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J’aurais aimé te retenir dans mes bras plus longtemps
J’aurais tellement aimé te retenir dans mes bras plus longtemps. Chaque fois c’est la même peine au matin, sur le quai de la gare, en regardant le train partir. Te retrouver est toujours une explosion de joie et mes sentiments semblent toujours plus forts. Mon cœur se serre rien que d’y penser. Pourtant, au bout de quelques jours, je sais que le départ arrivera vite et que ce sera un nouveau déchirement. Je profite comme je peux de toi, de ta présence, mais le bonheur est teinté d’amertume.
Les jours défilent et je m’active pour te montrer que je t’aime, que je suis là, malgré le temps passé loin de l’autre, malgré la distance, malgré les souffrances… Je mets en tout oeuvre pour ne pas penser à notre séparation future... D’ailleurs, je fais tout pour toi, je suis ta reine, ton serviteur dès que tu repasses le seuil de notre maison. Notre chez nous. J’ai remarqué que tu sembles perdu toutefois, comme si ces murs, ces photos, tout t’était étranger. Ne reconnais-tu pas ces souvenirs, ces bons moments ? Mais ce sont les tiens pourtant… Alors j’agis d’autant plus que je te sens t’éloigner. Si proche, mais si lointain… Je m’efforce de te changer les idées. Et si on sortait se balader ?
Une fois dehors, il fait plutôt froid mais la nature est belle, et je m’oriente naturellement vers nos chemins habituels. Qu’en penses-tu ? Je ne le sais pas, car tes yeux ont repris cette couleur terne qui leur donne un air si triste. Es-tu seulement près de moi, encore là ? Est-ce bien ta main, as-tu changé ? Je reporte mon attention sur le ruisseau qui coule à proximité pour ne pas m’écorcher sur les barrières que tu dresses. Regarde ! C’est là que nous aimions à nous allonger ! J’enlève mes chaussures et je m’élance dans l’herbe en tourbillonnant. Je ris et je cherche à te ramener à moi, à nous, je cherche à ce que tu te réappropries tout ça. Mais ne le veux-tu pas ?
Je suis rentrée seule à la maison, comme un éclaireur, te laissant derrière-moi. Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qui est si différent de la dernière fois ? Rien, en fait. Je crois que c’est ça. J’ai juste ouvert réellement les yeux sur toi. Ce soir c’est la dernière nuit ; demain c’est le grand jour, et je crois que je n’ai jamais eu aussi peur. Déjà que l’armée t’avait volé à mes bras, te voilà maintenant tout transformé. La guerre t’aurait-elle changé ? J’en avais rêvé dès le départ, et c’était ma plus grande peur, mais jamais je n’aurais cru que ça arriverait. Pourtant, quand je regarde où nous en sommes maintenant… Le bel homme que j’aimais, attendrissant, avec lequel je voulais passer ma vie, le voilà perdu, étrange, nouveau ! Qui es-tu homme de fer, qui jamais ne décroche un sourire et qui porte cet air toujours meurtri ?
J’aurais tellement aimé te retenir dans mes bras plus longtemps. Mais ce matin, je me suis remise en route avec toi vers la gare, et j’ai attendu, glacée sur le quai, jusqu’à ne plus rien apercevoir du train. Et maintenant, malgré tous mes doutes et cette grande douleur, je me demande si le prochain te ramènera seulement.