeux au ciel.
– Quelle ingratitude ! Dire que j’ai dû séduire dix minutes un palefrenier affreux pour les avoir, se plaignit-elle en affichant une moue dégoûtée. Ne te moque pas ! S’écria-t-elle en voyant son amie rire franchement en s’installant.
Elle grimpa à son tour dans la calèche, referma la porte et calma Nelclecia d’une remarque acide bien placée.
Capitale du Territoire des Autochtones, la Cité de Shayar était découpée en huit quartiers en hommage aux huit Déesses Dragon. Chacun portait le nom de la Déesse concernée, plus un suffixe –latris, signifiant « quartier » dans leur langue originelle. Traversée par le Fleuve Noir, principal axe fluvial du continent, la ville était partagée en deux rives, arbitrairement appelée Haute Rive et Basse Rive, et débouchait sur un immense port donnant sur le Reen. Les deux berges étaient reliées par des ponts, mais le passage d’un quartier à l’autre n’était pas surveillé. Seul l’accès à Shayarlatris, cœur de la capitale, était soumis à un contrôle. En effet, cette zone renfermait le domaine des Ress, là où vivaient les descendants des Déesses. Un magnifique château de plus de dix mille mètres carrés surplombait un immense parc d’une soixantaine d’hectares et comptabilisait de nombreuses dépendances pour toutes les lignées de la grande famille Ressienne. Cela faisait plusieurs mois que Nelclecia n’y avait pas remis les pieds, et elle attendait ce moment avec impatience. Même si elle avait toujours été élevée au Manoir Sombre d’Av’Lee, et qu’elle avait habité quelques temps à Vion ; le domaine de Sharlatris restait pour elle sa véritable demeure. Pour s’y rendre, il fallait tout d’abord quitter l’île ou était construit les bâtiments enfermant le Portail du continent.
Elle appartenait au quartier de Cheenilatris, qui était l’un des seuls à s’étendre sur les deux rives. Leur calèche dut traverser un pont dallé dont l’accès était surveillé de manière drastique, à cause de la présence du Portail. Seuls le personnel, les voyageurs et les habitants de la haute société pouvaient l’emprunter, de même que celui qui menait à la Haute Rive. D’une largeur de vingt mètres, il permettait d’observer facilement l’eau calme du fleuve, et même d’apercevoir les autres ponts. Leur véhicule fut contrôlé avant d’atteindre la rive, et un simple coup d’œil des gardes à l’intérieur suffit à les laisser passer. La notoriété des descendants ressiens n’était plus à faire, et ce serait un blasphème que de mettre en doute leur intégrité en leur demandant de décliner leur identité, ou de vérifier la raison de leur présence en ces lieux. Absorbées par leur conversation, les deux amies ne relevèrent même pas leur immobilisation de quelques minutes. La calèche s’engagea par la suite sur les routes également pavées du luxueux quartier du Dragon de Pourpre.
La Cité de Shar était l’une des villes les plus évoluées du Territoire des Autochtones, et en partie grâce aux Citoyens. Cependant, en voyant les progrès technologiques fulgurant de leurs nouveaux voisins, les traditionalistes avaient souhaité de pas emprunter la même voie. Accepter l’innovation, l’amélioration du niveau de vie, mais ne pas s’attirer les problèmes qu’avaient eus les Éleriens. C’est pourquoi les Androïdes étaient quasi-inexistants sur le continent, que les habitants continuaient à se chauffer essentiellement avec du bois, et que les matériaux utilisés étaient souvent naturels. Les pavés et routes de terres étaient préférés à l’asphalte disgracieux, glissant et polluant, et les TachyPaths n’étaient même pas évoqués. Ce genre d’invention n’était pour les Autochtones qu’un moyen de s’enliser un peu plus dans l’inactivité. Les moyens de locomotions étaient simples : à pied, à cheval, en calèche, ou en diligences internes, qui assuraient un transport commun au sein de la ville. Habituée aux déplacements de ce genre à Av’Lee ; à la différence près que les équidés étaient remplacés par des créatures omnivores et dangereuses, Nelclecia continuait néanmoins d’apprécier ce transport naturel. Les routes étaient larges et bien dégagées car des trottoirs étaient prévus pour les piétons. Les systèmes de priorités étaient efficaces, et les nombreux contrôles par les autorités renforçaient l’harmonie qui régnait dans les quartiers.
Dissimulée derrière des fenêtres pourvues de rideaux épais, Nelclecia et Lehmna passaient inaperçues aux yeux des habitants, pouvant les regarder vivre librement. Le niveau de vie étant relativement élevé dans ce quartier, les passants étaient élégamment vêtus, et beaucoup affichaient délibérément leur dévotion à une ou plusieurs Déesses, de par les couleurs arborées, les symboles, ou les coupes de cheveux. Ce que Lehmna faisait par ailleurs avec les premières mèches du côté gauche de son visage qui cachait délibérément une partie de son œil. Un tel dégradé était typique des adorateurs de Lehress, car telle était sa coiffure dans sa représentation humaine. Nelclecia n’avait pas suivi cet exemple, car selon elle sa dévotion et ses actes suffisaient à prouver sa valeur aux yeux de Shayaress. Posséder la même coiffure, ou le même genre de vêtements relevait pour elle du simple fanatisme de masse. Devant cette attitude, son amie lui avait souvent dis que c’était là le résultat de son exil à Av’Lee. Si elle avait été élevée à Alyshar – nom donné à la capitale par les Autochtones –, elle aurait probablement agi pareillement.
Une demi-heure plus tard, le meneur stoppa leur véhicule pour permettre aux gardes du poste frontalier gardant l’accès à Shayarlatris de vérifier qui voulait pénétrer dans cette zone charnière. S’inclinant respectueusement en découvrant les deux femmes à l’intérieur, ils leur souhaitèrent une bonne journée, et leur permirent d’avancer. Le quartier n’était pas seulement constitué du domaine de Ress, d’autres habitations étaient présentes, mais seuls les familles les plus riches, et les plus fidèles au panthéon pouvaient loger ici. Tout n’était que verdure, jardins fleuris et parfaitement entretenus, vastes demeures en pierre pourvues de statues et colonnes en tout genre. Les chevaux provenaient de l’élevage prestigieux du domaine, qui fournissait des animaux fins, racés, élégants et seulement accessibles aux plus fortunés. Ils tiraient des voitures luxueuses et confortables dans lesquelles étaient assis des nobles parés de bijoux à l’effigie des Déesses Dragons. Puis, ils s’engagèrent sur un chemin bordé d’arbres qui projetaient leur ombre sur la terre fine, au-delà desquels s’étendaient les immenses prairies d’élevage. Au bout d’une dizaine de minutes, les premières dépendances apparurent, possédant chacune leur propre petit domaine.
– On te laisse chez toi ou tu préfères aller autre part ? S’enquit Lehmna alors qu’ils approchaient de la première bifurcation.
– Chez moi, tu n’auras qu’à venir me chercher ce soir pour que nous nous rendions au dîner ensemble, répondit-elle d’un air distrait.
Son amie lui jeta un coup rapide coup d’œil inquisiteur, mais s’abstint de tout commentaire, se contentant de donner les ordres au conducteur. Ce dernier stoppa la calèche peu après, et aida Nelclecia à descendre. Aussitôt un groupe de serviteurs, tous en noir, couleur de Shayaress, se précipitèrent pour accueillir la jeune femme. On se chargea de lui prendre ses affaires et de préparer son installation.
– Tu me sembles un peu soucieuse, déclara Lehmna en s’accoudant à sa fenêtre alors que son amie venait de descendre. J’espère que c’est à cause de ce que je t’ai dit sur ce cher Faydan, et que ça va te motiver à l’accepter, ajouta-t-elle avec un air malicieux.
– Ne t’en fais pas, je vais y réfléchir sérieusement, promit-elle avec un demi-sourire. Non, c’est autre chose, j’attendais des nouvelles que je n’ai pas reçues. J’espère voir mon contact aujourd’hui mais…
– Tu parles de Sereynity ? Interrompit-elle avec une expression intéressée.
– Comment es-tu au courant ? S’exclama-t-elle en ne cachant pas sa surprise.
– Tu oublies qui je suis Fayshayar, rappela-t-elle d’un air empli d’assurance. Je t’avais déjà dit à l’époque que j’étais de ton côté, je ne comprends pas pourquoi tu refuses mon aide.
– C’est mon combat Lehmna, je ne veux pas t’impliquer au risque de te blesser.
– Tu sais très bien que plus tu voudras me mettre à l’écart, plus je serais intéressée, soupira-t-elle en secouant doucement la tête. J’ai pris contact avec Sereynity, et elle m’a mise au courant de ses avancées.
– Pourquoi tu ne les as pas fait suivre dans ce cas ?
– Parce que tu ne peux pas tout gérer, mais ne t’en fais pas je t’ai tout déposé dans ton coffre. Tu pourras les feuilleter avant son arrivée.
– Elle est vraiment revenue comme prévu ? Douta la jeune femme en fronçant les sourcils. Il n’y a pas eu de problèmes au retour ?
– Rien de très grave, elle arrivera par contre directement ici.
– Ce n’est pas un problème, elle pourra ainsi rester au domaine le temps qu’il faudra. Sais-tu si elle l’a trouvée ? Demanda-t-elle presque avidement.
– Elle n’a rien voulu me dire, déplora Lehmna. Mais elle a du nouveau, c’est certain.
Un sourire satisfait s’étira sur le visage de Nelclecia, qui adressa un signe d’approbation à son interlocutrice.
– Nous en parlerons avant de partir, déclara celle-ci en refermant la porte de la calèche.
– Entendu, acquiesça-t-elle. Merci pour tout, Lehmna.
L’autre fit un geste négligeant de la main, prouvant qu’elle n’avait pas besoin de la remercier, puis le véhicule partit en direction de la dépendance de Lehress. La jeune femme se tourna en direction de l’imposante demeure qui malgré ses similitudes avec le Manoir Sombres, restait son véritable foyer. A la mort de sa mère, la présence de Shayaress chez eux s’était évanouie. Son père avait tout fait pour la rediriger vers la voie de Vion, ne voulant plus entendre parler de la Déesse Dragon, et notamment lorsque les malheurs commencèrent à s’abattre sur ses nouvelles épouses. Nelclecia n’avait rien fait pour lui résister, peu lui importait de ne plus effectuer les longs rituels en l’honneur du Dragon Noir, et de ne plus arborer ses symboles. Ses tatouages, ses caractéristiques physiques, sa détermination et surtout ce qu’elle allait réussir à accomplir, suffiraient à prouver sa loyauté à Shayaress. Elle n’avait pas besoin de mise en scène. Sa dévotion était totale, et sa Déesse le savait.
L’influence de la déesse principale était omniprésente en ces lieux. Toutes les dépendances étaient construites sur le même modèle réduit du château, comportant tous cinq tours, deux cours intérieures, et un parc individuel. Toutefois chacune possédait ses propres particularités selon les déesses et ce qu’elles représentaient. Si par exemple la demeure de la Déesse Fayress, symbole de la vie, de la chance et du bonheur, était resplendissante d’or et de cuivre, et avait une architecture qui laissait abondamment entrer les rayons du soleil ; la propriété de Shayaress restait froide, sombre, mais tout y était imposant. Qu’il s’agisse des larges escaliers en marbre noir pourvus de rambardes fines en acier noirci qui s’entremêlaient tels des serpents ; des lourdes portes en ébènes, encadrées par des armatures aux motifs élaborés ; des nombreuses sculptures, tapisseries et autres tableaux qui faisaient référence au Dragon Noir, et au reste du Panthéon. Et dans ce décor qui reflétait la puissance de la déesse, Nelclecia y avait la meilleure place. Même si le sang étranger coulait en partie dans ses veines, son ascendance directe avec Shayaress était indiscutable. Les autres membres présents étaient issus des unions avec les autres Dragons. Elle était la seule véritable descendante. Et personne ne pouvait le nier.
Elle fut accueillie avec respect, mais de manière succincte, comme à chaque fois sa venue dérangeait les autres membres, qui étaient éclipsés de par sa simple présence. Elle gagna rapidement ses appartements, qui occupaient tout l’étage supérieur de l’une des tours. Tout avait été préparé pour son arrivée, elle trouva donc une chambre impeccablement rangée et nettoyée de manière irréprochable. L’air était sain, et un grand feu brûlait dans l’élégante cheminée en marbre noir, apportant chaleur et lumière. Les deux serviteurs qui terminaient tout juste de ranger ses affaires dans sa grande armoire en acajou s’éclipsèrent en silence, lui permettant d’accéder au grand balcon qui encadrait la moitié de la tour. De grandes baies vitrées lui donnaient l’occasion d’admirer la superbe vue sur le parc de son domaine, et elle pouvait également voir d’autres dépendances, mais pas le château qui se trouvait plein Nord. Les rambardes en granit étaient recouvertes de plantes grimpantes, dont les fleurs rouges dégageaient une agréable senteur fruitée. Trois sièges allongés et une table basse étaient disposés sur le dallage uni, et faisaient office de salon extérieur. Nelclecia s’y rendit après avoir récupéré le dossier dont lui avait parlé son amie.
Ce dernier se trouvait dans son coffre en acier, situé derrière une statuette de Dragon encastrée dans le mur, qui pivotait si elle actionnait un levier discret dissimuler dans l’une des cornes de l’animal. Un code digital permettait ensuite de l’ouvrir, code que seule Lehmna connaissait en plus d’elle-même, et d’accéder à des documents confidentiels. Munie de son Inter portable, la jeune femme s’installa sur une chaise longue et inséra la petite clé qui contenait les données qui l’intéressaient. Les rapports effectués par Sereynity y étaient tous compilés, dans leur langue natale. Des croquis, des vidéos et des commentaires audio s’enchaînaient pendant près de deux heures, au terme desquelles Nelclecia se retrouva gonflée d’espoir quant aux réponses que lui apporterait la jeune femme le jour-même. Un sourire satisfait collé à son visage, elle se laissa aller en arrière, en poussant un long soupir, baignée par la lumière vive du soleil qui apportait chaleur et douceur. Elle posa son Inter sur le sol et laissa retomber ses bras, les yeux fermés elle goûta à sa quiétude tout en se repassant mentalement les différents points importants du rapport de Sereynity. Ce faisant, elle se laissa aller à la somnolence durant une trentaine de minutes, jusqu’à ce qu’on vienne frapper à sa porte. Le temps qu’elle se réveille totalement, une servante était déjà sur le balcon, tenant un plateau repas.
– Comme je ne vous voyais pas venir malgré l’heure, je me suis doutée que vous ne descendriez pas pour déjeuner avec tout le monde, commença la femme d’âge mûr.
– J’avais oublié l’heure, se justifia-t-elle en se redressant. Il fait si bon ici que je me suis endormie.
– Oui, le temps est magnifique, et les températures sont encore douces, je vous comprends mademoiselle Fayshayar. Je suis heureuse de vous revoir, enchaîna-t-elle en déposant son fardeau sur la table basse. Vos visites sont malheureusement moins fréquentes depuis quelques années.
– Le travail devient de plus en plus difficile Ceenelle, soupira-t-elle en repoussant ses longs cheveux noirs. Mais l’offre de venir au manoir tient toujours tu sais.
– Je ne peux quitter la terre de nos déesses mademoiselle, et je suis certaine qu’un jour vous viendrez vivre ici, comme il se doit.
– Crois bien que j’attends ce jour avec impatience, confia la jeune femme en se rapprochant de la table basse. Merci pour le repas, comme d’habitude tu as vu juste.
La femme lui adressa un sourire bienveillant, puis se retira discrètement. Nelclecia la regarda partir d’un air songeur, notant avec regret que le poids des années se marquait de plus en plus sur le corps fatigué de celle qui avait été sa servante depuis sa naissance. Ceenelle avait à présent plus de cinquante ans, et cela se voyait au travers de sa chevelure parsemée de fils d’argent, de son visage ridé, et de son corps courbé. Pourtant Nelclecia savait que la femme ne quitterait son emploi pour rien au monde. Servir les descendants ressiens était un honneur dont peu d’Autochtones pouvaient se vanter d’avoir. Bien loin de l’habituel travail de serviteur, la notoriété de ces personnes était aussi respectée que celle de certains bourgeois. À aucun moment la jeune femme ne l’avait vu comme un simple employé effectuant les mêmes tâches que les Androïdes qu’elle avait à Av’Lee. Par bien des égards, Ceenelle était liée à elle, et réciproquement. Elle était bien plus qu’une servante de la descendante de Shayaress. Elle était une fervente fidèle du Dragon Noir.
Elle n’avait pas pris la place de Lilucia à sa mort, personne ne le pourrait jamais, cependant elle avait plus ou moins servi de figure maternelle à la jeune fille qu’était Nelclecia à cette époque. Elle était son repère au sein de la famille Ressienne, et elle l’avait soutenu durant les sombres périodes qui avaient suivies la disparition de Lilucia. Elle avait toute sa confiance, et lui confierait ses plus intimes secrets, si ceux-ci ne la mettaient pas en danger. Durant dix années, elle avait été bien plus proche de la jeune femme, que ne l’étaient les pseudos-belle-mère éphémère de son père, qui voyaient en elle une ennemie, plus qu’une belle-fille. Comme pour confirmer cela, la servante avait apporté le repas favori de Nelclecia : un assortiment de crudités et fruits frais du continent, agrémentés d’une sauce relevée et d’une boisson très légèrement alcoolisée Affamée, elle s’empressa de manger, tout en observant à travers la rambarde l’une de ses nombreuses cousines prendre un cours d’équitation dans un enclos situé à une centaine de mètre en bas de son balcon. Elle-même ne connaissait que les bases en équitation, afin de pouvoir se débrouiller en cas de besoin. Cependant ses relations avec les équidés s’arrêtaient là, de même pour les Nocturials. Elle ne ressentait pas le besoin d’en savoir plus, et préférait se déplacer à pied ou en calèche plutôt que sur le dos de l’animal. Elle ne dénigrait pas les personnes qui établissaient des liens étroits avec ces créatures, néanmoins elle pensait qu’il s’agirait d’une perte de temps dans son cas. Subitement, les souvenirs de sa première séance lui revinrent à l’esprit, lui arrachant un sourire désuet.
– Je te dérange ? S’enquit alors une voix sur sa droite.
Nullement surprise, Nelclecia se tourna vers la nouvelle venue, qui se tenait dans l’encadrement de la baie vitrée, humblement en retrait.
– Pas du tout, je t’attendais Sereynity, assura-t-elle d’un ton détaché.
Deux années s’étaient écoulées depuis leur dernière rencontre, et la jeune femme avait beaucoup changé. Si la détermination qui se peignait sur son visage était restée la même, ses yeux noirs trahissaient la dureté du monde qu’elle était allée affronter. Son visage arborait une peau basanée, asséchée et sale, prouvant qu’elle venait réellement d’arriver. Sa cape autrefois noire, était à présent grisâtre, avec des éclaboussures de sang, et largement déchirée en bas, et le reste de ses vêtements était tout aussi fatigué.
– Je te remercie de t’être hâtée pour venir à ma rencontre, reprit la descendante. Mais notre discussion peut attendre un peu, va donc prendre une bonne douche, et pendant ce temps je vais te faire amener un repas mérité.
– Je ne peux pas voyons…Tenta-t-elle de protester devant ces faveurs.
– Tu ne vas pas te faire prier tout de même ? Je suis persuadée que tu en meurs d’envie.
Le petit sourire reconnaissant qui se dessina sur les lèvres craquelées de la jeune femme démontra à Nelclecia qu’elle avait parfaitement raison. L’invitée se rendit donc dans la salle de bain personnelle de la descendante de Shayaress – ce qui constituait en soi un luxe sans précédent – laquelle lui fournit de quoi se vêtir à sa sortie avant de la laisser goûter à la joie de pouvoir se doucher, ce qu’elle n’avait pas pu se permettre tous les jours depuis deux ans. Pendant ce temps, son hôte fit appeler Ceenelle, et lui demanda d’apporter un déjeuner copieux pour la nouvelle arrivante, ainsi que de faire laver ses vêtements limite crasseux. A la suite de quoi, elle retourna sur le balcon – le temps était si agréable qu’il serait honteux de ne pas en profiter – et l’attendit patiemment. Depuis ces deux années, tous les espoirs de Nelclecia reposaient sur les découvertes de Sereynity. Cette dernière était une Priress, une jeune femme au service des Déesses Dragons. Princesses de la société, les Priress représentaient une caste exclusivement féminine officiant dans les temples. Dévouées à toutes les déesses, elles pouvaient néanmoins se focaliser sur l’une d’elle, ce qui était le cas de Sereynity. Les tâches qui leur incombaient étaient variées : surveiller que les Fidèles respectaient bien les rituels imposés par les déités, apporter la connaissance sur la mythologie des Dragons, écouter les confessions des Fidèles, célébrer l’initiation d’un nouveau-né, guider l’âme d’un défunt vers les Terres Grises ou encore prier le soutien d’une Ress. Toutefois Sereynity n’était pas rattachée à une ville en particulier car elle faisait partie de la poignée de Priress qui partait avec les troupes de Combattants Itinérants. Comptant une dizaine de divisions, ces troupes sillonnaient le Territoire des Autochtones afin de veiller à la sécurité des routes et des villages localisés dans les coins les plus reculés du continent.
Quand c’était possible, une Priress accompagnait chaque troupe, dans le but de dispenser les enseignements ancestraux des Déesses Dragons à ceux qui n’avaient pas accès aux temples. À cause des risques d’attaques par les bandits de grands chemins, de la dureté et de la longueur du voyage, les jeunes femmes souhaitant participer à ces campagnes étaient rares. D’autant plus qu’elles devaient suivre un entraînement d’un ou deux ans pour apprendre les rudiments du combat, et pour acquérir l’endurance nécessaire à un tel périple. Les Priress sortaient de leur école à l’âge traditionnel de dix-huit ans, à la suite de quoi elles avaient une année d’essai. Seulement âgée de vingt ans, Sereynity avait passé cette année d’essai sur les routes, ayant été exemptée de l’entraînement de par ses capacités exceptionnelles au combat, acquises grâce aux enseignements de son père, lui-même ancien Combattant Itinérant. Cela faisait donc de Sereynity la plus jeune Priress acceptée au sein de cette troupe. Et si les hommes qui l’avaient accueillis étaient restés particulièrement sceptiques au début, ils durent avouer que la jeune femme les avait impressionnés. Certains la qualifieraient de génie, d’autres diraient que cela était normal après les années d’entraînements avec son père. Mais pour Nelclecia, il n’y avait qu’une seule raison possible.
Elle avait été choisie par Shayaress, tout simplement.
Née la dernière année de la décennie régnante de la lignée Shayar, Sereynity possédait des traits de caractères dignes des descendants du Dragon Noir. De ses caractéristiques à elle. Détermination, courage, fierté, force, telles étaient les qualités que devait posséder tout Fidèle de Shayaress. Ni Sereynity, ni Nelclecia n’échappaient à la règle.
La fille El Ecritian avait connu la Priress à l’époque où celle-ci était en dernière année d’étude. Ses connaissances sur le Dragon Noir étaient telles qu’elle n’avait pas eu besoin d’une spécialisation pour être désignée Priress de Shayaress. Un tel exploit, notamment par le fait que cette Déesse était relativement inaccessible, avait attiré l’attention de sa descendante en titre. Les deux jeunes femmes s’entendirent parfaitement, et lorsque Sereynity lui avait fait part de sa volonté de rejoindre les Combattants Itinérants, Nelclecia n’avait alors pas hésité à lui confier une mission de la plus haute importance. Et aujourd’hui elle allait enfin connaître le fin mot de l’histoire, du moins l’espérait-elle ardemment. Bien plus que pour prêcher les enseignements Ressiens, la Priress s’était engagée avec la troupe se rendant dans la zone bordant les Terres Grises pour une toute autre raison, nettement plus importante à ses yeux.
Retrouver la trace de Shayaress.
– Excuse-moi pour l’attente, déclara soudain Sereynity en venant la rejoindre sur le balcon, la tirant de ses songes.
– Tu as fait vite ! S’exclama Nelclecia en se redressant un peu.
Propre, affichant une mine un peu moins lasse, vêtue d’habits frais, ses longs cheveux auburn enfin lavés séchant à l’air libre, la jeune femme ressemblait davantage à une Priress.
– Je suis trop impatiente à l’idée de te faire partager mes découvertes, expliqua-t-elle en s’asseyant sur une chaise longue.
– Je le suis tout autant, lui assura son hôte avec un sourire mystérieux.
Sereynity s’empressa donc de lui narrer dans les détails tout ce qui lui était arrivée durant cette année spéciale. Et si beaucoup de choses avaient déjà été recueillies dans le dossier, Nelclecia ne l’interrompit à aucun moment pour la faire écourter son récit, sauf pour l’obliger à manger le plat que lui avait apporté Ceenelle en cours de route.
La troupe de Combattants Itinérants que la Priress avait rejointe, avait pour mission de se rapprocher le plus possible des Terres Grises, à l’extrême Ouest du continent. Le territoire des déesses, inaccessible au commun des mortels. Avide de renseignements, Sereynity en avait profité pour discuter avec les habitants des flancs du cercle montagneux qui entourait ce sanctuaire naturel. En tant que Priress, ses questions au sujet de Shayaress et des Terres Grises n’étaient jamais mal interprétées, et dans cette zone reculée, désertée et parfois oubliée du reste du monde, les croyances étaient solidement ancrées dans la population. À force de patience et de persévérance, vérifiant chaque hypothèse par ses propres moyens, Sereynity avait finalement trouvé l’information qu’elle cherchait ardemment.
– Shayaress a quitté les Terres Grises à l’arrivée des Intrus, révéla-t-elle sur le ton de la confidence, ses yeux d’un noir anthracite brillant d’excitation. Elle se trouve dans le Pays des Exilés. Ma source est sûre, et tous les indices que j’ai récoltés m’y conduisent.
– Lanhores, le Pays des Exilés, murmura pensivement la descendante du Dragon Noir. Pourquoi s’y rendre alors que les Terres Grises constituaient son meilleur refuge ?
– Nous ignorons tout de ce qu’est devenu ce territoire, rappela la jeune femme. Nous n’avons aucun contact avec les Hores, peut-être a-t-elle repris sa place auprès d’eux. Sans doute l’avaient-ils oubliée, et en tant que Déesse principale elle est revenue leur montrer que son règne était total sur tous les Autochtones, même eux.
– Il y a tant d’hypothèses…Nous ne devons en écarter aucune, mais nous ne pouvons nous pas tirer de conclusions hâtives. En tout cas tu as fait un travail remarquable, je te suis très reconnaissante.
– C’était bien normal, après tout je suis une Fidèle de Shayaress avant tout.
– Tu connais mon influence ici comme à Av’Lee, si tu as une requête, n’importe laquelle, je ferais tout mon possible pour qu’elle te soit accordée.
– Pour l’instant je souhaite juste me reposer quelques temps avant de repartir sur les routes.
– Tu ne pourras pas te rendre au Pays des Exilés, prévint-elle en fronçant les sourcils. Cela reviendrait à renier ta position de Priress.
– Je sais, et je le déplore car si notre Ress est vraiment là-bas, alors nous devons l’y rejoindre.
– Ne t’en fais pas, je trouverais un moyen d’y envoyer quelqu’un. N’oublie pas que certains Citoyens cobayes y sont fréquemment envoyés à partir du Continent au nom de la science, ou simplement en guise de bagne quand les Quatre Tours de la Pénitence sont pleines. Je vais essayer de m’arranger. Quoiqu’il en soit, tu peux rester dans notre dépendance aussi longtemps que tu le souhaiteras, ce sera toujours préférable à ton logement en ville.
– Merci pour l’invitation, je ne peux la refuser, accepta-t-elle en affichant un sourire complice. D’autant plus que demain est un jour très spécial pour notre peuple !
– Oui, l’accession au pouvoir des descendants d’Eharess, le Dragon de l’Eau. Une nouvelle décennie se profile, espérons qu’elle sera aussi prospère que la précédente.
– Quel dommage que tu aies été trop jeune pour gouverner la décennie de Shayaress, regretta Sereynity en soupirant. Il sera trop tard pour la prochaine, ce ne sera pas toi bien que tu sois la personne la plus apte à représenter notre déesse.
– Ne t’en fais pas, dans soixante-ans, c’est Shayaress elle-même qui reprendra le pouvoir qui lui est dû, assura Nelclecia, le regard perdu à l’horizon, un sourire énigmatique flottant sur son visage anguleux.
Pour la première fois depuis qu’elle la connaissait, Sereynity se sentit mal à l’aise devant cette remarque et l’air qu’elle affichait. Elle n’avait pas tort en disant qu’elle représentait bien le Dragon Noir.
Puissante, déterminée et d’une force mentale exceptionnelle, Nelclecia restait tout de même une personne inquiétante. Et dans ce sourire implicite, la jeune femme comprit à quel point elle était chanceuse d’être de son côté. Il n’était jamais bon d’être un ennemi de Shayaress, encore moins de sa descendante. Et celle-ci était prête à tout pour retrouver la déesse, peu en importait les conséquences, elle en était persuadée. C’est cela qui l’effrayait, car si elle-même souhaitait son retour, elle n’était pour autant pas capable de faire l’impossible. Alors que le regard de Nelclecia en disait long sur ses intentions. Rien ni personne ne pourrait se mettre en travers de son chemin. De l’obsession à la folie, il n’y avait qu’un pas. La fille de Lilucia maîtrisait parfaitement ses réactions, dissimulant à tous sa dévorante ambition, dont Sereynity était l’une de seule à connaître le secret. Et c’était pour cette raison qu’elle était parfaitement bien placée pour observer la véritable Nelclecia. Ce qu’elle entrevoyait était inquiétant.
La limite était si proche, dans ses yeux mordorés dansait parfois la lueur angoissante de la folie.
La coupure n'est peut-être pas la meilleure mais bon j'écris pas les chapitres selon la coupure de fictionpress donc c'est pas facile à faire -
La suite bientôt vu que j'ai bien avancé dans l'écriture
Enjoy et see you
Ilithye