
Thomas n'était pas un garçon agréable à vivre, trop cynique et misanthrope, pourtant William avait trouvé en lui quelque chose qui le fascinait et l'attirait irrémédiablement alors qu'il était son exact opposé. Quelque chose qui les changerait à jamais...
Rated: Fiction M - French - Drama/Supernatural - Chapters: 4 - Words: 18,441 - Reviews: 24 - Favs: 4 - Follows: 8 - Updated: 01-15-09 - Published: 08-21-08 - id: 2562166
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Le p'tit mot de Kalsang et autres remarques (in)utiles
Claim : Tout dans cette fiction, du scénario aux personnages, m'appartient. Toute reproduction ou utilisation libre est interdite sous peine de lente agonie et autres tortures affreuses et inhumaines. Oui monsieur, parfaitement !
Disclaimer : Suzuki, Honda et les autres ne m'appartiennent pas. Eh non. Zut alors ! De même, bien que l'action se passe à Marseille, il ne s'agit pas de la ville réelle. Juste une reconstruction imaginée par ore-sama.
Genre : Romance, drame, humour, mystère, paranormal (ça devrait suffire...)
Au sujet du rating : "M" ne signifie en aucun cas qu'il y aura de la citronnade dans ce texte (voilà de quoi décevoir les plus pervers d'entre vous. Oh, non, ne regardez pas votre voisin avec cet air innocent alors que vous avez activé la recherche de fiction en incluant le rating M !). Surtout pas mal de violence (oh, mais si ! la violence, c'est bien !), parfois un langage très grossier, et un jour ou l'autre, dans un futur lointain, quelques scènes "sexy" mais non explicites. Certains classeraient ça en T, mais moi je suis le règlement à la lettre… brave bête.
Au sujet du titre : Non, c'est juste un titre, il n'y aura aucun "échange de vies" entre les personnages.
Synopsis : Thomas est un jeune adulte plutôt aigri et misanthrope qui n'a jamais rien réussi dans la vie, mais il lui reste sa passion pour la musique. William est un adolescent naïf et optimiste qui ne connaît pas le monde "réel" et a toujours eu tout ce qu'il désirait, sauf le droit de participer aux courses moto.
A priori, ils n'auraient jamais dû se rencontrer et encore moins se rapprocher, mais c'était sans compter sur le caractère passionné et entêté de William...
Le Prince et le Pauvre
By Kalsang
Partie I
Chapitre 01
Marseille. Une grande ville française côtière de 827 000 habitants. Environ. De toute façon, on s'en fout.
Dans le troisième arrondissement, près de Saint Charles, se tenait un modeste petit magasin de CD, où l'on vendait du neuf aussi bien que des occasions, des nouveautés aussi bien que des très vieilles musiques, des CD aussi bien que des 45 tours… Quelques instruments de musique d'occasion étaient accrochés aux murs, attendant d'être repérés par un amateur sans le sou.
En ce mardi après-midi, un jeune homme de dix-neuf ans, répondant au nom de Thomas, pianotait d'une main distraite sur le comptoir de la boutique « Tout Temps Musique », prenant soin d'observer un couple d'adolescents qui traînait du côté des variétés françaises en jetant régulièrement des coups d'œil dans sa direction.
Le garçon avait la main sur l'épaule de sa copine, espérant bloquer le bras de cette dernière à la vue de Thomas. Bras qui soulevait et reposait régulièrement quelques CD avec nonchalance.
Rien de tout ça n'inspirait confiance au jeune vendeur.
« Vas-y, qu'est't'as à nous regarder comme ça, Poil de Carotte ? » s'énerva finalement le garçon, en remarquant que Thomas ne le lâchait pas de vue.
« "Poil de Carotte" ? Oh, tu me blesses, on me l'avait encore jamais sortie celle là… » répondit Thomas d'un ton faussement peiné, une main théâtralement posée sur son front.
Non, mais sérieusement, un truc étonnait quand même beaucoup le rouquin.
« Eh, où tu as entendu ce nom, d'ailleurs ? Tu vas à l'école, toi ? Tu as vu le bouquin perdu entre deux BD ? Ou tu l'as entendu quelque part sans trop savoir ce que ça voulait dire ?
— Pfff, pauvre con !
— Non, vraiment, j'aimerais savoir !
— Viens Elza, on s'tire ! »
L'adolescent attrapa sa copine par la manche et la tira vers la sortie en regardant furieusement vers Thomas. Et un CD venait d'être sauvé…
Thomas Duval connaissait bien ce genre de gosses, il avait été comme ça lui aussi quand il était plus jeune. Avant de commencer à s'attaquer à plus gros qu'un minable CD dans une petite boutique… bien plus gros.
Ils bousculèrent une vieille dame qui entrait dans la boutique avant de disparaître dans la ruelle.
« Vous allez bien mademoiselle Perkins ? » demanda Thomas en se précipitant vers la dame qui se tenait les reins en fixant la porte. Il était de coutume de s'inquiéter d'un hypothétique client, si l'on ne souhaitait pas voir s'envoler son porte-feuille en même temps que l'acheteur…
« Ces jeunes, vraiment, je ne les comprendrai jamais, non non, jamais… » souffla-t-elle.
Thomas eut un léger sourire (ou plutôt un léger retroussement des lèvres… il n'était pas très souriant). Si elle pouvait critiquer, alors elle allait bien !
« Et qu'est-ce que je peux faire vous, mademoiselle Perkins ? » demanda-t-il doucement en retournant s'asseoir derrière le comptoir.
Fidèle cliente de quatre-vingt ans, elle arrivait à peine au torse de Thomas, mais faisait bien trois fois sa masse corporelle… Elle portait toujours les mêmes immenses robes fleuries, et ses cheveux gris étaient coiffés de minuscules frises.
« C'est ma petite nièce. Vous savez, celle qui a douze ans ? Eh bien pour son Noël, elle m'a demandé le CD de ces gens qui passent à la télé. Oh moi bien sûr, je ne regarde jamais la télé – c'est tellement dépravé de nos jours – mais elle, ses parents la nourrissent à ça. Les gamins n'auront bientôt plus une once de culture. Mais que puis-je dire. Si j'avais des enfants, je peux vous assurer que je ne les laisserais pas regarder cette chose, oh non jeune homme ! Rien ne vaut un bon bouquin, c'est moi qui vous le dis ! Et vous imaginez ce que ça doit donner à l'école ? Vraiment ! Vous, vous aimez la télé ? »
Oui, et elle était également une grande bavarde… Thomas avait du mal à se retenir de bailler, mais son air étonnamment bovin aurait alerté n'importe qui de pas trop égocentrique, ce qui n'était manifestement pas le cas de mademoiselle Perkins.
« J'en ai pas… » eut à peine le temps de dire Thomas.
« Eh bien c'est tant mieux ! Je suis sûre que vous étiez meilleur élève grâce à ça, sans perdre votre temps à vous liquéfier le cerveau. Vous étiez bon élève ?
— Le meilleurs, et j'aime tellement l'école que je suis encore en terminale ! Je veux pas quitter le lycée, c'est si… » déclara-t-il, à peine ironique.
« Oui, mais vous travaillez… Ces jeunes, maintenant, ils font rien, ils attendent que tout leur tombe cuit entre les mains. Travailler à dix-huit ans, aucun autre n'y penserait, c'est moi qui vous le dis !
— J'ai vingt ans…
— Oh, oui, et vous avez déjà cette boutique et vous écoutez les déboires d'une vieille fille comme moi, vous êtes tout à fait charmant ! » acquiesça-t-elle vivement en ponctuant sa phrase d'un petit rire haut perché.
En même temps, il n'avait pas d'autre choix que de la laisser converser en grognant de temps en temps… elle devait vraiment aimer s'écouter parler.
Mademoiselle Perkins était une vieille fille qui vivait non loin de la boutique. Elle passait régulièrement pour acheter des vieux disques de Francis Lopez ou des grands classiques de l'opéra (entre autres).
« Vous cherchez donc un CD ?
— Oui, ces jeunes là, qui passent à la télé ! Tous les gamins en sont friands, c'est d'une telle niaiserie…
— Y'a pas mal de jeunes qui passent à la télé, ces temps-ci ! »
La vieille dame commença alors à fouiller dans son sac à main, étalant porte feuilles et papiers divers sur le comptoir. Elle tendit ensuite un bout de journal déchiré à Thomas.
« Ma sœur m'a écrit ça ! »
Dans son fort intérieur, Thomas soupira en voyant qu'il s'agissait d'un CD sortit par la première chaîne de télévision française, où un groupe de jeunes gens chantant aussi bien que des casseroles s'évertuait à massacrer quelques chansons tout aussi minables qu'eux. Dans le fond, il était d'accord avec mademoiselle Perkins… la télévision rendait con. Et accessoirement, avilissait la musique de manière ahurissante.
Il alla récupérer l'album dans un des rayons « bouses actuelles » (ou plutôt « variétés françaises - nouveautés ») et le posa à côté du sac de la vieille dame une fois le prix scanné.
« Ça fera quinze euros soixante. »
Mademoiselle Perkins partit avec son précieux disque, en maugréant une dernière fois contre le temps pluvieux, avant de laisser Thomas seul avec sa caisse enregistreuse.
- x -
Dans la vie de Thomas, il n'y avait pas grand-chose à part la musique. Mais ce « pas grand-chose », il souhaitait parfois pourvoir y échapper. C'est ce qu'il pensa alors qu'un grand jeune homme brun et plutôt baraqué entrait dans la boutique avec un sourire froid.
« Thomas ! Je suis ravi de te voir ! » s'exclama-t-il, si faussement que personne n'aurait été trompé.
« Alfred… j'aimerais bien te dire "moi aussi", mais nous savons tous les deux qu'il est inutile de mentir…
— Toujours le mot pour rire, hein… On t'a pas encore buté ?
— Faut croire que je refuse d'aller vers la lumière... »
Le plus discrètement possible, Thomas leva la clef de la caisse pour la cacher dans la poche de son vieux jean. Mieux valait prévenir…
« C'est pas que tu m'ennuies, mais que me vaut le malheur de ta visite ? »
Alfred eut un sourire mauvais en s'avançant un peu plus vers le comptoir.
« On a repéré une Porsche dans le douzième. On pense pouvoir la choper ce week-end.
— Et vous avez besoin de moi ? » demanda doucement Thomas en s'asseyant sur son tabouret.
« Depuis que Timmy est en taule, nous manque un type pour faire le guet.
— Hm… »
Il réfléchit deux secondes avant de secouer la tête.
« J'fais un remplacement pour les Dark Night, j'pourrai pas venir. »
Alfred n'eut pas l'air d'apprécier ce refus de la part de Thomas.
« Tu crois que je t'ai demandé ton avis ? »
Son faux sourire avait complètement disparut de sa figure, laissant place à un visage menaçant qui aurait même pu fait se pisser dessus un chiot. Au moins.
« Et tu remplaces pour quoi, cette fois ?
— Batterie, parait qu'Andy s'est fait tabasser. »
Alfred se redressa et commença à visiter les rayons, sortant de temps à autre un CD pour regarder la pochette avant de le déposer sur un autre rayon, à l'opposé de sa place première.
« C'est qu'une tantouze, ils ont fait ça pour le bien de la communauté… »
Thomas se retint de grincer des dents en entendant le surnom qu'Alfred avait donné à un de ses (rares) potes. Personne, et il disait bien personne, n'avait le droit de traiter Andy de tantouze, à part lui.
Andy était un homosexuel notoire, il faut dire qu'il ne s'en était jamais caché. Il était ce qu'on pouvait appeler quand on était un peu mauvais une « folle », et le parfait cliché de l'homosexuel épanoui. Il parlait d'une voix suraiguë, portait des vêtements moulants et colorés, avait des manières précieuses… Sa seule chance avait été de tomber sur quelques personnes qui, si elles avaient tout de même du mal avec l'homosexualité, avaient su repérer ses dons pour la batterie avant tout… Et même si les autres membres du groupe gardaient une distance évidente avec lui (du genre « t'es bien sympa, mais t'approche pas, j'aime les filles »), Andy n'était pas malheureux pour autant.
« Et pour la Porsche ? rappela Alfred.
— Le concert fini à quatre heures du matin, puis c'est à Aix et je vais devoir dormir sur place.
— Tu peux pas annuler ?
— Je pourrais, mais j'ai pas envie. »
Alfred eut alors une lueur malveillante dans le regard, et s'approcha du comptoir pour regarder Thomas avec un visage menaçant.
« N'oublie pas à qui tu dois la vie, Tommy… souffla-t-il.
— J'oublie surtout pas à qui je dois d'avoir presque perdu mon œil gauche, Al… » rétorqua le rouquin sur le même ton, un doigt glissant sur la longue cicatrice qui ornait sa joue, du milieu du front jusqu'à son arcade sourcilière, puis de sa pommette à sa mâchoire.
Alfred sourit une nouvelle fois.
« J'ai déjà payé pour ça… »
Thomas ne lâcha pas son regard mais ne dit pas un mot pour autant. Non, de son point de vue à lui, rien de se que pourrait faire Alfred ne le rachèterait pour sa lâcheté.
« Ok, on fera la Porsche sans toi… ça f'ra plus de fric pour nous. »
Sur ce, Alfred quitta la boutique avec un vague geste de la main, laissant Thomas dans une profonde réflexion.
Il était vrai qu'il avait besoin de cet argent, il avait repéré un clavier qui lui plaisait pas mal. Mais il avait fait une promesse à Andy. Et si Thomas ne pensait rien devoir à qui que ce soit, son ami était pour lui l'exception qui confirmait la règle.
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Sur le stand, à côté du circuit d'où s'échappait le bruit des quelques motos lancées à pleine puissance, un adolescent brun de dix-sept ans regardait le numéro huit qui n'avait plus que quelques minutes à faire avant le changement de pilote.
« Bill… tu as parlé avec ton père, récemment ? » demanda Martin Chêne, l'oncle de l'adolescent. Un grand homme moustachu d'une quarantaine d'années, aux cheveux grisonnant et au ventre rond témoignant des nombreuses bières qu'il descendait quand il était seul chez lui.
L'adolescent repoussa nerveusement une mèche de cheveux qui refusait de se laisser dompter, et hésita un instant avant de répondre.
« Pourquoi faire ? C'est toujours la même chose avec lui…
— Il fait ça pour ton bien, pour ton avenir, tu le sais, hein ?
— Mon avenir ? Je pense parfois qu'il n'a même pas conscience que c'est moi qui vivrai mon avenir. »
Le regard de son oncle s'attarda une nouvelle fois sur le coureur numéro huit qui passait avec brio un virage plutôt raide, se maintenant confortablement à sa quatrième place (quatrième sur dix coureurs était une place plutôt modeste).
« Il veut ce qu'il y a de mieux pour toi. »
William soupira doucement en secouant la tête.
« Je le sais, et je ne lui en veux pas, seulement… Comment quelque chose que je déteste pourrait être ce qu'il y a de mieux pour moi ?
— Mon garçon… qu'est-ce que tu veux faire d'autre ? »
Le brun quitta le huit des yeux pour regarder son oncle.
« Je veux courir, » déclara-t-il simplement.
Martin lui rendit son regard avec une certaine tristesse. William savait ce qu'il pensait, et il savait que son oncle avait raison, mais cependant…
« C'est un doux rêve que tu as là, Billy. Mais tu dois te réveiller… il n'y a aucun avenir dans le monde de la moto, ceux qui réussissent sont rares.
— Je sais ce que tu penses de tout ça, Martin. Et je sais que dans le fond, tu as parfaitement raison. Cependant…
— Cependant, tu crains de ne jamais être heureux si tu suis les directives de ton père, » termina Martin.
William acquiesça, portant à nouveau son regard sur le coureur.
« Comment pourrais-je être heureux, à faire quelque chose que je hais ?
— Tu y gagneras la reconnaissance sociale, toutes les portes te seront ouvertes, tu ne manqueras jamais de rien…
— Et je pourrai me trouver une charmante petite femme, faire de jolis petits enfants et vivre dans un pavillon en bord de mer, une piscine de billets dans le sous-sol, et vivre heureux jusqu'à la fin des temps dans ma petite vie paisible et prospère, loin des dangers des deux roues… » conclut l'adolescent, essayant de ne pas montrer une trop grande ironie en parlant de femme et d'enfants…
Martin eut un petit sourire en coin.
« C'est précisément ça. »
L'homme fit un petit signe de main à l'un des assistants pour prévenir le coureur huit qu'il était temps de rentrer au stand.
William enfila lentement ses gants, essayant de contrôler les tremblements d'excitation que lui procurait la lente montée d'adrénaline. Sa conversation avec Martin l'avait agacé, mais l'idée qu'il ne lui restait que quelques minuscules minutes avant de monter sur la moto venait de le rendre subitement euphorique. Alors maintenant, ses petits soucis matériels avec son père n'existaient plus, la légère leçon de morale de Martin était loin. William avait ce don de ne jamais rester ennuyé bien longtemps.
Son oncle, et accessoirement le patron du moto-club de l'adolescent et manager de l'équipe, lui tendit son casque.
« Tu es prêt ?
— Je suis prêt, » répondit-il en essayant de ne pas sourire comme un idiot.
« N'en fais pas trop, nous visons uniquement la troisième place, d'accord ? Ce n'est même pas une course "officielle". »
L'adolescent acquiesça, trop impatient pour parler. Et puis, même si son oncle lui conseillait de ne pas voir trop haut, lui ne comptait absolument pas obéir. Il voulait la première place, et il l'aurait. William ne cherchait pas la médiocrité, mais la perfection, et tant pis si c'était dans une course dont personne ne se souviendrait.
Mais il voulait prouver, après la discussion qu'il avait eue avec Martin, que son rêve n'était pas si utopiste que cela.
« Elle arrive … » annonça son oncle.
L'adolescent sautilla légèrement sur place. Bon, d'accord, peut-être devrait-il parfois savoir rester digne et pas passer pour un abruti complet devant la foule… et alors ? C'était sa première course depuis des mois, une course d'endurance de deux heures au circuit de Lédenon. Il avait réussi l'épreuve de qualification la veille, avec Chris.
Enfin, la moto vint s'arrêter à leurs côtés, et une haute silhouette en descendit.
« Elle tire sur la droite, oh, et Bill, fais attention, il y a une flaque glissante juste avant le virage du Pont… » annonça la jeune femme qui venait d'ôter son casque, regardant en direction de l'adolescent.
Si l'on voulait donner une vision très cliché du monde de la moto, alors Christelle Maxime n'avait absolument rien de la motarde typique. Il s'agissait d'une femme magnifique, aux longs cheveux noirs bouclés qui cascadaient sur ses reins, aux grands yeux verts parfaitement maquillés et à la longue silhouette fine toute en muscles discrets. Elle tenait plus du mannequin un peu trop rond que de la motarde, et même William (qui n'était pas très intéressé par les filles… pour ne pas dire pas du tout) la trouvait magnifique. Mais elle restait, malgré sa féminité, une équipière de choc pour William.
« Merci, Chris… » répondit-il, attendant le plus patiemment possible que le responsable mécanique donne son feu vert.
« Si elle tire à droite, il faudrait… intervint Martin.
— On n'a pas le temps, on est en train de perdre des places… » le coupa rapidement William. « Je peux très bien rouler même avec ça…
— Vu, mais il y a des risques qu'elle tire encore un peu… on n'a pas le temps, déclara le mécanicien.
— Et dire que votre boulot, c'est d'être rapide… » se moqua William en enfourchant la moto délaissée, puis regarda une dernière fois vers Martin et Christine.
« Souhaitez-moi bonne chance ! » lança-t-il en baissant la visière de son casque, avant de filer à toute allure.
« Ce gosse est inconscient… » soupira Martin en le regardant s'éloigner.
Maintenant qu'il avait démarré, William n'avait plus de tremblements d'excitation ni de joie euphorique. Il n'existait plus que sa moto, la piste infinie et sa fulgurante montée d'adrénaline. Il aurait pu passer des heures ainsi, à aller toujours plus vite.
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Le dernier tour, déjà. William avait réussi à remonter à la quatrième place, ce qui était parfait du point de vue de sa team, mais pas du sien.
Aux yeux de certaines personnes, le brun avait une vie "parfaite" de petit gosse de riches, et ils n'auraient pas compris son engouement pour la moto.
D'autres auraient dit que, s'il aimait tant ce sport, c'était uniquement une lubie de riche pour s'attirer le grand frisson et prouver qu'il était en vie.
Mais pour Bill, c'était plus simple que ça. Il aimait la moto.
Il aimait sentir le corps de sa moto vibrer sous lui, il aimait voir la piste défiler à toute vitesse. L'adrénaline était devenue sa drogue, anesthésiant la partie de lui qui lui soufflait que c'était dangereux, qu'au moindre problème il pouvait se tuer ou finir paralysé.
C'était son unique passion.
Le circuit était le seul endroit au monde où il se sentait être enfin véritablement lui-même.
Alors qu'il arrivait au premier virage de son dernier tour, il augmenta un peu les gaz afin de doubler celui qui le précédait, mais le pilote ne semblait pas être du même avis et leur lute n'en fut que plus acharnée. William réussit finalement à le doubler sans vraiment réaliser ce qui s'était passé. Troisième place. Le numéro quinze n'était pas loin devant, et il fixait sa moto comme si ça pouvait lui permettre de se téléporter.
Ce fut au virage du Pont qu'il sentit sa moto partir seule, et il eut un mal fou à ne pas en perdre totalement le contrôle. La flaque dont Chris lui avait parlé ! Il manqua de créer un carambolage quand la moto de cinquième place fit un écart brutal pour l'éviter.
« Bon sang ! » grogna le jeune homme sous son casque. Son équilibre retrouvé, il fonça à nouveau essayer de récupérer les trois places qu'il venait bêtement de perdre.
Mais ce fut peine perdue.
« C'est pas vrai ! » jura-t-il bien plus tard, alors qu'il quittait son casque et que les trois premières places recevaient les congratulations de tous. Il avait bien réussi à remonter un peu, mais arriver cinquième sur la ligne d'arrivée n'avait jamais été son but !
Martin et Chris se précipitaient vers lui, l'un furieux et l'autre apparemment plus inquiète.
« Tu es un idiot, Bill !
— Tu ne t'es pas blessé ? Equipe médicale ! »
L'adolescent grogna et jeta furieusement son casque à terre, mais l'adrénaline étant retombée il sentit alors une vive douleur sur le muscle de son avant-bras droit.
« Zut, j'ai dû me faire une foulure…
— Je t'avais dit que ce n'était pas la peine de trop en faire !
— Oh, Bill, ça te fait beaucoup mal ? »
Le plus gros défaut de Chris était qu'elle se mettait à pouponner comme une mère en manque de nourrisson dès que le jeune homme avait le moindre petit bobo. Instinct maternel surdéveloppé chez cette jeune femme de vingt-deux ans.
Alors que l'infirmier d'urgence s'appliquait à passer de la crème sur son muscle douloureux avant de le bander, William écoutait distraitement son oncle lui lancer toute sorte de remontrances dont il se serait bien passé. Comme si c'était de sa faute si le circuit était glissant !
Depuis le temps qu'il attendait l'occasion de participer à une course… et il avait réussi à se planter en beauté. C'était vraiment rageant !
« Bill Jones ? »
Une voix inconnue le tira de sa si profonde réflexion qui l'occupait alors qu'il faisait semblant de paraître coupable face à son oncle.
« Oui ? »
Un vieil homme moustachu lui faisait face, vêtu d'un splendide costume et droit dans toute son élégance.
« Je m'appelle Kevin Durano, je suis de la team de Suzuki, » se présenta-t-il en lui tendant la main, que William serra sans se faire prier.
« J'ai remarqué votre course aujourd'hui, j'aime chercher des nouveaux talents. Vous êtes un attaquant, très à l'aise sur votre moto malgré votre jeune âge… Je voulais juste vous encourager. Travaillez un peu plus cependant…
— Mer…ci ? »
L'homme lui adressa un sourire, avant de tourner les talons et de laisser place à Chris, qui avait écouté la discussion de manière très peu discrète.
« Dommage que ton père soit toujours derrière toi. T'imagine si tu pouvais faire autant de moto que tu le voulais ? "Bill Jones" serait déjà célèbre…
— Si j'arrivais à convaincre mon père, peut-être que… » lâcha William, plein d'espoir.
Légèrement rêveur, il partit finalement quitter sa combinaison pour remettre ses vêtements civils et redevenir un adolescent de dix-sept ans plutôt normal, et la différence était flagrante. Peut-être même que personne n'aurait reconnu "Bill", au premier coup d'œil.
"Bill" était un adolescent passionné de moto qui arrivait toujours à se qualifier pour des courses qu'il ne gagnait jamais. Il ne faisait pas grand cas de ses cheveux en bataille qu'il cachait rapidement sous son casque. Sa combinaison rendait sa silhouette longiligne sans pour autant réussir à cacher un petit ventre certes discret mais témoignant du fait qu'il ne manquait incontestablement pas de nourriture.
Quand il quittait cet attirail pour redevenir William Lecomte, ses cheveux redevenaient disciplinés, ses vêtements parfaitement pliés et propres renforçaient son côté BCBG de fils d'un grand chef d'entreprise. Il marchait droit et fier.
Peut-être que son sourire et son air rêveur étaient les seules choses que "Bill" et "William" avaient en commun.
L'adolescent sortit son téléphone portable de sa poche et remarqua qu'il avait reçu un message pendant qu'il était sur le circuit…
« Si t'es toujours ok, on se retrouve samedi à vingt et une heures, sur le Mirabeau. Kiss ! »
Bill sourit et envoya un message de confirmation à son ami, puis téléphona à son chauffeur.
« Edgar, j'écoute ?
— Bonjour, c'est William.
— Que puis-je pour vous, monsieur ?
— J'aimerais rentrer plus tôt que prévu, vous pouvez venir me chercher chez mon oncle vers dix-sept heures ?.
— Comme vous voudrez, monsieur.
— Merci bien. Et pas un mot à mon père, » puis il raccrocha sans plus de cérémonie, pour rejoindre son oncle et Chris qui s'apprêtaient à rentrer à Nîmes.
« Eh, Bill, tu vas toujours au concert samedi ? » demanda Chris alors qu'ils montaient dans la voiture.
« Oui.
— Tu sais toujours pas qui jouera ?
— Heu… plusieurs groupes, il me semble…
— Je vois.
— Tu veux venir ? » proposa-t-il, voyant très bien ce qu'essayait de lui arracher la jeune femme. Elle cherchait à lui faire dire ça depuis le jour où il lui avait avoué avoir un ami fan de musique qui voulait l'entraîner dans un concert.
« Je peux ? Ça va pas ennuyer ton ami ? demanda-t-elle, toute excitée.
— Je ne pense pas… » sourit Bill.
Encore une fois, le jeune William Lecomte allait cacher ses intentions à son père si strict. Il ne lui dirait pas pourquoi il avait dit avoir cours cet après-midi là alors que le professeur l'avait reporté depuis des semaines. Il lui cacherait son intention d'aller à Aix le week-end prochain.
Il ignorait encore que tous ces mensonges auraient des conséquences insoupçonnées.
A suivre...
Pour les insultes, réclamations, critiques, c'est le petit "go" juste en dessous, là, à côté de "submit review" ;)
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