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Chapitre 2 : Rien ne va plus
La porte coulissa, libérant le passage à un jeune adolescent au visage fermé. Ce dernier s'arrêta net, semblant chercher quelque chose ou quelqu'un de regard et, apercevant enfin la table qu'il cherchait, il reprit sa route d'un pas mesuré. Une fois devant Yamazaki, il déposa un billet avec force sur le plateau de bois, posa quelque secondes son regard froid dans celui de son camarade de classe et retourna sans un mot à sa place. Quelques murmures s'élevèrent dans la classe, alors que l'autre garçon apparut devant lui en lui tendant son argent.
« On t'invitait, il me semble. »
Hideaki soupira et leva la tête, fixant l'autre garçon. Il avait l'air agacé, nota-t-il mentalement avec une certaine satisfaction, piètre vengeance de la veille. Le brun n'avait malheureusement pas eu le choix et avait du les subir toute la soirée, ne rentrant chez lui que tard. Certains auraient été ravis qu'enfin on ne les mette pas à l'écart. Lui non. Il aimait la solitude. Elle était depuis longtemps son unique amie avec les livres qu'il lisait à la chaîne, et le jeune homme n'appréciait pas d'en être séparé. Qu'importe ce que les gens pouvaient dire. Qu'importe qu'on lui ai répété mainte fois qu'il n'aimait pas vraiment la solitude, qu'il s'y était juste habitué pour moins souffrir du rejet. Si les autres ne voulaient pas comprendre dès le premier jours qu'il ne voulait pas d'eux, il s'arrangerait pour qu'ils le comprennent vite.
« J'ai dit que je n'étais pas d'accord. Garde l'argent. »
La sonnerie retentit, coupant court à leur dialogue. Yamazaki repartit à sa place, maugréant quelque chose qui ressemblait à « On en reparlera ». Le nouveau secoua la tête légèrement, pestant contre les gens incapables de faire comme tout le monde et d'accepter l'argent qu'on leur donne, et finit par sortir les affaires manquantes de son sac. Il allait devoir la jouer finement pour éviter le blond (Yamazaki avait les cheveux couleur des blés) et le lasser.
« Ohayo ! » s'écria joyeusement leur professeur d'histoire, obligeant de ce fait Hideaki à lui prêter attention.
Ce dernier se pinça pour être sûr qu'il n'était pas en plein rêve. Il grimaça avec la douleur. Comment ? Pourquoi ? Comment se faisait-il qu'il fasse face à un prof déguisée en gaisha ? Pourquoi le laissait-on faire ses classes dans un tel accoutrement (qui lui allait fichtrement bien, en plus) ? Le brun ferma les yeux, compta jusqu'à 3 et les ouvrit, retrouvant la vision surréaliste d'un jeune adulte d'une vingtaine d'années aux longs cheveux relevés dans une coiffure sophistiquée, vêtu d'un vrai kimono et dont le maquillage aurait fait pâlir la plus belle des Geisha de leur pays.
« Je vois que vous êtes tous là, fit Minami-sensei. Quelqu'un a un appareil photo ?
- J'ai mon portable Sensei !
- Ca suffira Ai-chan. Tu peux prendre une photo et me l'envoyer sur le mien ? J'ai un pari à gagner.
- Bien sûr! Je suis certaine que c'est un pari avec Mimasaka-san !
- En fait non, pour une fois. C'est avec Miyuki-kun, votre professeur de musique. Elle me devra un repas en tête à tête maintenant, ajouta-t-il d'une voix rêveuse.
- Vous faites des infidélités à l'infirmière ?
- Jun-kun ! Comment tu sais que... Oh et puis je suppose que ça se voit. Passons. La photo est prise ? »
Le cours commença quelques minutes après, une fois la photo envoyée au professeur. Complètement perdu dans cet univers dérangeant, Hideaki souhaita pendant plusieurs minutes être en plein rêve. Il lui fallut pourtant se rendre à l'évidence : c'était la réalité. Une réalité surréaliste, mais dans laquelle il eut tout de même cours d'histoire.
C'était fini. Enfin! Il allait pouvoir aller manger, mais il devait d'abord éviter que Yamazaki ne le rattrape pour lui rendre son argent. Et vu la détermination affichée par son camarade de classe, il semblait évident que ça ne serait pas une partie de plaisir. Il rangea donc ses affaires en vitesse, froissant quelques feuilles sans y prêter plus d'attention que ça et rejoignit la sortie avec un empressement si commun chez lui qu'il attira le regard de la plupart des autres élèves dans la salle.
Hideaki se retrouva rapidement dans la cour bondée de l'école. Il ne savait pas le moins du monde où aller. Le réfectoire était un endroit proscrit (on l'y retrouverait bien trop vite), il eut donc l'idée de se rendre en ville, dans un restaurant quelconque. Les trois heures de libre qu'il avait devant lui suffiraient amplement à se rendre dans un quartier plus chic que celui de l'école, et avec un imperceptible sourire, il sortit.
« Chiyo-san! Attend ! »
Le susnommé se crispa en attendant son nom. Que lui voulait Takura ? Il n'avait pourtant rien oublié derrière lui, il en était certain. Et quand bien même, il était constamment dans la même pièce pendant les cours, alors... Il lâcha un soupir discret et se retourna.
« Qu'y a-t-il ?
- Je... Jevoulaissavoir... Tu veux bien te mettre avec Saori et moi ? Pour l'exposé ! L'exposé d'histoire, ce... celui que Minami-sensei nous as donné avant ton arrivée ! »
Saori... Pourquoi tout le monde appelait cette fille par son prénom ? Ils lui étaient tous passé sur le corps pour être aussi intimes avec elles ? Probablement pas, et il voyait mal le garçon rouge tomate devant lui avoir ce type de relation avec une fille aussi extravertie que ladite Saori. Encore un mystère qui ne manquerait pas d'être éclaircit au cours de l'année. Dans l'immédiat, ça n'était pas véritablement important. Il savait qu'il ne pourrait pas être seul pour cet exposé. Leur professeur l'avait pris à part pendant le cours et lui avait expliqué comment il devrait s'organiser, alors que tous les autres adolescents étaient occupés sur des cartes du Japon. Être avec cette Saori et le timide était sans doute préférable à se retrouver avec Minekura ou Yamazaki.
« D'accord. »
Sans un mot ni un regard de plus pour le petit brun, il reprit sa route vers le prochain arrêt de bus. Il n'aimait pas les transports en commun. Néanmoins, il lui semblait totalement inapproprié de demander à son chauffeur habituel de l'amener. Il se ferait bien trop remarqué, au contraire de son ancienne école ou les voitures de luxe étaient alignées dans le parc, en attente de leur invité de marque. Cela lui manquait bien plus qu'il ne voulait l'admettre, et il jura intérieurement contre son père. Pourquoi diable l'avait-il envoyé ici, alors qu'arriver en cours d'année dans un établissement scolaire de bien plus grand standing que Shokuboo Inochi était tout à fait possible ?
« A... Attends ! »
Le garçon apparut à côté de lui, la tête baissée. Sans doute n'avait-il rien perdu de sa couleur carmine car ses oreilles arborait une teinte de rouge rarement atteinte chez un être humain.
« Oui ?
- Je peux manger avec toi ?
- N... »
Takura releva la tête à ce moment-là, les yeux plein d'espoir.
« Oui. »
Et Hideaki sut qu'il était maudit. Il ne pouvait pas avoir dit ça, pas lui. Pas l'incarnation de la volonté qu'il représentait ! Il voulait être seul. Être tranquille avec lui-même, son roman et son repas. Alors pourquoi ? Qu'avait donc fait ce garçon pour qu'il exprime son accord totalement contre son gré ? Rien n'allait dans le bon sens dans cette ville ! Il voulait rentrer chez lui, à Kyoto, et tout de suite !
« Merci.
- De rien... »
Il expira une grande quantité d'air avant de se remettre en marche silencieusement. Près de lui, l'autre adolescent gambadait presque joyeusement, sans doute ravi que Hideaki ait accédé à ses deux demandes. Il eut néanmoins la bonne grâce de ne pas parler, épargnant à son camarade un babillage dont il se passait toujours à merveille. Il apparaissait qu'en fait, le garçon n'était pas plus bavard que lui, et à peine plus sociable. La différence majeure étant due à la timidité du petit brun, chose dont "Hideaki-kun " ne pouvait se vanter de posséder. Cela l'arrangeait.
« Tiens ! »
L'héritier leva les yeux. Que lui voulait Takura alors qu'ils étaient sensés choisir ce qu'ils prendraient pour leur déjeuner ? Celui-ci fouillait dans ses affaires, un peu tremblant et faillit faire chuter son menu, que son hôte rattrapa promptement, le fusillant du regard pour la peine. Regard qui se fit plus colérique encore lorsqu'il vit ce que lui tendait son camarade de classe. Ce dernier se ratatina un peu plus encore sur sa chaise, la main prise de légers tremblements.
« Tu ne m'as pas accompagné pour... ça, j'espère ?!
- N... Non.
- Estime toi heureux que je sois bien éduquer, mais ne reviens plus jamais me voir si tu ne fais que jouer les messagers du décoloré ! Sinon crois bien que je n'hésiterais pas à te faire sortir de ce restaurant.
- D'a... D'accord. Désolé. »
Le serveur vint prendre leur commande au moment où le jeune timide rangeait l'argent que le nouvel arrivant avait donné le matin même au meneur de sa classe. Le plus âgé des deux avait bien conscience que s'agacer ainsi après l'autre était inutile. De toute façon, face au délégué de la classe, il n'avait pas du pouvoir faire grand chose. Cependant, il n'aimait pas qu'on aille le voir par intérêt et il se demandait si c'était à cause de ça que Takura se trouvait là et qu'il lui avait demandé, un peu plus tôt, s'il accepterait d'être dans son groupe en histoire. Si l'année commençait ainsi, jusqu'où continuerait-on à l'ennuyer ? Alors en passant sa commande, il se promit d'avoir une discussion dans les règles de l'art avec le blondinet. Il n'était pas question qu'il continue ce petit jeu et encore moins qu'il se serve des autres pour arriver à ses fins.
Les deux jeunes gens revinrent en cours un quart d'heure tout juste avant la reprise des cours. Hideaki ne rata rien du regard que jetèrent Minekura et son meilleur ami à celui qui avait partagé son repas. D'un pas vif, il rejoignit sa table, y déposa son sac et embarqua le blond hors de la pièce. Celui-ci ne se laissa pas faire bien longtemps, et une fois remis de sa surprise, il se libéra de la poigne du brun. Ce dernier lui fut gré de le voir l'accompagner sans tergiverser. Quelques instants plus tard, les jeunes gens s'arrêtèrent dans un coin tranquille...
-- Petites notes --
Merci à Ka' et Gwen qui m'ont motivé pour la rédaction du chapitre. Grâce à elles, Kerishu ne m'achèvera pas )
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