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grumpfbiiiiiiiiiiiiip de mise en page
Bonne lecture
I/ (Paranoïa)
8h, un jour comme les autres. Non, ce n’est pas lundi, ce n’est pas vendredi. C’est un jour de semaine, et Mallory travaille, comme tous les jours. Mais quelque chose la perturbe. En effet, depuis quelques temps, elle a l’impression d’être épiée. Ses collègues murmurent à une distance respectable quand elle est dans la pièce, et s’interrompent si elle entre alors qu’ils parlent. Alors elle s’interroge. Aurait-elle fait quelque chose de mal ? Raté un rapport ? Elle va être virée et personne ne lui dit ? Même son meilleur ami -et accessoirement collègue- se fait invisible.
C’est en s’interrogeant encore et encore qu’elle passe cette autre journée dans la fourmilière qu’est cet immeuble.
L’actualité est même plutôt calme, en ce moment. Pas d’attentat depuis au moins trois mois, pas d’alerte chimique, non, c’est calme.
Juste un accès de paranoïa ? Probablement. Elle se fait des idées.
Elle a comme une crampe dans le ventre, sûrement le stress, elle s’angoisse pour rien. La journée est bientôt finie, elle passera un coup de fil à une amie, se détendra, et demain elle s’apercevra qu’elle s’imaginait n’importe quoi.
Rentrée chez elle, elle ôte ses chaussures après avoir appuyé sur le bouton du répondeur, pour écouter ses messages. Il y en a quand même un de son meilleur ami (plus pour longtemps s’il persiste dans son silence et son comportement d’évitement…) Tay, elle l’écoute d’une oreille attentive, soupire alors qu’il annule leur sortie du lendemain et lui promet de l’appeler pour programmer autre chose, elle met un bain à couler, se déshabille, et plonge dans l’eau avec un soupir d’aise.
Profitons de cet instant privilégié pour faire plus ample connaissance avec notre sujet.
Mallory Adams, 27 ans (ou presque), célibataire et sans enfants, brune, les yeux clairs, de taille et de corpulence moyennes… Admettons, ce n’est pas le plus important. Elle est documentaliste, fait des recherches pour les grands cadres de la société qui l’emploie, qu’elle cumule avec une fonction de secrétaire quand ça les arrange, et a un talent particulier pour rédiger les rapports des autres. Sympathique, ouverte, honnête et franche, elle est vivement appréciée de ses amis, collègues, et autres spécimens l’entourant. Maintenant qu’elle s’est séchée et est partie s’allonger un moment, nous allons nous éclipser et reviendrons demain.
Un autre matin, d’autres crampes. Elle a pris quelques comprimés, des tisanes, rien n’y fait, elle n’a jamais eu aussi mal au ventre de sa vie. À ça s’ajoute depuis quelques minutes un début de migraine qui lui vrille les tempes. Elle a un vertige, et s’assoit brutalement, laissant tomber une pile de dossiers. Un collègue la voit faire, et lui lance un « ça va ? » tonitruant, qui traverse les bureaux. Perdue quelques instants dans les méandres de la douleur, elle n’entend pas vraiment la question. Le collègue, inquiet, s’approche et pose sa main sur son épaule. Elle sursaute.
- Mallory ?
- Oh, Cédric.
- Ça va ?
- Pas vraiment non, mais c’est gentil de vous en inquiéter. Ça va passer, c’est juste un vertige.
Le jeune homme lève la tête, et fait un signe à quelqu’un. Petit à petit le silence qui s’est formé à la suite de l’exclamation de Cédric est remplacé par un bourdonnement assez désagréable à l’oreille, donnant à Mallory une sensation de malaise. Elle ferme les yeux alors que sa vue se trouble, et finalement le malaise se dissipe, la sensation de tournis disparaît, sa vue et son ouïe redeviennent normales.
- Tu veux qu’on t’accompagne au labo, voir si quelqu’un peut t’aider ?
- Non, ça ira je crois.
- Tu es sûre hein ?
- Oui, oui. affirme-t-elle en réprimant une grimace.
- Bon, je retourne bosser, si tu as un autre malaise tu m’appelles hein ?
- J’y penserai, juste avant de tomber…
- Mallory !
- Je vous appellerai.
- Merci.
Mallory reste assise encore quelques minutes, attendant de ne plus être le centre d’attraction, ramasse ses dossiers et poursuit son travail. Elle profite d’une pause pour se glisser dans la pharmacie du labo, et avale quelques pilules contre les douleurs. Elle s’adosse contre le mur lisse et froid, et se laisse glisser jusqu’à être assise, les genoux serrés contre sa poitrine.
Elle se balance d’arrière en avant, priant pour que la douleur diminue ne serait-ce qu’un peu.
Elle se réveille en sursaut un moment plus tard, ne comprenant pas comment elle a bien pu s’assoupir, et rejoint son service le plus discrètement possible.
Encore des murmures sur son passage. Ça l’énerve prodigieusement, d’autant plus qu’elle n’arrive pas à savoir si elle n’imagine pas tout ça. Non. La douleur est bien réelle.
C’est la seule chose dont elle est sûre.
À présent, les crampes abdominales se sont étendues au reste du corps. Parfois sa jambe se bloque, parfois un bras. Elle essaie de rester discrète, de ne pas se faire remarquer, mais son malaise et ses grimaces de douleur n’aident pas.
Pourquoi diable ces douleurs ne veulent-elles pas passer ?
La journée est presque finie, quand Mallory sent quelque chose se crisper dans sa poitrine. Sa respiration se bloque, elle cherche l’air, et étouffe. Elle tombe.
Quelques secondes évanouie, et elle se relève puis repart comme si de rien n’était.
Elle se console en se disant que c’est probablement de la fatigue, que le week-end est bientôt là, et que ça ira mieux le lendemain.
Mais si la nuit porte conseil, elle n’efface ni les angoisses, ni les douleurs inexpliquées, et le lendemain est encore plus difficile à aborder.
Mallory tient à peine debout, ce jour là. Mais c’est plus fort qu’elle, elle va travailler, affronter les murmures sur son passage et ces comportements étranges dont elle ne connaît pas la raison et qui la rendent dingue. Elle s’habille, se coiffe, et part.
Arrivée au bureau, quelque chose dans l’atmosphère ambiante la dérange, sans qu’elle ne puisse mettre un nom dessus. Il n’y a plus de murmures, mais quelques regards furtifs. Le café n’a pas le même goût, les gens parlent mais elle comprend à peine, elle traverse la journée comme isolée dans un cocon de coton. Café sur café, cigarette sur cigarette, endolorie, elle est là sans y être. On lui tape sur l’épaule, elle sursaute et tente de se concentrer sur son interlocuteur.
- Mallory ! Ca fait 10 minutes que je t’appelle !
- Cédric ? Je suis désolée ! Je… Je ne sais pas, je n’ai pas entendu.
- Je m’en suis bien rendu compte. Monsieur Roth veux te voir dans son bureau à 17 heures pétantes.
- C’est l’heure à laquelle je suis censée partir.
- Pas cette fois. Tu seras dans son bureau.
-Alors cette fois ça y est, c’est la fin.
Il est 16h, et elle a l’impression que l’immeuble s’effondre autour d’elle. Non, elle ne dramatise pas. Elle n’imaginait rien.
Pas de paranoïa. Juste des gens qui savaient déjà, et qui s’en faisaient une joie incommensurable.
Elle croyait être appréciée, elle s’aperçoit qu’elle s’est trompée. Et pour couronner le tout, une violente crampe dans le ventre la plie en deux, alors qu’un vertige la prend. Elle transpire, elle sent qu’elle a de la fièvre, et en passant une main lasse sur son visage, elle y retrouve du sang. Saigne-t-elle du nez ?
Elle file le plus discrètement possible aux toilettes, se met face à un miroir. Oui, elle saigne bien du nez, mais également des yeux. Des larmes de sang.
Elle se rince et s’essuie le visage, et monte d’un étage pour se diriger vers le bureau où elle est attendue. Quoi qu’il se dise, elle est prête et s’attend au pire.
17h pile. Elle toque à la porte, et une voix masculine lui demande d’entrer.
- Monsieur Roth ?
- Mallory ! Tu as eu mon message l’autre jour ?
- Oui Tay. Je veux dire Monsieur Roth.
- Tu n’as pas l’air bien toi.
- Tu voulais me voir ?
- Oui. Je suis désolé d’avoir annulé pour hier soir, mais j’avais un truc super important et… Tu me fais confiance, dis-moi ?
- Je suis obligée de répondre à la question ?
- Maly, je t’en prie…
- On va dire que oui.
- Alors tu vas te laisser faire.
Hésitante, Mallory acquiesce. Elle ne peut retenir un tremblement d’appréhension, malgré les tentatives de son ami pour la rassurer alors qu’il lui bande les yeux et lui attache les mains.
- Maintenant, tu dépends entièrement de moi. D’accord ?
- Et je suis censée me sentir en sécurité, c’est ça ?
- Tu vas faire ce que je te dis !
- Oui. Je n’ai pas le choix de toute façon.
Taylor Roth, meilleur ami de Mallory depuis de nombreuses années, sourit. Bien sûr, elle ne peut pas le voir. Il sait qu’elle le suivrait au bout du monde sans sourciller s’il lui demandait.
Il la pousse légèrement vers l’avant, en marmonnant un « avance ! » peu engageant.
Elle se laisse gentiment guider sur plusieurs mètres. Elle sait pourquoi il lui a attaché les mains. Il la connaît bien, et sait qu’elle est assez douée en matière d’auto-défense…. Bien que la priver de ses mains soit loin d’être suffisant pour assurer la sécurité de quiconque.
Finalement il s’arrête, elle l’entend refermer une porte, et soudainement se demande ce que son ami a bien pu inventer, encore.
Il la détache, s’éloigne un peu, elle ne saurait dire ce qu’il fait, mais elle tente quelques pas.
- Ne bouge pas !
- Tu te caches Tay ?
- Non. Attends juste un peu.
Hésitante, elle se tait quelques secondes avant d’ouvrir la bouche, et d’être interrompue avant même de parler.
- Tu peux enlever ton bandeau.
Elle s’exécute, et se rend compte qu’elle est dans une pièce remplie de ses collègues, qui lui jettent plein de cotillons en hurlant : JOYEUX ANNIVERSAIRE !!