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THE WRECKS
- Les épaves –
Chapitre 4
Ryan attendit lundi et il sortit de chez lui à quatorze heures, d’une étrange bonne humeur. Il n’aimait pas forcément faire du mal mais il avait un contentement sadique à provoquer la panique chez les autres, et il se délectait à l’idée de la déclencher chez Casey. A l’accueil du centre, il demanda à voir le docteur Meyers, et l’infirmière lui indiqua le bureau à l’étage, avec un air suspicieux. Ryan trottina dans le couloir après avoir pris l’ascenseur et frappa à la porte de Casey, avant d’entrer.
« Tiens, bonjour !
-Salut.
-Vous avez changé d’avis finalement ?
-Et puis quoi encore ? Non, en fait, répondit Ryan, en s’asseyant nonchalamment sur un coin du bureau, je viens pour autre chose.
-Et quoi donc ?
-Je savais bien que je t’avais déjà vu quelque part. Tu as beau l’avoir nié, je suis sûr que tu as menti. Parce que je me suis rappelé d’un truc… Plutôt… De ce qu’on a fait, n’est-ce pas, Monsieur Parfait ? »
L’expression de Casey se figea, froide et impénétrable, si différente de ce qu’elle était d’habitude.
« Qu’est-ce que tu veux ?
-Ca serait bien embêtant qu’Alexis apprenne que tu couches avec des putes.
-Tu n’oseras pas.
-Tu veux qu’on essaie pour voir ? le mit au défi Ryan, avec un sourire goguenard. Si je réfléchis bien, répliqua Ryan, en faisant semblant de compter sur ses doigts, t’es venu me voir pour te faire du bien alors que tu commençais tout juste à sortir avec lui. Franchement, c’est pas de chance…
-Où tu veux en venir ?
-J’ai besoin de fric. Tu n’as pas l’air à plaindre, niveau finance.
-Tu me fais du chantage !
-Bon, tant pis, je vais devoir aller parler à Alexis. Franchement, ça m’ennuit de briser son petit rêve…
-T’es une belle ordure !
-Moi ? Et toi, t’es quoi, alors ? »
Ryan se releva et vint se pâmer sur les genoux de Casey, lançant ses bras autour de son cou.
« Je ne demande pas grand-chose… Et si tu veux, je te donne un truc en échange, sourit Ryan. »
La main de Ryan passa sous la blouse blanche et caressa l’entrejambe de Casey, soufflant que pour un réfractaire et un outragé, il réagissait avec toute la vigueur d’un volontaire. Casey lui attrapa le poignet mais ne chercha pas à le repousser et Ryan reprit :
« Si tu veux que j’arrête, mets-y du cœur si tu le penses, rétorqua Ryan, en tombant à genoux. »
Casey avait tout fait pour tenir en laisse ses désirs, ses envies, ses perversions. La pureté candide d’Alexis l’effrayait, car elle le bridait, et la face démoniaque de Ryan avait un terrible pouvoir sur lui. Casey aimait dominer, soumettre, ordonner. Avec Alexis, il ne pouvait pas, ne voulait pas. Ses ongles s’enfoncèrent dans le crâne de Ryan et il se mordit la lèvre, sa culpabilité branlante aspirée par son vice. Quand Ryan se releva, il croisa le regard devenu sombre de Casey, et se rendit compte soudain que l’homme qu’il avait rencontré de temps à autre avec Alexis, n’avait rien à voir avec celui qu’il avait en face de lui. Les sourcils froncés, ses yeux verts noyés dans les tourments de son esprit, Casey était tout autre, il devenait froid, presque terrifiant, exposant ses travers à Ryan, qui se demanda s’il avait bien fait, soudain, de s’aventurer dans ces eaux-là. Mais Casey reprit pied dans la réalité, rajustant sa personnalité à ce qu’il avait toujours voulu être, et feignant sans doute d’être horrifié par ce qu’il venait de faire, il écarta Ryan du bras et remonta la braguette de son jeans. Il fouilla brutalement dans l’un des tiroirs de son bureau, les mains tremblantes, mais Ryan ne sut dire si c’était de peur ou de rage.
« Combien tu veux ?
-Mille dollars ? demanda Ryan, testant la réaction de Casey.
-Quoi ?!
-Après, si tu penses qu’Alexis vaut moins… Ce n’est pas de ma faute, mais je ne descends pas en-dessous. A toi de voir combien tu es prêt à mettre pour sauver ta petite amourette.
-C’est plus que ça…
-On dirait pas…
-Tu ne comprends pas…
-Explique pour voir.
-Je ne veux pas pervertir Alexis, je ne veux pas le salir avec mon mal. Je ne veux pas le réduire à un objet.
-Et pourtant, tu en crèves d’envie. Avoir le pouvoir, le sentir, l’exercer… Je suis d’accord pour tout ça, Casey. D’accord pour que tu me fasses mal, que tu m’humilies… Profites-en… En plus, je te garantis le silence… »
Le cœur de Casey manqua un battement face à la déclaration malsaine de Ryan mais le médecin signa quand même le chèque qu’il tendit ensuite à cet homme qui allait certainement devenir à la fois son exécutoire et sa condamnation.
« Alexis n’a pas besoin de savoir… On fait un marché, toi et moi. Ca nous arrange tous les deux. »
Ryan sourit et reprit :
« Fais pas cette tête. Vois le bon côté des choses.
-Tu es séropositif…
-On ne va pas faire de bareback, ne t’en fais pas. Puis au moins, là, tu le sais… T’as pas le choix, de toute façon. Tu la boucles et tu fais ce que je te dis, ou bien je vais tout déballer à Alexis. Il n’a déjà pas apprécié le coup du mari, alors celui de la tromperie, je n’imagine même pas…
-Tu n’es qu’un enfoiré de première, Ryan. Je suis amoureux d’Alexis et tu débarques pour tout détruire.
-Assume tes conneries. Si tu es si amoureux, pourquoi tu l’as trompé ? Et pourquoi tu ne me proposes pas juste ton argent au lieu de coucher avec moi en prime ? »
Casey ouvrit la bouche pour répondre, mais Ryan triomphait.
« Je suis sûr qu’au fond de toi, tu es impatient. Maintenant que tu as un nouveau joujou, tu peux retourner bosser. Avec ce que tu m’as donné, je vais être tranquille pour un moment. Mais si tu as besoin de moi, tu peux m’appeler à ce numéro. Tu n’es pas obligé, tu sais. Me filer ta thune me suffira amplement, et baiser avec toi me manquera pas. C’est pas comme si y’avait que toi à vouloir me passer dessus ! »
Il gribouilla une série de chiffre sur le côté d’une boîte de chewing-gums qu’il lança sur le bureau de Casey.
« Sur ce… A plus, mon chou, lâcha Ryan, ironique, en rajoutant, si tu sais tenir ta langue, je saurai tenir la mienne. Enfin, sauf si tu me demandes le contraire, bien sûr ! »
Le médecin regarda la porte se fermer et serra les poings, avant de prendre sa tête entre ses mains. Comment aurait-il pu savoir ? Pourquoi n’avait-il pu contenir ses pulsions ? Et encore maintenant, face à l’immonde proposition, au chantage insolent de Ryan, il était poussé vers ses démons. Dans son égoïsme, il parvint même à se dire qu’en acceptant, il préservait Alexis de sa véritable image, de sa personnalité morbide. Il avait déjà tenté de bâtir une relation sur un mensonge et il avait échoué, pourtant, il recommençait. Il aimait Alexis, il n’avait pas menti en l’avouant à Ryan. Cela avait été progressif, mais dès le début, il avait eu une vive attirance pour lui, un semi coup de foudre. Il lui avait ensuite fallu quelques temps pour tomber amoureux, mais désormais, il en était persuadé. Il ressentait pourtant un besoin stupide de sexe brut, violent, presque bestial, atrocement primaire. Il en avait honte, voulait le combattre et chutait. Ryan avait beau être sans scrupules, ignoble et répugnant, il représentait une échappatoire pour ses fantasmes. Il l’excitait, par son être vicié, les contours cassés de son corps et de son âme. Ils se ressemblaient presque, chacun dans son genre ; Ryan en putain pathétique et cynique, et Casey en menteur calculateur et prévoyant.
Il nota le numéro de téléphone plus proprement et le rangea dans son agenda, se jurant pourtant de ne jamais appeler. Ryan avait touché juste ; pourquoi l’idée de simplement le payer pour son silence ne lui semblait-il pas la bonne ? Casey donna un coup de pied rageur dans la poubelle en plastique et soupira. Il ne valait pas mieux que tous les autres, et il était même bien pire qu’eux tous réunis.
-o-
Alexis posa doucement sa main sur celle de Casey et referma les yeux. Le jeune médecin était collé à son dos, le bras passé par-dessus son épaule, et dormait du sommeil du juste, ronflant légèrement. Le souffle chaud sur sa nuque berçait Alexis qui ne bougeait plus depuis une heure, attendant que Casey se réveille. Il était bientôt dix heures et un soleil dominical se faufilait à travers le store mal fermé la veille. Deux mois étaient passés et des choses avaient changé, d’autres étaient restées immuables. Sa relation avec Casey était parfaite, et Alexis pensait presque parfois qu’elle était trop parfaite pour être vraie. Il sourit quand les lèvres de Casey déposèrent un baiser dans son cou et il l’entendit murmurer :
« Tu es réveillé depuis longtemps ?
-Je ne sais plus… De toute façon, tu sais bien que ça ne me dérange pas.
-Oui, mais quand même, chuchota Casey. Je dois aller au centre à deux heures pour remplacer un collègue, faut que je me bouge.
-Tu as le temps, ça va. Tu veux un petit-déjeuner ?
-Non, t’embête pas. Je suis crevé, putain, remarqua Casey, s’asseyant au bord du lit, la tête entre les mains. C’est épuisant de dormir avec toi.
-Hé ! protesta Alexis, en lui envoyant son oreiller dans la tête.
-C’est pas ma faute à moi si tu arrives à m’exciter presque sans arrêt ! D’ailleurs, j’avoue qu’en ce moment-même… Ca te dit de prendre ta douche avec moi ?
-C’est bien parce que je suis pressé, hein. »
Alexis haussa un sourcil intéressé et s’extirpa de la couette pour suivre Casey jusque dans la salle de bain. Au fond de lui, il était toujours un peu amoureux de Ryan, un amour de plusieurs années ne s’évaporait pas comme ça, mais être avec Casey était devenu plus important pour lui, de jour en jour. Il était bien avec lui, cherchait sa présence, et pensait souvent à lui quand il n’était pas là, comme il l’avait fait avec Ryan quelques temps plus tôt. Alexis se sentait tomber amoureux de Casey et il ne faisait rien pour remonter, cherchant à précipiter encore plus vite sa chute. Ils ressortirent encore trempés de la salle de bain et Alexis se rattrapa de justesse à Casey, alors qu’il venait à moitié de glisser sur le parquet. Dans un grand éclat de rire, ils tombèrent sur le lit.
A une heure et demie, Casey accompagna Alexis jusqu’au siège de son journal et descendit sur le trottoir avec lui. Il l’embrassa timidement et lui souffla qu’il reviendrait le chercher à huit heures. Alexis sourit et entra dans le grand building, avant d’être alpagué par une jeune femme, tout sourire, qui lui prit le bras pour le tirer dans l’ascenseur :
« C’est qui, ce beau mec ?
-Bonjour, Katelyn, oui, je vais bien, merci, et toi ?
-Oh, allez, Alexis, fais pas ton timide et dis-moi qui c’est.
-Un ami.
-Prends-moi pour une conne, en plus. Allez, qui c’est ? »
Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent brusquement et Katelyn s’agrippa à Alexis, tout en continuant :
« Alexis, on se connait depuis des années, tu vas pas me faire un secret quand même ?
-C’est mon nouveau copain. Voilà, tu es contente ? répondit Alexis, alors qu’il était arrivé à son bureau.
-Oh mon dieu ! s’exclama Katelyn, en battant des mains. C’est super ! Au fait, comment va Ryan ?
-Je sais pas trop… Je me fais du souci pour lui, mais tu sais comment il est…
-Oh… Tu me donneras de ses nouvelles, hein ?
-Promis. Bon, allez, file, j’ai du boulot.
-Ok, je viens t’embêter à ma prochaine pause café !
-Dans vingt minutes ? plaisanta Alexis.
-Va mourir, saleté ! »
Elle lui tira la langue et Alexis s’assit sur sa chaise, en souriant. Il sortit son ordinateur portable et l’alluma, avant de se pencher sur l’avancée du dossier qu’il préparait depuis un mois. Il avait eu enfin la possibilité de travailler sur un sujet de son choix, et sans réfléchir, il avait décidé de se consacrer au trafic de stupéfiants et aux gangs qui infestaient San Francisco. Pour le moment, il se cantonnait à la théorie, avait fait beaucoup de recherches sur l’historique de la drogue dans la ville, et les différents clans qui s’y étaient succédés. S’occuper d’un tel sujet n’était pas innocent, et Alexis pensait toujours à Ryan quand il tapait ou notait des informations. Son ami semblait encore plus distant que d’habitude avec lui et refusait de voir Casey, ce qui avait contraint Alexis à limiter ses visites à une ou deux fois par semaine. Katelyn tint sa promesse et pointa le bout de son nez deux heures plus tard, avec deux gobelets de café.
« Tiens, c’est pour toi !
-Merci… Mais si tu crois que ma vie privée vaut un café…
-Mais c’est purement innocent ! Donc… continua-t-elle, en s’asseyant sur les genoux d’Alexis.
-Katy, on est au boulot, là !
-C’est la pause !
-Non, c’est ta pause, nuance.
-De toute façon, le chef t’adore, il te laissera faire ce que tu veux. Raconte !
-Pourquoi ça t’intéresse comme ça ?
-Parce que c’est tellement mignon !
-Parfois, ton côté fag hag est réellement exaspérant, tu sais.
-Tu m’adores, ne le nie pas ! répliqua Katelyn, en donnant une tape à Alexis. »
Les collègues des deux jeunes gens leur lancèrent des regards amusés alors que Katelyn ébouriffait les cheveux d’Alexis pour le faire parler, en le menaçant de lui verser son gobelet de café sur la tête.
« Comment il s’appelle, déjà ?
-Casey.
-Alexis, il va falloir que je t’extirpe les infos une à une, ou quoi ?
-T’es journaliste, pas vrai ?
-Alexis ! Raconte-moi ou je fais une crise ! menaça Katelyn.
-Mais t’es une vraie folle !
-Ne prends pas ton cas pour une généralité.
-Katy !
-Je plaisante. Maintenant, accouche !
-Ok… Bon… On est ensemble depuis trois mois, il est médecin, il a trente-et-un ans. Et voilà, c’est à peu près tout.
-Hein ? Quoi ?! Mais non, ce n’est pas tout ! Vous avez couché ensemble ?
-Katelyn, enfin ! s’indigna Alexis, rouge comme jamais.
-Donc, vous avez couché ensemble. C’était bien ?
-Tu vas finir par terre !
-Ce qu’il y a de bien, avec toi, c’est que tu réponds, même quand tu ne réponds pas ! En tout cas, je suis contente que tu aies trouvé un mec qui a l’air aussi bien que ce Casey. Tu le mérites, Alexis. Dis…
-Oui ?
-Tu sais si Ryan va revenir un jour ? Ca fait six mois maintenant…
-Je sais pas si c’est suffisant pour lui.
-J’aimerais bien aller lui rendre visite, remarqua Katelyn, un peu triste, en jouant avec une mèche de cheveux blonds.
-Ce n’est pas une bonne idée.
-Tu as raison, soupira Katelyn. Bon… Je vais retourner au boulot. Toi, tu as intérêt à m’inviter à venir dîner un soir dans la semaine. Je veux connaître Casey, tu m’entends !
-Je t’appellerai.
-Tu as intérêt !
-Promis. »
Katelyn embrassa Alexis, puis descendit de ses genoux, avant de filer une nouvelle fois vers son bureau. Alexis reprit son travail, sans voir le temps passer. Quand à sept heures, une des secrétaires du journal vint le trouver pour lui dire que quelqu’un l’attendait, il eut un froncement de sourcils étonné et se fendit d’un sourire quand il aperçut Casey, qui se tenait derrière la jeune femme. Il eut le temps de voir Katelyn qui lui faisait de grands signes, gesticulant un peu n’importe comment. Alexis leva les yeux au ciel en soupirant et s’approcha doucement de Casey, qui n’hésita pas une seule seconde à le serrer contre lui pour lui offrir un petit baiser, tendre et rapide. Il rougit quand des applaudissements résonnèrent de tous côtés, et il s’écarta de Casey, baissant la tête pour ramasser son ordinateur. Tous ses collègues savaient qu’il était homosexuel, par l’intermédiaire de Ryan qui ne leur avait jamais caché ses préférences et qui avait exposé celles d’Alexis par la même occasion. Et étrangement, ce furent les déboires sentimentaux d’Alexis qui retinrent l’attention de tous, guettant à chaque fois les nouvelles relations du jeune homme, tous heureux de savoir que ce garçon timide n’était plus aussi seul qu’avant. Sous l’impulsion de Katelyn, ils n’avaient pas résisté et avaient applaudi, avec une petite pointe de joie de voir Alexis si embarrassé et maladroit.
Alexis rangea rapidement son portable, sous les yeux de Casey, qui sourit à Katelyn. Cette dernière s’était approchée et s’exclama :
« Alexis ! Fais les présentations !
-Euh… Katelyn, voici Casey. Et Casey, voici Katelyn.
-Ravi de vous rencontrer, répondit Casey, alors que la jeune femme rosit de plaisir face à son sourire.
-Moi de même ! Alexis m’a beaucoup parlé de vous, mentit Katelyn.
-Ca m’étonne de lui, ça. »
Alexis lança un regard meurtrier à son amie qui continua, imperturbable :
« Bon, il n’a pas été très bavard, c’est vrai. En tout cas, je suis très heureuse pour vous deux !
-Merci, répondit Casey, avec un petit clin d’œil.
-Bon, Casey, on va y aller. A demain, Katy.
-A demain ! Et n’oublie pas ! On dîne tous les trois dans la semaine.
-C’est ça… »
Alexis traîna Casey, pressé de partir d’ici avant qu’il ne se liquéfie de honte, et une fois dans l’ascenseur, il soupira de soulagement.
« Allez, ce n’est pas grave, le rassura Casey. Puis ça prouve qu’ils sont tolérants.
-Oui… Mais bon…
-Ton amie Katelyn a l’air adorable.
-Mouais… Pour une raison que je ne m’explique pas, elle adore les gays. Elle dit qu’elle peut enfin être avec des hommes qui ne considèrent pas les femmes comme des objets.
-Si elle savait que les homos font pareil avec les autres mecs, plaisanta Casey.
-Ne va pas lui casser son rêve. Elle est très gentille, hein, mais elle peut être aussi très chiante.
-Comme tout le monde, j’imagine. Dis, ce soir, je suis invité à un vernissage, tu viens avec moi ?
-Ok, pas de souci, c’est où ?
-Dans une galerie, au cœur du Civic Center. Ce sont des amis artistes qui m’ont proposé de venir.
-Quel genre d’art ?
-Plutôt art moderne.
-J’aime pas trop ça, mais ça me gène pas. Puis, ça me fera rencontrer des amis à toi, comme ça ! »
Alexis et Casey sortaient souvent mais il était rare qu’ils se mêlent à la vie du jeune médecin. Ils se retrouvaient plus souvent avec des amis d’Alexis, même si Casey lui avait déjà présenté certains anciens camarades de faculté, dont Andrew, que le jeune homme n’avait pas manqué d’assassiner en pensée et du regard. Alexis avait cette nouvelle vie sociale, mais il aurait également souhaité qu’elle intègre un peu plus des éléments propres à Casey. Il ne lui demandait pas de rencontrer ses parents, ni sa famille, mais juste être moins caché qu’il ne l’était aujourd’hui. En arrivant chez Casey, il partit se changer puis retrouva son compagnon dans le salon.
« J’espère que je ne vais pas te faire honte.
-Ca serait plutôt l’inverse, si tu veux mon avis. Enfin, allez, viens, ma petite honte préférée, railla Casey, en prenant Alexis par la main. »
Alexis n’avait jamais aimé l’art moderne. Il n’y comprenait rien et se demandait souvent comment un grand bout de tôle froissée et un tas de poubelles empilées les unes sur les autres tenaient office d’œuvres majeures dans l’expression artistique du vingt-et-unième siècle. Il pencha la tête, l’air démuni, devant un parapluie planté dans un pot de fleurs, et but une gorge de champagne en priant pour que les petites bulles lui ouvrent les yeux. Casey l’avait abandonné pour aller discuter avec les artistes, un homme et une femme, et Alexis avait le sentiment atroce de faire tapisserie.
« Vous aussi, vous vous demandez quel peut bien être le but d’un tel truc ? »
Alexis sursauta et se tourna vers un autre homme qui le dévisageait, amusé.
« Euh, je…
-Ne vous inquiétez pas, je vous comprends totalement. Vous êtes le nouvel ami de Casey ?
-Oui…
-Je vous ai vus arriver ensemble. Je m’appelle James, je suis un ex de Casey.
-Ah oui ? répliqua Alexis, soudain aussi froid que l’iceberg ayant fait couler le Titanic.
-C’était il y a longtemps, ne vous en faites pas.
-Hum, d’accord. Et donc ?
-Non, je pensais que ça aurait pu être amusant de discuter avec vous. Pour savoir si vous connaissiez Casey si bien que ça…
-Je ne comprends pas.
-Alors, c’est bien dommage. Vous vous en rendrez compte par vous-même, je pense, et j’espère, surtout. Sur ce, excusez-moi, je dois aller rejoindre des amis. »
Il eut un dernier sourire hypocrite pour Alexis qui se tourna pour observer Casey. Celui-ci riait avec un couple, mais il tourna soudain la tête vers Alexis et lui tira un petit bout de langue amusé, avant de lui faire signe de venir le rejoindre. Le jeune homme obéit, mais l’enthousiasme qui l’avait animé jusque là était retombé aussi vite qu’il était monté. Il tentait de se persuader, de se dire que cet homme avait juste voulu le troubler, car jaloux de lui et de sa relation avec Casey. Pourtant, il n’avait pas l’air amoureux, encore moins désireux de le récupérer. Alexis était un angoissé naturel, et un rien pouvait faire ressurgir tous ses doutes, toutes ses peines. Casey qui lui paraissait si agréable, si gentil, si fait pour lui, devenait soudain la possible cristallisation d’un mensonge, comme un démon derrière un masque d’ange. Durant le reste de la soirée, Alexis fut sombre, répondant à peine aux questions, et participant de temps à autre à la conversation, se contentant de négations ou de confirmations. Alors que les deux autres étaient enfin partis, Casey entraina Alexis vers un coin plus tranquille et lui demanda, agacé :
« Qu’est-ce que tu as ?
-Rien. Je ne savais pas quoi dire, c’est tout.
-Ca va plus loin que ça, là. Tu étais à la limite de l’impolitesse.
-Excuse-moi de ne pas être tout le temps si parfait. A force de devoir être bien habillé, bien éduqué, bien poli, bien intelligent, ça m’embrouille et je perds mes moyens.
-Je te demande pardon ?
-Tu m’as très bien compris.
-Tu crois vraiment que tu n’es ici que parce que je veux te montrer ? Désolé, Alexis, mais tu te trompes complètement. Si j’avais voulu faire ça, je t’aurais gardé à mon bras toute la soirée, en te demandant bien gentiment de te taire et de sourire.
-Tu connais un James ?
-Ah bah voilà. Je le savais. Dès que je l’ai vu ici, je me suis dit que ça allait m’apporter que des emmerdes. Oui, je suis sorti avec ce mec, mais ça a duré trois mois.
-Et alors ? Trois mois, c’est aussi la durée de notre relation pour le moment. Ecoute… Je vais rentrer. On se verra dans la semaine.
-Quoi ? Tu rentres pas à l’appart ? Alexis, bordel, tu vas quand même pas m’en vouloir pour un type pareil. Il t’a dit quoi pour que tu sois dans un état comme ça ?
-Il m’a dit que tu n’étais pas si idéal que tu en avais l’air, répondit Alexis, en le regardant droit dans les yeux. »
Casey se renfrogna et maugréa :
« Moi non plus, je ne suis pas un modèle. Ca marche dans les deux sens.
-Sauf que je ne fais pas semblant.
-Je fais semblant, d’après toi ! De mieux en mieux… Bon, écoute, on rentre. On discutera de ça à la maison. »
Casey alla saluer ses amis, et poussa ensuite Alexis pour la sortie. Le jeune homme n’avait pas envie de faire de scène devant tout le monde, et se taisait, obéissant sans rechigner, mais une fois dans la voiture, il ne put se retenir et lança :
« Désolé, Casey, mais c’est la vérité ! Qui me dit que tu n’es pas en train de te foutre de moi ?
-Ah oui, parce que te laisser habiter chez moi, te présenter à des gens que je connais comme, non plus un ami, mais mon ami, prendre le temps de m’occuper de toi, ça fait de moi un profiteur seulement intéressé par ton joli petit cul, c’est ça ? J’arrive pas à croire que tu puisses penser un truc pareil, simplement parce qu’un type vient te parler. Pourquoi tu le crois, lui, et pas moi ? Sérieusement, Alexis, t’as un souci, faudrait penser à te faire soigner. »
Alexis se crispa et sortit brusquement de la voiture, en claquant la portière. Casey jura et se gara sur le côté, avant de partir à ses trousses.
« Alexis ! Alexis, attends-moi !
-Laisse-moi tranquille !
-Alexis, bon sang ! s’énerva Casey, parvenant à l’attraper par le bras et à le tirer brusquement vers lui.
-Lâche-moi.
-Pas avant que tu te sois calmé. C’est ridicule, cette comédie.
-Je vais rentrer chez moi. Je viendrai chercher les quelques affaires que j’avais laissées à ton appart.
-Alexis… Calme-toi, s’il te plait. Il faut qu’on discute. S’il te plait, Alex… »
Le jeune homme céda mais ne décocha pas un seul mot à Casey durant tout le voyage. Une fois dans le salon, il resta tout aussi muet et le médecin s’assit près de lui.
« Alex… Qu’est-ce qui ne va pas ?
-Rien… Je suis fatigué.
-Mais qu’est-ce qu’il t’a dit, ce mec ? C’était si grave que ça.
-Je te fais confiance, Casey… Et parce que je te fais confiance, je ne peux pas supporter que tu la trahisses.
-J’avoue que je ne comprends pas très bien, là.
-J’ai toujours peur qu’on se foute de moi, qu’on me prenne encore pour un imbécile… Ca fait mal, tu sais.
-Pourquoi es-tu si méfiant ? Les gens ne sont pas forcément animés de mauvaises intentions…
-C’est pas ça…
-Il s’est passé quelque chose ? »
Alexis détourna les yeux et se mordilla la lèvre, puis se leva sans un mot pour se diriger vers la chambre.
« Alexis… Il t’est arrivé quelque chose…
-C’est pas grave…
-Attends, si, c’est grave ! Tu fais une tête de six pieds de long. Fais-moi confiance, Alex… Tu peux tout me dire…
-Ne me juge pas, s’il te plait.
-Ca serait bien la dernière chose que je pourrais faire…
-En fait… commença Alexis. En fait, si j’ai du mal à faire confiance comme ça, c’est à cause de quelqu’un… Ca remonte au lycée. Ca fait loin… sourit-il tristement. A l’époque, j’étais encore plus timide que maintenant… Et j’étais amoureux comme un gamin d’un de mes camarades de classe. Ce n’était pas le plus beau, le plus populaire, et à vrai dire, il était plutôt du genre discret, lui aussi, même s’il avait pas mal d’amis. Mais voilà, c’était lui… On s’est retrouvé à travailler ensemble sur un projet, donc on était souvent ensemble. Puis un soir, on s’est embrassé. Premier baiser pour moi, j’étais ridicule, mais il a été si gentil… Au fil du temps, mon amour a été de plus en plus fort, puis on a couché ensemble. C’était à l’école, dans un local de gym. J’avoue que ce n’est pas romantique, mais il a été si parfait… Jusqu’à ce qu’il montre son vrai visage… »
Alexis baissa la tête et serra les poings.
« En fait, il avait gentiment invité deux de ses amis, aussi…
-Ils t’ont… commença Casey, blême.
-Non, l’interrompit Alexis. Je ne me suis pas laissé faire et un des professeurs qui passait nous a entendus nous battre, mais… Ca ne m’a pas vraiment aidé… Moi, à moitié nu, avec un type entre les cuisses qui tentait de m’empêcher de bouger et un autre qui me tenait les bras, de quoi ça avait l’air, d’après toi… On nous a demandé de nous rhabiller, puis on a conduits chez le principal. Sauf que moi, j’étais tout seul, et eux, ils étaient trois… Ils ont dit que j’étais d’accord et en plus, il n’y avait pas eu de viol, puisque j’avais couché volontairement avec le premier.
-Mais ils ont essayé, pourtant !
-Je sais… Mais le prof qui était là a menti aussi, il a dit que c’était moi qui avais tout provoqué, que c’était ma faute, puisque ma conduite « perverse » était à l’origine de tout. Il a appuyé ensuite que ce n’était sûrement pas la première fois et qu’il m’avait déjà vu, à plusieurs reprises, avec des élèves « mâles », à essayer de les provoquer, et je le cite. Je me suis fait virer de mon lycée, tout le monde était au courant. Ca a été tellement douloureux, tellement humiliante… Je me sentais si impuissant, j’avais envie de hurler que ce n’était pas moi, que je n’avais rien fait, que j’étais victime… Mais ça n’aurait servi à rien, juste à me faire encore plus de mal. Et j’étais déjà si peu sûr de moi, si terrifié de ce que j’étais… C’est pour ça que j’ai si peur de faire confiance, si peur de coucher avec quelqu’un… Si peur de n’être qu’un jouet »
Casey passa un bras autour de la taille d’Alexis et l’emprisonna contre lui, soufflant un mot d’excuse à son oreille.
« Ce type était un pauvre mec. Et ce n’est même pas suffisant pour le décrire, en fait. Là où il est, il doit bien le regretter, encore plus s’il te voyait aujourd’hui. J’espère que tu ne m’en veux pas trop, pour ce soir.
-Non, c’est de ma faute.
-En attendant, je crois qu’on peut se féliciter.
-Pourquoi ?
-Première vraie dispute. Ca fait du bien, non ? »
Alexis sourit et se rencogna contre Casey.
« Tu es fatigué, hein ?
-Un peu.
-Alors, au dodo ! rit Casey en le faisant basculer sur le lit. »
Alexis se laissa déshabiller et chuchota :
« Je croyais que je devais dormir.
-Mais c’est ce que tu vas faire. Je te déshabille, je te mets au lit et je te borde. Et ça te dit une petite histoire ?
-Casey, t’es trop hilarant, je te jure, j’en peux plus là… répliqua Alexis, en bâillant.
-Bon... Tu as l’air épuisé… Je vais lire un peu dans le salon, puis je reviens une fois que tu dors…
-Ok… Mais fais-moi un bisou, avant, sourit Alexis. »
Casey obéit sans rechigner et éteignit la lumière en sortant, alors qu’Alexis se dirigea vers la salle de bain, puis alla se recoucher. Casey s’installa dans le salon, coupable et honteux. Il n’avait pas encore appelé Ryan, et voilà qu’Alexis lui avouait une partie de son passé. Cela ne suffisait pas à arrêter Casey, à l’empêcher de penser à ce toxicomane débauché et tordu prêt à tout pour de l’argent. Il ne cessait de songer qu’il était un monstre sans cœur, qu’il avait un homme merveilleux près de lui, mais tout ça ne couvrait pas le royaume de ses chimères. Pour se rassurer, Casey se disait qu’une fois ces dernières assouvies, il pourrait reprendre une vie normale, bien qu’accroché par l’argent à Ryan, quoiqu’il puisse faire. Durant sa période de célibat, il avait eu du mal à trouver de quoi se satisfaire, ses partenaires se faisaient réticents et Casey n’avait pas envie de se contenter des restes. Ryan ne valait pas beaucoup mieux mais il avait l’avantage – et l’inconvénient – de connaître Alexis, ce qui le gardait des dérapages involontaires. Restaient les autres, les plus dangereux, les plus probables.
Casey fuma une cigarette, oubliant d’ouvrir la fenêtre pour chasser l’odeur. Alexis n’aimait pas qu’il fume dans l’appartement. En retournant dans la chambre, Casey voulut fuir, lâchement, mais il se coucha près de lui, observant à la lumière encore allumée du couloir, le visage paisible et apaisé d’Alexis. Il avait parfois quelques froncements de sourcils, bougeait les mains ou la tête. Casey lui embrassa la joue, attendri.
Le lendemain, les deux jeunes hommes n’eurent pas l’occasion de se parler avant de partir tous les deux au travail. Casey, l’esprit encore torturé par son dilemme, eut la tête dans le vague une bonne partie de la matinée. Il reçut une jeune fille juste avant midi et reprit un peu de son sérieux, rappelant à la gamine les dangers qu’elle avait pris en ayant un rapport non protégé. Il l’emmena malgré tout faire une prise de sang, et lui promit de ne rien dire à ses parents. Il partit déjeuner avec une de ses collègues, mais en revenant dans son bureau, ses doutes revinrent au galop. Il ouvrit son agenda, et attrapa son téléphone. Et merde, tiens ! Il s’appuya contre le dossier de son siège et le fit pivoter, pour se retrouver face à la fenêtre. La voix nonchalante de Ryan lui répondit et Casey entendit un petit rire quand il se présenta.
« Monsieur Parfait en personne ! Qu’est-ce que je peux faire pour sa seigneurie ?
-Ne commence pas, Ryan, je t’en prie.
-Mais encore ?
-Est-ce… tu es libre ce soir ?
-Attends… Tu veux qu’on se voit ?
-On peut se voir où ?
-Tu ne réponds pas à ma question.
-Ecoute… Donne-moi une adresse où on pourra se retrouver, c’est tout ce que je te demande.
-Bon, bon… T’as du papier et un crayon ?
-Euh, oui… »
Casey écrivit l’adresse que Ryan lui donna joyeusement. Le jeune médecin raccrocha et se détesta pour l’impatience cruelle qu’il avait à aller voir cet homme.
Ils avaient convenu de se retrouver à cinq heures, à la sortie du service de Casey. Celui-ci entra les coordonnées de Ryan dans son GPS, et se borna à suivre le guide. Quinze minutes plus tard, il rejoignit Ryan, qui l’attendait devant l’entrée d’un petit hôtel, visiblement de basse qualité.
« Alexis rentre à quelle heure ? lui demanda Ryan, en l’amenant vers la chambre.
-Sept heures…
-Tu seras rentré d’ici là toi aussi.
-Ryan… Ecoute… »
Ryan attrapa Casey par sa cravate et le tira vers lui. Il lécha ses lèvres, les mordilla, et chuchota à Casey qu’il ferait mieux de se taire.
« Tu es libre. Fais ce que tu veux, comme tu veux. Je ne me plaindrai pas, je ne te demanderai pas d’arrêter. Je ne serai pas choqué, effrayé... »
Ryan avait eu du mal à l’admettre mais il était abominablement excité par la situation, et sa joie cruelle à prendre ce qui appartenait à Alexis la décuplait. Il salissait aussi sa relation, il la rendait impure et inapte à ce qu’il était, et s’apprêtait à récupérer ce qui lui appartenait. Alexis était sa chose à lui et Ryan allait le lui prouver en détruisant petit à petit son histoire. Il allait prendre son temps, le faire méthodiquement, bout après bout.
Casey se rhabilla, lentement. Cette première fois n’avait pas été si facile, il avait encore des inhibitions mais son sadisme avait parfois montré le bout de son nez. Pour preuve, les longues griffures sur le dos de Ryan, alors que celui-ci s’était offert à quatre pattes, ou même la marque de cigarette sur son épaule. Ryan s’était étendu sur le dos, grimaçant à la douleur lancinante qui lui labourait la peau.
« Tu mentais pas quand tu disais que tu aimais ça… Et je ne sais pas si je vais pouvoir marcher demain correctement, plaisanta Ryan.
-J’espère que tu resteras muet.
-Tant que tu alignes le cash, il n’y aucun souci à se faire.
-Tu es prêt à trahir un de tes amis pour de l’argent ?
-Et tu es prêt à tromper ton copain pour du sexe plus hard ? rétorqua Ryan. Enfin, je peux comprendre que taper sur Alexis pendant que vous couchez ensemble pour avoir un plus bel orgasme te rebute, avec sa petite tête d’ange, hein ? Finalement, heureusement que je suis là ! »
Les yeux assassins de Casey fusillèrent Ryan qui se contenta de sourire. Le médecin repartit sans un mot de plus, sans se retourner. En rentrant chez lui, Casey se détesta pour plusieurs raisons ; pour avoir trompé Alexis, pour avoir aimé ça et pour vouloir recommencer. Il l’attendit, le cœur lourd, et quand il l’entendit dans le couloir, il se leva et se précipita vers lui. Il le serra contre lui en l’embrassant, et Alexis, surpris, lui dit :
« Qu’est-ce qui t’arrive ?
-Je suis content de te voir, souffla Casey.
-Ah… Moi aussi, je suis content. »
Alexis se pelotonna contre Casey et lui fit remarquer qu’il avait encore fumé dans l’appartement, avec un ton de reproche qui amusa le médecin.
« On devrait aller chercher le reste de tes affaires…
-Hé, on a pas encore convenu que j’emménageais !
-Tu passes tout ton temps ici ! Ca serait beaucoup plus pratique, tu sais. Puis, moi, j’ai envie de t’avoir près de moi…
-C’est vrai que je suis bien dans ton appart.
-Ah, il n’y a que ça qui pourrait te décider ?
-Non… Il y a toi surtout. »
Alexis embrassa Casey et voulut défaire sa cravate, mais le médecin l’arrêta, soudain gêné, et balbutia qu’il préférait attendre, qu’ils devaient manger et qu’ils avaient bien d’autres choses à faire avant. Déçu, Alexis accepta alors que Casey s’enfermait dans la salle de bain. Il devait se laver avant, effacer l’odeur de Ryan, et tenter de se débarrasser du linceul de sa honte. Il quitta la pièce, simplement vêtu d’un caleçon et d’un t-shirt, et chercha Alexis, qu’il trouva dans la cuisine. Il l’enlaça, passant ses bras autour de sa taille.
« Qu’est-ce que tu fais de bon ?
-Tu sais bien que je suis limité aux pâtes et aux surgelés, mais je vais tenter de faire un effort.
-Tu veux pas que je le fasse, plutôt ?
-Hé, si tu dois vivre avec moi, il va falloir que tu manges ce que je fais.
-Au secours… se moqua Casey.
-Ok… J’ai compris. Je commande une pizza, trop la flemme, et je t’interdis de t’en occuper, parce que j’ai envie de passer du temps avec toi. Ma journée m’a crevé. »
Alexis passa un coup de fil et attrapa le poignet de Casey, avant de le traîner jusque dans le salon. Il le fit s’assoir sur ses genoux et en jouant avec ses cheveux, il lui demanda :
« Dis… Si j’habite ici, on pourra changer quelques trucs ?
-Bien sûr ! Tout ce que tu veux. Mais rassure-moi, tu ne vas pas tout repeindre ?
-Mais non ! Ne t’en fais pas, va. Au fait… J’aimerais bien rencontrer Emma…
-Elle revient vendredi soir, tu auras tout le temps de la voir !
-Je vais lui faire un petit cadeau, je pense. Tu sais ce qui lui ferait plaisir ?
-Euh… Elle adore jouer aux jeux vidéo. En ce moment, elle ne quitte pas sa console portable.
-Ah ouais ? J’adore ce truc moi aussi ! Je vais lui acheter un jeu que j’ai déjà et on jouera tous les deux.
-Mon dieu, je vais avoir deux enfants à charge ! »
Alexis s’apprêtait à cogner Casey avec un coussin du canapé quand la sonnette retentit. Il alla chercher sa pizza, tout sourire, alors que le cœur de Casey se serrait, mais ne parvenait pas à se raisonner.
Alexis attendit avec impatience l’arrivée de la fille de Casey, que celui-ci était allé chercher à la gare. Il avait préparé son cadeau, emballé dans un joli papier bleu. Le jeune homme s’inquiétait, apeuré à l’idée que la petite ne l’aime pas. Jamais un de ces compagnons n’avait eu d’enfants, et Alexis ne savait pas vraiment s’il serait à la hauteur d’une tâche pareille. En général, il s’entendait bien avec les gamins, de par son naturel calme, patient et doux. En entendant le verrou se tourner, il souffla un bon coup et se leva. Casey apparut, une petite fille sur les épaules, qui dévisagea Alexis, alors que son père la posait par terre. Elle resta accrochée aux jambes de Casey, aussi intimidée qu’Alexis. Emma ressemblait beaucoup à Casey, elle avait les mêmes cheveux bruns, les mêmes yeux verts, rieurs et intelligents.
« Bonjour, Emma, je m’appelle Alexis, et je suis ravi de te rencontrer.
-Moi aussi… »
Elle continua de se cacher derrière Casey, qui la reprit dans ses bras pour l’emmener dans le salon.
« Allez, ma puce, assis-toi là quelques minutes, je vais te faire ton repas. »
Il laissa Emma avec Alexis et disparut dans la cuisine. Le jeune homme trouva moyen de faire diversion en offrant son cadeau à Emma, qui l’ouvrit consciencieusement avant qu’un grand sourire n’éclaire ses lèvres.
« J’espère que ça te plait.
-Merci beaucoup !
-Je l’ai aussi, tu veux qu’on joue tous les deux ?
-Oh oui ! »
Alexis se leva pour aller chercher sa console dans la chambre qu’il partageait avec Casey et revint s’asseoir près d’Emma, qui l’attendait, impatiente. Rassuré, Alexis se prit au jeu et Casey ne put réprimer sa joie quand il sortit de la cuisine. Avoir un enfant ne facilitait pas les relations amoureuses, et nombre de fois, ses chances avaient été réduites à néant dès l’évocation du prénom d’Emma. Alexis était un ange et Casey le comprenait, chaque jour un peu plus. Mais il en était aussi venu au fait qu’un ange ne pouvait être perverti et sali sans déchoir, alors il avait définitivement choisi de se tourner vers un démon déjà tombé. Il avait décidé que coucher avec Ryan n’empiétait pas sur sa relation avec Alexis et pire, que cela la protégeait.
Ils dînèrent tous les trois dans le salon, et Emma discuta tranquillement avec Alexis, pendant que Casey préparait sa chambre. La petite dit enfin bonne nuit aux deux adultes et partit se coucher, après s’être fait promettre une longue ballade demain. Casey lâcha un long soupir et s’étendit sur Alexis, allongé sur le canapé.
« Je crois qu’elle t’aime bien.
-Oui, je crois aussi, répondit Alexis, caressant sa nuque du bout de ses doigts. J’étais totalement flippé. Comme un entretien d’embauche !
-Eh, c’est pas si éloigné ! Etre papa en second, c’est un boulot !
-Allons, elle n’a qu’un seul papa, lui rappela Alexis, en déposant un baiser sur ses lèvres.
-Peut-être mais si tu ne te lasses pas de moi, tu seras aussi amené à prendre une place dans sa vie.
-Je suis prêt à toute éventualité… »
Alexis se tut et ferma les yeux, soupirant qu’il était fatigué.
« J’ai pris mon week-end pour être avec toi et Emma. Elle repart quand ?
-Dimanche soir.
-Ok… On ira chercher mes affaires après, d’accord ?
-Mais avec joie. »
Cet instant de tendresse avec Alexis se prolongea longtemps, jusqu’à ce que le jeune homme s’endorme contre le torse de Casey. Ce dernier le prit prudemment dans ses bras et le ramena dans leur chambre. Casey était heureux, heureux de savoir une nouvelle vie à portée de main, heureux d’être avec un homme qui lui plaisait et dont il était amoureux, occultant même pour un temps le crime dont il se rendait coupable à son égard.
Le week-end avec Emma les ravit tous deux, la gamine semblait avoir adopté Alexis avec tant de facilité, que les au revoir du dimanche leur parurent une déchirure. Alexis s’installa un peu plus encore chez Casey, songeant même à résilier son bail, sous les conseils de sa mère qu’il avait appelée en rentrant. Anita, toute joyeuse, était enchantée que le bonheur sourie enfin à son fils, et dans son empressement et sa spontanéité, elle prévoyait déjà de fêter ça. Alexis temporisait, mais il était tout aussi impatient qu’elle. Il pensait qu’il n’avait jamais eu de chance, dans sa vie, mais à présent, il avait Casey et se disait que la roue avait fini par tourner. Il était si parfait, si gentil, si compréhensif. Combien l’auraient jeté le premier jour, après son refus ? Probablement tous, mais lui avait su faire preuve de patience et avait gagné toute sa confiance. Alexis aimait encore un peu Ryan mais être avec Casey dissolvait ce reste de sentiment peu à peu. Que pouvait-il attendre de son ami, si ce n’était les injures, les menaces et la moquerie ? Casey lui offrait tout ce qu’il avait toujours voulu avoir, et celui lui suffisait.
-o-
Casey tira le frein à main et s’observa dans le rétroviseur avant de sortir. Il regarda de haut en bas son immeuble et aperçut un homme, qui l’attendait contre le mur. Casey traversa la rue en courant. Ils montèrent tous les deux, sans un mot, comme d’habitude. Casey recommençait, pour la énième fois. Il lui semblait qu’il y en avait eu tellement qu’il avait arrêté de les compter pour ne plus se sentir si misérable. En entrant, Ryan lui lança ce même coup d’œil qui en disait long, ce même sourire qui le narguait et lui rappelait qu’il n’y avait aucun vainqueur. Casey y avait pris goût, il n’avait pas tardé à se dévoiler plus qu’il ne le fallait. Si Alexis connaissait la face de lumière, alors Ryan avait contemplé dans toute sa splendeur le revers obscur de la médaille. Et pourtant, une fois qu’il couchait avec Ryan, Casey oubliait jusqu’à l’existence d’Alexis – ou du moins, préférait l’oublier – et cavalait après les désordres et les dépravations de sa chair. Si au début, il avait été hésitant, à présent, il vivait son fantasme dans toute sa splendeur. Ryan avait tenu sa promesse, il ne se plaignait jamais et jouait le jeu, se pliant à chaque souhait de Casey. Quand celui-ci voulait qu’il crie, alors il gémissait à en déranger tous les voisins. Si Casey désirait qu’il se perde en vulgarité, alors il s’exécutait sans rechigner. Il s’amusait à devenir une poupée, et même si parfois, Casey lui faisait réellement mal, il y avait aussi trouvé son compte et se découvrait de nouvelles aberrations. Certaines douleurs l’électrisaient et le faisaient feuler de plaisir, et de temps à autres, il prenait de l’héroïne avant et s’envolait dans des contrées dont il oubliait tout une fois la tension retombée. Il avait proposé de la drogue à Casey mais celui-ci avait toujours refusé, sans doute pour ne pas trop s’enfoncer dans ses mensonges et ses torts. Ils avaient commencé à coucher ensemble il y a déjà trois mois et ils se voyaient souvent quand Alexis était coincé au journal à travailler sur des articles jusqu’à tard dans la soirée – quelques fois jusqu’à onze heures. Ryan avait abandonné ses autres clients et se consacrait entièrement à Casey. Il ne comptait même plus tout l’argent qu’il avait réussi à obtenir de lui et il se délectait de la douce ironie de la situation. Il démontait lentement mais sûrement son idylle avec Alexis, il prenait son pied, et en plus, il s’offrait sa précieuse poudre. Il avait découvert que Casey n’était pas si gentil, si doux, si aimant qu’il essayait de le faire croire à tout le monde et surtout à Alexis. Le médecin pouvait se montrer mauvais, agressif, presque dément, et Ryan avait vite compris qu’il se servait de lui pour se libérer de ses envies si oppressantes. Il tentait de le pousser à la faute, de lui faire prendre goût à leurs jeux, au point qu’il finisse par se trahir auprès d’Alexis, mais Casey était assez habile pour concilier les deux.
Ryan se mordit la lèvre quand Casey le déshabilla, arrachant sa chemise dont les boutons tombèrent sur le parquet, cliquetant. Ses doigts s’accrochèrent aux mèches brunes de Casey, ses jambes se nouèrent autour de sa taille, quand ils se retrouvèrent tous les deux sur le lit. Casey avait toujours refusé d’aller chez Ryan et ils se retrouvaient dans la chambre qu’il partageait avec Alexis, sans culpabilité.
Le médecin aujourd’hui paraissait plus violent, plus énervé qu’à l’accoutumée, pour preuve, les morsures qu’il laissait sur le cou ou les épaules de Ryan.
« Qu’est-ce qui t’arrive, aujourd’hui, Casey ? se moqua Ryan, en se tortillant.
-J’ai envie de te faire encore plus mal que d’habitude pour te faire perdre ton arrogance, répondit Casey, en déboutonnant son pantalon.
-Ah ouais ? »
Les yeux verts que Casey releva sur lui firent vaciller une seconde la belle assurance de Ryan, qui se reprit bien vite, se persuadant qu’il n’avait rien à craindre. Casey faisait preuve d’une brutalité à la limite de la cruauté gratuite quelques fois et Ryan admettait volontiers que lorsque cela arrivait, il aurait préféré être à des kilomètres du médecin, même si au bout, il y avait de l’argent. Et aujourd’hui, il allait devoir serrer les dents, car Casey semblait être dans un mauvais jour.
Ils ne s’embrassaient jamais. Aucun des deux n’en avait envie, pour des raisons probablement différentes. Ryan lâcha une petite plainte quand Casey manqua de lui retourner le poignet à force de l’obliger à se coucher et le jeune homme essayait de se dégager, l’insultant au passage.
« Tu n’es qu’un pantin, lui susurra Casey à l’oreille, en lui attrapant les mains pour qu’il se calme.
-Arrête ça, c’est pas drôle.
-Ce n’est absolument pas une plaisanterie. »
Ryan avait cru avoir déjà tout aperçu de lui, avoir creusé jusqu’à son vrai visage, mais soudain, il avait l’impression que la vraie débauche de Casey s’élevait au grand jour.
« Tu as cru que tu avais gagné… Tu as cru que tu étais le maître, continua Casey, en caressant du bout de ses ongles la joue de Ryan. »
Il le retourna brusquement sur le ventre et tira sur son jeans qui glissa le long de ses jambes, malgré les protestations de Ryan. Casey plaqua sa main sur sa nuque pour l’empêcher de se relever.
« A quatre pattes… Comme un animal… Baiser face à face, c’est quasiment un privilège humain, et comme tu n’es certainement pas un homme, t’as pas besoin d’avoir cette considération. »
Casey se déshabillé à son tour, et d’un geste, il attrapa l’emballage du préservatif, sur le lit. Ryan commençait à paniquer, et la pensée fugace que Casey pourrait le tuer lui traversa l’esprit. Quelle meilleure solution pour lui ! Il se débarrasserait ainsi de son maître chanteur, de la preuve de son adultère et du tison de son second personnage.
« Casey… souffla Ryan, à moitié étouffé par le tissu de l’oreiller.
-Tu as toujours cru que tu étais le plus fort… Le plus intelligent, mais tu t’es trompé. »
Casey le pénétra sans préparation, et seul le lubrifiant sur le préservatif atténua quelque peu la douleur. Ryan haletait, les doigts recroquevillés. Il avait déjà eu mal, que ce fusse avec Casey et tous les autres avant lui, mais ce soir, il y avait quelque chose de plus pénible encore ; le sentiment d’avoir encore échoué, de s’être trompé et d’avoir cru être capable de s’opposer à une personne plus forte et plus maligne. Il inspira profondément et serra les mâchoires quand Casey se mit à bouger, étrangement calme. Malheureusement, cela ne dura pas longtemps et
Ryan ne put retenir un cri, en se sentant presque éventré tant le médecin lui faisait mal. Au-dessus de lui, Casey souriait, satisfait, s’acharnant à lui démontrer à quel point il s’était trompé en se pensant meilleur que lui. Il allait l’humilier, lui faire regretter d’avoir eu un jour l’audace de vouloir se jouer de lui et d’avoir tenté de lui prendre Alexis. Il se pencha vers Ryan et lui souffla à l’oreille :
« Tu es mon trésor, Ryan. Un trésor répugnant, un trésor fait de poussière, fait d’immondices, un trésor sans valeur. Le trésor qui nourrit mon infection, le trésor qui assouvit mes démons. Tu me salis, autant que je te salis. »
Casey planta ses ongles en se redressant dans les flancs de Ryan jusqu’à ce qu’un peu de sang perle sur la peau. Son bassin allait et venait violemment, et Ryan, à quatre pattes sur le lit, la tête dans l’oreiller, complètement nu, avait fermé les yeux, pour ne plus voir, à défaut de ne plus entendre. Ses ongles se refermèrent sur le tissu et il serra les dents, en relevant la tête et rouvrant les paupières. Il étouffa un geignement, ses cuisses étaient irradiées de souffrance, et pourtant, à présent, dans cette celle-ci, il avait son plaisir, sa vie retrouvée et désespérée. Les doigts de Casey s’agrippèrent à ses cheveux et tirèrent dessus, arrachant un cri à Ryan. Un rire cinglant vrilla ses oreilles et les doigts de Casey tirèrent encore plus.
« Tu n’es rien. Tu ne vaux rien. Tu n’es plus un homme, tu n’es qu’un animal. Un animal qui répond à ses instincts, un animal vicieux… Dans ta bestialité, tu oses réclamer Alexis, tu le veux tellement, tu en as envie à un tel point. »
Ryan eut un autre cri quand Casey, toujours la main dans ses cheveux, l’obligea à se redresser, collant son dos à sa poitrine.
« Avec ce sang à toi… Tu veux lui inoculer ta peine, tu veux l’entraîner dans ta chute.
-Ca… Casey… »
Ryan sentit des larmes de rage couler sur ses joues, pour la première fois, alors qu’il s’offrait encore, stupidement, sans pouvoir retenir les brides de sa dépravation.
« Casey… Prends-moi… Baise-moi… Casey… »
Casey se réjouit.
« Regarde-toi, dit-t-il, la respiration légèrement hachée, tes hanches qui bougent toutes seules, tes lèvres qui supplient, continua Casey, enfonçant ses doigts dans la bouche de Ryan, qui les suça sans s’en rendre vraiment compte. Rampe… Rampe pour réclamer… Soumets-toi, Ryan… »
Casey repoussa Ryan qui s’étala à plat ventre sur le matelas. Le lit cognait contre le mur, Ryan, parmi ses pleurs, gémissait, lâchant des geignements enroués, envoyant son bassin à la rencontre de celui de Casey. Il se caressait, sentant son orgasme et sa chute. Casey se déchaîna, ses râles gutturaux accompagnant sa jouissance. Ryan éjacula, sa main pleine de sperme, les draps salis, alors que Casey devint encore plus agressif. Brisé, épuisé, Ryan subit la dernière violence de Casey, qui se retira pour retomber à côté de lui. La respiration bruyante, les bras tremblants, Ryan se redressa, cherchant son sous-vêtement, luttant contre l’envie de vomir que la douleur faisait naître en lui. Casey s’était tourné sur le dos, nu. Sa main retira le préservatif de son sexe devenu flasque et il le jeta négligemment au sol. Ryan chercha à reprendre constance, pour ne pas lui offrir une victoire complète et totale.
« Tu ne vaux pas mieux que moi, Casey. Tu trompes Alexis avec cet insecte que tu méprises.
-Tu te méprends. Toi, je te baise. Avec Alexis, je fais l’amour.
-Comme si ça faisait une différence. »
Casey eut un sifflement et attrapa Ryan à la gorge, le ramenant vers lui.
« Ne te compare jamais à lui. Tu n’es qu’une pute, tu couches avec moi pour avoir ton argent et ta dose. Tu es tombé tellement bas pour te satisfaire.
-Pourtant, qui est dans ton lit, là, tout de suite ? le provoqua Ryan. Puis donne-moi mon argent, puisque tu en parles. »
Casey se tourna sur le côté, s’appuyant sur un coude, ouvrant le tiroir pour fouiller dedans. Il s’empara de trois billets de cent dollars et les passa sur le visage de Ryan, avec mépris, puis il lâcha :
« Supplie-moi.
-Casey…
-Tu veux cet argent ? Supplie-moi. Enfonce-toi encore plus… Supplie !
-Casey, s’il te plait… Donne-moi cet argent…
-C’est ça, que t’appelles supplier ?
-Casey, putain, donne-moi mon fric. Ou tu préfères que j’aille parler à Alexis.
-Je rêve ou tu me menaces ?
-Et alors ? »
Casey éclata de rire, lâchant l’argent qui tomba sur les draps.
« J’espère que tu plaisantes, là ? Ryan, si tu vas parler à Alexis, je te tue, t’entends ? Jamais je n’accepterai qu’Alexis me quitte, et surtout par ta faute !
-Ca serait la pire des humiliations, hein ? Ton précieux petit ange balayé par ce démon pernicieux, écrasé par tes vices. Tu es aussi immoral et corrompu que moi. Tu te raccroches à l’image parfaite d’Alexis pour te guérir, pour te laver de tes salissures mais tu continues à les attiser avec moi. Tu aimes ramper toi aussi, tu rampes avec moi, tu te traînes tout comme moi. On fait que baiser, Casey, mais c’est pas déjà trop ? Tu te mens, à toi aussi. Tu aimes notre perversion, la violence et l’odeur de mort…
-Ta gueule ! s’écria Casey, en se redressant, toujours nu. Qu’est-ce un sous-homme comme toi peut savoir de tout ça ?
-Tu es aussi inhumain que moi, Casey. Tu auras toujours envie de moi, envie de ma bestialité, envie de me faire mal et de te faire mal. Avec Alexis, tu ne peux pas exprimer ta vraie nature, tu te restreints, c’est pas trop dur, de faire ça ? Heureusement que je suis là, hein ? »
Ryan eut un sourire forcé et passa sa langue sur ses lèvres sèches. Les yeux verts de Casey s’étaient embrasés de colère et Ryan crut qu’il allait se jeter sur lui pour l’étrangler. Sans s’en rendre compte, il passa sa main sur sa gorge, sentant sa jugulaire pulsante.
« Toi non plus, tu ne mérites pas Alexis, en fait. Et tu es là, avec moi, pour te persuader du contraire, hein ?
-Ta gueule, je te dis ! J’aime Alexis, c’est mon vaccin.
-Tu continues à t’empoisonner, le coupa Ryan.
-Je me soigne de toi.
-Mais bien sûr… Tu n’es qu’un pauvre type, Casey. Tu trompes l’homme que tu es censé aimer, dans votre propre lit. Tu as besoin de moi… »
Ryan s’assit sur le bord du matelas puis se mit debout, passant son pantalon, puis sa chemise qu’il ne reboutonna pas tout de suite.
« Et maintenant, tu vas l’attendre, pas vrai ? Tu vas faire comme si de rien n’était, quand il va passer cette porte, tu vas l’embrasser, le toucher… Et pourtant, quelques heures plus tôt, tu courais après les pourritures qui constituent ta vie. »
Ryan eut un rire clair, amusé, sincère. Casey demeura silencieux, allumant une cigarette, la main lâche.
« Prends ton fric et va acheter ta mort. Si tu veux me faire plaisir, fais une overdose.
-Ca ferait du mal à Alexis, répliqua Ryan, non sans ironie.
-D’un côté, t’en as plus pour très longtemps quoiqu’il arrive, alors, j’ai pas à m’en faire. »
Ryan se figea, mais ne répondit pas, puis remit ses chaussures, et attrapa l’argent qu’il fourra dans la poche de sa veste.
« Appelle-moi quand tes chaînes se seront de nouveau brisées, Casey. Et encore merci pour la petite distraction. »
Ryan sortit de l’appartement. Il n’avait même plus honte ni remords à coucher avec cet homme qui s’était emparé d’une précieuse perle, et plus il s’égarait, l’entraînant avec lui, plus ce contentement malsain montait en lui. Il ne haïssait pas Casey mais il n’admettait pas son comportement traître, sa façon de cacher ses tourments et les aspérités de son caractère. Ryan lui reprochait de s’adapter à Alexis, de lui mentir, de s’appliquer sur le calque de l’amour parfait que le jeune homme imaginait encore. Alexis gardait cette candeur, cette naïveté étrange et étrangère à Ryan et à beaucoup d’autres, aussi. Il continuait obstinément de croire dans l’amour, la fidélité et le bonheur, et pire, il faisait tout pour que cela se produise. Il construisait, projetait, s’émerveillait, mais ne savait rien. Ryan avait longtemps pris cela pour de la profonde stupidité puis il y a quelques mois, il avait changé d’avis. Alexis aimait juste la vie plus que les autres, et voulait la choyer, l’alléger, donner tout son sens à ce mot. Juste faire de la vie une vie. Mais Casey, Ryan et beaucoup d’autres, ternis, éclaboussés, méprisants et méprisables, se moquaient de cette course au bonheur, s’imaginant leur existence comme une guerre ou une lutte pour la survie. Ryan rêvait de posséder cette insouciance, cette liberté dans la joie, et s’il les avait eues un jour, alors il les avait définitivement perdues. Avec Gregory, il avait été heureux, content d’ouvrir les yeux chaque matin pour le voir près de lui, et se dire que le soir, il les fermerait sur la même image. Mais le bonheur était un sentiment qui s’efface si vite qu’on oublie sa saveur, pensant même ne l’avoir jamais connue. La nuit était tombée depuis une heure, et Ryan pensa à Alexis, bloqué à son travail, pour boucler la une, comme chaque semaine. C’était à cette occasion, entre autres, qu’il allait retrouver Casey. Ryan avait beau menacer de dernier, il dépendait de son argent, sans lui, pas de d’héroïne, sa déesse blanche. Sans son fix, il devenait encore plus apathique, plus hargneux envers les autres – et surtout Alexis, et Casey savait exploiter le filon. Parfois, l’idée de décrocher lui traversait l’esprit, puis il se rappelait qu’il en avait besoin jusqu’à en crever, et que mourir avec sa drogue dans les veines serait comme le plus beau des départs. Il était tombé si bas, se rappelait-il de ce qu’il était avant ? Parfois, en voyant des photographies ou en creusant dans sa mémoire, mais il avait du mal à croire que ce jeune homme souriant et affable n’était autre que lui-même. Il refusait de parler du passé et n’avait pas vu ses parents depuis le jour où il avait appris qu’il était séropositif. Ils n’avaient jamais su qu’il était homosexuel et espéraient encore qu’il leur présenterait une jeune femme et fonderait une famille. Même s’il l’avait voulu, ça n’était même plus possible. Ryan n’avait plus le courage de leur avouer toute la vérité et il ne le ferait probablement jamais. Il avait un frère et une sœur, le premier était déjà marié et la seconde était encore au lycée. A eux non plus, il n’avait pas parlé depuis un bon moment. Il était l’aîné et malgré tout, il ne s’était jamais senti proche d’eux. Alexis, lui, était fils unique, et Ryan se servait souvent de ce prétexte pour justifier l’attitude exaspérante de son ami. Quand il y pensait, Ryan aurait pu tout aussi bien haïr Alexis, encore plus à présent.
Il s’enfonça dans les quartiers plus pauvres de San Francisco, malgré la douleur encore vivace qui n’avait pas disparu malgré les quelques heures de repos qu’il s’était accordé chez lui. Il partait retrouver Stefan, froissant les billets dans sa poche. Il se faufila dans une ruelle sombre, et s’approcha d’un homme, adossé à un mur.
« Hé, Stefan ! »
L’homme redressa la tête, qu’il avait cachée sous une capuche. Ryan ne savait toujours pas à quoi il ressemblait exactement. Une voix grave lui répondit, avec calme, mais aussi une petite pointe de lassitude :
« Bonsoir, Ryan…
-T’as ce que je veux ?
-J’ai toujours ce que tu veux. Et toi, t’as le fric ?
-Ouais, tout juste gagné ! »
Ryan sortit son argent, triomphalement, et les tendit à Stefan, qui les rangea soigneusement après les avoir comptés.
« T’as encore couché avec lui, hein ? »
Ryan éclata de rire et s’assit une marche d’un escalier qui menait à un immeuble.
« Ouais… Tu crois quoi ? Que c’est le seul ?
-Tu baises souvent avec lui quand même ? Ton ami ne sait toujours rien ?
-Alexis est trop con pour s’en rendre compte. Puis Casey se démerde bien pour le lui cacher. Puis donne-moi ma dose. »
Ryan tendit la main à Stefan qui lui remit un petit cachet.
« Merci.
-Je sais pas si tu dois vraiment me dire merci, tu sais. »
Ryan eut un sourire et replia ses jambes, qu’il entoura ensuite de ses bras.
« Depuis quand un dealer s’inquiète pour ses clients, hein ? Puis si c’est pas la drogue qui me tuera, ça sera le sida, quitte à choisir, je préfère partir après une bonne baise et un bon shooter.
-Le sida ne tue plus forcément.
-Oh, je t’en prie ! J’ai l’impression d’entendre Alexis, répliqua Ryan en roulant des yeux. J’ai pas besoin d’un deuxième donneur de leçons, surtout venant de la part d’un type qui me vend ma drogue. »
Ryan crut percevoir un léger tressaillement de la part de Stefan mais il chassa bien vite cette idée stupide. Un homme s’approchait d’eux et Ryan se redressa, en s’étirant.
« Ce soir, on pourra pas discuter. J’avais oublié qu’on était vendredi, ça va affluer plus qu’en semaine. A la prochaine, Stefan ! »
Ryan lui lança un petit baiser du bout des lèvres et s’éloigna, les mains croisées derrière la tête. La perspective de son quart d’heure d’euphorie suffisait à lui faire accélérer le pas et il termina en courant, se jetant sur son lit, cherchant à tâtons dans l’obscurité sa sangle et ses seringues. Il chauffa la poudre dans de l’eau, passant son briquet sous un tout petit ballon de verre, le noircissant encore plus qu’il ne l’était déjà. Les mains rendues tremblantes par l’impatience, il versa sa solution dans la seringue, ne prenant pas la peine de changer l’aiguille pourtant usagée. Il la posa un instant, serrant la sangle autour de son bras. L’aiguille s’enfonça dans sa peau, un peu de sang coula autour de la minuscule plaie. Ryan se mordit la lèvre, ne pouvant retenir le gémissement contenté de sentir se répandre dans ses veines sa précieuse confidente. Il retomba sur son lit, tremblant. L’acmé tant recherchée le secoua de la tête au pied, cet orgasme violent, ce moment de jouissance pure lui déchira les entrailles. Puis il fut plongé dans une euphorie bienveillante, sa poitrine se soulevait lentement, sa respiration paisible. Il s’endormit ainsi, sa seringue et sa vie brisée à côté de lui.
-oo-
A suivre…
Note : Je voulais dire un truc mais je sais plus… Enfin, bref… Sinon, j’ai relu vite fait, j’espère que j’ai pas trop laissé d’erreurs D ;
Réponse aux reviews :
Mélanie : Merci pour ton petit commentaire ! J’essaie de me dépêcher pour faire vite, mais je suis à la flemme ce que le far aux pruneaux est à la Bretagne XD (en clair, je suis un gros gland)
LilyKaze : T’avais vu juste avec Casey xD Enfin, disons que c’est plus une banquette de bagnole qu’un lit, m’enfin, l’intention était là xD Et tu as raison, Alexis devrait avoir peur pour sa gueule xD
Paddchan : Merci pour ta review ! Est-ce que tes hypothèses ont été vérifiées, alors ? 8D
Vani : Ouais, FP, ça suxx grave pour la mis en page. Si je me sens un jour de refaire mon site, j’y foutrai un truc mieux. Pour le reste, ouais, j’avoue, je suis pas un champion pour finir mes fics, mais on va dire que celle-là, elle risque quand même d’être terminée XD (j’espère ;o ;) Est-ce que tu aimes toujours Casey, au fait ? ;3