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Innocente Poupée
La ténébreuse nuit vient de déposer ses ailes sombres sur la plaine, et je fuis à travers les hautes herbes. En matière de plaine, celle ci est une apothéose : gigantesque, tendu vers le ciel dans ce qui ressemble à l’éternité, dans toutes les directions. Elle est verte, aveuglante et glaciale, sans aucun relief hormis la ligne brumeuse des montagnes à l’horizon. Je cours. C’est tellement plus facile de s’enfuir.
Mes pieds frôlent habilement l’herbe tendre, tandis que je saute au dessus d’un rocher. Je ne regarde pas derrière moi. Je ferme mes prunelles myosotis et respire sereinement. Je sais que je vais perdre, je ressens cette tension oppressante autour de ma personne. Si je le désire, je peux m’arrêter maintenant. Tout stopper, et revenir sur mes pas. Revenir sur mon passé. Revivre avec ces souvenirs peu plaisants. Pourtant je ne le fais pas, et mes jambes semblent désormais animer d’une vigueur inconnue. Je cours à travers l’obscurité et la brise me caresse agréablement, soulevant voluptueusement mes boucles caramel.
Un bruit derrière moi. Il est là. Juste derrière moi. Je ne veux pas qu’il me rattrape, et mes sens s’éveillent brusquement. J’attrape adroitement une branche vieilli par le temps, et soulève mon corps à bout de bras. Mes jambes diaphanes se balancent dans un rythme effréné avant que je réussise agilement à monter jusqu'à la cime de l’arbre. Je baisse doucement les yeux vers le sol, et un homme en noir me montre les crocs.
Il grogne et semble être impatient. Dans ses yeux dorés je vois briller la flamme de la mort ou peut être d’une passion dévorante, et un frisson traverse ma colonne vertébrale. Je ne veux pas descendre, je ne veux plus le voir, je ne veux plus l’entendre. Puis, rapidement je sens un effleurement subtil dans mon cou. Je me retourne vivement. Je lève timidement mes petits morceaux de ciel vers lui. J’ai perdu. Encore une fois. Il me retrouve indéniablement, sans la moindre difficulté.
Un homme terriblement séduisant se trouve devant moi. Son épaisse chevelure frôle son col de chemise, un infime signe de rébellion -absolument charmant-, pour un homme aussi propre sur lui. Il porte en outre un pantalon très classique et une chemise obsidienne entrouverte qui mettent en valeur sa stature d’athlète. A croire qu’ils avaient été taillés sur mesure. Il a l’élégance innée de celui qui est né avec une cuillère d’argent dans la bouche, et qui l’accepte avec décontraction. Il est impressionnant, hautain et sophistiqué. Mais derrière cette apparence, je perçois autre chose. Une attention aiguë dans son regard pénétrant, et une sensualité à fleur de peau.
Sa bouche se déplace lentement de ma gorge à mes oreilles, et je sens de délicieux papillons virevolter dans mon ventre. Je m’en veux. Je ne veux pas succomber. Plus jamais avec cet homme. Dans un mouvement ample, je me retrouve sur le sol, levant mon regard saphir dans un geste de défi. Je ressemble à un serpent en colère tandis que je me mets à siffler.
-« Tu n’aurais vraiment pas dû me suivre ce soir, Lucian … »
Il se contente de sourire. Un sourire du diable, terriblement charmant sur son visage. Je reste quelques secondes à l’observer tandis qu’il s’agite dans les branches pour atterrir en face de moi. Il se penche légèrement et son corps s’anime de sombres desseins. Il veut m’attraper, me serrer dans ses bras, m’étouffer pour que je lui appartienne toujours. Voilà ce que disent ces muscles qui se tendent subitement vers ma personne.
Je fais un pas sur le côté et fais craquer machinalement les os de ma nuque. Je ne me laisserais plus avoir. Jamais Lucian, le comprends-tu ? Son rire résonne dans l’atmosphère lugubre et je me sens faible face à lui. J’ai l’impression de subir des milliers de petite coupure le long de mes formes, et je me mets à hurler. Je déteste cet homme. Lucian était mon bourreau personnel. L’homme qui avait fait de moi ce que j’étais. Une Vampire. Une pauvre et frêle vampire, un simple jouet entre ses mains. Très vite, je me retrouve dans les bras froid de mon tentateur et son haleine fruitée m’enivre. Son rire musical traverse la plaine comme un long ruban de soie, tandis qu’il me souffle.
-« Tu n’aurais vraiment pas dû t’enfuir loin de moi, encore une fois Ambroise … »
Son sourire s’agrandit de malice lorsqu’il répète ma réplique, bien que sa voix se teinte faussement d’une tristesse infinie. Il sait qu’il a gagné une nouvelle fois, et rien ne lui fait plus plaisir que de se moquer de sa faible proie -en l’occurrence, moi-. Bientôt, je sens ses lèvres glaciales parcourir langoureusement ma mâchoire, avant qu’il ne me soulève de ses bras puissants.
-« Finis de jouer, ma belle ! On rentre à la maison … »
Bonjour à vous tous ! Cela fait longtemps que je voulais écrire une histoire qui durerait plusieurs chapitres ...J'ai longuement hésité, et pris enfin ma décision. Voici donc un trés court prologue sur ma petite Vampire, Ambroise ! J'espère que vous apprécierez ce début ! Si vous avez une quelconque remarque à faire, n'hésitez surtout pas :) ! Je vous souhaite un trés tendre Weekend,
Ambroise.