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Fiction » Young Adult » La Première fois font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Nicole Pavlovna
Fiction Rated: M - French - Romance - Reviews: 8 - Published: 05-08-08 - Updated: 05-08-08 - Complete - id:2514921

Petit OS yaoi sans prétention, écrit en 2005. Je ne sais pas trop ce que ça vaut, donc n'hésitez pas à donner votre avis...

La Première Fois

La première fois que je l’ai fait, c’était avec un homme.

Il y a beaucoup de gentilshommes, de courtisans et même de domestiques à la cour qui se font un plaisir d’initier les jeunes garçons nobles, comme moi, à la sexualité. Plusieurs d’entre eux m’avaient déjà proposé leurs services. L’un d’entre eux, sûr de son succès, avait poussé l’insolence jusqu’à entrer dans ma chambre, me poser sur le lit et commencer à défaire les boutons de mon habit. Il était si lent, si mécanique… Je l’ai envoyé paître.
J’avais douze ans.

Ce garçon là n’était pas de la cour. Il n’était même pas de l’Empire. Pour que vous compreniez qui il est, il me faut d’abord vous expliquer qui je suis. A la cour Impériale, quand une femme se retrouve veuve, si elle ne se remarie pas, elle peut avoir des enfants de qui elle veut et ils seront les héritiers de son défunt époux. Ce n’est pas très logique, mais c’est comme ça. C’est le cas de ma mère. Elle a eu un enfant du prince de Sainte Colombe, Michaël, puis s’est retrouvée veuve. Six ans plus tard, je suis né d’une aventure avec un voyageur de l’Autre Monde. A partir de cette année là, elle a eu un enfant chaque année. Danielle, Ezechiel, Gabrielle, Nathanaël et Zachariel.

Les frontières avec l’Autre Monde avaient été fermées. A leur réouverture, j’avais écrit à mon père, espérant pouvoir aller lui rendre visite. Je voulais le connaître.
Prenant prétexte de ma santé fragile, on m’a interdit le voyage. Qu’à cela ne tienne, mère et moi l’avons fait venir. Il n’est pas venu seul ; il y avait sa femme, leur fils, son père d’adoption qui lui-même avait un fils, quelques amis… Dont Alexandre. Un grand garçon roux de dix-sept ans, bavard comme une pie, exhalant la vie comme j’ai l’impression d’exhaler le formol. Avec eux, je respire, ce sont des êtres vivant, venus visiter un prince à demi mort d’ennui dans ce château où je suis si abominablement seul et désoeuvré.

Pendant la nuit, comme je dors très mal, je reste souvent auprès de la grande cheminée, dans le grand salon, recroquevillé sur le sofa. Cette fois-là, il est venu m’y rejoindre, surpris que je ne sois pas encore allé me coucher.
Je lui ai posé plein de questions sur ce qu’il faisait dans la vie, je voulais tout savoir ; il faisait de la photo, il allait au lycée avec beaucoup d’autres étudiants, etc., etc.

Je n’avais que treize ans, et bien que pour un prince ce soit un âge respectable – à treize ans, on peut déjà régner –, je me sentais tout petit garçon devant lui. Quand on est prince, on n’est pas vraiment un homme. Depuis que je suis petit, les cosmétiques succèdent sans discontinuer aux injections que l’on me fait pour que je corresponde au canon de la beauté. Et cela fonctionne. Je suis mince, assez petit, fragile, très pâle – anémié, devrais-je dire… On m’a appris dès la prime enfance à me couvrir de poudres et de parfums, je ne dégage que des odeurs synthétiques.

Lui c’était un homme. Il sentait la testostérone, la sueur fraîche, il avait le teint un peu rougeaud, et quand il marchait on sentait qu’il était solide, qu’il tenait bien sur ses jambes. Personne n’aurait eu la sotte idée de la traiter comme un objet fragile ou une poupée de porcelaine. Car c’était cela que j’étais, pour cet homme qui avait tenté de me déshabiller sur mon lit, une poupée qu’on doit manipuler avec précaution, avec laquelle on joue un peu, puis qu’on laisse, mais qu’on peut se vanter d’avoir possédé au degré le plus intime.
Lui ne m’a pas traité en poupée, mais en être humain.

J’avais fini par accepter l’idée que je serai dépucelé par un habitué, qui aurait su prendre ce qu’il voulait rapidement, avec habileté, et qui ne m’aurait pas laissé le loisir de faire grand-chose. Alexandre, au contraire, avait des envies de tendresse et de douceur. Il a fallu le rassurer sur mon âge et mon rang, qui n’avaient pas d’importance. Il a eu du mal à se dépêtrer de toutes mes couches de vêtements, dont la profusion l’a amusé. Au premier morceau d’épaule découvert, il a crié victoire et a sucé très fort la parcelle de peau mise à nu. Je le serrais dans mes bras, je caressais son dos couvert de tâche de son, je respirais sa chevelure rousse avec délice.

J’ai compris alors que le désir n’était pas forcément cette envie superficielle qu’ont les courtisans de vous réduire à l’état de bête.

Je ne m’étais jamais senti aussi humain que dans ses bras.

Je l’entendais murmurer mon nom à mon oreille, comme si j’avais été la seule chose qui comptait ; il n’en finissait plus de soupirer « Raphaël, Raphaël… » D’habitude, les gens qui me parle se confondent en Altesse ou en Monseigneur… J’ai redécouvert mon prénom quand il l’a prononcé.

Ce que j’ai fait ce soir là, je ne m’en croyais pas capable. J’ai fait ma première fellation, j’étais très intimidé, mais j’aurais continué pendant des heures rien que pour qu’il continue à me murmurer qu’il m’aimait. J’ai crié de plaisir, comme si personne ne pouvait m’entendre.

Il me soulevait aussi facilement qu’une plume et me dominait de toute sa hauteur de géant ; il s’est introduit en moi petit à petit, sans violence. Jamais je ne m’étais senti aussi bien ; à chaque allée et venue, nous gémissions de concert. Soudain, j’ai vu Alexandre devenir très rouge, senti ses mains se crisper sur mes reins et tout son corps se tendre entre mes jambes. Quelque chose s’est brisé, soudain, et tout s’est apaisé.

Nous sommes restés là jusqu’aux premières lueurs de l’aube, l’un contre l’autre, avec le feu qui s’éteignait. Je savais qu’il devait partir le jour même. Malgré tout, j’étais heureux. J’ignorais combien de temps il allait mettre pour m’oublier… Peut-être quelques mois, quelques semaines… Quelques jours, si jamais il se trouvait quelqu’un très vite…

Je savais que moi, je n’oublierai pas. Je n’oublierai pas ma première nuit.

Et je me rappellerai que c’était avec un homme.


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