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Epilogue : Terrain Maîtrisé
Année 6, juin
« Rina, le professeur de musique est-il toujours absent ? ».
La déléguée sursauta à la question de son professeur et hocha la tête.
« Personne ne sort ses affaires. Rina, tu cours chercher les clés de la salle et tu nous rejoins là-bas. Les autres, en avant ».
Rina s’exécuta et les élèves quittèrent la salle dans un brouhaha assourdissant. Théo leur intima le silence pour passer dans le couloir et ils se rendirent tous ensemble à la salle de musique. Rina les rejoignit quelques minutes après, essoufflée. Elle tendit les clés et le professeur ouvrit, laissant ses élèves s’installer dans la salle, pendant qu’il fouillait dans l’armoire principale.
« Est-ce que tout le monde a appris les paroles des Perruches ? ».
Un « oui » collectif s’éleva dans la pièce et Théo passa derrière la batterie, deux balais en mains. Il tapa quelques secondes sur le tome A, attirant l’attention de ses élèves. Dès qu’ils furent tous prêts à chanter, Théo commença à jouer le tempo d’un morceau qu’il n’avait pas joué depuis longtemps.
Perdu dans ses pensées où il rejoignait Vera, Alessandro, Ahou et Enrico ; où il retrouvait la musique et le plaisir de faire quelque chose de ses mains ; où il se souvenait de son premier concert, de l’approche du directeur d’Effimero, et de l’écriture des Perruches... Perdus dans ses pensées, il ne réalisa pas que toute sa classe s’était tue et l’observait jouer dans un silence quasi religieux. Il n’eût que conscience de la larme qui s’échappa de son œil droit pour tomber sur sa main gauche alors qu’il tapait les derniers temps des Perruches. Un morceau qui avait donné fin et naissance à deux périodes de sa vie.
Après quelques minutes de silence Théo réalisa qu’il était toujours derrière la batterie, toujours devant ses élèves. Et ces derniers ne disaient rien. Ils l’observaient.
« Eh alors ? Je joue pour des prunes ou quoi ? » Grinça-t-il « Je recommence et vous avez intérêt à suivre ! ».
Il frappa de nouveau les premiers temps et les élèves se mirent à chanter en même temps. Ça n’avait rien à voir avec la voix d’Enrico. D’abord il y avait 30 voix. Ensuite, certains chantaient extrêmement faux. D’autres beaucoup trop aigus. Mais il ne dit rien. Ils avaient tous le sourire et ça faisait plaisir à voir. Deux élèves qui jouaient de la musique demandèrent à essayer de jouer eux-mêmes ce morceau. Ils ne se débrouillaient pas trop mal. Théo les regarda du fond de la salle.
OoO
Théo fit sortir ses élèves avec quinze minutes d’avance. Ces derniers se regroupèrent dans la cours, s’installant à même le sol et attendirent patiemment la sonnerie pour le cours suivant. Fausto attendit que son professeur soit sorti pour venir vers lui, en sortant deux CDs de son sac.
« Monsieur, dites, vous croyez que vous pourriez me le dédicacer ? » Demanda-t-il en tendant le premier album de Pupazzo.
« Si tu me promets de ne le dire à personne, je veux bien » Sourit Théo. Il sorti un marqueur indélébile de sa besace en cuir et signa le livret sur le dos « Pourquoi as-tu choisi cette chanson, Fausto? ».
« Je l’aime bien. Beaucoup même. Comme je l’ai dis, je pense vraiment qu’il n’y a pas beaucoup d’inséparables dans le monde. Puis vraiment, la première fois que j’ai entendu Sick Teen, Pupazzo ou surtout, Les Perruches, j’ai adoré. Quand mon père m’a emmené au concert l’année dernière, j’étais vraiment déçu. Pour moi, il manquait quelque chose. Alors il m’a dit que je connaissais le batteur et que peut-être que j’arriverais à le convaincre de revenir ».
« Si Enrico n’y arrive pas, je ne vois pas pourquoi tu le pourrais ».
« Je n’essayerais pas. Moi je voulais vous entendre. Entendre les Perruches à la batterie. Le reste… Ca manque de vraie percussion, mais j’aime toujours… Surtout que bon, vous êtes toujours présent. Dans l’ombre, mais présent. Vous croyez que vous pourriez me faire dédicacer l’autre ? Si je jure de ne le dire à personne ? ».
« Tu pourrais passer par ton père ».
« Il m’a dit de me débrouiller. Je pense qu’il voulait que je vous en parle ».
« Je verrais ce que je peux faire. Pour la dédicace. À lundi ».
« A lundi, monsieur ».
Fausto rejoignit ses amis et Théo sa voiture. Il passa par chez lui, prépara un sac avec un pantalon et une chemise propre, fouilla dans les affaires de Daria pour en tirer une robe, un pantalon et une veste et, avec Grimm, quitta la maison en direction du travail de l’italienne. Cette dernière fut surprise de le trouver là lorsqu’elle sorti.
« Tu as quelque chose de prévu ce soir ? » Lui demanda-t-il alors qu’elle s’asseyait.
« Non, juste un entraînement demain en fin de matinée ».
« Parfait. Mets ta ceinture ».
« On vas où ? ».
« Loin ! ».
Elle attacha sa ceinture et regarda Théo qui fixait la route, perdu dans ses pensées. Elle posa sa main sur la sienne, sur le levier de vitesse.
« Théo, ça va ? ».
« Ouais. Un peu… Bizarre ».
« Un peu bizarre ? T’es gentil ! Où est ce que tu m’emmènes ? ».
« Tu verras. On y passera la nuit et on rentrera demain matin, promis ».
L’italienne tourna son visage vers le paysage alors qu’ils quittaient Milan en direction d’Aoste, Théo avait vraiment l’air ailleurs. Ce n’était pas souvent.
« Aujourd’hui, j’ai profité de l’absence de la prof de musique pour jouer Les Perruches. Les élèves étaient surpris. Ils ne s’attendaient pas à ce que leur prof sache jouer de la batterie ».
« Ou à ce qu’il connaisse un tempo qui n’est écrit nul part. Tu es sûr que ça va ? ».
« Je sais pas ».
OoO
Théo secoua légèrement Daria pour la réveiller. Ils venaient d’arriver. Il laissa Grimm sortir, prit Daria par la taille et l’attira sur la plage du lac Majeur. Malgré l’heure avancée, le temps était encore chaud et l’eau agréable. Ils marchèrent quelques minutes, pieds nus puis Théo se laissa tomber au sol, appuyé en arrière sur ses coudes, les jambes relevé et écartés devant lui. Il observa Daria jouer avec Grimm dans l’eau. Il l’éclaboussait à chaque fois qu’il partait chercher sa balle et lorsqu’il revenait. Quelques lancés de balles plus tard, Daria vint s’asseoir devant lui, entre ses jambes et se cala contre son torse. Il se redressa et l’encercla de ses bras et l’embrassa dans le cou.
« Je t’aime » Lui fit-il savoir. Il avait l’impression de ne pas le lui dire assez souvent.
« Moi aussi je t’aime ».
Après un silence, Daria se défit de l’étreinte et se retourna, poussant Théo jusqu’à ce qu’il soit allongé au sol. Elle s’installa à califourchon sur lui et le regarda dans les yeux.
« Qu’est-ce que t’as ? » Demanda-t-elle après l’avoir scruté. « T’as vraiment l’air… Déphasé ! Qu’est-ce qu’ils t’ont fait les élèves ? ».
Théo haussa les épaules et regarda le ciel.
« Je sais pas… C’est à cause des Perruches. J’ai revu les six dernières années défiler ».
« C'est-à-dire ? ».
« A la base, je ne devais rester qu’un an. Voire six mois. J’avais pas prévu de me sentir si vite à l’aise et intégré par ta sœur et les autres. Je n’avais pas prévu d’aimer la vie ici, d’acheter une maison. De tomber amoureux… ».
« Tu regrettes ? ».
« Non ! » S’offusqua-t-il « Aucun regret. C’est juste que… Tout à l’heure, en jouant les Perruches je me suis rendu compte à quel point tout avait changé sans que je ne m’en aperçoive… Et de façon naturelle » Il marqua une pause « En quittant le lycée je me suis dis que là, maintenant, j’aimerai être quelque part de tranquille, juste avec toi et regarder un coucher de soleil sur le lac Majeur. Peut-être même qu’on verra le rayon vert (1). On va manger un morceau ? ».
Daria sourit et se serra contre Théo. Il lui caressa le dos de sa main et, callant sa tête sur son bras libre, observa le ciel parsemé de nuage filandreux puis après quelques minutes, se releva, épousseta le sable de son pantalon et aida Daria à se lever. Il lança sa balle à Grimm et le regarda partir comme une fusée. Daria l’attrapa par le bras qu’elle plaça sur ses épaules et ils longèrent le lac jusqu’au premier restaurant ouvert qu’ils trouvèrent.
OoO
« Dis-moi, Da’, honnêtement » Demanda Théo après avoir avalé la première bouchée de son entrée « Tu aurais quelque chose contre le fait que je demandes ta main à tes parents ? ».
Daria avala sa bouchée en faisant des yeux ronds, prit son verre et but une grande gorgée d’eau pour faire passer le tout et lui sourit.
« Je te la donnes même sans ça ».
« Mais c’est moins correcte si je ne passes pas par tes parents ».
« Peut être mais ça évitera une crise cardiaque à ma mère. Je la voix très bien paniquer et glapir un : oh mon Dieu tu es enceinte ! ».
Il la fixa longuement avec un léger sourire. Il imaginait très bien Maria réagir comme ça. Le silence ce prolongea et Daria soupira, attrapa la main de Théo et lui sourit une fois de plus.
« Tu peux. Ca me ferait très plaisir… Même si je n’ai pas attrapé le bouquet de Vera ! ».
Théo lui sourit à son tour, lui embrassa la main et reprit une bouchée de son entrée. Il était content qu’elle ai acceptée. En y repensant il n’y avait pas vraiment de raison pour qu’elle refuse. Il savait qu’elle voulait se marier. Du moins, elle l’avait dit, avant qu’ils ne sortent ensemble et une fois, juste après. Mais il était vraiment heureux que les mots aient jaillis de sa bouche sans qu’il ne s’y attende. Il ne s’était jamais demandé si il avait envie de se marier. Maintenant, en regardant Daria, la réponse lui paressait évidente. Maintenant, il restait le plus dur à faire : le dire à Maria, tout en lui évitant une syncope.
Fin
Note 1 : Lorsqu’il fait beau, le dernier rayon de soleil est vert. D’après qu’il faut des conditions météorologiques spéciales et qu’on ne le voit pas à tous les coups. Je l’ai vu une fois et ça me suffit.
Note 2 : Re-merci à Nawel94, Latina Angel, Azarus, Tinoubebe, Aceituna, Sombre Plume, Jacksosey, Koxinel, Daphalanote, Evilie, , Jeja, No One But Me, Le Temps des Cerises, Pyrane, Lady Kaoru Anarchy, Ertel, Esil, Meanne77, Ketsuchi pour les reviews et/ou autres marques de sympathie à l'encontre de Pupazzo.
Note 3 : Trois extras viendront compléter cette histoire. Principalement basé sur Théo et Daria.
À bientôt j'espère.
Cerb