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Fiction » Sci-Fi » Les Invisibles font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Celia Deiana
Fiction Rated: T - French - Sci-Fi/Adventure - Published: 04-27-08 - Updated: 06-17-08 - id:2510152
Chapitre 2 Chapitre 2

Elle n'avait pas entendu le réveil. Et elle n'avait pas entendu ses trois compagnes de chambre se préparer et sortir pour le premier cours du matin. Aucune d'entre elles ne s'était donnée la peine de la réveiller. Non pas par méchanceté, mais parce qu'elles avaient rarement cours ensemble, et que leurs emplois du temps changeaient sans cesse.

De toute façon, Gil ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même. Elle était restée dans la salle commune jusqu'à une heure très avancée. Elle n'avait eu que deux petites heures de sommeil. Pendant la nuit, la surveillante du dortoir était passée, mais Gil avait prétexté devoir réviser des cours.

Le spectacle que lui renvoya le miroir de la salle de douche n'était pas très avantageux. Gil tant bien que mal de ramener ses cheveux en queue de cheval et enfila sa blouse dans le couloir. Après l'heure passée au garage la veille, sa combinaison était bonne pour la blanchisserie. Rien que le fait de devoir porter la jupe aujourd'hui lui était insupportable.

Son humeur s'assombrit encore plus qu'en elle se rendit compte d'avoir oublié le minidisque dans sa chambre.

Gil avait horreur de ne pas tenir ses promesses. Et Gaaly n'appréciait pas qu'on ne remplisse pas ces engagements. Même quand il s'agissait simplement de rendre un emprunt. Gil envisagea de sécher le cours pour récupérer le manuel. Mais les dortoirs étaient inaccessibles pendant la mi-journée, et elle risquait fort de tomber sur un surveillant. Autant attendre la pause déjeuner.

Elle attendit avec impatience la fin du cours d'économie, le plus ennuyeux de la galaxie sans doute, avant de filer vers les dortoirs. Les élèves n'étaient pas censés y retourner à la mi-journée, mais les agents étaient moins regardants, tant qu'on n'en profitait pas pour faire la sieste.

— Gil !

La jeune fille sursauta. Elle avait espéré croiser sa soeur après avoir récupéré le minidisque, pas avant.

Le hall était rempli d'étudiants de tous niveaux. Le déjeuner était bien le seul moment où ils se mélangeaient entre aux. Gaaly se repérait facilement malgré la foule, avec se jupe parfaitement ajustée, ses deux longues nattes se balançant de part et d'autre de ses hanches, et son air franchement énervé.

— Je n'ai pas trouvé le manuel dans mon casier ce matin...

Gil se mordit les lèvres.

— J'ai oublié. Je suis désolée.

Gaaly la prit par le bras et l'entraîna à l'écart.

— Le frère de Bree doit le rendre demain matin sans faute. Tu vois dans quelle situation tu me mets ?

— Je... Je suis vraiment désolée, répondit Gil, tendue. Elle n'aimait pas quand Gaaly se mettait en colère. Je vais le chercher. Je te le rapporte tout de suite.

— Tu sais que tu n'auras pas le temps de repasser par mon casier avant les cours de l'après-midi. Comment tu vas faire ?

— Je...

Gil réfléchit. Gaaly s'était un peu calmée, mais elle devait trouver une solution. Gaaly avait raison. Elles n'arriveraient pas à se revoir avant au moins le début de soirée, travaillant à deux extrémités opposées de l'Ecole.

— Je te l'apporte tout de suite après les cours réguliers, avant mon cours supplémentaire du soir. C'est promis.

— Tu sais ce que ça coûte, un manuel perdu, Gil ?

Gil opina mais Gaaly continua.

— Le travail que tu fais pendant les rares vacances qu'on a ne suffira pas. Et on risque une sanction à se prêter les manuels entre niveaux, sans autorisation d'un enseignant.

— Je te le rapporterai. C'est promis.

Gaaly soupira, mains sur les hanches, dans une posture qui rappelait leur mère.

— Bon. Je ne serai sans doute pas au Niveau Six. On a eu une invitation ce soir... Elle réfléchit un instant : — Ecoute, je serai dans le hall central après les cours. Sois là !

— Qu'est-ce que tu fais après ?

— Oh, une soirée organisée pour les meilleurs élèves, à ce qu'il paraît. On n'a été prévenus que ce matin ! Ca se passe dans la galerie. J’espère que ça ne va pas durer trop longtemps, j'ai encore des cours à reprendre. Allez, file chercher le minidisque maintenant.

Gaaly n'aurait été plus maternelle qu'en lui tapant sur les fesses pour la faire avancer.

L'après-midi se déroula sans plus de mauvaises surprises. Gil vérifiait de temps en temps que le minidisque se trouvait bien au fond de son sac. Peut-être que si elle se dépêchait, elle pourrait quand même assister à son cours du soir, un cours de conduite, après avoir vu Gaaly.

C'était un espoir plutôt vain. Le professeur Hikeda n'admettait absolument aucun retard, plaçant discipline et sécurité au premier plan. Et même s'il appréciait Gil, il n'allait pas faire un quelconque exception pour elle.

Des années auparavant, le père de Gil, qui travaillait dans les exploitations minières, et qui savait bien ce qu'il ne coûtait de faire des erreurs, lui avait appris une leçon très simple : il fallait toujours les assumer. Que ce soit dans le cas d'un objet oublié ou d'une explosion de gaz non maîtrisée. Il était mort dans un éboulement avant même de voir sa plus jeune fille intégrer l'Ecole, et leur mère avait juré qu'aucune d'entre elles ne s'exposerait au danger hors d'un bureau.

La sonnerie de fin des cours l'arracha à ses pensées. Elle allait suivre les conseils de son père et réparer son oubli.

La fin des classes se manifestait pendant dix bonnes minutes par un anarchie totale dans les couloirs, les escaliers et les salles. Gil se fraya un passage au milieu de la foule, tentant vainement d'atteindre l'escalier du hall. Elle aurait pu arriver si elle avait été plus grande ou avait su un peu mieux jouer des coudes.

— Mademoiselle Mureck !

Gil s'immobilisa et ferma les yeux. Non, elle ne venait pas d'entendre un professeur l'appeler comme ça, au milieu du couloir. Ce n'était pas possible.

— Mademoiselle Mureck ! Venez par ici s'il vous plaît !

La jeune fille expira lentement et se retourna. Pourquoi était-il si facile de marcher à contre courant du flot des élèves pour rejoindre un enseignant, plutôt que de marcher dans le bon sens pour sortir de ce niveau ?

La femme qui l'avait appelée se nommait Meredith Gylfor. Gil la connaissait bien puisqu'elle était son professeur témoin, et se chargeait de son dossier scolaire depuis son entrée à l'Ecole. Madame Gylfor n'était pas une femme particulièrement sympathique, mais elle était juste, et Gil la respectait.

— Tu as mis ta blouse aujourd'hui, Gil ? Ca te change.

Gil se contenta d'un salut de la tête et suivit Madame Gylfor dans son bureau. L'enseignante la fit s'asseoir face à elle tout en ouvrant son dossier. Celui-ci s'afficha immédiatement sur les écrans tactiles du bureau. Gil y vit sa photo, son identité complète, et ses bulletins. Il n'y avait là rien de très excitant.

— Gil. Tu te demandes sans doute pourquoi je t'empêche d'aller au cours de monsieur Hikeda...

Cette question n'étant qu'une introduction n'exigeant aucune réponse, Gil s'abstint de tout commentaire.

— Ne t'inquiète pas, je l'ai prévenu que tu aurais un léger retard. C'est lui qui de toute façon a exigé que ton dossier soit étudié.

Gil ne s'attendait pas vraiment à cela. Ses résultats étaient plus que corrects, à quelques exceptions près. La seule chose qu'on lui ait jamais reprochée était sa forte tendance à l'isolement.

Madame Gylfor se pencha. Son sourire était amical à défaut d'être chaleureux, autant que puisse l'être le sourire d'un agent scolaire face à une élève peu motivée.

— Tu t'es inscrite ici pour compléter un cursus administratif, n'est-ce pas ?

Gil acquiesça avant de se souvenir des règles élémentaires de politesse.

— Oui, Madame.

— Nous nous sommes rendus compte, au cours des deux années que tu as passées ici, que tes points forts n'étaient pas vraiment l'administration.

Madame Gylfor recula, s'installant plus confortablement dans son fauteuil.

— Cela poserait problème si tu avais des résultats moyens dans l'ensemble des matières. Ceci dit... La politique de notre établissement consiste à mettre en valeur les talents de nos élèves, même s'ils ne correspondent pas à l'idée d'une bonne carrière. Monsieur Hikeda, mais aussi Mademoiselle Inaak et les tuteurs chargés des cours de technologie estiment que tu as les moyens d'envisager une carrière dans le génie mécanique.

La nouvelle abasourdit Gil. Qui pouvait s'attendre à un traitement particulier de la part de ses professeurs ? Pas elle en tout cas. Madame Gylfor prit son silence pour une objction. Elle se hâta d'ajouter :

— Je ne parle pas d'un poste de simple... garagiste. Mademoiselle Inaak a proposé une formation d'ingénieur supérieur, qui peut déboucher sur un poste extrêmement bin rémunéré, et très important pour la politique que mène l'Empire dans l'amélioration des systèmes d'exploitation coloniale et des infrastructures militaires.

Madame Gylfor se tut.

— Ma mère n'acceptera jamais... chuchota Gil, sur un ton d'excuse.

— Nous savons que tu as déjà étudié et compris une partie du programme technologique de troisième année. Et tes professeurs te reconnaissent une excellente maturité dans ces domaines. Ce n'est bien sûr pas à nous de changer ton orientation. Mais nous souhaitons t'établir un nouveau dossier et le présenter au conseil de fin d'année. Si la proposition t'intéresse, veille à trouver d'excellents arguments pour ta mère. Nous y travaillons aussi de notre côté.

Gil souriait en prenant congé de son professeur. Si elle avait le conseil deson côté, peut-être que sa mère changerait d'avis.

Elle accéléra le pas. Meredith Gylfor l'avait excusée pour son retard, elle allait eut-être pouvoir assister au cours de conduite. Cela serait une excellente conclusion pour une journée qui n'avait pas très bien commencé.

Il restait pourtant un problème.

L'entretien avait duré une dizaine de minutes et les couloirs étaient vides. Tous les élèves de seconde année avaient déjà rejoint les études.

Arrivée dans le hall principal, Gil se rendit compte que ces dix minutes avaient été de trop. Il y avait bien encore quelques retardataires, mais aucune trace de Gaaly ou de ses camarades de classe. Elle fit deux fois le tour du hall.

Elle aperçut alors Dalaan, le garçon de la veille, qui paraissait lui aussi chercher quelqu'un.

— Excuse-moi, dit-elle, trop bas pour que Dalaan l'entende.

Nerveuse, elle s'approcha un peu plus, mais il ne la remarqua pas.

— Excuse-moi.

Cette fois, il l'entendit. Son regard hostile la tétanisa, mais il s'adoucit vite quand il la reconnut.

— Petite Gil ! Elle te va bien cette jupe...

Gil savait que ce n'était pas vrai, mais elle était bien trop intimidée et pressée pour s'en offusquer.

— Je cherche ma soeur, Gaaly.

— Ce n'est pas moi.

— Mais... Tu ne l'aurais pas vu par hasard

Gil devait paraître assez désespérée pour que Dalaan arrête de se moquer d'elle.

— Tu avais rendez-vous avec elle ici ? Elle ne doit pas être bien loin.

Le regard de Gil se porta à nouveau sur le hall, de plus en plus vide.

— Elle m'avait dit qu'elle était invitée à une soirée, ou quelque chose comme ça. Pour les Sixième Année...

— Ha.

Dalaan se tut quelques secondes avant de lui donner une réponse plus développée.

— J'ai entendu parler de cette petite sauterie, dit-il sur un ton ironique. Mais je n'ai pas été invité. C'est pour les têtes.

— Mais tu es en Sixième Année. Tu pourrais m'aider à la chercher !

L'heure tournait. Si le minidisque ne retournait pas dans les rayons de la bibliothèque des Cinquième Année demain matin, elle allait avoir des problèmes. Et elle ne voyait même pas comment le rendre à son propriétaire sans passer par Gaaly. Elle ne le connaissait même pas !

Dalaan voulut la rassurer ; sa nervosité devait être bien visible.

— Faut pas te mettre dans des états pareils. C'est vraiment important ce que tu as à lui dire ? Ca ne peut pas attendre demain ? Ou ce soir ? Je peux lui passer un message.

Ce n'était pas une si mauvaise idée que ça. Mais Dalaan ne lui laisser pas le temps de répondre. Son visage se fendit d'un grand sourire.

— Cette réunion est hyper privée, d'après ce que m'a dit Kyls. Mai moi ça ne me dérange pas d'aller voir ce qu'ils trafiquent tous là-bas. Ce sera... mieux pour toi aussi.

Gil avait la nette impression qu'il se servait d'elle, mais elle le suivit. Ils se dirigèrent vers les escaliers monumentaux qui menaient à la galerie, derrière l'observatoire et la tour d'administration.

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© Copyright 2008 Celia Deiana (FictionPress ID:606527).


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