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Author: Celia Deiana
Fiction Rated: K - French - General/Supernatural - Published: 04-27-08 - Updated: 04-27-08 - Complete - id:2510153
Tomy et le mange rêve

Tomy avait peur

Au bout de la rue des mouettes vivait une famille que tout le monde connaissait. L’épicier connaissait la maman Mathilde qui passait tous les jours acheter le dîner. Le maire connaissait le papa Patrick qui travaillait aux jardins municipaux. Le boulanger connaissait la grande sœur Lisa qui adorait les petits pains au chocolat. Le garagiste connaissait le grand frère Dylan qui voulait un scooter. La maîtresse connaissait le petit frère Jason qui n’était pas très bon élève.

Et tout le monde s’accordait à dire que cette famille était bien sympathique et débrouillarde. Car même les jours de pluie, même les jours de taxe, même les jours où personne n’a envie de rire, la maison au bout de la rue des mouettes résonnait de cris et de vie. Non ils n’étaient pas toujours heureux, mais ils vivaient bien tous ensemble et se serraient les coudes.

C’est au milieu de cette famille si ordinaire qu’était né, neuf ans plus tôt, le tout petit frère, Tomy. Tomy était un petit garçon poli et silencieux. Il n’était pas gourmand comme Lisa, passionné comme Dylan, ou espiègle comme Jason. Les grands profitaient du monde, et Tomy se contentait des bras de sa maman. Et il aimait tellement ce petit cocon douillet où se retrouvent tous les tout petits frères du monde, que lorsqu’il fallut le quitter, Tomy eut peur.

Tomy était un trouillard, un peureux, un lâche.

Oh, Tomy n’avait pas peur de grimper aux arbres ou de faire le gardien pendant les matchs de foot. Quand on a des grands frères, on apprend vite à ne pas avoir peur de ces choses-là.

Non, Tomy avait juste peur d’être tout seul, et ça, quand on grandit comme tout les petits garçons du monde, ça fait vraiment peur.

Bien entendu, les occasions où Tomy se retrouvait seul étaient plutôt rares, mais elles étaient toutes dramatiques. Qui n’a jamais éprouvé une détresse immense en relevant les yeux du rayon jouets d’un supermarché et en se rendant compte que sa maman a disparu ? Peut-être est-elle deux rayons plus loin, en train de choisir un nouveau parfum de glace, mais la peur ne donne jamais de raisons d’espérer. Pire : elle grandit de plus en plus.

Tomy ne voulait pas aller tout seul à l’école. Tomy ne voulait pas rejoindre tout seul ses copains au parc. Tomy savait que s’il n’avait personne pour le protéger, quelque chose de terrible allait lui arriver. Et sa maman avait beau lui répéter que rien ne pouvait se passer, Tomy avait toujours peur.

Ses grands frères lui lançaient quelques fois des défis.

« Va acheter le pain » ; « va poster la lettre » ; « Apporte-moi mon pull à l’école et dépêche-toi ». Voilà ce qu’ils lui ordonnaient de la voix brusque de ceux qui savent qu’ils sont plus forts. Mais même si ces ordres avaient l’air d’abus de pouvoir, cet abus que tous les frères et sœurs du monde connaissent, Jason et Dylan les transformaient en opérations de sauvetage. Car il n’y avait qu’en se frottant à l’indépendance que Tomy arrêterait de faire le bébé.

Cela dura un temps, mais déchiré entre la peur de désobéir à ses frères et la peur du dehors, Tomy devint rapidement malade. Maman Mathilde décida que l’indépendance viendrait plus tard. Jason et Dylan furent punis, et Tomy retrouva son cocon.

« Tu le couves trop », disait papa Patrick.

C’était peut-être vrai. Comme il est vrai que tous les tout petits frères du monde aiment les bras de leur maman, toutes les mamans du monde aiment garder les tout petits frères auprès d’elles.

La tendresse est la meilleure des protections contre la peur, et la peur le comprenait bien. Et la peur se vengea. A force de rester accroché à maman Mathilde, Tomy eut encore plus peur de se retrouver tout seul. Et quand il fallut aller à l’école sans maman, parce que maman travaillait, la situation devint catastrophique. Alors Tomy commença à détester l’école.

L’école se trouvait au bout d’une place, loin de la maison. Pour y parvenir il fallait marcher le long d’un canal, puis le long d’une avenue, puis traverser la rue et le parc. L’école était un grand bâtiment, trop grand pour un tout petit frère comme Tomy. Les autres enfants étaient nombreux. Certains étaient copains avec Tomy, et d’autres non. Mais aucun ne semblait avoir peur de venir, avoir peur de l’école. Et même si quelques-uns avaient peur de la maîtresse, Tomy se rendit compte qu’il était le seul à avoir le ventre noué tous les matins.

Et il se sentit encore plus seul.

L’histoire suivit une logique bien à elle, et que Tomy comprenait.

La sécurité était à la maison, et le mal, les pleurs et la colère étaient à l’école. Il ne s’agissait plus d’aller jusqu’au bout de la rue pour acheter le pain ou poster la lettre, non : il fallait rester loin de la maison toute la journée. Cela rendait Tomy anxieux, et bientôt, très très vite, la peur accapara tout son temps, le temps où il aurait dû lire, calculer et apprendre. Le temps qu’il aurait dû consacrer à la maîtresse, qui s’en rendit compte et commença à se mettre en colère.

Et Tomy eut encore plus peur.

Alors un jour qu’il longeait le canal pour aller à l’école, Tomy décida qu’il ferait peut-être mieux de rester près de la maison, où sa maman l’aimait, plutôt que d’aller à l’école, où sa maîtresse le détestait.

Tomy était tout seul, Tomy avait peur, mais pour lui, il n’y avait rien d’autre à faire que de rester toute la journée dehors.

C’est Jason qui le retrouva le soir, alors que la nuit était tombée. Tomy n’avait pas vu l’heure, et avait eu peur de rentrer à la maison.

« T’es qu’un trouillard ! Et t’as fait peur à maman ! »

Et de tout ce qu’il entendit ce soir-là, ce furent ces mots que Tomy retint.

Ce fut aussi ce soir-là qu’ils commencèrent à attaquer.

Tomy n’arrivait pas à expliquer son angoisse. Et il y arrivait encore moins devant le visage rouge de pleurs de maman Mathilde, et le visage rouge de colère de papa Patrick. Il n’arrivait pas à manger, la nourriture bloquait dans sa gorge nouée, et sur les hoquets de larmes qu’il avait de plus en plus de mal à refouler.

Le tout petit frère se coucha affamé et honteux et, surtout, incroyablement triste. Et la peur aimait ça. Elle savait qu’elle pouvait maintenant se manifester partout.

Il ne s’agissait plus de transformer les bords de trottoirs en crevasses, les ombres en serpents et les inconnus en ogres. Non. La peur n’avait plus besoin de la réalité pour s’affirmer. Tomy était tout à fait capable de la créer tout seul, dans sa tête.

Cela commença par une plainte sourde, l’irrépressible besoin de fuir. Tomy voulait s’en aller, courir vers l’ailleurs pour ne pas se faire attaquer. Mais on peut fuir les ombres, on peut fuir l’école, on peut fuir tout ce qui existe vraiment. On ne fuit pas ses propres rêves et sa propre imagination.

L’imaginaire d’un petit garçon solitaire peut être fertile.

L’imaginaire d’un petit garçon peureux l’est immanquablement.

Les premières nuits, la peur s’arrangea pour ne prendre aucune forme particulière. Elle n’était qu’une émotion parmi d’autres, et Tomy ne la reconnaissait pas. Il ne dormait plus très bien, et il lui arriva même de passer une partie de la nuit à écouter les ronflements de Dylan et Jason dans les lits à côté du sien.

La fatigue de ne plus avoir de nuit complète s’ajouta aux remords de rendre maman triste, et à la peur, la grande peur, toujours là.

Le jour, Tomy se forçait à aller à l’école, même si cela lui ôtait tout appétit et s’il en pleurait tous les matins, enfermé dans la salle de bain. Mais c’était pour faire plaisir à maman.

La nuit, Tomy n’arrivait plus à dormir.

Il tomba malade. Et c’était agréable d’être malade, parce qu’alors, il n’était plus obligé d’aller à l’école, et maman restait à s’occuper de lui. Tomy n’avait plus peur. La peur était furieuse. Seulement, la vie est ainsi faite que le repos et l’amour font guérir très vite. Et un matin Tomy put retourner à l’école.

Et la peur revint de plus belle.

Mais Tomy avait bien parlé avec maman, et il se sentait un peu plus fort, et sachant qu’il avait été malade, la maîtresse était un peu plus gentille avec lui. Tomy avait son petit mur qui le protégeait, il commençait à comprendre qu’il pouvait être un tout petit frère fort presque comme ses frères.

La peur connaissait ce genre de situation. Elle savait que ce mur pouvait être bien fragile.

Tomy commença à faire des cauchemars, plein de cauchemars, des cauchemars si monstrueux qu’ils lui restaient au fond des yeux jusqu’au petit-déjeuner, puis jusqu’au moment de partir, puis jusqu’à la récréation de dix heures, puis jusqu’au repas, puis jusqu’au retour à la maison.

Peu à peu Tomy se rendit compte que tout ce qui lui arrivait dans ces rêves, son abandon, sa solitude, ses rivières de larmes, ses blessures et sa souffrance, tout se rapportait toujours au dehors, aux trottoirs en crevasses, aux inconnus en ogres, aux ombres en serpents. A l’école en prison et à la maîtresse en sorcière.

Les cauchemars disparurent avec les vacances.

Les cauchemars revinrent avec la rentrée.

Tomy retomba malade.

Et le jour où, guéri, il put retourner à l’école, Tomy décida, une nouvelle fois, de ne pas y aller. La peur avait gagné, et la honte noya le tout petit frère avec une violence que Tomy n’arriva pas à combattre.

Il avait déjà tant pleuré, que ses yeux ne savaient plus trop quoi faire pour exprimer sa peur. Ils regardaient dans le vide, sans rien voir. Tomy flottait dans un monde flou, sans réalité, sans solidité. La seule chose qui comptait alors, c’était sa peur et les cauchemars qu’elle faisait naître. Rien d’autre n’avait d’importance.

Tomy navigua ainsi des heures le long de ce canal qui était devenu en un rien de temps le lieu le plus sûr qu’il connaissait. Ici il n’y avait personne pour lui dire ce qu’il devait faire, de quoi il ne devait pas avoir peur, et toutes ces choses qui le rendaient de plus en plus malade.

Bien entendu, il faudrait expliquer ensuite tout cela à papa et maman. Mais pas tout de suite. Et peut-être que personne ne le retrouverait, le soir venu, et ainsi il serait totalement libre. Le tout petit frère pourrait rester immobile, assis sur la rive, et ne plus bouger, ni penser, ni rêver, le meilleur moyen pour que la peur le laisse tranquille.

Il était seul et sa maman serait triste. Ces choses dont il avait toujours été effrayé, voilà qu’elles lui semblaient maintenant un moindre mal.

« Que fais-tu là, tout petit frère ? »

Le soleil était déjà très haut dans le ciel. Un vent doux comme une berceuse pliait les hautes herbes. Et un inconnu se dressait face à Tomy.

Etrangement, Tomy ne vit pas un ogre, mais un monsieur tout ce qu’il y avait de plus normal. Il avait l’air gentil. Mais sa voix était teintée de reproches, et Tomy se demanda s’il savait qu’il avait fait une grosse bêtise. Il ne savait pas trop quoi répondre, mais il fallait pourtant parler, car de toute façon, le monsieur ne semblait pas prêt à le laisser tranquille.

Tomy n’était pas un garçon habitué à parler. Ses frères le faisaient à sa place, maman le faisait à sa place, ses camarades de classe le faisaient à sa place. Mais tout seul face au monsieur, il fallait qu’il se délie un peu la langue. Et ce n’était pas bien facile.

« Je sais pas. »

On ne parle pas de ses rêves aux inconnus. Et on fait toujours semblant d’aller bien et d’être un petit garçon fort. Et on ne sait jamais comment réagir quand l’inconnu s’approche et se met accroupi devant soi.

« Tu ne devrais pas être à l’école ? »

Tomy aurait dû tourner les talons et partir. Tomy aurait dû avoir très peur de cet étrange monsieur. Mais cet étrange monsieur devait être vraiment étrange, parce que la seule chose que Tomy réussit à faire, ce fut d’ouvrir ses yeux et sa bouche, et de laisser s’échapper la vérité, quelques gouttes de larmes et une phrase :

« J’ai peur. »

A part maman Mathilde, tout le monde riait quand il disait ça. Parce que personne n’a peur de l’école comme le tout petit frère. Personne n’est aussi lâche et trouillard. Personne.

Mais le monsieur étrange ne rit pas. Au contraire, il regardait Tomy le plus sérieusement du monde, et Tomy sentit que le monsieur étrange ne le considérait pas comme un tout petit frère, un tout petit bébé, mais comme juste un petit frère, un petit frère peureux qui avait besoin d’un peu d’aide, mais duquel on n’avait pas le droit de se moquer.

Alors Tomy le reconnut, même s’il ne l’avait pas vu souvent. Ce monsieur étrange était le gardien de l’école, le monsieur toujours dans l’ombre des arbres qui regardaient les enfants arriver tous les matins. Et le gardien dut se rendre compte que Tomy l’avait reconnu, car il sourit :

« Tu es Tomy. Je te reconnais. Tu ne viens pas souvent à l’école. L’école te rend malade, c’est ça ? »

Tomy acquiesça.

« Viens avec moi, il fait froid ici, et un tout petit frère ne doit pas rester tout seul dehors. »

Et Tomy suivit le gardien. Et le gardien lui semblait tellement gentil, qu’il continua à le suivre même quand il se rendit compte qu’ils marchaient vers l’école. Pourtant, son ventre recommençait à lui faire mal. Et si jamais la maîtresse le voyait, elle allait sans aucun doute le gronder. Et elle appellerait maman Mathilde, qui pleurerait. Et elle appellerait papa Patrick, qui le punirait. Et… Et… Et…

« Pourquoi t’arrêtes-tu ? »

Tomy n’arrivait plus à marcher. Il secoua la tête. Non, il n’irait pas ! La peur était là, toute proche. Elle se cachait derrière les murs de plus en plus proches de l’école, et elle allait le dévorer !

« Viens, tu n’as pas à avoir peur. »

Et Tomy comprit que le gardien le protègerait.

Ils remontèrent l’avenue, traversèrent la rue puis le parc et, juste avant d’arriver au portail de l’école, le gardien tourna et se dirigea vers une toute petite maison que jamais Tomy n’avait remarquée.

L’intérieur était aussi petit que l’extérieur. On aurait dit le dessous de la table de la cuisine, là où Tomy se cachait quand il était encore plus petit que maintenant. Les meubles ressemblaient à ceux de la dînette de Lisa, quand elle lui préparait du thé invisible lors de ses goûters de poupées. Et y régnait un parfum de cuisine, de savon parfumé et de maman. La peur ne pourrait jamais entrer ici.

Le gardien l’invita à s’asseoir à la table, et lui servit un bol de chocolat chaud.

Tomy sourit. Peut-être qu’il allait lui dire comment ne plus avoir jamais peur de sa vie, comment être courageux, comment être heureux.

« Je ne peux pas t’apprendre à être heureux, tout petit frère » dit le gardien, comme s’il avait lu dans sa tête.

Tomy était déçu. Et ce fut la peur qui sourit.

« Tu es un tout petit frère maintenant » continua le gardien. « Tu es un tout petit frère qui a du mal à grandir, mais tu vas grandir, c’est inévitable. Tu le feras un peu plus lentement que les autres, mais un jour tu seras aussi grand que tes frères. Et tu seras courageux comme eux, parce que sinon tu ne pourras jamais vivre avec les autres. Tu comprends ? »

C’était difficile d’admettre tout cela. Mais Tomy savait que le gardien avait raison. Tous les bébés grandissent pour devenir des grands frères, et peut-être même des papas. De nouveau Tomy acquiesça. Et la peur se fit plus discrète.

Elle était pourtant toujours là, car il y a un monde entre accepter quelque chose, et la rendre réelle. Tomy pouvait accepter d’être courageux, et de grandir, mais peut-être qu’il n’y arriverait pas. Parce que c’était dur quand même.

« Je sais que c’est très dur ce que je te demande » dit le gardien. « Et il va te falloir beaucoup de force pour y arriver. C’est là que je peux t’aider. »

Tomy ne comprenait pas trop. Il observa avec curiosité le gardien se lever de table et se diriger vers une vieille armoire en bois. Il l’ouvrit et y prit une boîte en bois qui ressemblait un peu à un coffre de pirate. Allait-il en sortir une arme ou une potion magique ? Tomy tendit le cou.

Ses yeux s’ouvrirent de stupéfaction en constatant que la boîte était remplie de petites poupées.

« Ce sont des manges rêves » expliqua le gardien. « Ils viennent d’Amérique du Sud. »

Il prit une des poupées entre ses doigts afin que Tomy puisse mieux la voir.

« Là-bas, toutes les personnes qui ont du mal à dormir les placent sous leurs oreillers. Et la nuit, ces poupées chassent les mauvais rêves. Tu vas en choisir une que tu placeras sous ton oreiller ce soir. La peur ne viendra plus jamais dans ton sommeil. Ainsi tu deviendras plus fort, et tu pourras appliquer tout ce que ta maîtresse, ton papa, ta maman et moi t’avons dit de faire. »

Grandir.

Ainsi le gardien poussa la boîte vers Tomy. Le petit garçon se dressa sur sa chaise, regarda un instant l’intérieur, et enfin tendit sa main vers une toute petite poupée, la plus petite de toutes, et s’en saisit.

« Tu le feras ? »

Tomy acquiesça.

« Merci monsieur le gardien » dit-il.

Le monsieur étrange éclata de rire.

« Tu m’as pris pour le gardien ? Mais je suis le directeur de l’école. » Il reprit un ton des plus sérieux, alors que la petite cuisine qui ressemblait à un dessous de table se transformait peu à peu en un bureau tout à fait normal. « Je suis venu te chercher parce que je n’aime pas voir les enfants avoir peur et s’empêcher de grandir. Ta maman est là, et elle va te ramener à la maison. Et demain, tu auras bien dormi et tu reviendras ici, d’accord ? »

Le directeur sortit du bureau et Tomy trouva sa maman qui l’attendait à l’entrée de l’école. Et si Tomy s’attendait à voir sa maman triste ou en colère, il fut bien étonné de la voir lui sourire et remercier le directeur. Mais ce n’était pas le moment le plus étonnant de la journée.

« Tomy, tu veux un goûter ? C’est toi qui choisis » fit maman Mathilde alors qu’ils passaient devant la boulangerie.

Et elle tendit une pièce à Tomy, et le tout petit frère, encore dans son rêve de dessous de table et de maison sentant comme maman, s’acheta un escargot aux raisins, cette délicieuse pâtisserie où la crème préfère rester sur les doigts que dans la bouche.

Il ne mangea que d’une seule main, il mit la table d’une seule main le soir, et se lava aussi d’une seule main. L’autre était bien trop occupée à serrer la minuscule poupée mange rêve. Il ne la quitta que le soir venu, s’assurant qu’aucun de ses frères ne le voyait la placer sous son oreiller.

« Montre-moi que les tout petits n’ont pas peur. »

C’est ce qu’il aurait aimé dire à son mange rêve, mais Tomy était un tout petit frère qui ne savait pas très bien parler. Cependant, il le pensa si fort que le mange rêve exauça son souhait.

Un mange rêve ne dévoile jamais ses secrets, et tout ce que l’on sait c’est que Tomy dormit bien pour la première fois depuis des mois.

Il lui arriva encore de tomber malade, de ne pas aller à l’école, de se faire gronder par la maîtresse et d’avoir peur d’aller trop loin de maman. Mais quelque chose changea définitivement, petit à petit.

Et maintenant, épicier, maire, boulanger, garagiste et maîtresse savaient qu’il y avait, dans la maison tout au bout de la rue des mouettes, un petit garçon un peu timide qui avait décidé de ne plus avoir peur.

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© Copyright 2008 Celia Deiana (FictionPress ID:606527).


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