| Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search | Login Register Extras |
Note de l'Auteure: Bon, je suis complètement découragée avec "Tes yeux sont sourd comme ton coeur est aveugle" alors je mets la fic en pause... Je suis simplement pas dans l'humeur d'écrire quelque chose de teellement léger- ouais, pour moi c'est un peu une version TRÈS romancée de ma vie, alors y'a pas mort- donc je reviens- il faut créer, toujours!- avec une nouvelle assez courte.
Voici les effets qu'apportent l'école privée catholique --''.
Bonne lecture!
Luna
- Tic-tac tic-tac tic-tac tic-tac…
- Tic-tac tic-tac tic-tac tic-tac...
Aucun bruit ne se fait entendre. Seule la trotteuse indique que le temps passe. Le décor familier de l'école, rigide et stricte, avec ses religieuses et ce silence restent gravés dans sa mémoire. «Ne gigote pas ainsi, on croirait que tu as des vers », disait Soeur Paule.
L'homme secoue la tête un instant, mais reprend très vite sa posture droite. Raidie par les années, ou peut-être simplement par la nervosité. Il est assis sur une chaise dans la salle, inconfortable comme tout ce que possèdent les religieuses d'ailleurs.
Le silence règne, c'est la mort qui rôde ici. Il était heureux à l'époque d'en avoir réchappé, d'être un survivant aux poumons éclatés. Même maintenant lorsqu'il tousse creux et que sa mère de la pièce voisine de leur petit appartement s'inquiète, il se sent chanceux.
La mort ne l'a pas rattrapé, lui. Il a échappé à la guerre, mais il sait que cette fois il ne pourra pas fuir.
L'attente et sa nervosité ont raison de son calme apparent. Il se lève, entame le rituel caractéristique des gens inquiets.
Trois pas en avant, deux sur le côté, on se retourne et...
Ça recommence.
Il lui semble que le sang lui monte à la tête soudainement.
Il tuerait pour avoir de l'eau fraîche, désaltérante.
Oublieux de l'endroit où il se trouve, il tape du pied, jure de ne pas l'emporter au paradis celle-là, que « c'est pas chrétien de faire attendre de même un pauvre diable comme lui.»
Mais les portes devant lui restent closes. Aucun son ne filtre. Alors, il attend. Il n'entrera pas. Il se calme, et c'est la patience qui de nouveau combat les monstres de la colère et de l'impuissance.
Il se souvient de nombreux souvenirs, parfois même souvent difficiles à se remémorer.
La mort est là, mais qu'attend-elle?
La main devant les yeux, comme pour cacher les scènes d'horreur aperçues au front, il se murmure des mots incompréhensibles que sa vieille mère lui chantonnait le soir lorsqu'il était enfant. Une main se pose sur son épaule. Rassurante.
Il lève la tête vers la religieuse. Il s'agit de Mère Ste-Catherine, la chef de cette congrégation. Il l'écoute parler, l'informer de son état de santé. Sa voix est fausse : s'il n'y avait pas d'inquiétude à se faire avant, c'est terminé.
On tue toujours le messager, surtout celui de mauvais augure.
Elle lui explique qu'il y a des complications, mais que par le Bon Dieu, tout devrait bien se terminer. Elle finit son discours en lui demandant de prier, pour l'âme en danger.
L'homme reste debout, la main de la religieuse toujours sur son épaule. L'enserrant.
Il n'y a aucune issue possible. La mort le touche déjà.
Apathique, il se laisse guider par la sexagénaire vers la petite chapelle de l'hôpital. Elle l'installe sur un banc près de l'entrée puis le laisse et retourne à ses occupations.
L'homme s'approche lentement du centre de la chapelle dans l'allée principale. De part et d'autres, il entend les suppliques des uns, les lamentations des autres. Toutefois, Jésus ne l'intéresse pas. Il écoute tous ces patients, éclopés de la vie, venues prier pour leur guérison, leur libération prochaine.
Il rit amèrement.
Personne ne sait que la mort est déjà là.
Le temps passe, mais il n'y a plus d'horloge pour le fixer alors il s'enfuit, lui aussi. Son esprit le rejoint et il se perd dans ses pensées.
Il se rappelle la France, par bouts, du rouge surtout qui maculait tout, et de l'éclat d'obus qui l'a rendu aveugle. Son retour ici et les malheurs qui se sont déchaînés ensuite.
Est-ce la mort ou Dieu qui décide de notre destin?
«Les deux!» clament les voix.
« Priez pour nous pauvres pêcheurs maintenant et à l'heure de notre mort, amen.»finit une dame, à quelques bancs de là.
« ...que ta volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel. Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés...»
Le pardon. Il n'avait jamais regretté d'avoir tué tous ces Allemands. Aucun pardon pour l'humble pêcheur ne sera refusé. Il n'avait jamais pardonné à la vie, à Dieu, de lui avoir ôté la vue.
Mais la mort vole tout, tout…
Il savait que c'était terminé pour Josiane. Il l'aimait, certes, mais sa mort n'amenait qu'une vague d'amertume et de regret.
Une autre.
Il se leva, Aussitôt, une main s'agrippa à son bras.
- M'sieur, s'avez oublié vot'…manteau, finit la jeune voix en s'apercevant de l'infirmité de l'homme.
Il ne la remercia pas. Il était pressé: la mort allait s'en aller, encore une fois, sans rien lui laisser encore une fois, mais il voulait la voir, avec son cœur au moins.
- Vous v'lez que j'vous aide, M'sieur? J'vais vous m'ner à vot' chambre.
Il se laissa faire, traîné par la jeune femme qui s'avéra être une jeune novice provinciale jusqu'à ce que celle-ci remarqua qu'elle ne savait pas la destination finale.
Elle était encore jeune, alors que lui se sentait déjà si vieux à trente-cinq ans. Il s'était marié sur le tard, mais entre lui et Josiane, ça avait été très tendre. Mais il savait qu'elle était trop faible, trop jeune, trop belle pour lui.
- 208, chambre 208, murmure-t-il d'une voix atone.
- Oh, un heureux événement? J'ai ben hâte de voir votre beau bébé.
- Moi aussi, moi aussi.
Ils sont devant la porte. Ouverte. La jeune novice le laisse seul.
Il s'avance, hésitant. La main tendue en avant, il tâte l'espace autour de lui puis parvient au lit. Il effleure le linceuil qui recouvre son aimée, il est si doux. Il remonte la main puis suit le bord jusqu'à retrouver sa main.
Maladroitement, il caresse et ressent la douceur de sa peau encore chaude. Mais elle est partie.
Quelqu'un entre dans la pièce et tousse pour témoigner de sa présence.
Le mari, veuf depuis peu, cherche un siège vers lequel il est finalement poussé.
C'est une autre sœur, venue pour s'occuper du bébé.
Le bébé.
Maintenant, il l'entend, ces cris perçants, qui hurlent à la face du monde, à son père, qu'il veut vivre lui. Qu'il le peut.
- Je peux le prendre une seconde?
Sa première phrase depuis leur arrivée à l'hôpital. Après un réveil alarmant durant la nuit à cause de saignements, tout était supposé s'arranger. Les médecins étaient là pour ça. Comme pour ses yeux… Il savait que ce ne serait pas le cas.
Avec des gestes professionnels, la femme place le nourrisson entre les bras du père.
Il entend, sent et touche ce petit bout, mélange des deux. Son odeur si semblable aux nourrissons, ses petites mains qui enserrent de toutes leurs forces son pouce disproportionné.
- Pierre.
Il le nomme, le cajole une dernière fois puis le rend à la religieuse.
Sa vieille mère s'en occupera, comme elle s'était occupée de lui. Il faudra trouver une nourrice, l'élever. Lui apprendre à écouter la mort.
Mais la vie aussi.
Comme pour Pierre.
Voilà, fini! Comme vous l'avez sûrement deviné, l'histoire se passe après la Première Guerre Mondiale, au Québec dans un hôpital- disons Hôtel-Dieu de Montréal,lol.
J'espère que le côté "touchy" de la typographie du texte n'a pas rendu la lecture trop énervante. Mais c'est que j'ai tellement cherché à exprimer ces sentiments, que je voulais voulait mettre l'emphase encore plus sur ces mots. Oh, et remarquer que la mort-donc le diable, hein, on a compris- est italique comme un serpent est souple alors que Dieu se retrouve gras et droit. Et pour la dernière phrase... demandez-moi le si vous n'avez pas compris!
J'attends vos comentaires,"n.n love reviews n.n"