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Chapitre 2 par Shinigami
Immobile face à l'un des immenses bâtiments qui, dans quelques minutes, deviendraient officiellement mon nouveau lieu de cours, je jetais un regard quelque peu apeuré à la foule qui fourmillait sous mes yeux, courant dans tous les sens en criant d'excitation. L'agitation générale qui régnait sur le campus avait le don d'augmenter l'angoisse qui, depuis la veille, me nouait les tripes. Mon pessimisme naturel revenant au galop, j'avais comme l'intime conviction que ce premier jour à la fac ne serait pas des plus agréables. Je restais ainsi pendant un temps indéterminé et ne reprit mes esprits que lorsque un silence pesant m'entoura. Réalisant que j'allais finalement arriver en retard à mon premier cours, et ne souhaitant pas me taper l'affiche dès le premier jour, je me mis à courir. Me maudissant intérieurement, j'en vain à espérer que cette matinée se terminerait mieux qu'elle avait commencé. Un sourire étira alors mes lèvres alors que je pensais à la seule personne capable d'illuminer mes journées.
Je connaissais Joakim depuis deux ans maintenant et cette année serait la première en trois an où je ne serais pas dans sa classe. Issu d'un bac Littéraire, il avait poursuivit en Histoire alors que moi j'avais continué en Lettres. Cependant, malgré cette séparation, nous étions inscrit dans la même faculté, ce qui nous permettait tout de même de nous voir. D'ailleurs, je devais le rejoindre à la cafétéria à midi...
Plongé dans mes pensées, je ne faisais pas vraiment attention où j'allais si bien que je percutais de plein fouet ce qui ressemblait étrangement à un corps humain. Déstabilisé, je chancelais en arrière en retenant un cri de surprise et fermais les yeux en un reflexe, attendant la chute. Cependant, au lieu de rencontrer la dureté du sol carrelé, je sentis une poigne ferme se refermer autour de mon bras.
Ouvrant les yeux sous l'effet de la surprise, je tombais nez à nez avec un garçon d'environ mon âge. Un sourire narquois et sûr de lui étirant ses lèvres, il me fixait derrière sa mèche de cheveux rebel qui lui tombait devant les yeux. D'une voix qui cachait mal son hilarité, il me demanda :
- Ca va ?
- Ouais... Ouais ça va, soufflais-je en reprenant mes esprits. Merci de ton aide, ajoutais-je en me libérant de sa poigne que je trouvais un peu trop prononcée à mon goût.
- Je t'en prie. En tout cas tu fais fort, reprit-il. De toute les personnes de cette putain d'université il a fallut que tu tombes sur lui...
- Lui qui ? Demandais-je, intrigué par cette réflexion.
- Le bibliothécaire, répondit mon homologue. Il est grave flippant ce gars...
Je ne répondis rien et jetais un coup d'oeil dans la direction où avait disparut l'homme qui m'avait bousculé. Puis, haussant les épaules, je me tournais vers mon vis à vis qui déclara :
- Au fait, moi c'est Baptiste, et toi ?
- Swann, répondis-je simplement.
- Swann ? Répéta-t-il. C'est pas un nom commun. A voir les regards que tu lances dans tout les sens, ajouta-t-il, j'en déduis que t'es pommé, j'me trompe ? J'peux peut être t'aider ?
- Ouais, je veux bien, répondis-je reconnaissant. Je dois aller à l'amphithéâtre trois...
- Ah ! Me coupa-t-il sans tenir compte du regard noir que je lui lançais, n'aimant pas être ainsi interrompu. L'amphi culturel, j'y vais aussi. Viens, suis-moi, je t'y emmène.
- Merci, m'exclamais-je, oubliant ma rancune, trop heureux de ne pas avoir à chercher seul ce maudit amphithéâtre.
Avec empressement, je lui emboitais le pas alors qu'il sortait par l'une des inombrables portes du bâtiment.
A peine quelques minutes plus tard nous arrivâmes devant l'amphithéâtre après avoir parcourut de long en large les dédalles du campus. Face au silence qui régnait et au peu de personnes qui traînaient encore à l'extérieur, j'en déduis aisément que le cours avait déjà commencé et c'est mortifié que je me précipitais à l'intérieur du bâtiment. Au chahut général qui régnait dans l'immense salle, je soupirais de soulagement en constatant que le professeur n'était toujours pas arrivé. D'n coup d'oeil circulaire, je repérais une place libre quelques marches au dessus de moi et sans attendre, j'allais y prendre place, suivit par Baptiste.
A peine eussais-je posé mon sac à mes pieds que le prof entrait dans la pièce en même temps que le silence se faisait. Sans même se présenter, le prof commença à déblatérrer son cours et surpris par tant de désinvoltur, je me penchais vers Baptiste et lui demandais :
- Ils sont tous comme lui les profs à la fac ?
- Non t'inquiète pas ! C'est vrai que Durandar n'est pas un modèle d'amabilité, mais c'est un excellent professeur. Il attache beaucoup d'importance à la réussite de ses élèves, répondit Baptiste avec sérieux.
Je ne répondis rien à cela et me reconcentrais sur les cours. Cependant, bien vite, je perdis le file des paroles de l'enseignant et laissais mes pensées vagabonder à leur gré. Et celles-ci ne tardèrent pas à se focaliser sur une personne bien précise. Un sourire tendre étira inconsciemment mes lèvres alors que le visage de râleur de Joakim s'imposait à mon esprit. Je fus tiré de mes pensées par mon voisin qui, penché vers moi, me demandait :
- A qui tu penses ?
- Je... Euh... A personne ! Répondis-je peu être un peu trop précipitament pour être crédible, alors que mes joues prenaient une belle teinte carmine.
- Roh allez ! T'es amoureux ? Demanda Baptiste après un court silence. Comment elle s'appelle ?
- Hein ? Mais qu'est-ce... Qu'est-ce que tu racontes ! Je... Je suis pas amoureux, tentais-je de nier, furieux contre moi-même d'avoir été percé à jour aussi aisément.
- Bien sur ! Et mon cul c'est du poulet ? Renchérit sarcastiquement mon voisin.
Ne souhaitant pas exposer ma vie privée à un garçon rencontré depuis moins d'une heure, je lui adressais un regard noir, spécifiant clairement que la discussion était définitivement close.
Baptiste m'adressa un sourire entendu, me faisant ainsi comprendre que ce n'était que partie remise. A mon plus grand désespoir, les deux heures passèrent à une vitesse atrocement lente et je poussais un soupire de lassitude à l'idée que c'était uniquement le début de l'année scolaire.
Finalement, plongé dans mes pensées, je sursautais en entendant la sonnerie annonçant la fin des cours. Avec un soulagement non feint, je rangeais en quatrième vitesse mes affaires dans mon sac, mu par une volonté nouvelle, et après avoir lancé un rapide "salut" à Baptiste, je l'abandonnais dans la salle et sortis en courant.
Alors que j'entrais dans la cafétéria en même temps qu'une vague massive d'étudiant survoltés, j'aperçus un peu plus loin, la mine habituellement renfrognée de Joakim sous son indomptable tignasse brune. Jetant mon sac sur la première table de libre afin de la réserver, je fis signe à mon meilleur ami, heureux de le voir enfin après cette première matinée des plus éprouvante. C'est avec satisfaction que je le vis venir dans ma direction. Remarquant son air légèrement contrarié, je lui demandais tout en souriant :
- Salut Joakim ! Alors ce premier cours ? Ca s'est bien passé ? Y'a des gens sympas ? Et le prof, il est comment ?
C'est avec joie que je vis Joakim esquisser un micro sourire, se déridant enfin, et me répondre avec nonchalance :
- Hé bien on ne peut pas dire que le niveau de sociabilité des étudiants soit très élevé, mais le cours était assez interessant. Et toi, comment ça c'est passé ?
L'espace d'un instant je fis mine de réfléchir à une réponse avant de finalement hausser négligement les épaules. Puis, repensant subitement à un fait important, je déclarais, changeant complètement de sujet :
- Oh, en fait, avant que j'oublie. Je nous ai peu être trouvé un appart pas très loin de la fac et pas trop cher. Faut qu'on aille le visiter après les cours. Je finis à seize heures trente et toi ?
- Je termine à quinze heures trente, répondit Joakim. Je passerais à la bibliothèque en t'attendant, cela me permettra de faire me familiariser avec ma future meilleure amie, ajouta-t-il en souriant.
Le regardant à peine, sachant à quel point son sourire était une torture, j'hochais silencieusement la tête en guise de réponse. Lorsque Joakim m'avait proposé cette idée de colocation, j'avais été à deux doigts d'en pleurer de joie, et maintenant que ce projet se concrétisait enfin, j'étais assailli par les doutes. Et si il venait à changer d'avis au dernier moment ? Et si nous cotoyer vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept venait à détruire notre amitié ? Et si...
Je fus tiré de mes sombres pensées par la voix grave de Joakim qui déclarait :
- Et si nous mangions quelque chose avant que la meute de loups affamés ne fasse son apparition ?
Reportant mon attention sur lui, je lui adressais un sourire sincère en m'exclamant :
- Ouais, je meurs de faim.
Après un rapide repas frugale à base de sandwichs industriels des moins appétisant, nous dûmes retourner en cours. Du moins, j'accompagnais Joakim jusqu'à sa salle de cours avant de le quitter en se donnant rendez-vous à la bibliotèque la fin des cours. Ayant encore une heure à tuer avant mon prochain cours, j'entrepris alors de visiter le campus. Pendant près de trois quart d'heure, je parcourrais les dédalles de l'université, notant dans un coin de ma mémoire quelques endroits qui pourraient s'avérer utiles tel que l'infirmerie ou encore la bibliothèque.
Puis, avisant l'heure tardive, je rejoignis ma salle de cours. Pour les deux heures à venir, je retrouvais le prof que j'avais eu ce matin. Alors que je prenais place dans la rangée du centre de la salle située du côté des fenêtres, je fus rejoins par Baptiste qui, se laissant tomber sur la chaise libre à côté de moi, s'exclama :
- Merci de m'avoir laché t'à l'heure ! Déclara-t-il sur un ton de reproche.
Sans lui répondre, je lui adressais un sourire angélique comme j'en avais le secret, ce même sourire qui faisait craquer Joakim à chaque fois qu'il me refusait quelque chose. Un sourire malicieux étira alors les lèvres de mon voisin qui, semblant faire un quelconqe rapprochement, déclara :
- Oh je vois... T'es allé la retrouver, c'est ça ? Dis, ajouta-t-il sans attendre. Tu me la présentera ?
- Tsss, Sifflais-je avec un mépris exaspéré. Tu vas me lacher avec ça oui ? Crachais-je alors que le prof faisait son apparition dans la salle.
Baissant d'un ton, je me penchais vers Baptiste tout en sortant mon carnet de note de mon sac et murmurais :
- Au cas où tu l'aurais pas remarqué, je suis pas du genre à être attiré par les femmes. Elles n'ont pas ce qu'il faut là où il faut, si tu saisi l'allusion...
- T'es gay ? Demanda alors Baptiste, visiblement surpris.
- C'est bien, raillais-je, tu comprends vite !
Un sourire narquois étirant ses lèvres, il déclara, sans même relever ma pique :
- Alors, comment il s'appelle ?
Je soupirais de lassitude face à l'obstination dont faisait preuve mon camarde de classe. Pour l'heure, je décidais del'ignorer, il finirait bien pas se lasser de toute cette histoire.
Pendant les deux heures de cours qui suivirent, nous n'écoutâmes pas grand chose au babillage incessant du prof, bavardant de tout et de rien. Je découvrais en Baptiste une personne agréable et attachante derrière son air un peu trop sûr de lui. Contrairement à ce que voulait la nouvelle génération, il était, certes plutôt beau garçon, mais n'en jouait pas du tout, ce qui faisait de lui quelqu'un de très simple et sans complexe. Quand la conversation dévia sur un terrain plus personnel, c'est non sans surprise que j'appris qu'il était lui-même bi, ayant déjà eut une aventure avec un garçon.
Au fil des heures, je découvrais en lui un ami malgré une première approche des moins encourageante. Finalement, les deux heures de cours passèrent beaucoup plus vite que prévues, entre crises de fou rire discret et longues discussion au bout desquelles, malgrés ses multiples tentatives, Baptiste ne connaissait toujours pas le nom de celui qui faisait battre mon coeur.
Lorsque la sonnerie retentie, annonçant notre libération, nous rangeâmes précipitement nos affaires avant de quitter la salle de cours. Alors que nous marchions dans le couloir en direction de la sortie, Baptiste me demanda :
- Tu vas faire quoi de ta fin de journée ?
- Hé bien, je dois aller visiter un appart à dix-sept heures. Puis je commencerais à préparer mes cartons.
- Tu prends un appart ? S'étonna mon vis à vis.
- Oui. Enfin, j'vais m'mettre en coloc' avec mon meilleur ami. Bien qu'on ait tous les deux nos parents derrière nous, ils s'ront pas toujours là et ça fait toujours que la moitié des charges chacun. Ce qui n'est pas négligeable.
- Tu m'étonnes ! C'est toujours ça de gagné ! Et puis tout seul dans un appart, même un petit, faut pas craindre la solitude.
- C'est clair. Et toi ? Demandais-je. Tu vas faire quoi ?
- Je dois passer faire une course pour ma vieille, elle m'a appelé entre midi et deux et comme elle rentre tard... Après j'me pose dans le canapé et je bulle, histoire d'me remettre de mes émotions d'la journée ! Ajouta-t-il en riant.
Sur cet échange, nous restâmes silencieux jusqu'à ce que nous arrivions devant la bibliothèque. Là, je me tournais vers mon nouvel ami et lui adressant un signe de la main, je m'exclamais :
- Allez, à demain Bat' ! Passe une bonne fin d'journée !
- Merci Swann, à toi aussi ! Ciao bello !
Quand Baptiste se fut éloigné, je m'approchais de la porte et avant d'entrer, je regardais par le hubblo. Celui-ci donnait directement sur les tables mises à dispotion des étudiants pour les recherches. Instinctivement, je cherchais Joakim du regard et lorsque je le vis, un sourire niais illumina mon visage. Cependant, je me renfrognais bien vite en voyant un type se pencher un peu trop près de lui à mon goût, dans un but des plus douteux. Je ne sus ce qu'il lui glissa à l'oreille, mais le sourire qui naquit sur les lèvres de Joakim à ce moment là suffit pour me faire enrager.
Brusquement, j'ouvris la porte et d'un pas rapide, je m'avançais vers Joakim. D'un geste dépourvu de douceur, je jetais mon sac sur la table, faisant sursauter les deux étudiants qui ne semblaient pas m'avoir entendu arriver, et avec nonchalance, je me laissais tomber sur la première chaise venue.
- Ca ne va pas Swann ? Me demanda alors mon meilleur ami d'une voix légèrement inquiète.
- Si, très bien, répliquais-je plus sèchement que je ne l'aurais voulu. Bon, faut qu'on y aille, si tu veux être à l'heure, ajoutais-je, souhaitant au plus vite l'éloigner de cet individu des plus louche à mes yeux. S'empressant de ranger ses affaires, il déclara au garçon qui semblait être un collègue de travail :
- On se voit demain en cours d'Histoire Contemporaine, on essayera de mettre un plan au point, cela te va-t-il ?
- Ouais, ouais, pas de problème. A demain, répondit l'autre garçon en lui adressant un signe de la main.
Reprenant mon sac, j'adressais un regard noir à l'inconnu avant de me diriger d'un pas rapide et bruyant vers la sortie.
- Swann, arrête de courir, entendis-je dans mon dos. Je dois passer à la borne pour emprunter ces livres.
A ces mots, je m'arrêtais faisant demi-tour, je le suivis jusqu'à la dite borne.
- Tu as déjà des trucs à faire ? Demandais-je surpris.
- Oui, un exposé sur les conceptions commerciales de Colbert, pour la semaine prochaine, répondit-il alors que je ne comprenais rien à ce qu'il me racontait. Mais ne t'inquiète pas, si on trouve l'appartement, je serais là pour t'aider à emménager, ajouta--til.
Je souris à cette dernière phrase. Joakim me connaissait vraiment bien.
- Ok, répondis-je un peu troublé, bon faut se dépêcher, l'appart va pas nous attendre !
Et sans un regard en arrière, nous quittâmes l'enciente du campus. En silence, je guidais Joakim jusqu'à l'agence immobilière où j'avais repéré l'annonce de l'appart que nous devions visiter ce soir. Nous passâmes près d'une demi heure à discuter avec notre agent immobilier, une femme des plus exécrables, avant de finalement commencer la visite.
Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu'à la place u petit appartement d'origine, nous nous retrouvâmes dans un studio qui, au vu des apparences, devait dater de la première Guerre Mondiale. Pour faire simple, il tombait en ruine. L'eau s'infiltrait par les fissures dans les murs et le plafond et j'avai l'impression que celui-ci allait me tomber sur la tête àchaque passage du métro.
Je fus sortis de mon état de stupeur par notre agent immobilier qui déclara, commençant son plaidoyer :
- Vous serez très bien ici. Vous êtes à côté du tramway qui vous emmenera à votre faculté et vous avez tous les commercants dan la rue en contrebas.
Réagissant au quart de tour, prit d'un reflexe nerveux, j'explosais de rire, me foutant ouvertement de notre agent immobilier.
- Non mais vous rigolez ?! M'exclamais-je, après avoir retrouvé mon sérieux et sentant la colère monter en moi. Et nos trois pièces, elles sont où ? Dans un placard ?
- Oh ne soyez pas si catastrophés, eut-elle le culot de répondre. Avez-vous seulement vu la superficie de ce studio, la hauteur du plafond. Vous pourriez aisément créer une mzzanine, ce qui vous ferait déjà une pièce supplémentaire. Quant à l'autre, avec quelques parvents ou un aménagement convenable de vos meubles, vous devriez résoudre le problème, ajouta-t-elle d'un air hautain qui m'horipila.
- Ah oui, et est ce que
vous avez au moins regardé l’état de ce que vous voulez nous
refourguer ? Les fissures dans les murs, les infiltrations
d’eau, l’électricité et j’en suis presque sûr aussi, la
plomberie est à refaire avant de pouvoir songer à y habiter,
m'exclamais-je.
- Oh ça. Bon je vous accorde qu’il semble un
peu défraîchit. Mais avec un bon coup de peinture, ce studio sera
comme neuf, déclara-t-elle avec un grand sourire qui me fit
bondir.
Serrant les poings de rage, près à lui sauter à la
gorge, je fulminais intérieurement. Nous prenait-elle pour des
imbéciles ? Alors que je m'apprêtais à lui dévoiler le fond de ma
pensée, Joakim intervint :
- Madame Pot, commença-t-il avec
diplomatie, vous voyez bien que votre immondice ne nous intéresse
pas le moins du monde. Je vous serez donc gré de bien vouloir nous
proposer un logement plus… Décent. Sinon, je crains de devoir
arrêter ici même notre collaboration.
J'adressais un regard
interogateur à Joakim, surpris de le voir s'exprimer avec un langage
aussi soutenu. Cependant, cela sembla faire son effet car elle nous
proposa d'emblée d'autres appartements à visiter. Cependant ce fut
le dernier qu'elle nous proposa qui, étrangement, correspondait
exactement à la descprition que j'en avais lu. J'adressais u nregard
meurtrier à Madame Pot qui venait de nous faire perdre près de deux
heures inutilement.
Au regard de Joakim, je sus que l'appartement lui plaisait. Nous nous mîmes d'accord et c'est trépignant d'impatience et d'excitation que je m'appropriais la pièce qui deviendrait ma chambre incessament sous peu. Le seul inconvenient que je trouvais à ce logement, c'était l'emplacement de la salle de bain qui était attenante à ma future chambre. Hormis cela, il était parfait, ni trop grand ni trop petit, lumineux, et surtout, au rez-de -chaussée, ce qui nous offrait l'avantage d'une petite terrasse bien agréable.
Sur le chemin du retour, j'appelais mes parents pour leur faire part de notre décision de prendre cet appartement, pendant que Joakim faisait de même de son côté. C'est ainsi que le soir même, il passèrent à l'agence pour signer les papiers et s'occuper des documents administratifs qu'avec mon peu d'expérience dans le domaine, je n'étais pas à même de comprendre.
Avec l'argent que j'avais gagné cet été en travaillant, je pourrais acheter au moins un lit et un bureau pour ma chambre, mais pour le reste, nous allions avoir besoin de la générosité de nos parents. J'avais déjà négocié avec les miens qui s'étaient proposés de nous donner le vieux canapé que nous avions changé l'année précédente et qui ferait parfaitement l'affaire pour commencer. De plus, ma mère nous prêtait le nécessaire de vaisselle dont nous aurions besoin au quotidien.
Malgré mon impatience, je devais encore attendre demain pour pouvoir emménager dans notre futur logement. Encore une chance que je n'avais que deux heures de cours en début d'après-midi, cela me laisserait un peu de temps le matin pour commencer à faire les navettes de cartons avec ma mère.
En sortant de l'agence, j'avais le sourire jusqu'aux oreilles en songeant que demain, si tout se passait bien, j'habiterais avec Joakim dans notre petit chez nous. Certes, je me doutais parfaitement que cela ne serait pas facile tous les jours, mais le jeu en valait la chandelle et pour rien au monde je ne renoncerais à cette chance. Mon enthousiasme sembla contaminer Joakim car lui qui, habituelement, n'était pas du genre à être euphorique aussi aisément que moi, se mit à sourire à son tour. D'un commun accord, nous fîmes un bout de chemin ensemble, nous mettant d'accord sur l'heure à laquelle nous nous retrouverions demain matin, avant de nous séparer pour rentrer chez nos parents.
Lorsque j'arrivais chez moi, je montais directement dans ma chambre et commençais à rassembler en priorité les affaires dont j'aurais le plus besoin dans des cartons. Je fis une pause le temps d'aller manger, profitant du dernier repas "en famille". Puis, je donnais un coup de main à ma mère pour la vaisselle avant de remonter continuer mon rangement. Un instant plus tard, j'entendis frapper à la porte etc'est non sans surprise que je vis ma mère entrer.
- Je peux te parler ? Demanda-t-elle.
- Oui, bien sûr, répondis-je en lui faisant de la place sur le lit.
- Alors ça y est, tu as prit ta décision ? Demanda-t-elle une fois assise.
- Maman, soupirais-je avec lassitude. On en a déjà parlé...
- Tu peux toujours changer d'avis tu sais... Poursuivit-elle sans tenir compte de mon interruption.
- Ecoute, j'ai pris ma décision ! M'exclamais-je peu être un peu trop brusquement. Je sais que tu t'inquiète, mais c'est inutile, d'accord ? Tout ce passera bien...
- Je le sais, répondit-elle. Je ne te parle pas de cela... Joakim, articula-t-elle silencieusement face à mon air de totale incompréhension.
- Oh... Soufflais-je.
J'adorais ma mère, je ne pouvais le nier, mais je n'arrivais toujours pas à comprendre ce qui m'a prit de lui avouer que j'étais amoureux de Joakim, il y a un an de cela. En parents tolérants, ils avaient tous deux bien accepté l'idée de mon homosexualité et rien que pour cela je pouvais me qualifier de chanceux. Beaucoup n'avaient pas la chance d'avoir des parents aussi compréhensifs que les miens... Cependant, je maudirais toujours ce jour là où, fatigué de cet amour à sens unique, j'avais craqué et tout dévoilé à ma mère qui, si elle avait parut surprise, n'en avait rien laissé paraître. Et voilà qu'à présent, elle remettait cette histoire au goût du jour, bien que depuis le temps, je ne me faisais plus d'illusions et malgré les sentiments que je nourissais pour mon meilleur ami, j'avais appris à les mettre de côté afin de ne pas me trahir et gacher notre amitié.
- Vivre en colocation c'est pas comme si tu allais le cotoyer seulement quelques heures par jour pour les cours... Tu arrivera à vivre avec lui en tant que simple ami ?
- Je... Je ne sais pas, avouais-je honteux en détournant le regard. D'un autre côté, c'est pas comme si j'avais vraiment le choix...
- Bien sûr que si, répondit ma mère. Parle-lui ! Avoue lui ce que tu ressens pour lui, ajouta-t-elle catégorique.
- Tu plaisantes ! M'exclamais-je horrifié par cette idée. Je tiens trop à lui pour perdre son amitié... Et je... Je préfère le garder comme ami à défaut de... De l'avoir pour amant, poursuivis-je d'une petite voix en m'empourprant violemment.
Je ne vis pas la réaction de ma mère face à ma réponse et je crois que c'était mieux ainsi. Par contre, j'entendis parfaitement sa réponse :
- Tu comptes lui mentir encore longtemps ?
Face au ton de repproche qu'elle employait, je relevais la tête et m'exclamais, agacé :
-Tu crois que c'est facile pour moi ? Tu crois que ça m'amuse de faire comme si je n'éprouvais rien pour lui ? Je suis désolé maman, mais je ne briserais pas notre amitié pour un amour qu'il ne me rendra jamais...
- Qu'en sais-tu ? M'interrogea sèchement ma mère.
- Comment ca ? Demandais-je sans relever son ton désagréable.
- Comment sais-tu qu'il ne ressent pas la même chose pour toi ?
- Voyons, maman, soupirais-je avec lassitude. On parle de Joakim là ! Tu sais le garçon coincé et hétéro à 375 % ! Comment voudrais-tu qu'il s'interesse ne serait-ce que deux seconde à moi ?
Ma mère prit le temps de soupirer longuement avant de reprendre plus posément :
- Tu es encore bien jeune, tu as encore beaucoup de choses à apprendre...
- Oh et bien sur, toi tu es parfaite ! Raillais-je, sarcastique. Tu as tout vu et tout entendu ! Et bientôt, tu vas me sortir que Joakim est fou amoureux de moi ! Arrête de rêver ! Tu sais aussi bien que moi que j'ai raison !
- Tu me parles sur un autre ton s'il te plait. Je veux bien être gentille, mais jusqu'à preuve du contraire, je suis encore ta mère et s'il y a bien une chose que je ne supporte pas, c'est l'insolence.
Elle se tut un instant avant de reprendre plus calmement :
- Bien, puisque tu te refuse à écouter d'autres avis que le tien reste dans ton petit monde égoïste. Mais ne viens pas pleurer plus tard... Sur ce, je te souhaite de passer une bonne nuit, mon fils !
Et sur ces mots, elle sortit de ma chambre en claquant la porte, me laissant seul avec ma colère et ma rancoeur.
Attrapant un coussin, je le jetais de toutes mes forces contre la porte en jurant. Je n'aimais pas me disputer avec ma mère car j'avais hérité de son tempérament impulsif, et rancunier comme nous l'étions, cela pouvait prendre plusieurs jours voire une semaine avant que nous commençions à nous adresser de nouveau la parole.
Agacé, je retournais à mes cartons, après avoir allumé la chaine hi-fi, choisissant une musique d'ambiance dans le but de me détendre. Pendant plusieurs heures, je triais et rangeais mes affaires, mettant d'un côté celles que je laisserais ici et emballant celles que j'emmenais. Ce ne fut que vers trois heures du matin, épuisé, que je daignais enfin aller me coucher. A peine fus-je glissé sous les couvertures que je sentis mon portable vibrer sous mon oreiller, me faisant sursauter. Une fois remis de ma frayeur, j'attrapais mon téléphone. En effet, j'avais reçu un message et un sourire étira mes lèvres lorsque je vis qu'il venait de Joakim. Il me rappelait de mettre mon réveil aux aurores pour tout à l'heure car il n'avait aucunement envie de m'attendre pendant des heures. Amusé, je lui renvoyais ma réponse et lui souhaitait une bonne fin de nuit avant de régler l'heure de mon réveil. Puis, mort de fatigue, je finis par m'endormir sans demander mon reste.
Je me réveillais en sursaut en entendant un rire cruel retentir à mes oreilles. Brusquement, j'ouvrais les yeux pour me rendre compte qu'il ne s'agissait en réalité que de la sonnerie de mon portable en mode réveil. Je m'en emparais et l'éteignais avant de le jeter loin de moi, quelque part dans le lit. A présent totalement réveillé, ma main posée sur mes yeux, je resongeais au cauchemar que je venais de faire, mon esprit ayant fait l'amalgame entre la sonnerie du réveil et le rire.
Troublé plus que je ne l'avais supposé par la dispute avec ma mère de hier soir, j'avais rêvé que j'avouais mes sentiments à Joakim qui se mettait à rire, se moquant ouvertement de moi.
Poussant un soupire de lassitude, je me levais et attrapais les affaires propres que j'avais eu la bonne idée de préparer la veille, avant de prendre la direction de la salle de bain.
Une demi-heure plus tard, lavé et habillé, je me rendis à la cuisine afin de manger rapidement un petit déjeuner succinct. Je n'adressais pas le moindre regard à ma mère qui me le rendit bien, mon père étant déjà partit travailler.
En silence, je commençais à mettre les cartons dans le coffre de la voiture, et à sept heures trente tapantes, nous étions en route pour retrouver Joakim dans notre nouveau chez nous. Le trajet s'effectua dans un silence de mort, alors que je n'adressais la parole à ma mère dans le seul but de lui indiquer la direction à prendre. Lorsque nous arrivâmes, Joakim était déjà là, lui aussi accompagné de sa mère. Je les saluais tout deux avant de prendre mon premier carton, imité par Joakim qui m'adressait un regard interrogateur. Mais toujours en colère, je n'avais, pour le moment en tout cas, aucune envie de lui parler car je savais que je risquais de m'emporter contre lui et c'était bien la dernière chose que je voulais.
Lorsque tous les cartons furent montés, nos mères respectives repartirent ensemble avec Joakim, chercher les meubles qu'elles nous léguaient et toujours dans ce même silence, j'entrepris de ranger mes vêtements dans mon placard mural.
A treize heure, je me rendis à mon cours, après avoir laissé un petit mot à Joakim, lui indiquant où j'étais afin qu'il ne s'inquiète pas. En me voyant, et même s'il parut étonné de me voir dans cet état, Baptiste ne posa aucune question et je lui en étais grandement reconnaissant. Je n'écoutais quasiment rien au court, ruminant ma rancoeur, et repensant constamment à la discussion plutôt houleuse que j'avais eu hier soir avec ma génitrice. Pourquoi devait-elle venir m'ennuyer avec ses "et si" débiles alors que je m'étais enfin, et non sans difficultés, fait à l'idée que Joakim ne m'aimerait jamais comme je l'aime et que je me satisfaisais de l'avoir pour ami, chose devenue possible à force de patience.
A quinze heures quarante-cinq, j'étais de retour à notre appartement et si je m'y était attendu, cela me fit tout de même bizarre de trouver le canapé et une petite table ainsi que quelques cartons disposés un peu n'importe comment dans la pièce principale. Etonné de ne pas voir Joakim, je fis traversais le salon et le trouvais dans sa chambre située en face de la mienne. Frappant à la porte ouverte pour m'annoncer, je déclarais simplement :
- Salut...
- Salut, répondit-il sur le même ton sans relever la tête de son occupation.
- Tout s'est bien passé ? Demandais-je, faisant un effort de conversation malgré mon désir de solitude.
- Comme tu peux le voir, répondit-il toujours sans me regarder. Ton lit et ton bureau sont dans ta chambre...
- Merci, soufflais-je.
Je soupirais de lassitude et alors que je m'apprêtais à regagner ma chambre, j'entendis Joakim me demander, d'une voix qui trahissait son inquiétude :
- Tout va bien Swann ?
- Hun... Ouais... C'est juste que... J'me suis embrouillé avec ma mère hier soir, répondis-je avec hésitation.
- A quel sujet ? Demanda-t-il, étonné.
- Hé bien... Disons qu’on n’a pas le même point de vue... répondis-je énigmatiquement.
Face au regard sceptique de mon vis à vis dans lequel subsistait une pointe d'incompréhension, j'ajoutais en soupirant :
- Elle n'approuve pas le fait que je ne me déclare pas à la personne que j'aime...
Après un court silence que je ne sus interpréter, Joakim prit la parole :
- Tu sais je crois qu'elle a raison, c'est pas bon de garder ça pour toi...
- C'est hors de question ! M'emportais-je un peu trop rapidement avant de reprendre plus posément, jamais je lui dirais, je n'veux pas tout gâcher. Maintenant lâche-moi avec ça, ajoutais-je de mauvaise fois, j'ai pas envie d'en parler...
Et sans attendre de réponse, j'allais m'enfermer dans ma chambre. Pourtant, j'entendis parfaitement le "pauvre imbécile" distinct que me lança rageusement mon colocataire. Me tournant vers la porte close, je lui tirais la langue avant de jeter mon sac sur mon lit. Puis, avisant la pièce qui était désormais ma chambre, j'entrepris de déplacer mon lit et mon bureau en un agencement pratique et agréable, tout en essayant de gagner un maximum de place avant de commencer à m'installer pour de bon.
Ce ne fut qu'une heure et demie plus tard que je consentis à quitter mon antre. Face à la porte close de la chambre de Joakim, j'en déduis qu'il devait s'y trouver. Je frappais quelques coups discrets à la porte et entrais avant d'en avoir reçu l'autorisation :
- Ca y est, tu t'es calmé ? Me demanda froidement mon colocataire.
- Je... Oui... Je suis désolé... Je n'avais pas à te parler sur ce ton, murmurais-je, me tortillant les doigts comme un enfant prit en faute le ferait.
- Si tu parles de cette manière à ta mère je comprends mieux pourquoi vous êtes en froid, ajouta-t-il sèchement sans tenir compte de mon interruption.
Je ne répondis rien, me contentant de garder les yeux rivés sur le sol. Après un instant qui parut durer des heures, Joakim déclara :
- Bon, on l'aménage cet appart ?
Réagissant au quart de tour, je relevais la tête pour tomber nez à nez avec Joakim qui me souriait. Oubliant ma rancoeur et ma colère, je lui rendis son sourire et me précipitais dans la pièce principale.
- Le tout maintenant, déclara gravement Joakim, ça va être de se mettre d'accord... Faudra aussi se faire un planning pour la salle de bain...
- Ouais, ouais, le coupais-je. Chaque chose en son temps ! Ajoutais-je en lui adressant un clin d'oeil. Bon alors, où tu veux le mettre le canapé ? Par là ça semble pas mal, non ? Demandais-je en lui désignant l'emplacement d'un vague signe de la main.
- Oui, ça pourrait être bien, mais dans ce cas, il serait préférable de le caller contre le mur afin de gagner un maximum d'espace. Sinon, avec le reste des meubles on sera vite à l'étroit, fit remarquer mon ingénieux colocataire.
- Oui, je n'y avais pas pensé, mais maintenant que tu le fait remarquer, je suis d'accord, approuvais-je après quelques secondes de réflexion.
Enfin du même avis, nous déplaçâmes le canapé avant de nous affairer au reste. Puis, avisant l'heure tardive, nous nous rendîmes à la supérette située au cois de la rue afin d'acheter de quoi tenir jusqu'à la fin de la semaine. A notre retour, je préparais un rapide plat de pâtes pendant que Joakim rangeait nos achats et dressait le couvert. Une fois à table, je demandais, brisant le silence qui nous enveloppait :
- Tu trouves pas que ça fait bizarre ?
- Si, un peu, répondit-il en souriant. C'est surtout à nos vieux que ça doit changer la vie !
- M'en parle pas ! M'exclamais-je horrifié. J't'explique déjà pas l'état de ma mère quand Caroline à quittée la maison pour s'installer avec son copain, alors imagine maintenant qu'ils se retrouvent plus que tout les deux, entre vieux ! Je plains papa qui doit être en train de la supporter et, pour tout te dire, je suis content de pas être à sa place !
- A ce point ? Demanda-t-il amusé.
- T'imagine même pas, rétorquais-je.
- Ca ce comprend. Elle voit son jeune fils voler de ses propres ailes, y'a de quoi se mettre dans tout ses états.
- Mouais, répondis-je peu convaincu. Et toi, tu crois qu'ils le prennent comment tes vieux ?
- Un peu comme les tiens, je suppose, répondit-il.
Après un court silence, changeant complètement de sujet, je demandais :
- Tu as beaucoup de cours demain ?
- Trois heures le matin et deux l'après-midi. Je termine à quinze heures.
- Oh, tu rentres avant moi alors. Je peux te demander un service dans ce cas ?
- Ca dépend ce que c'est, répondit-il gravement.
Reportant mon attention sur lui, je remarquais qu'un sourire en coin ornait ses lèvres, signe qu'il prenait un malin plaisir à se moquer de moi. Je lui rendis son sourire avant de poursuivre :
- Pourrais-tu passer chez le serrurier afin qu'il fasse deux doubles de la clef, s'il te plait ? Vaut mieux en prévoir une d'avance au cas où l'un d'entre nous perdrait la sienne.
Son sourire s'étira à ces mots alors qu'il me regardait d'un air entendu. Ne relevant pas la moquerie à peine dissimulée, je feignais l'indifférence et terminais mon repas.
Après mangé, je lavais la vaisselle et armé d'un torchon, Joakim l'essuyait au fur et à mesure. Une fois le gros des tâches ménagères effectué, je pris d'assaut la salle de bain. L'absence de verrou à la porte m'interpela et je notais pour moi-même qu'il faudrait vite en acheter un pour nous éviter à tous deux quelques désagréments... Je pris une douche rapide histoire de me débarrasser de la transpiration de la journée, prenant soins de ne pas mouiller mes cheveux et, après m'être brossé les dents, je laissais la place à Joakim.
Assis sur mon lit, je regardais autour de moi, ayant du mal à réaliser que j'habitais enfin avec lui... Sortant de mes pensées, j'entrepris de préparer mes affaires de cours pour demain. J'avais hâte de voir Baptiste pour lui raconter ma première soirée dans notre nouveau logement.
Plus tard dans la soirée, je commençais à m'ennuyer ferme. Posant le livre soporifique que je feuilletais plus que je ne lisais vraiment, j'allais rejoindre mon ami. Je frappais quelques coups discrets à la porte avant d'entrer.
Prenant un air larmoyant, je m'agenouillais face à lui sur le bord du lit. M'adressant à peine un regard, plongé dans sa lecture, il m'ignora totalement. Gémissant plus qu'autre chose, je déclarais :
- Joakiiiim... Je m'ennuiiiiis...
- Fait comme moi, prend un livre, déclara-t-il sans me regarder pour autant.
- Pas envie, déclarais-je avec une moue boudeuse. Joue avec moi !
- Hors de question ! S'exclama-t-il, catégorique.
- Alleeez... Suppliais-je en insistant lourdement, sachant pertinemment qu'il finirait par craquer. S'il te plait... S'teuplé... S'teuplé... S'teuplé...
- T'as pas fini d'faire ton gamin ? Râla mon vis à vis.
Prenant mon air angélique, je le regardais dans les yeux et lui adressant mon plus beau sourire, je répondis d'une petite voix :
- Non !
Je l'entendis soupirer longuement, puis refermant son livre, il demanda :
- Bon, qu'est-ce que tu veux ?
- Parler, répondis-je.
- De quoi ? Demanda-t-il, soudainement méfiant, comme s'il craignait ma réponse.
- Je sais pas moi, répliquais-je. Tu veux parler de quoi toi ?
Face au regard désabusé qu'il m'adressa, je poursuivis :
- Bon oublie ! Alors, ajoutais-je, faisant mine de réfléchir, de quoi pourrait-on parler... Ah oui tien, pendant que j'y pense, m'exclamais-je subitement, tu pourras acheter un verrou demain chez le serrurier, pour la porte de la salle de bain ?
- Pourquoi tu veux un verrou ? On peut s'en passer, c'est pas la peine de faire des dépenses inutiles, surtout qu'on risque d'être un peu juste niveau finances les premiers mois. Et puis, c'est pas comme si y'avait une fille...
A cette réflexion, je m'empourprais violemment, et détournais le regard, m'imaginant honteusement mille et un scénarios et pas des plus catholiques. De plus, c'était bien la première fois que j'entendais Joakim faire des sous-entendus de ce genre. Cachant mal son amusement, Joakim poursuivit :
- A moins que tu ne m'ais caché quelque chose...
- Hein ? Quoi ? M'exclamais-je confus, les joues brûlantes de honte que Joakim me voit dans cet état. Non... Je...
- Je plaisante Swann ! Déclara alors mon traitre de meilleur ami, en me souriant affectueusement avant d'ajouter, pudique ?
- Oh ça va hein, râlais-je, ne cherchant même pas à nier. Est-ce que j'te d'mande la couleur d'ton slip ?
- Bleu, répondit-il sans la moindre hésitation ou once de pudeur.
Je m'étouffais en entendant sa réponse, n'ayant jamais songé que Joakim puisse prendre part ne serait-ce que quelques secondes à ce genre de conversation et encore moins en être instigateur.
- Serais-je en train de découvrir une autre facette de ta personnalité ? Demanda-t-il sans se départir de son petit air moqueur. Où est donc passé le Swann survolté et toujours sûr de lui que je connais ? C'est bien la première fois que je te vois rougir. Je te fais tant d'effet que ça ? Ajouta-t-il en riant franchement.
Je sursautais violemment à cette question, mon coeur manquant de peu l'arrêt cardiaque. Avait-il deviné ? Après un court silence, tentant de dissimuler le trouble que sa question avait fait naître en moi, je répondis, ignorant sa dernière phrase :
- Tu peux parler ! Moi qui te croyais coincé comme un manche à balais ! C'est... Déstabilisant, avouais-je.
- Cela ne serait pas drôle si tu découvrais tout de moi dans la même journée, tu ne trouves pas ?
- Tu as raison, avouais-je. Mais n'empêche que ça fait quand même bizarre, ne pus-je m'empêcher d'ajouter.
Joakim ne répondit rien, se contentant de me sourire. Prenant mes aises, je poussais Joakim et m'allongeais à côté de lui sans me départir de mon sourire angélique. Nous restâmes silencieux, allongé l'un contre l'autre, et si j'aimais bien parler, j'aimais aussi les moments de calme, apaisé par la seule présence de Joakim à mes côtés. Bercé par sa respiration calme et régulière, je commençais à somnoler lorsque j'entendis Joakim me dire d'une voix qui me parut particulièrement douce :
- Swann, tu es en train de t'endormir... Tu devrais aller dans ton lit...
- Hn ? S'cuse moi... Déclarais-je en reprenant lentement mes esprits. 'ne nuit, ajoutais-je en me levant et étouffant difficilement un bâillement.
- Bonne nuit Swann, répondit Joakim. Fait de beaux rêves.
- Merci, soufflais-je, toi aussi.
A peine me posais-je sur mon lit que je m'endormais comme une masse, épuisé autant physiquement qu'émotionnellement.
Le lendemain, je fus réveillé en sursaut par des coups frappés avec force à ma porte et Joakim qui me criait à travers celle-ci :
- Swann ! Lève-toi ! Ton réveil sonne depuis dix minutes ! Et dépêche-toi, j'ai besoin de la salle de bain !
A ces mots, je me levais précipitamment, m'empêtrant dans mes draps et l'esprit pas très vif, je déclarais :
- Je... Oui, c'est bon... Je... Je me lève... Tu peux entrer... Ajoutais-je en m'enroulant pudiquement dans ma couverture.
- Ben alors ? Demanda Joakim en entrant, un sourire amusé et légèrement moqueur étirant ses lèvres. Panne de réveil ?
- Comme tu peux le constater, soufflais-je en me laissant retomber sur mon lit. Putain, je suis définitivement pas du matin !
- Allez, lève-toi ! J'ai tout laissé sur la table comme je ne sais pas ce que tu manges le matin.
- Ben en général je prends rien, mais comme tu as tout préparé, je veux bien faire un effort... Merci, ajoutais-je alors qu'il entrait dans la salle de bain.
Lorsque je fus sûr qu'il était bien sous la douche, je sortis de mon lit et m'habillais en vitesse. Puis, j'allais à la cuisine et pris place à table. Comme promis un peu plus tôt à mon meilleur ami, je me préparais une tartine de pain avec de la confiture ainsi qu'un verre de lait. Je terminais rapidement le tout et alors que Joakim me rejoignait, il demanda tout en se séchant les cheveux :
- Tu as cours ce matin ?
- Ouais, soupirais-je, j'ai deux heures de neuf à onze et deux de treize à quinze. Et toi ?
- Je finis à quinze heures trente aussi, par contre, j'ai cours jusqu'à midi. Mais ça n’empêche pas que l'on peut manger ensemble si tu veux, ajouta-t-il après un court silence. A moins que tu préfères rentrer, maintenant que l'on habite à côté ?
- Non, t'inquiète ! M'exclamais-je, ravi de la proposition et ne loupant pour rien au monde l'occasion d'être avec Joakim. Ca ne te dérange pas si un ami mange avec nous ? Ajoutais-je avec hésitation après quelques secondes, sachant par expérience que Joakim n'était pas fana des nouvelles rencontres.
- Hn... Si tu veux, répondit-il simplement.
- Merci, tu verras, il est un peu collant, mais au fond c'est quelqu'un de bien. Je suis sûr que tu t’entendras bien avec lui. Oh et ce soir tu me feras sonner quand tu finis tes cours, on rentrera ensemble, ajoutais-je en lui adressant un sourire.
- Hn, si tu veux... En attendant, dépêches-toi ou tu vas finir par nous mettre en retard.
- J'arrive ! M'exclamais-je en rangeant le petit déjeuner. Laisse-moi juste une minute !
En un temps record, je m'étais coiffé, lavé les dents et j'avais enfilé mes chaussures, si bien que dix minutes plus tard, nous étions sur le chemin de la fac. Arrivés à l'entrée du campus, nous nous séparâmes et quelques secondes plus tard, Baptiste arrivait à son tour.
- C'est qui ? Me demanda-t-il en désignant la silhouette de Joakim qui s'éloignait.
- Mon meilleur ami, répondis-je. Mon coloc'...
- Ah ouais, celui dont tu parlais l'autre jour ? Alors raconte ! Comment c'est ton appart' ? S'exclama-t-il alors que nous prenions la direction de la salle de cours.
- Ben y'a pas grand chose à dire, commençais-je un peu gêné. Pour le moment tout va bien, c'est plus tard que ça risque d'être un peu moins marrant...
- Tu m'étonnes ! Quand chacun commencera à découvrir tous les défauts de l'autre... Là ça promet d'être mouvementé ! Fit remarquer Baptiste en riant.
- M'en parle pas... Marmonnais-je toujours un peu vexé par cette histoire. Figure-toi qu'en réalité, le petit hétéro coincé ne le serait pas tant que ça...
- Quoi ? Hétéro ? Demanda Baptiste visiblement étonné.
- Non, coincé, répondis-je en étouffant un soupir de frustration.
Après un court silence, Baptiste se tourna vers moi, me regardant d'un air suspicieux et, un sourire entendu étirant ses lèvres, il demanda sur le ton de la confidence :
- Dis... T'en pincerais pas un peu pour ton beau ténébreux toi ?
- Que... Quoi ? M'étouffais-je, en entendant la question de mon ami.
- Oh allez ! Fait pas ta pucelle, ça saute aux yeux que t'es attiré par lui, fit remarquer mon camarde en riant.
Vexé d'être aussi aisément percé à jour, je ne répondis rien, tentant tant bien que mal de masquer la rougeur de mes joues. Pas offusqué le moins du monde, Baptiste poursuivit :
- Ben alors, qu'est-ce que t'attends pour aller le voir ? T'as peur qu'il te bouffe ?
- Ah non hein ! M'exclamais-je, agacé. T'y met pas toi aussi ! D'abord ma mère, après Joakim et maintenant toi, c'est bon quoi !
- C'est bon t'énerve pas, reprit Baptiste déboussolé. Excuses-moi, je voulais pas être indiscret !
- Non, toi excuses-moi, soufflais-je. C'est juste qu'en s'moment j'suis un peu à cran et... Enfin voilà quoi...
- C'est bon, t'en fait pas, c'est d'ma faute. Mais bon, tarde pas trop non plus ! Ajouta-t-il en m'adressant un clin d'oeil complice.
Amusé malgré moi, je lui rendis son sourire avant d'entrer dans la salle de cours, suivit par l'enseignant. A onze heures tapante, le prof nous rendit notre liberté et Baptiste nous emmena dans un endroit tranquille où pendant près d'une heure, nous parlâmes du devoir que l'on avait à faire pour la semaine suivante. Un peu avant midi, je me levais pour aller rejoindre Joakim et, me tournant vers mon camarade, je lui demandais :
- Tu manges avec nous ?
- C'est proposé si gentiment, répondit-il Baptiste en se levant à son tour. Merci !
Poursuivant notre conversation hautement philosophique, nous gagnâmes la cafétéria pour attendre Joakim. Quelques minutes plus tard, il nous rejoignait, et après lui avoir adressé un sourire, je commençais les présentations, non sans appréhension :
- Joakim je te présente Baptiste, un copain de classe. Baptiste, Joakim, mon meilleur ami et accessoirement colocataire.
- Salut, déclara Baptiste en lui adressant un sourire jovial. J'ai beaucoup entendu parler de toi...
- Salut, répondit Joakim avec nonchalance.
Baptiste m'adressa un regard interrogateur et un peu mal à l'aise, je lui répondis d'un petit sourire contrit, m'attendant un peu à ce genre de réaction de la part de mon meilleur ami.
- il est toujours comme ça au début... Articulais-je silencieusement à l'attention de Baptiste. Ca lui passera...
Puis, je me levais et avant qu'ils n'aient le temps de réagir, je demandais :
- Vous voulez manger quoi ?
- Un sandwich au poulet s'il te plait, répondit simplement Joakim.
- Moi aussi s'teupl', ajouta mon camarade de classe.
- Ok j'y vais, m'exclamais-je. Soyez sage, ajoutais-je en leur adressant un clin d'oeil, espérant intérieurement que Joakim s'ouvre un peu plus à Baptiste.
Dix minutes plus tard, je revenais avec nos sandwiches et c'est avec une certaine satisfaction que je les retrouvais en pleine discussion. Je leur tendis à chacun leur sandwich et pris place entre eux. C'est en silence que nous commençâmes à manger. Un peu avant treize heures, nous accompagnâmes Joakim jusqu'à sa salle de cours et alors qu'il nous quittait, je lui criais :
- N'oublie pas, je t'attend à quinze heure hein ! On se retrouve à l'entrée du campus !
Il ne répondis rien, se contentant de m'adresser un regard mauvais qui me fit plus sourire qu'autre chose et c'est le sourire aux lèvres et tout simplement heureux que j'emboîtais le pas à Baptiste. Machinalement, nous nous rendîmes à l'endroit où nous avions vite pris l'habitude d'aller et alors que l'on s'asseyait, Baptiste s'exclama tout à coup :
-Ou tu cours comme ça ?
Surpris, je relevais la tête pour voir Stéphanie, je crois, venir vers nous, visiblement à bout de souffle :
- Vous êtes là ! viens de croiser Madame Jensen dans le couloir. Elle à un empêchement et ne peut pas faire cours cet aprèm'. Les heures seront bien évidement rattrapées mais elle ne sait pas encore quand. Donc voilà, on est libéré... Bon j'vous laisse, je dois prévenir les autres... Si vous les voyez faites passer le message ! Ajouta-t-elle en reprenant sa course.
- Ok ! Lançais-je en même temps que Baptiste. Merci !
Sans se retourner, elle nous fit signe de la main.
- Bon ben en voilà une bonne nouvelle, déclara mon camarade qui, un immense sourire collé sur les lèvres semblaient enchanté par l'idée.
- Oui, c'est pas plus mal, renchéris-je, comme ça en attendant Joakim j'irais faire quelques recherches à la bibliothèque.
- Pour le devoir ? Demanda Batpiste. On peut se mettre tout les deux si tu veux...
- Ben allez, go ! Déclarais-je en me levant, lui donnant ainsi implicitement mon approbation.
- Par contre, je partirais vers quatorze heures trente. Je bosse le soir et j'ai des heures à rattraper donc tant qu'à faire autant profiter des heures de perm'.
- Ok, pas de problème, répondis-je. Et puis en une heure et demi je pense qu'on aura déjà trouvé pas mal de docs...
Empoignant nos sacs, nous nous rendîmes à la bibliothèque. En arrivant, nous constatâmes que toutes les tables étaient déjà occupée si bien que nous fûmes contraints de nous greffer à un petit groupe qui nousfusilla du regard en nous entendant nous installer. Ne supportant pas le regard hautain de l'étudiante pimbèche qui me tuait du regard, je jettais mon sac sur la table et tirait bruyament la chaise à moi, m'attirant plusieurs "chuuut" agacés sous le regard amusé de Baptiste. Puis sans la moindre discrétion, je commençaos à sortir mes affaires. Une fois prêt à travailler, je me levais et partis en reconnaissance dans les dédalles des étagères remplies de livres plus volumineux les uns que les autres. Au détour d'une allée, je tombais nez à nez avec Baptiste qui m'interpela :
- Je pense avoir trouvé ce qu'on cherche. Tien, ajouta-t-il en me posant sans douceur deux gros livres dans les bras. Prends déjà ça, j'arrive.
Docilement, je fis ce qu'il me demandais et quelquesm inutes plus tard, nous étions tous deux plongés dans d'épais bouquins. Nous travaillâmes pendant plus d'une heure puis, finalement, lasser de potasser toujours la même chose, je refermais mon livre en soupirant de lassitude.
- Tu veux qu'on s'arrête là ? Demanda Baptiste en relevant le nez de son livre. On a déjà pas mal avancé.
- Ouais... C'est bon pour aujourd'hui... J'en ai ma claque, lachais-je. Je ferais des photocopies pour nous deux toute à l'heure.
Durant le quart d'heure qui suivit, nous discutâmes à voix basses, étouffant difficilement des éclats de rire. Puis, à la demi, Baptiste se leva :
- Bon allez, je file ! On se voit demain !
- Ok ! Passe une bonne aprèm' ! A d'main Bat' ! Répondis-je.
- Ciao Bello ! Ajouta-t-il en me saluant de la main.
Une fois qu'il fut partis, rassemblant les dernières onces de motivation qui me restaient je me levais et, les livres dans les bras, je me dirigeais vers le bureau du bibliothécaire. Une fois face à lui, je demandais :
- Où pourrais-je trouver une photocopieuse ?
Pendant un instant qui me parut interminable, il me fixa d'un regard vide et sans expression qui me mit étrangement mal à l'aise avant de finalement désigner une direction d'un signe bref sans pour autant m'adresser la parole. De plus en plus mal à l'aise, je me détournais de lui et sans un regard en arrière, je me précipitais presque à l'endroit indiqué, sentant dans mon dos son regard pénétrant qui me fixait intensément. Ce ne fut qu'une fois dissimulé de sa vue que je me permis de souffler de soulagement. En vitesse, j'entreprs de faire les photocopies, n'ayant aucune envie de m'attarder dans cet endroit lugubre qui me donnait la chair de poule, au même titre que son gérant qui avait, je ne saurait dire pourquoi ni comment, quelque chose d'inquiétant.
D'un geste nerveux je laissais courir mes doigts le long de la machine, rageant contre la lenteur avec laquelle elle opérait. Quand enfin elle eut terminé, je m'empressais d'attraper le tout et regagnais ma place. Sans même prendre le temps de m'asseoir, j'attrapais mon sac et bourait plus que je ne rangeais, mes affaires à l'intérieur. Abandonnant les livres sur la table, je quittais en courant cet endroit lugubre.
Attrapant mon téléphone, j'envoyais un texto à joakim, lui demandant dans quelle salle il avait court, priant pour qu'il me réponde rapidement. Mon souhait fut exhaucé car moins de deux minutes plus tard, je recevais sa réponse. Aussitôt je me rendis à l'endroit indiqué et ayant encore une bonne quinzaine de minutes devant moi, je me laissais glisser le long du mur en soupirant de lassitude, relachant par la même occasion mon trop plein d'adrénaline.
Plongé dans mes pensées, je ne vis pas le temps passer et sursautais violemment en entendant une voix m'appeler :
- Swann ? Qu'est-ce que tu fais là ?
Relevant les yeux, je tombais nez à nez avec Joakim qui me regardait avec une pointe d'étonnement et d'inquiétude :
- Je... J'avais pas cours cet aprèm... Alors j'suis partis d'la bibliothèque... Commençais-je un peu déboussolé.
- Je te trouve bien pâle, déclara mon vis à vis en s'agenouillant face à moi. Tu es sûr que ça va ? Demanda-t-il en posant sa main sur mon front. Pourtant tu n'as pas l'air d'avoir de la fièvre...
Je sursautais de surprise au contact de sa main sur mon front et sentant le rouge me monter aux joues à le voir aussi proche de moi, je déclarais :
- Non je... Ca va, ne t'inquiète pas...
Maudissant les tremblements de ma voix, à présent plus troublé par la proximité de Joakim que par l'étrange sentiment de peur que j'avais resenti un peu plus tôt, je me relevais en lui adressant un petit sourire timide tandis qu'il continuait de me fixer. Mal à l'aise sous le regard inquisiteur de ce garçon qui faisait battre mon coeur, je demandais, cherchant désespérément une échappatoire à cette torture :
- On rentre ?
Se contentant d'un sourire en guise de réponse, Joakim s'éloigna de moi et attrapant mon sac au passage, je lui emboitais le pas.