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Chapitre I
Au commencement…
- Que la section d’assaut attende l’ordre pour attaquer ! Je ne veux pas que ça devienne une passoire, ici !
- Bien, Commissaire !
Le policier partit en courant. Le commissaire Raoul Biaros reporta son regard vers la devanture de la banque ravagée par des impacts de balles.
Deux heures plutôt, dans le bloc 44, l’attaque d’une banque a été signalée par Gorgo, IA de surveillance civile. La Police dépêcha des hommes sur place et les voleurs prirent les employés et les clients comme otages. Il y avait à peine une demi heure, ils avaient ouvert le feu pour essayer d’intimider les représentants de l’ordre et les faire plier à leur exigence : une voiture blindée mise à leur disposition. Le bonhomme au crâne dégarni et à la moustache fournie gagea sans hésitation qu’ils comptaient s’échapper avec. Il mâchonna son cigare éteint d’un air sombre en fixant l’immeuble endommagé.
En 2047, il y avait encore des illuminés qui croyaient pouvoir s’en tirer comme dans les vieux films du XXe siècle ! Il secoua la tête en soupirant lourdement.
- Quelque chose vous tracasse, Commissaire ?...
Les yeux pochés du bonhomme se tournèrent vers l’homme sec aux cheveux châtain qui se tenait à ses côtés. Approchant la quarantaine tranquillement, il le dépassait d’une demi tête. Il avait le visage aux pommettes saillantes et un long nez fin qui lui donnait l’air d’une fouine. Ses yeux gris délavés par le temps toujours à demi clos ne pouvaient décidément pas laisser deviner l’efficacité aiguë ni l’intelligence aiguisée de cet homme.
- Qu’est-ce que tu en penses, Gary ?
- Que vous n’auriez pas dû vous déplacer pour ça : nous pouvons nous en charger…
L’inspecteur, Gary Marcia, fit son habituel sourire en coin qui avait l’éternel agacement du doute concernant sa signification. Mais depuis près de vingt ans qu’ils se côtoyaient, le commissaire Biaros avait appris à lire dans les imperceptibles changements d’humeur de son subordonné.
Il savait que sa présence était pour la forme mais que pouvait-il faire ? Rester à longueur de journée au QG à remplir de la paperasse ? L’extrême compétence de son inspecteur lui apportait confiance et sérénité. Il en était parfois irrité, enfin il préférait tout de même ça !
Il scruta du regard son cadet : un homme loyal et droit, comme ces temps à la dérive n’en fabriquaient plus. Mais peut être un tantinet trop « loup solitaire ». Totalement dévoué à son travail, il avait l’impression que le châtain avait complètement atrophié sa vie privée à côté. Cela le peinait comme un père inquiet pour sa progéniture. En parlant de fils…
- Où est donc ton bleu de coéquipier, Gary ?
- Il est parti faire l’éclaireur…
Le vieil homme soupira.
- J’aurai préféré un autre que lui…
- Il est un peu tête brûlée mais c’est un bon policier…
- C’est le « tête brûlée » qui me gêne justement…
A ce moment-là, des coups de feu retentirent. Le commissaire lança l’ordre d’assaut et les hommes s’élancèrent dans le bâtiment.
- Je me fais peut être trop vieux pour ces interventions… lâcha fatigué Raoul.
Gary regarda du coin de l’œil son supérieur, et ami de longue date, et fit son discret sourire.
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- Aaaaah ! J’en ai marre !
Le jeune homme aux cheveux roux, coupés ras, se rejeta en arrière dans son siège rembourré.
- Pourquoi est-ce qu’on doit encore se coltiner des rapports écrits ?! râla-t-il en s’adressant à son coéquipier en face de lui.
- Pourquoi doit-on encore se déplacer à la machine à boissons si on veut un café chaud ?... répondit posément Gary, tout en continuant à consulter des dossier sur son écran. Il a des choses dont on ne peut se soustraire, Alban, comme expliquer pourquoi une fusillade s’est déclenchée pendant que tu faisais l’éclaireur...
- Mais je ne suis pas un écrivain… répliqua en fronçant les sourcils le roux.
- Ca tombe bien, on te demande pas de faire de la poésie mais de décrire ce qui s’est passé !... Si tu ne veux pas rentrer tard encore, je te conseille d’en finir rapidement avec ce rapport !...
Le jeune fit la moue mais se remit de mauvaise grâce à sa rédaction.
- S’il n’est pas trop tard, je t’emmène manger … lui dit le châtain avec son imperceptible sourire.
- Wouah ! C’est vrai ?! s’émerveilla le jeune. J’ai trop les crocs !
Et il tapa comme un forcené sur son clavier digital. Gary jeta un regard apathique, teinté de sympathie, à l’entrain excité de son jeune coéquipier et retourna à ses dossiers.
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- Gary ?
- Oui, Alban ?
- Dis-moi qu’est-ce qu’on fait ici ?...
- Nous dînons, pourquoi ?...
- Mais pourquoi dans ce petit boui boui ambulant pourri ?!
- Si tu n’es pas content, cousin, tu peux toujours allé t’intoxiquer au Mc Ronald au bloc 134 ! lui répondit en fronçant les sourcils un grand noir qui leur préparait des bols de soupe de vermicelles de riz appelés pho’.
Il les posa avec fracas sur le petit comptoir en bois fatigué, devant ses deux clients assis sur un banc de fortune.
- Allons ne te fâche pas ! J’essaye d’apporter une bonne nutrition à ce petit… déclara calmement l’homme d’âge mûr au propriétaire contrarié.
- Aaaah !! T’as mis ton doigt dans ma soupe, sale black ! vociféra dans tous ses états Alban, dans une caricature de dégoût.
- Pour toi ce sera « Long », jeune irlandais sous développé ! répondit du tac au tac le cuisinier avec un air de dédain.
- « Long » ? demanda surpris Gary en assaisonnant sa soupe avec les diverses bouteilles mises à leur disposition.
- Ouais ! Ca veut dire « dragon » en chinois ! déclara en souriant de toutes ses dents l’interrogé.
- Un black homo avec un prénom chinois qui tient une échoppe de soupes vietnamiennes, t’as vraiment pas peur du ridicule, Joshua ! lui balança le rouquin en goûtant sa soupe avec une petite moue.
- Moi j’ai au moins une ouverture d’esprit qui te fait défaut, face de cachet d’aspirine inculte !
- Allons, allons… Calmez-vous tous les deux… On est venu pour déguster une bonne soupe au porc laqué ! calma le châtain en finissant la préparation de son plat en ajoutant les végétaux posés en accompagnement dans une assiette.
Il goûta sa soupe avec une délectation intérieure.
- En tout cas, ce sont les tranches de porc laqué les plus chères que je n’ai jamais vu ! marmonna Alban, agacé.
- C’est parce que les extras du chef sont toujours de première qualité ! déclara Joshua en faisant un clin d’œil.
- En parlant d’extras… commença Gary en échangeant son bol avec celui de son camarade qui semblait désespéré en sirotant son bouillon. J’ai pas mal de problème de sommeil en ce moment… Tu n’aurais pas quelque chose à me recommander ?...
- Oh ! Je peux te conseiller un bon remède de ma grand-mère jamaïcaine ou tu préfèrerais… l’autre méthode…
- Plutôt l’autre ! acquiesça l’inspecteur en souriant avec son visage figé.
- C’est devenu un peu plus difficile de s’en procurer depuis votre coup de filet, il y a une semaine, mais un gros ravitaillement va se faire demain soir… Tiens ! N’oublie pas le ticket, sinon tu ne pourras pas te faire rembourser la facture, Chou !
Gary prit le morceau de papier que lui tendit son informateur. Il le retourna. Une micro puce était collée derrière.
- C’est quand même une sacré saloperie ce truc ! intervint Alban en aspirant un vermicelle pendant de ses lèvres. Rien de tel pour bousiller les ondes de ton cyber cerveau en moins de deux…
- Eh ! A chaque siècle, ses maux ! Avec la cybernétisation de nos corps, il faut bien inventer des drogues plus costauds pour se foutre en l’air ! philosopha Joshua avec un haussement d’épaules.
- Ou pour se mettre dans un trou… déclara tranquillement le plus âgé en rangeant son information dans la poche intérieure de son imperméable. Merci pou le repas, Joshua.
- De rien ! Tu es toujours le bienvenu, cousin ! répondit l’homme à la peau sombre en regardant le bol intact de son client.
Gary prit congés de son informateur et partit. Alban avala d’une traite le reste de sa soupe et poursuit son collègue après avoir salué le cuisinier la bouche encore pleine. Le roux rejoignit le châtain.
- Ah ! C’était bon ! Il n’y a pas à dire, tu sais comment bien arranger cette tambouille insipide ! Je comprendrais jamais cette cuisine où il faut que tu prépares toi-même ce que tu vas manger !...
- La vie ne tombe pas toute cuite dans ton assiette, Alban…
Le jeune fronça les sourcils en levant les yeux. Ils marchèrent silencieusement jusqu’à que le rouquin reprenne la parole :
- Depuis que je fais équipe avec toi il y a six mois, je te vois toujours travailler… Tu ne t’arrêtes jamais ?
- Si tu vois un braquage à main armée, tu n’interviendrais pas parce que c’est en dehors de tes heures de fonctionnaire ?
Alban ne répondit pas mais eut un petit rire.
- C’est quand même une sale affaire ce somnifère !
- Si seulement c’était un inoffensif somnifère… déclara dans un discret soupir le châtain.
- D’après la rumeur qui circule, le dérèglement provoqué des ondes permet la prolongation du REM, on serait alors capable de voir l’avenir durant cette période. Mais il faut la prolonger sur un temps indéfini pour avoir la chance de l’apercevoir… C’est la raison pour laquelle, le produit a énormément de succès… Je pense que c’est une véritable arnaque !
- Qui sait… Seulement les personnes qui peuvent en témoigner sont soit dans le coma, soit mortes…
Ils arrivèrent à la voiture de Gary : une « 2CV » à la couleur grise taupe qui n’était vraiment plus toute jeune. Il ne comprenait pas cette appellation malgré les explications de son aîné : une question de capacité de traction, s’il avait compris… Son coéquipier lui avait dit qu’il s’agissait d’une variante allemande d’une voiture française bon marché de la fin du siècle dernier. On l’avait popularisé sous le nom de « Coccinelle » suite à une série de films américains pour enfants. Bien sûr comme tous les véhicules de cette époque révolue, elle fonctionnait à l’essence, mais celle-ci, comme toutes les antiquités motrices chères aux nostalgiques, a été customisée : elle possédait sous son capot un moteur à traction hydraulique.
- Des fois je me pose de sérieuses questions concernant ton goût pour les vieilles choses…
- Je te raccompagne ? demanda son collègue en ouvrant sa portière.
- Non merci ! Je tiens à ma vie !... Et puis j’ai un cadeau à aller chercher pour l’anniversaire d’Abigael ! déclina en riant le jeune homme.
- Ah ! Quel âge aura ta sœur ? C’est déjà une vraie jeune fille…
- Seize ans ! C’est surtout une vraie emmerdeuse ! Mais viens à la fête ! Tout le monde sera content de te voir ! l’invita en souriant Alban, tout en posant ses avant bras sur le toit de la voiture. En plus, on pourra célébrer le tien en même temps !
- C’est gentil… mais je ne suis pas très à l’aise… je ne préfère pas…
- Ok… Comme tu veux ! Mais si tu changes d’avis…
- J’y penserai… répondit poliment Gary. Transmets mes amitiés à ta famille de ma part…
- Compte sur moi ! répliqua le roux en levant son pouce.
Ils prirent congés tous les deux et la voiture démarra. Le jeune homme regarda le véhicule disparaître dans la circulation.
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- Yo ! Cousin ! Aurais-je oublié de rendre la monnaie ? accueillit Joshua en souriant de toutes ses dents à la frimousse rousse familière.
- Je suis pas revenu pour ça… répliqua avec une grimace Alban. Tu connais pas un antiquaire dans mes moyens ?...
- Un antiquaire ?...
- J’ai besoin d’un cadeau un peu original pour Abigael… Et tant qu’à faire…articula gêné le roux.
- Oh ! Oh ! Je vois… Le petit fiston veut faire plaisir à son papa ! C’est vrai que c’est l’anniversaire de Gary demain… s’exclama goguenard le black.
- J’ai pas besoin de tes insinuations à deux balles… T’as ce qu’il me faut ?
- Rien n’est impossible dans la boutique de Joshua ! Aussi je te conseille ces délicieux accras de morues faits maison !
Alban soupira, vaincu.
- Ok, aboule !...déclara-t-il en laissant la monnaie sur le comptoir.
- Merci mon prince ! remercia joyeusement Joshua en prenant l’argent. J’ai pas mal d’adresse en tête mais rien de bien folichon connaissant les goûts de notre petit monsieur, aussi je te recommanderai un magasin qui a ouvert récemment. Il est situé entre le bloc 88 et le bloc 89. Je pense que tu trouveras ton bonheur !
- Dans le bloc 88 ou 89 ?
- Non, entre le bloc 88 et 89 ! Avec un métier comme le mien, ma langue ne fourche jamais !
Le jeune policier regarda avec un air peu convaincu l’homme au sourire immaculé.
- Ok ! Merci du tuyau !...
- De rien, cousin ! Reviens quand tu veux !
- Eh !... Tu n’auras pas plutôt des pâtés impériaux ? demanda Alban en montrant le sachet d’accras de morues.
- Trop cher pour toi, cousin !
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Alban longea l’avenue N-K. L’heure était tardive mais les trottoirs étaient gorgés de monde, allant de divers clubs aux multiples bars du « quartier Dionysos ». C’était l’appellation des blocs 80 à 89 et il n’y avait aucune ambiguïté sur son appellation. Situés en périphérie ouest, la zone avait le monopole du divertissement en tout genre, plus ou moins légal. Bien sûr, de grandes familles mafieuses tenaient tout ce petit commerce lucratif mais la Police les tolérait car elles régulaient, elles-mêmes, les débordements et surtout elles versent un pourcentage de patronage à cet institut de la protection publique.
Le jeune policier avait jeté aux tissons depuis belle lurette ses idéaux purs et incorruptibles sur le merveilleux métier de représentant de l’ordre. Ce n’était pas comme s’il était lui-même d’une blancheur immaculée. Mais il avait choisi de suivre les traces de son grand modèle !
Le rouquin sourit au souvenir émergeant de sa première rencontre avec son destin. Il avait à peine la taille nécessaire pour atteindre les comptoirs de bar qu’il avait été arrêté pour braquage d’une épicerie à main armée. A l’époque il ne s’était pas posé de question : le banditisme de survie était une tradition familiale… Les policiers n’étaient pas vraiment surpris de le voir débarquer au poste : il était devenu une petite célébrité pour ses larcins mais là c’était la goutte qui avait fait débordé le vase.
Sans un sursaut de sa part à ce moment-là, il aurait fait son éducation dans une quelconque maisons de redressement où il aurait lutté pour sa survie - et sa vertu-, appris auprès d’experts l’art du braquage et du deal en tous genres – en payant de sa vertu- pour finir, peut être, fusiller dans toute sa gloire lors d’une évasion d’un casse qui aurait mal tourné ou bien comme une merde dans une ruelle puante pour un deal qui aurait foiré.
Le jeune homme se fit la réflexion qu’il n’était pas si mal loti maintenant… Il avait un métier qui le passionnait, de l’argent pour nourrir sa petite famille dont il était le seul homme, il avait la possibilité d’offrir un avenir à sa peste de petite sœur… Du haut de ses vingt-trois ans, Alban Fergal était fier d’être devenu un policier fougueux et accompli, défendant la veuve et l’orphelin, châtiant le criminel et récupérant un petit pourcentage des marchandise saisies parce qu’il n’y avait pas de petits profits !
Et tout cela était possible par la confiance d’un homme qui a cru en son avenir… Dans le temps, il avait une ou deux mèches de plus sur le crâne mais sa brousse sauvage qui lui servait de moustache était toujours aussi noire et dense que maintenant.
Le roux arriva au tournant de l’avenue avec le bloc 89. Il ne croyait pas trop à ce que lui avait indiqué le black. Les espaces entre chaque bloc étaient toujours délimités par les avenues.
Alban ouvrit grands ses yeux de surprise. Au bout d’une sombre petite ruelle pavée, s’élevait une boutique à deux étages à l’architecture du début du siècle passé avec des arabesques en fer forgées qui ornaient avec raffinement la façade. Les fenêtres, hautes et étroites aux vitres teintées multicolores, avaient leur embrassures en bois sculptés et des volets mauves à l’étage. La seule source de lumière était deux lampes aux formes de boutons de fleurs somnolents de chaque côté de la porte à demi vitrée.
Alban resta un moment à fixer cet édifice sorti d’un autre temps. Il se décida à s’avancer vers les hautes fenêtres et essaya discrètement de regarder l’intérieur de la boutique, sans succès. Il examina la porte d’entrée : une petite pancarte portait le mot « Ouvert » tracée d’une belle écriture manuscrite qui faisait écho aux volutes décoratives. Il n’y avait pas d’autre inscription indiquant la nature de la boutique ou ne serait-ce que le nom. Le jeune homme se décida à pousser la barre de laiton poli à la forme ondulée.
Le son clair d’une clochette signala son entrée.
L’intérieur n’avait en rien le reflet du raffinement majestueux de la devanture mais avait en quelque sorte l’aspect hors norme présagé. Un bric à brac d’objets et de sculptures s’entassait dans la pièce, plongée dans la pénombre et une épaisse fumée parfumée qui vous prenait le nez et la gorge. Une seule lampe de plafond à la cloche multicolore éclairait un petit comptoir au fond de la salle.
- Il y a quelqu’un ? lança dans le noir Alban.
Le silence demeura. Le roux se fraya un chemin parmi la quincaillerie environnante en scrutant autour de lui. Tout avait un air de poussière et de vieux. Un objet attira son œil. De forme oblongue et blanche, il ressortait remarquablement de son coffret d’écrin en velours rouge vif. Il prit entre ses doigts l’étrange bibelot. Le bout formait une bosse polie dont l’autre extrémité était ouverte. Alban put voir que l’intérieur était creux. Il testa la solidité de la matière en tapotant du bout de l’ongle de son index.
- Si ne vous n’achetez pas, ne touchez pas !
Le rouquin sursauta à la voix sortie de nulle part. Ses yeux firent un panoramique de la pièce quand ils aperçurent une silhouette se détachant d’un rideau qu’il n’avait pas distingué à la première vue, derrière le comptoir.
C’était un garçon d’une quinzaine d’année, s’il ne se trompait pas. Il avait des traits asiatiques et ses petits yeux effilés brillaient de méfiance dans la pénombre. Il portait une tunique et une veste en concordance avec ses origines, pourtant il lui avait parlé sans l’ombre d’un accent d’une voix claire mais au ton un peu dur.
- Bonsoir… commença Alban avec un sourire mal à l’aise.
- Vous l’achetez ?
- Pardon ?
- Je vous demande si vous l’achetez !
- Oh ! Ca ? s’exclama le policier en montrant le tube qu’il tenait dans sa main. Je ne sais pas… Je cherche un cadeau…
L’adolescent s’avança vers lui, le visage légèrement agacé. A la lumière, Le roux put observé que le jeune vendeur avait une allure vraiment charmante avec ses traits fins et délicats. Ses cheveux de jais, retenue en une petite queue, semblaient captés toute la lumière et luisaient comme la surface d’une source au clair de lune. Il aurait pu sortir tout droit un songe si son visage n’était pas gâché par l’expression de contrariété à cet instant même.
- C’est pour une dame ou pour vous ?! demanda-t-il en fixant l’objet puis le policier.
- Eh ben ça dépend ! fit dans un effort de politesse le plus âgé. Qu’est-ce que c’est ?
- Un godemiché japonais d’il y a un siècle et demi !
- Quoi ?!
- Il est en écaille de tortue. Il faut le faire ramollir à l’eau chaude ou bien mettre des braises à…
- Non mais j’ai pas demandé des détails ! le coupa en rougissant légèrement le rouquin. Vous êtes quoi ?! Un sex shop ?!
Les deux garçons se fixèrent un moment dans les yeux.
- Vous l’achetez ? demanda une voix égale l’asiatique.
Alban se rendit compte qu’il tenait encore la chose entre ses doigts et la reposa prestement là où il l’avait prise.
- Non !... Je cherche plutôt un cadeau correct pour une jeune fille ! reprit un peu gêné le roux en insistant sur les mots « correct » et « jeune fille ».
- Mais c’est un cadeau qui sied tout à fait à une jeune fille en fleur ! déclara une voix aux tons suaves.
Les deux garçons se tournèrent vers le rideau où un homme s’y tenait. Il portait un gilet de soie bordeaux au motif végétal discret, sur un pantalon anthracite et une chemise crème au col relevé. Un foulard de la même couleur, noué autour du cou, formait un cœur bombé en haut du gilet, qu’une broche perlée venait piquée en son centre. L’homme avait de longs cheveux blancs malgré son apparente jeunesse, la couleur se confondait avec la porcelaine de sa peau lisse. Ses lèvres fines à la couleur saumon, dont les commissures remontaient discrètement, formaient un sourire incertain, et ses yeux aux paupières à demi clos semblaient le regarder d’un air moqueur derrière le monocle.
Alban était mal à l’aise devant cette vision fantomatique, venant d’une autre époque. Il déglutit.
- Patron !... dit l’adolescent, dont l’impassibilité prouvée son accoutumance à cette apparition énigmatique.
- Euh… C’est pas le genre de cadeau que je voudrai offrir pour ma petite sœur… articula le policier un peu dérouté par la tournure des évènements.
- Oui, bien sûr… acquiesça de sa voix profonde l’homme en se rapprochant du comptoir. Je plaisantais soi-disant en passant…
Le roux ricana nerveusement mais son rire s’étrangla dans sa gorge de surprise quand il découvrit les yeux sang de l’homme élégant. L’adolescent s’écarta pour laisser le passage à son patron. L’homme fixa de ses rubis son client, en souriant de convenance.
- Mais permettez-moi de vous recommander ce présent…
Ses mains gantés de noir déposèrent sur le comptoir un sachet rectangulaire en velours bleu roi dont un lacet tressé jaune en refermait l’extrémité. Il invita Alban à regarder l’objet. Le policier saisit le morceau de tissu d’une main hésitante et l’ouvrit. Il fit glisser l’item contenu dans son autre main. Un morceau de bois sculpté en sortit. Il avait une forme ondulée qui finissait en une large boule relevée et creusée à l’intérieure, d’un côté, et de l’autre, en un bec, fait d’une autre matière brune semi transparente. L’objet n’était pas lourd.
- Qu’est-ce que c’est ? demanda perplexe le jeune homme.
- Il s’agit d’une pipe ! répondit triomphalement l’homme au monocle.
Alban le fixa les sourcils froncés, pas certain de vraiment saisir la fonction de l’objet.
- C’est pour fumer du tabac… Clarifia l’homme aux cheveux blancs devinant la question implicite. On le met à l’intérieur de la partie élargie et on allume le tout à l’aide d’une allumette tout en aspirant de l’autre pour que cela s’enflamme…
- Je pense pas que ça ira pour ma sœur… secoua la tête le roux en reposant la pipe avec son sachet.
- Bien sûr que non, cela ne conviendrait pas à une si délicate jeune fille !... déclara l’albinos en levant la paume de ses mains vers le ciel sous l’air d’incompréhension de son client. C’est pour le cadeau de « l’autre » personne…
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Arg ! Ca y est ! J’ai recommencé ! J’ai commencé une autre fiction ! (Et mes pauvres devoirs qui pleurent de leur délaissement !...)
Promis (à moi-même surtout !), il s’agit d’une petite nouvelle en deux parties sans prétention ! Juste histoire de faire vivre des personnages qui méritaient d’exister !
Dites-moi si j’ai eu raison…
Dark Liar ! Rien que pour toi, je te dédie l’amibe sur patte, l’inspecteur Gary Marcia !