Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search Login Register Extras
Fiction » Supernatural » My Shadow and Me font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Celia Deiana
Fiction Rated: T - French - Supernatural - Reviews: 1 - Published: 09-01-08 - Updated: 09-01-08 - Complete - id:2566503
My Shadow and Me

My Shadow and Me

Note : My shadow and me est une chanson de Billy Rose (musique de Al Jolson et Dave Dreyer), reprise par Robbie Williams.

Dix ans.

Vingt ans.

Le temps passe, toujours trop vite, trop vite jusqu’au moment où l’on commence à compter les années de solitude. Triste prise de conscience.

Ils sont partis, tous, retournés en cendres ou simplement... partis.

Ils ne sont pas revenus.

Et il arrive un moment où l’on se convainc qu’ils vous ont abandonnés.

Mais certains continuent à ignorer ce genre de tourments où se mêlent rancune, regrets, colère et remords. Coleen est de ceux-là. Il continue à arpenter les rues de cette ville sans se laisser aller au spleen, comme certains l’appellent.

Les illuminations festives de cette avenue commerciale font briller sa tignasse où l’or le dispute au rouge vif. Les passants s’écartent inconsciemment de son chemin, lui laissant libre passage. L’ancien pirate n’y prête aucune espèce d’attention. Il est habitué à ce genre de réflexes. Le subconscient de l’homme a bien du lui apprendre, depuis le temps, à s’écarter automatiquement de toute forme de danger. Coleen est un danger pour l’homme depuis... quelques siècles.

Mais ce soir l’homme n’a pas grand-chose à craindre, car les yeux verts du chasseur suivent autre chose qu’une prochaine victime. Là-bas, à quelques centaines de mètres à peine devant lui, court le seul être qui ait jamais réussi à le faire pleurer. Habillé d’un simple sweater et d’un blouson presque trop grand, il ressemble à un adolescent comme un autre. Le froid et la pluie le rendent encore plus vivant même. Les joues roses, les cheveux en bataille, de longues mèches blondes plaquées sur le front, le garçon laisse monter au ciel de délicats nuages blancs échappés de sa bouche, sans y prêter plus attention.

Coleen le suit de loin, sans chercher à se montrer, ni à se cacher. L’enfant, Nipper, ne fait pas attention à lui, et lui-même se laisse emporter par ses propres pensées.

« Arrête de me suivre !

— Je t’ai pris sur le fait, Nipper ! Ne nie pas plus longtemps que tu n’es qu’un gosse ! »

Le gamin serre un peu plus contre lui le paquet de pains d’épice qu’il vient d’acheter. C’était donc pour ça qu’il courait, voulant s’offrir cette sucrerie avant la fermeture des magasins ?

« Tu me fais chier, woof-woof ! »

Coleen accepte l’insulte avec un grand sourire.

« Je suis au septième ciel, Nipper. C’est la première fois que j’ai droit à une insulte en anglais.

— Fous-moi la paix.

— Et pourrais-je savoir ce qui me vaut l’honneur d’une telle dénomination ?

— Comme si tu ne le savais pas ! »

/Tu penses encore que c’est David qui m’a demandé de te surveiller ? Non, Nipper, je ne suis pas son chien. Et je ne l’ai jamais été…/

Mais Coleen sait mieux que quiconque que pousser ce gamin à bout n’apporte jamais rien de bon. Il continue cependant à le suivre, penchant sa longue silhouette massive de temps en temps pour mieux apprécier le visage de son compagnon.

« Arrête de me regarder.

— Je ne te regarde pas, Nipper. Je regarde ce que tu as acheté. C’est si bon que ça ? »

Le gamin hausse les épaules.

Ils continuent leur marche jusqu’à arriver au centre historique (et touristique) de la ville. Il n’y a pas beaucoup de monde. C’est le moment de la soirée où les hommes finissent leur promenade de fin d’après-midi et vont aller dîner. Plus tard, quelques temps avant minuit, ils ressortiront et fêteront. Comme ils le font depuis si longtemps.

De nouveau Coleen laisse ses pensées dériver.

Il y eut des batailles, la dernière ayant été sans doute la pire, la plus meurtrière. Une guerre de l’ombre qui laissa une nouvelle fois le gamin sans rien à quoi se raccrocher. Gina et Sergio sont morts, emportés par la tragédie qui se jouait alors. Les autres se sont dispersés. Le fils du gamin est parti aussi. Le gamin savait qu’il partirait, s’y était préparé, tellement bien qu’il n’avait jamais eu aucune peur à se jeter en plein milieu de la mêlée. Rien à perdre. Ils l’avaient ressorti du carnage quand le sang avait déjà pratiquement déserté tout son corps.

Personne n’avait jamais vu une seule goutte de sang s’échapper des yeux de Coleen. Il s’arrangea alors pour que personne ne le voie au moment où l’enfant rouvrit les yeux.

Puis il était resté.

Toujours derrière lui, sans jamais le quitter d’un seul pouce.

Cela avait marché, au début.

Et puis, l’enfant avait eu besoin de solitude.

Le regard du pirate se pose quelques instants sur la main qui tient toujours fermement le paquet. L’étoile blanchâtre qui l’orne n’existait pas avant. Ce n’était qu’un peu d’eau, mais l’espace d’un instant, le gamin avait cru en Dieu, et l’eau bénite avait commencé son ouvrage.

Cela avait été sa seule et unique tentative.

Car le gamin n’est pas du genre à se laisser mourir ainsi.

« Où étais-tu la nuit dernière ? »

Le garçon s’est installé sur une rambarde, laisse ses pieds dans le vide au-dessus du canal. D’un geste absent il ouvre son précieux paquet, plonge sa main rougie de froid à l’intérieur et en ressort une énorme étoile recouverte de chocolat qu’il tend à Coleen.

« Merci, répond-il en examinant le gâteau d’un œil curieux. Tu es allé te nourrir ?

— Si tu le sais, pourquoi tu me demandes ? »

Sa voix semble fatiguée. A ce moment-là, il ferait presque son âge. Presque seulement, car Coleen n’a jamais vraiment réussi à le considérer pour ce qu’il est, un petit mort de plus d’un siècle.

Coleen mord dans le gâteau avant de répondre. Sucré, plein de fortes épices qui se mêlent agréablement au chocolat. Effectivement, il y avait de quoi courir pour les acheter.

« Tu vas toujours faire le plein de nourriture… alimentaire, après avoir tué. J’ai remarqué ça il y a quelques temps.

— C’est bien ce que je disais. Pourquoi tu demandes alors ?

— Pour construire un semblant de conversation peut-être ?

— Tu me fais chier, Coleen.

— Ca, tu me l’as déjà dit. »

Le silence retombe, moins pesant pourtant.

Coleen engouffre le pain en deux bouchées, mais attend un peu avant d’en redemander un au gosse. Les années (siècles) passant, il a réussi à se passer de toute nourriture normale, même par pure gourmandise. Mais il n’est pas non plus homme à se priver d’une petite sucrerie de temps en temps. Il n’est pas David, il ne souhaite pas se refermer sur lui-même comme une momie.

David...

« David... »

Coleen sursaute presque en entendant la voix du gosse. Il se tourne vers lui, le dos contre la rambarde. Le visage du gamin semble entouré d’un halo doré créé par les guirlandes de lumières qui longent le canal. Quelques miettes de pain s’accrochent à son menton, une minuscule tache de chocolat s’est logée à la commissure de ses lèvres.

Le seul être qui lui ait jamais fait croire qu’il pouvait avoir un cœur...

« Coleen. Est-ce que David t’avait parlé...

— Parlé de quoi ?

— Qu’on change. Que le temps passe et qu’on change forcément. »

Coleen ne peut s’empêcher de sourire. Malgré tout le respect, toute l’admiration et tout l’amour qu’il a jamais pu éprouver pour son maître, David lui a toujours paru d’un ennui profond. Parler de la psychologie des vampires ressemble bien à David. Coleen n’en pense rien.

« Je crois... David a toujours pensé que je n’étais pas un auditeur très attentif. »

Visiblement le gosse ne fait même pas attention à sa réponse.

« Il disait que pour survivre, pour ne pas devenir complètement fou, on finissait toujours par se construire ses propres règles, sa propre morale...

— Fritz... »

Mais le gamin se tait à nouveau, comme noyé dans des pensées auxquelles Coleen n’a pas accès.

Un bateau-mouche passe dans le canal près d’eux, visite de nuit de la ville pour fêter le Nouvel An.

« Hier soir j’ai tué un connard.

— C’est-à-dire ? Qu’est-ce que ça à voir avec ce qu’a dit David ?

— Il fait froid ici. »

D’un mouvement léger, Fritz rejoint le pavé et s’éloigne du canal, s’enfonce un peu plus dans les ruelles, s’éloigne des illuminations de Noël. Coleen le suit, bien décidé à ne pas laisser le gamin seul une seule seconde. Quand il se met à parler par petits bouts, sans rien laisser deviner de sa pensée - s’il en a une -, c’est mauvais signe.

Décidé à redonner un peu de joie de vivre au jeune vampire, le pirate accélère sa marche. Il lui suffit d’à peine un souffle pour se retrouver à la hauteur du gamin.

« Si tu as froid, je peux te trouver un coin bien chaud. »

Il ne pensait pas à malice. Voilà plusieurs années qu’il n’a pas touché Fritz de cette façon-là. Pas après la retraite de David. Pas après le départ de Victor. Pas après la mort de Sergio.

Le gamin lui lance un regard noir avant de se détourner.

« Je crois que j’ai toujours fait ça... inconsciemment. »

Fritz s’arrête tout d’un coup et regarde autour de lui, cherchant visiblement à éviter le regard de Coleen. Ils sont dans un parc, entourés d’arbres décharnés. Ici il n’y a pas d’illuminations, à peine un lampadaire à la lumière faiblarde.

« Il avait raison. Je... Je croyais que je me forgeais une morale, ou quelque chose dans ce genre mais... Dis-moi Coleen, pourquoi je tue toujours ce genre de pourriture ? Celui d’hier avait violé sa fille ! Je l’ai vu dans sa putain de tête ! Elle avait, quoi... six ans quand il a fait ça. C’était y’a des années. Je l’ai tué pour ça. C’est de la morale ? C’est parce que ça m’est arrivé, parce qu’un jour j’ai été du côté de la victime que j’ai fait ça ? Ou c’est juste pour me dire que je suis utile à quelque chose ? Que je peux les aider ? David disait que la plupart d’entre nous deviennent fous parce qu’ils n’arrivent pas à tuer ce qu’ils ont un jour été, de putain d’hommes. Alors il faut se construire des règles strictes pour justifier sa faim... »

Le discours du gosse est enflammé. Coleen se tait, appuyé contre un arbre. Il n’est pas habitué à ce genre d’explosion verbale chez Fritz. Mais ces mots sont moins dangereux qu’une étape devant le bénitier d’une chapelle.

« Je... Je pensais que je m’étais fait des règles, et puis que j’ai commencé à y obéir après. Mais en fait, de toute cette foutue mort que j’ai eu, je n’ai jamais tué que les mêmes personnes. Mon comportement existait avant ces règles. Mais je ne m’en rendais pas compte. Alors... Est-ce que j’avais déjà une morale avant ? Ou est-ce que je me raccrochais seulement à quelque chose que je connaissais ? C’est comme ces foutus pains d’épices. Ma mère... Mutti en faisait faire tous les Noëls. Je m’en souviens... Je tue des saloperies qui ressemblent à mon maître et je mange des souvenirs... Je... »

Essoufflé, Fritz se tient, silencieux, au milieu du parc. Après quelques instants, sentant que la situation critique est sans doute passée, Coleen se redresse et le rejoint.

Il s’approche de lui, l’entoure de ses bras, force son dos tendu à s’appuyer contre son torse. La tête du pirate vient se mettre à la hauteur de celle de son compagnon.

« Hey, Nipper, chuchote-t-il. Qu’est-ce que ça veut dire tout ça ?

— Je ne sais pas. »

Leurs voix ne sont plus que des murmures.

« C’est pour ça que tu m’as séduit cette nuit-là ? Parce que j’étais aussi une pourriture comme ton maître ?

— Oui. T’étais un putain de monstre.

— Et si je n’avais pas été déjà mort, tu m’aurais tué ?

— Oui... Peut-être. »

Coleen le serre un peu plus contre lui.

« Ah, Fritz. Comme je regrette de ne pas avoir été là à Vienne, le jour où il t’a pris.

— Qu’est-ce que tu aurais fait ?

— Je ne sais pas. Je t’aurais peut-être laissé vivre, parce que j’aurais été ému par ta beauté, par ton innocence, et que je n’aurais pas voulu souiller un si bel ange. Ou je t’aurais peut-être tué, pour te faire regretter ma faiblesse. Ou je t’aurais aussi pris avec moi, parce que j’aurais eu trop peur que le temps n’efface ton beau visage. »

Coleen se tait. Il faut profiter de ce moment de calme, avant que le petit Fritz ne recommence à vouloir voler tout seul.

« Coleen... Tu n’as jamais eu peur de devenir fou ?

— Je l’étais bien avant de mourir... Cependant, je suis déjà devenu encore plus fou. Donne à un tueur le pouvoir de se nourrir de ses crimes, d’être à coup sûr toujours plus fort que ses victimes, de justifier même sa violence... C’était trop beau. David m’a surveillé de près, mais il y a eu des périodes... Des carnages... De la folie...

— Mais, si tu n’as pas de... souvenirs auxquels t’accrocher, si tu n’avais déjà pas de... morale avant, comment...

— Fritz... Je ne sais vraiment pas où tu veux en venir, mais je vais t’avouer une chose. Je change aussi. J’ai trouvé quelque chose qui me permet de me calmer. J’ai une obsession qui me prend tellement de temps que je n’ai même plus le loisir de tuer pour le plaisir. Et quand je tue, je ne m’amuse plus aussi souvent qu’avant. J’ai beaucoup changé.

— Si ton obsession disparaissait un jour, qu’est-ce que tu ferais ?

— Oh, je crois que j’en voudrais à la Terre entière, et peut-être même que j’en mourrais. »

Se détachant lentement de Coleen, Fritz se retourne et lui fait face. Son visage n’exprime rien, ses lèvres se soulèvent à peine.

« J’n’avais pas envie d’être cynique ce soir, Coleen. Mais c’est con ce que tu dis.

— Tu as raison. J’ai vraiment l’impression d’être un grand con... »

D’une main, Coleen caresse doucement la joue du gosse.

« On n’est pas dans une histoire pour fillettes, Coleen. Tu te fais vieux... »

La main de Coleen s’empare brutalement de la veste de Fritz et l’attire à lui, le suspend dans les airs pour que leurs visages se fassent bien face.

« Tu as raison, Nipper. Je me laisse aller à trop de sensiblerie ce soir. »

Le gamin sourit à l’air volontairement dangereux de Coleen. Mais ce dernier le repose à terre, sans pour autant le lâcher. Il sait que s’il commence à agir comme à son habitude, ils en resteront toujours au même point.

« Tu n’es pas en état de jouer ce jeu-là, petit garçon, continue Coleen en saisissant le menton de Fritz entre ses doigts. Mais puisque tu m’as avoué il y a quelques minutes quelles étaient tes peurs, je veux bien te dire quelle est la mienne...

— Tu n’as peur que d’une seule chose ?

— Toute ma vie, toute ma mort je n’ai jamais eu peur de rien. Même David ne m’a jamais fait peur. Il a suffit d’un foutu petit ange pour que je connaisse enfin ce sentiment-là. C’est peut-être de la sensiblerie, Nipper, mais si mon petit ange part, je deviendrai fou pour de bon. »

Lâchant le menton de Fritz, Coleen attrape sa main et la monte à ses lèvres, caressant doucement la cicatrice en forme d’étoile.

« Que tu le veuilles ou non, je serai ton ombre, Nipper. »

Un instant d’hésitation, et Fritz retire violemment sa main de l’emprise du pirate.

« Des conneries. David aussi voulait me protéger, et Victor avait dit qu’il resterait avec moi pour toujours !

— Les gens changent, Nipper, c’est toi qui l’as dit. Tu as peur que moi je parte ? Tu as peur d’être tout seul ?

— Les autres sont tous partis, après tout. Ca sert à rien de vouloir s’accrocher.

— L’immortalité nous enlève quelque chose de précieux, une espèce de stabilité... Quand tu es immortel, le temps te file entre les doigts, tu n’as aucun passé auquel t’accrocher, parce que le passé est multiple. Tu ne peux t’engager dans aucun futur car le tien est infini, alors que tout est défini par la durée de vie des hommes, et, à moins d’être mégalo, tu ne peux avoir de dessein qui surpasse la vie d’un seul homme. Quand tu es immortel tu n’as rien, absolument rien. Alors si toi tu tues des violeurs d’enfants, ce n’est pas pour te donner une morale, ou te faire justicier, c’est juste pour te raccrocher à la seule chose qui reste à peu près tangible dans ton existence : la vie que tu avais avant de mourir, ta mort-même. Ta mort est la seule chose à laquelle tu peux t’accrocher, parce que ton existence n’est faite que de bouts de vies différents les uns des autres. Et c’est pareil pour tout le monde ici ! Pour tous ceux qui sont comme toi !

— Et à quoi ça me sert de savoir ça maintenant ?

— Pas à grand-chose je pense. Tu ne veux plus être abandonné, Nipper, et rester seul indéfiniment te rendra fou. Tu seras forcément à nouveau abandonné, toutes les relations que tu pourras avoir auront une fin car ta vie est infinie. C’est comme ça. »

Peu à peu, leurs visages se détendent, leurs lèvres tentent un sourire.

La main blanche et fine de Fritz vient se poser sur le bras du grand rouquin.

« Putain, on vit un enfer non ? J’ai l’impression d’avoir parlé comme un pauv’ gamin ce soir... Je sais bien tout ça...

— Ne t’en fais pas, Nipper, j’ai l’impression d’avoir parlé comme un vieux sage un peu con.

— On aurait dit David.

— Ouais c’est ça, un vieux sage... Cependant...

— Cependant j’aimerais bien que tu reviennes à ce que tu disais avant de te prendre pour un vieux con...

— Vieux sage...

— C’est un tant soit peu la même chose. »

Au lieu de répondre, Coleen se rapproche un peu plus de son compagnon, se penche, caresse du bout des lèvres les mèches rebelles du jeune vampire. Une main s’y glisse discrètement, de peur de se faire à nouveau rejeter.

« Je n’aime pas me répéter, Nipper.

— C’est immoral... »

Peut-être contre sa volonté, le corps de Fritz répond légèrement aux attentions de Coleen, effaçant peu à peu la distance qui les sépare.

« ... Que quelqu’un qui a été un jour victime se... lie ainsi avec quelqu’un qui a été un jour coupable.

— C’est une excuse, Nipper. Un prétexte futile... »

Les lèvres de Coleen descendent jusqu’à son oreille. Son bras libre s’est emparé de la taille si fine de Fritz.

« ... C’est ta peur qui parle. Tu n’es vraiment qu’un gamin. C’est pour cela que je suis obligé de te suivre tout le temps. Pour que tu ne fasses pas des bêtises de gamin.

— Embrasse-moi... »

Coleen s’exécute, délivrant sur les lèvres entrouvertes de Fritz une caresse plus légère encore qu’un flocon. Puis il se redresse, essayant de faire taire la réaction physique que les mots de Fritz ont provoquée.

« Il va bientôt être minuit, Nipper. Profite de l’occasion pour prendre une bonne résolution.

— Hm, toi d’abord. »

Fritz a enfoncé son visage dans la veste du pirate, et ne compte visiblement pas relever la tête de sitôt.

« Voyons voir... Je crois que je vais continuer à te suivre, Nipper. C’est une activité qui me plaît.

— Ce n’est pas une résolution, ça.

— Je sais, mais je n’arrive pas à penser à autre chose, mon petit ange. Après tout, je ne fume pas, donc je n’ai aucune raison de vouloir arrêter.

— Ton humour est naze.

— A toi... »

Fritz enlace Coleen soudain plus brutalement, disparaît quasiment sous les pans de sa veste.

« Je... Je veux essayer d’oublier... d’avoir peur... Pour toi, je ne veux plus avoir peur... Je veux... que tu sois mon ombre, Coleen, et moi... je serai la tienne... »

Un silence se fait.

« Depuis quand, Fritz ?

— Depuis toujours Coleen... Je t’aime... depuis toujours. »

FIN



Return to Top