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Fiction » Romance » L'héritière font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Tidoo
Fiction Rated: T - French - Angst/Romance - Reviews: 13 - Published: 11-12-08 - Updated: 11-22-09 - id:2595455

Chapitre 14 Connexion

La faible lumière de l’après-midi éclairait les boucles blondes d’Alexandra et Arthur restait captivé par le spectacle de sa maîtresse endormie sans se soucier de l’heure ni de l’endroit où ils étaient.

Il laissait ses doigts jouer sur sa nuque et profitait de ce moment, plus que rare, où il pouvait la détailler à loisir, sans qu’elle ne le remarque et sans que personne ne l’interrompe.

Elle était allongée sur le ventre, le visage enfoui dans son oreiller mais il devinait tout de même son sourire alors qu’il continuait de lui caresser les cheveux.

Arthur n’en revenait pas de se retrouver dans ce lit, dans cette suite quasi princière, ou au moins digne d’un éminent chef d’entreprise, dans cette ville à des centaines de kilomètres de chez lui, et nu en compagnie de la femme de sa vie.

Il retint un sourire à cette idée et déposa un baiser sur la tempe d’Alex avant d’enrouler un bras autour de ses épaules pour l’attirer vers lui.

Depuis qu’il avait osé franchir le pas, et surtout depuis la veille, quand il l’avait vue à cette soirée au milieu des toutes ces créatures sublimes, il avait compris.

Certes, Scarlett Johansson faisait près de vingt centimètres de plus que la petite Alexandra, mais malgré son physique de pin-up, pour Arthur, elle ne faisait pas le poids face à sa colocataire.

Dès qu’ils avaient quitté la réception d’ailleurs, il s’était appliqué à lui prouver qu’il n’était pas plus impressionné que cela par les charmes des actrices présentes et que même s’il avait été ravi d’avoir assisté à l’avant-première du dernier film de Stephen Fry en compagnie de l’équipe de tournage, la seule qui retenait vraiment son attention et qui éveillait sa libido était l’instigatrice du cadeau elle-même et pas les invités de la fête.

Ça avait été plutôt curieux d’ailleurs de réaliser que malgré la présence de personnalités célèbres, dont plusieurs l’avaient toujours fasciné, la seule qui intriguait vraiment Arthur et avec laquelle il voulait être était toujours Alexandra.

Alors certes, il avait apprécié de discuter avec le réalisateur qu’il adulait, mais il n’avait jamais perdu de vue sa petite blonde, particulièrement éblouissante dans sa robe bouillonnée écarlate. Il avait dû user de toute sa volonté pour ne pas se jeter sur elle de toute la soirée, et il avait eu beaucoup de mal à ne pas s’en prendre physiquement à l’acteur principal avec lequel elle avait passé un moment à plaisanter.

Apparemment, Jared Leto avait lui aussi un goût prononcé pour les blondes qui n’était pas pour convenir à l’étudiant mais qui n’avait pas semblé troubler Alex qui n’avait rien remarqué de particulier dans le comportement de son interlocuteur bien qu’il ait pourtant pris la fuite dès qu’Arthur avait affiché sa complicité avec elle.

C’était une nouveauté pour Arthur de se découvrir possessif et jaloux mais maintenant qu’il avait réalisé à quel point il tenait à Alexandra, il n’était pas sûr de pouvoir lui laisser toute la liberté qu’elle souhaitait.

Ainsi, malgré les propositions répétées de la jeune femme pour profiter de leur séjour londonien, l’étudiant avait préféré s’enfermer dans cette chambre et utilisait tous les moyens à sa disposition pour la convaincre qu’il était fait pour elle et qu’elle devait lui donner une chance.

Malheureusement, l’argumentation s’était limitée jusque là à une démonstration de leur entente physique puisque de toute façon, elle était déjà consciente de leur amitié et de tous leurs points communs idéologiques et qu’elle refuserait toute discussion à propos d’une éventuelle liaison qui existait déjà malgré son refus de l’admettre.

Arthur n’était pas convaincu que sa démonstration ait vraiment porté ses fruits mais au moins, il avait passé beaucoup de temps avec Alex, à développer une nouvelle forme de connivence, sans jamais se voir refuser la moindre de ses avances. Et comme toute approche tendant à définir la nature exacte de leur relation était vouée à l’échec, il prenait ce qu’il pouvait et attendait de voir comment leur situation évoluerait avant d’aborder réellement le problème.

À quoi bon tout gâché en cherchant à mettre des mots sur ce qui lui apparaissait comme une évidence ? Il aimait Alexandra, et pas seulement comme une amie, même s’il n’était pas encore sûr de vouloir se définir comme amoureux.

Ce qui était clair c’était que jamais il n’avait ressenti une telle attirance pour une femme ni un tel besoin de la posséder complètement et qu’il n’allait pas perdre son temps, déjà limité, à réfléchir à comment nommer ce qu’il ressentait.

Il était convaincu qu’ils étaient faits l’un pour l’autre et rien ne pourrait le faire changer d’avis sur le sujet.

Et pourtant, en théorie, ils ne se connaissaient pas très bien.

Trois mois plus tôt, ils ignoraient même l’existence de l’autre alors qu’ils étaient tous les deux très proches de Cyril. Et maintenant, les liens entre eux deux semblaient plus forts que ceux qui les unissaient à l’informaticien.

Arthur se confiait à Alex avec une facilité inhabituelle, lui révélant les passages les plus sombres de son passé qu’il taisait aux autres et il savait parfaitement que la jeune femme s’ouvrait bien plus avec lui qu’avec n’importe qui d’autre.

Et elle lui faisait confiance, aussi bien pour lui parler de son travail, de ses projets ou de ses envies, que pour lui raconter ses souvenirs d’enfance, ses angoisses adolescentes ou ses doutes actuels.

Ils partageaient tous leurs états d’âme et maintenant en plus, Arthur avait ajouté la dimension physique, achevant complètement leur prétendue amitié sans pour autant être capable de définir ce qu’ils étaient vraiment.

Encore qu’il savait précisément ce qu’il voulait, le problème était qu’il avait affirmé deux jours et demi plus tôt ne rien attendre de plus que ce qu’il avait déjà et par conséquent, il lui était difficile de se déclarer maintenant.

Du moins pas tant qu’il n’était pas plus assuré de la réaction d’Alex face à ses sentiments.

Il la sentit se pelotonner contre lui, signe qu’elle se réveillait enfin et il quitta ses cheveux pour glisser dans son dos, gagnant un soupir ronronné l’incitant à bien plus que le simple baiser qu’il avait prévu.

Les doigts vagabondant sur la nuque de sa maîtresse, Arthur s’amusa de la facilité avec laquelle il pouvait contrôler ses envies puisqu’elle plaquait déjà ses hanches sur les siennes comme pour lui montrer qu’elle était prête.

Se retenant de rire, l’étudiant remarqua tout de même :

« Et dire qu’il n’y a pas si longtemps c’était moi qui tu traitais d’insatiable ! »

Alex grogna et releva un peu la tête pour lui faire face à travers ses mèches emmêlées et d’un ton presque gémissant répliqua :

« Pas la peine de faire ton malin ! Si vraiment ça t’embête, je peux me passer de tes services ! »

Elle tenta de se lever mais Arthur resserra son emprise sur sa taille et s’assura qu’elle reste sous les draps bien sagement pendant qu'il roulait pour s'installer sur son dos.

Sans tenir compte de ses protestations, il l'embrassa, ses lèvres s'attardant sur ses épaules avant de descendre le long de sa colonne.

Alex oublia vite qu'elle était supposée être indignée et enfouissant les bras sous son oreiller, elle agrippa la taie par anticipation.

Arthur la noierait de désir, jouant avec son corps comme aucun homme ne l’avait fait avant et juste quand elle croirait perdre pied, il lui accorderait l’intense plaisir de sa présence en elle qui invariablement, suffirait à la satisfaire.

Il ne s’arrêterait pas là, mais la suite était plus classique et d’une nature qu’elle maîtrisait.

C’était d’ailleurs curieux qu’il arrive si facilement à la maintenir en son pouvoir alors même qu’ils n’en étaient plus vraiment à leur première fois.

Il semblait s’appliquer un peu plus à chaque nouvelle tentative, comme s’il cherchait à faire passer un message qu’elle ne comprenait pas.

Il y avait une tendresse et une dévotion dans les gestes de l’étudiant qui la troublaient jusqu’au plus profond de son être mais la laissait incapable de réfléchir tant elle était submergée par tout ce qu’il déclenchait en elle.

Jamais elle n'avait imaginé que les choses tourneraient de cette manière entre eux. Même après leur petit dérapage de vendredi, elle avait pensé qu'une fois la lubie d'Arthur satisfaite, il redeviendrait le garçon charmeur et amical qu'il était depuis leur rencontre.

Sauf que l'étudiant s'était avéré bien plus intéressé qu'elle ne l'avait estimé et en deux jours, ils avaient passé plus de temps enfermés dans leur chambre à explorer ensemble toute sorte de dérives sensuelles que n'importe où ailleurs.

Et même s'ils se parlaient pendant des heures, leur conversation tournait bien souvent autour du sexe et tout ce qu'ils pourraient encore tester.

Bien que peu farouche de nature, Alexandra se révélait bien plus câline avec Arthur qu'avec les autres hommes qu'elle avait fréquentés. Il éveillait en elle des sensations inconnues plus intenses et enivrantes que ce qu’elle avait vécu avant et elle était incapable de se refuser à lui. Elle en arrivait même à se demander comment ils avaient pu vivre aussi longtemps sans partager une telle intimité.

Non seulement c'était naturel d'être dans ses bras, mais elle ressentait une étrange impression de plénitude et de complétion qu'elle n'avait jamais éprouvée jusque-là.

Quand enfin ils durent quitter l'antre particulier de leur hôtel pour retrouver leur vie quotidienne et le duplex de Vornay, leur relation ne retrouva pas pour autant son ancien rythme.

Le soir même, Arthur s'invita à nouveau dans le lit de sa colocataire qui ne trouva absolument rien à y redire, pas plus qu'elle n'objecta quand il lui proposa de se lancer dans le comparatif de ses échantillons de préservatifs, maintenant qu'il avait écoulé ceux que lui avait fournis le centre de médecine préventive de l'université où il était allé se faire dépister deux jours plus tôt.

Alex glissa dans une routine de vie de couple sans même s’en apercevoir et elle fut assez surprise les jours suivants quand ses amis, les uns après les autres, sans s’être pourtant concertés, lui firent des commentaires amusés sur sa bonne mine retrouvée et son sourire plus éclatant que jamais.

Il ne fallut pas longtemps à Nawar pour comprendre que ses arrangements pour l’anniversaire d’Arthur avaient porté leurs fruits, puisqu’à aucun moment son amie ne s’était plainte d’avoir dû partager sa chambre avec son prétendu colocataire.

De même, Emilie vit bien dans l’attitude détendue et joviale d’Alexandra qu’elle avait enfin franchi le pas avec l’étudiant tant la fin de l’année la rendait généralement morose.

Contrairement à son habitude, Alex ne soupira pas une fois à la mention des diverses soirées auxquelles elle devrait participer les jours précédents noël, et elle ne fit même pas de commentaire quand Emilie lui demanda de l’accompagner à la fête organisée par le cabinet de Nicolas.

Elle accepta facilement et elle annonça qu’elle viendrait avec Arthur sans réaliser ce qu’impliquait sa réponse aux yeux de son amie.

Il y eut bien quelques regards un peu lourds, comme elle avait déjà eu droit auprès de ses autres relations, mais comme la juriste ne dit rien de particulier, Alex prétendit ne rien remarquer et elle quitta son amie avec le même sourire ravi qu’à son arrivée.

Elle retrouva son appartement en fin d’après-midi pour se plonger dans une étude médicale assez détaillée sur le paludisme et elle était encore dedans au retour d’Arthur qui se mit en place pour lui servir d’accoudoir comme il l’avait toujours fait.

Il l’enlaçait simplement, un bras autour de ses épaules pour la tenir contre lui et Alex en profitait pour se blottir le plus possible sur son torse. Elle n’aimait pas le demi-contact entre eux, il lui fallait pratiquement être allongée sur lui pour se sentir bien.

Seulement, elle ne voulait pas non plus gêner Arthur dans son travail alors elle prit sur elle de rester simplement pelotonner contre son flanc, la joue en appui sur son bras.

Arthur s’amusa de ses manières félines et rapidement, il oublia son traité de droit international qui ne lui apprenait rien de nouveau pour s’intéresser à la petite blonde à ses côtés.

D’une main, il feuilletait son ouvrage et de l’autre, il caressait le ventre de sa maîtresse à la recherche de sa peau dans l’entrebâillement de son pull.

Les circonvolutions de ses doigts de sa hanche à son estomac réveillèrent à nouveau le brasier qui couvait entre ses jambes et Alex se mordit l’intérieur de la joue pour rester concentrée sur la vie des moustiques en Afrique subtropicale.

Les gestes d’Arthur n’avaient rien de nouveau et ce n’était pas parce qu’ils avaient passé quelques nuits ensemble qu’elle devait imaginer qu’il avait toujours envie d’elle.

Pourtant, l’attirance qu’elle avait pour lui, aussi stupide et déplacée soit-elle, était trop forte pour n’être qu’à sens unique. Et puisqu’il avait en premier décidé que leur amitié ne souffrirait pas de quelques petits aménagements, elle pouvait bien elle aussi, modifier les termes de leur accord et ajouter sa satisfaction sexuelle à la liste des devoirs de l’étudiant pour compenser l’occupation de son appartement.

Seulement avant d’être arrivée à cette idée, Alex se reprit, trouvant sa mentalité déplorable.

Elle n’avait pas le droit d’exiger une chose pareille, surtout pas de la part d’un ami.

Pour éviter de trop se poser de questions sur la nature exacte de ses liens avec Arthur, elle voulut s’intéresser un peu à son travail et se redressant, elle jeta un œil à ce qu’il lisait.

Posant son propre magazine, elle se retourna et se retrouva nez à nez avec l’étudiant qui lui sourit avec cette lueur si envoûtante dans le regard qui la faisait fondre.

Ses lèvres n’étaient qu’à quelques centimètres des siennes et elle résista de justesse à son envie pressante de l’embrasser.

Arthur s’amusa de la voir hésiter, mais il refusa d’être une fois de plus celui qui initiait les choses.

Si elle voulait quelque chose, et clairement, c’était le cas, elle devait se lancer.

Mais la jeune femme était encore bien trop perdue au milieu de ses doutes pour tenter une approche de cette nature, surtout de manière si directe.

À la place donc, elle s’enquit du sujet du texte du jour et Arthur lui tendit son fascicule sur les institutions internationales.

Alex l’étudia brièvement sans vraiment se passionner par le contenu bien trop technique pour elle, mais elle fut frappée par la langue utilisée.

Bien sûr, ce n’était pas la première fois qu’elle voyait son colocataire avec un document étranger entre les mains, mais elle n’y avait jamais vraiment prêté attention.

Ce n'était pas très important, et ça n'avait rien à voir avec ce qui l’intéressait vraiment à cet instant, mais comme elle n’avait aucune intention de céder aux appels répétés de ses hormones, elle utilisa ce qu’elle avait à disposition pour se changer les idées. Tranquillement, mais sans vraiment le regarder, elle demanda :

« Au fait, où est-ce que t'as appris à parler si bien anglais ? »

Elle n'avait pas vraiment réfléchi au problème avant de l'entraîner à Londres, persuadée à juste titre qu'il serait ravi de rencontrer Stephen Fry en personne sans se soucier de la barrière linguistique qu'elle ne connaissait pas, mais elle avait tout de même été assez surprise d'entendre son colocataire si casanier s'exprimer parfaitement dans une langue étrangère sans la moindre trace d'accent français.

Arthur lui sourit, comprenant sa manœuvre et répondit sans réfléchir.

« Simple, j’ai passé presque tous mes étés à New York entre quatorze et dix-huit ans. »

Alex leva les yeux vers lui, surprise mais avant qu’elle ne demande des précisions, il ajouta :

« C’était le seul moyen de voir mon père. »

Alexandra se figea et laissa tomber le livret qu'elle avait entre les doigts. L'ambiance d'un coup n'était plus à la badinerie.

S'il y avait bien une chose qu'elle avait retenue à propos d'Arthur et de sa famille, c'était que son père était inexistant et qu'il valait mieux éviter de le mentionner, par conséquent, elle fut plus que surprise de découvrir qu'ils avaient gardé des liens.

« Qu'est-ce... Je... De quoi tu parles ? »

Les mots lui manquaient pour exprimer sa stupéfaction et Arthur se sentit penaud de ne pas lui avoir expliqué plus tôt la situation, telle qu'elle était réellement. Il avait donné une version simplifiée de sa famille, où il vivait seul avec sa mère depuis plus de quinze ans, suite au départ de son père, mais l'histoire était un peu plus compliquée.

Il n'aimait pas en parler, parce qu'il était bien conscient de réagir de façon plus que puérile en refusant de pardonner à son géniteur les choix qu'il avait faits, et il préférait généralement le présenter comme un absent insignifiant, même s'il était un peu plus que cela.

Soupirant, Arthur posa ses coudes sur ses genoux et leva la tête vers Alex une seconde avant de détourner le regard.

Une vague de culpabilité le submergea immédiatement en voyant l'air perplexe de la jeune femme qui ne pouvait pas deviner qu'il lui avait plus ou moins menti.

« En fait, c'est un peu compliqué. »

Il restait à fixer le tapis pour éviter d'affronter sa colocataire, mais celle-ci le surprit en s’asseyant en face de lui. Elle entrelaça ses doigts avec les siens et murmura :

« Si tu veux pas en parler, t'es pas obligé. J'étais juste curieuse, mais ça me regarde pas vraiment... »

Jetant en coup d’œil dans sa direction, elle le vit embarrassé et elle resserra sa main dans un geste qu'elle voulait rassurant.

« Tu m'expliques ? »

Normalement, elle n’était pas du genre à poser des questions. Elle respectait la vie privée des gens et jamais elle ne se permettait d’interroger les autres, même quand il était évident qu’ils avaient besoin de se confier. Elle se contentait de leur faire savoir qu’elle était disponible pour les écouter ou pour les aider mais elle détestait être envahissante.

Sauf avec Arthur.

Là, elle sentait qu'il y avait quelque chose d'important qui lui échappait et même si elle détestait se comporter de manière intrusive, avec lui, c'était plus fort qu'elle.

Elle avait besoin de savoir, de comprendre et elle dut se faire violence pour ne pas le harceler et lui faire avouer tous ses secrets. De la même manière qu’elle lui confiait tout ce qu’elle avait sur le cœur à la première occasion, elle attendait de lui l’étalage complet de ses soucis et refusait de lui accorder la moindre intimité.

Elle s’inquiétait toujours pour lui et espérait vraiment être celle vers laquelle il se tourne en cas de besoin. Bien plus qu’avec n’importe qui d’autre.

Et ce soir ne faisait pas exception.

Il n’était pas dans son état normal et elle en était clairement responsable en ayant indirectement abordé le sujet délicat de ses rapports avec son père, même si ce n'était pas son intention par sa question au départ.

Arthur hésita. Ce n'était pas vraiment ce qu'il avait en tête pour la soirée, d'un autre côté, il n'avait pas envie de laisser Alexandra dans le flou. Il avait commencé à parler de son père, alors autant aller au bout.

S'il voulait construire quelque chose d'un peu plus réel entre eux, il devait apporter des éléments solides à leur relation et c'était un bon début.

Il libéra sa main de l'emprise d'Alex et l’attrapa par les hanches pour l'attirer sur lui pendant qu'il lui expliquait. Elle savait déjà que ses parents ne s'étaient jamais mariés puisque Clémence y était farouchement opposée, ce qui valut le soutien immédiat de la jeune femme envers sa mère et donc son adhérence totale à sa thèse que son paternel n'était pas un homme fréquentable puisqu'il avait privilégié sa carrière à l'amour de sa vie en quittant le domicile familial pour une opportunité professionnelle à l'étranger. Ainsi, il s’évita cette partie et passa directement à son adolescence.

« Il est revenu un beau jour, juste à la fin de l’année scolaire et il a demandé à ce qu’on vienne tous vivre avec lui à New York. Il avait un loft au cœur de Manhattan, à deux pas d’une école privée réputée où je pourrais continuer mes études. Il y avait même une classe spéciale pour les élèves étrangers et je n’aurai eu aucun problème pour m’adapter.

Selon lui, c’était une solution parfaite. Sa famille lui manquait mais il ne pouvait pas quitter sa place à Wall Street, donc le plus simple, c’était qu’on le rejoigne. Ma mère a hésité, et elle s’est laissé convaincre. »

Le ton d’Arthur devint plus froid et Alex se blottit un peu plus contre lui, ne sachant pas quoi lui dire. Elle était assez surprise par ses révélations, surtout qu’elle n’avait jamais eu idée qu’il ait vécu aux États-Unis, mais la suite la conforta dans ce qu’elle connaissait déjà de son passé.

« Finalement, après trois semaines, Clémence a annoncé qu’elle ne pouvait pas vivre là-bas et on est reparti. Sauf qu’on est pas revenu à Vornay parce qu’on avait plus rien. Elle avait déjà prévenu le collège qu’on déménageait et elle avait quitté son travail, donc il n’y avait pas vraiment de raison de se réinstaller ici. En plus, je pense qu’elle avait besoin de changement. Je ne sais pas vraiment pourquoi elle a changé d’avis, mais je pense que les choses n’ont pas été si simples avec Jérôme.

- Jérôme ?

- Mon adorable géniteur, Jérôme Kellenc, qui en plus de son nom m’a donc donné l’occasion de cultiver mon anglais. Parce que même si elle ne s’est pas plu là-bas, ma chère mère a considéré que je devais le connaître un minimum et donc à partir de là, elle m’a envoyé un mois à New York à chaque grandes vacances. Parfois, elle venait passer quelques jours, mais ça n’a pas dû arriver plus de deux fois. Et comme mon père travaillait en permanence, si je voulais avoir un peu de compagnie, j’avais intérêt à pouvoir me faire comprendre ! »

Alex le regarda attentivement, comme pour essayer de deviner ce qu’il pensait de tout cela, mais elle ne vit qu’un visage plat, vide d’émotion. Il n’était pas en colère, ni même contrarié par ses souvenirs. Apparemment, il ne ressentait rien.

Assise sur ses genoux, elle pouvait l’étudier directement et elle posa une main sous son menton pour l’obliger à lui faire face, mais là encore, ses yeux ne trahirent aucune émotion.

« Ca va ? »

Sa voix était douce et son sourire inquiet.

Arthur resta silencieux quelques secondes et l’emprisonna dans ses bras avant de lui répondre.

« Ouais. Depuis le temps, je m’y suis habitué. C’est un sale con, mais c’est mon père. Au moins, j’ai eu l’occasion de le constater par moi-même, même s’il n’est pas non plus aussi monstrueux que ça. C’est un mec super égoïste mais il est pas méchant. »

Alex hocha simplement la tête, comme pour lui faire signe qu’elle comprenait et il ajouta dans un murmure :

« Je ne voudrais surtout pas devenir comme lui et imposer mes choix à ceux que j’aime. »

Il n’était pas sûr qu’elle saisisse l’allusion, mais au moins, il l’avait dit.

Pour rien au monde il ne voulait la forcer et l’empêcher de vivre suivant ses désirs, même si c’était incompatible avec ce qu’il faisait de sa vie de son côté. Il n’allait pas lui demander de tout abandonner pour lui, il n’en avait pas le droit.

Pourtant, il ne pouvait pas nier qu’il en était tenté.

D’un autre côté, il savait qu’elle refuserait, donc ce n’était pas vraiment la peine d’y penser. Tout ce qu’il gagnerait avec une telle proposition ce serait au mieux un fou rire devant sa stupidité et au pire, qu’elle le mette à la porte avec interdiction de l’approcher à nouveau.

Et cette option n’était absolument pas envisageable. Il avait bien trop besoin d’être avec elle pour accepter de la perdre. Du moins pas si vite. Il avait encore plusieurs mois devant lui et avec un peu de chance, d’ici là, il aurait trouvé un compromis adéquat.

« T’as pas à t’inquiéter. »

La voix chaude et enjouée d’Alex le sortit de ses rêveries sentimentales et il haussa les sourcils devant son affirmation.

« Tu seras pas comme ton père. C’est pas possible.

- Et qu’est-ce qui te fait croire ça ? »

Il avait l’air nettement moins convaincu qu’elle et Alex ne put que rire de ses doutes mal placés.

« C’est pas ton genre. T’es un gentil garçon et tu fais attention aux autres. Tu vas subitement te transformer en despote totalitaire par que tu tombes amoureux. Et en plus, contrairement à ton paternel, tu seras vigilant vis-à-vis de tes enfants, non ?

- Parce que tu crois sérieusement que je pourrai avoir des enfants avec ce que je prévois comme carrière ?!

- À part un problème technique bien caché, je vois pas ce qui t’en empêcherait ! C’est pas parce que tu envisages un boulot prenant que tu te retrouveras pas un jour avec deux marmots qui paillent. Regarde mon père, il avait pas prévu d’avoir d’enfant, en tout cas pas avec Yemma, et pourtant, je suis là, et il s’est même donné du mal pour m’avoir avec lui !

- C’est pas pareil. Ta mère a foutu le camp dès qu’elle a su qu’elle était enceinte et elle a jamais daigné l’informer de ton existence, alors forcément il pouvait pas deviner.

- Peut-être, mais qui te dit que tu n’as pas toi aussi mis une fille enceinte dans tes aventures de jeunesse, hein ? T’es pas très vigilant sur ces choses-là, il me semble… »

Il y avait une provocation évidente dans les propos de la jeune femme qu’Arthur ne saisissait pas. Il voyait bien qu’elle se moquait de lui, mais le doute s’immisça tout de même dans sa tête.

« Enfin, j’ai toujours pris mes précautions. »

Il tentait d’avoir l’air assuré et convaincant, mais quelque chose lui échappait et il réalisait ce qu’elle sous-entendait quand elle lui glissa avec fourberie :

« Oui, oui, je sais. Je suis la seule avec laquelle tu aies oublié le contraceptif. »

L’intonation marquée sur oublier aurait pu faire rougir Arthur s’il n’avait pas soudain compris ce qu’elle lui disait. Il bredouilla quelques excuses tout en s’efforçant de rester amusé puis face au sourire tranquille de la jeune femme, il retrouva son calme et haussa les épaules.

« Si vraiment tu portes mes enfants, je devrais m’en apercevoir assez vite et du coup, je réviserais mes plans. »

C’était plutôt curieux comme en quelques secondes il était passé de la terreur d’avoir commis l’irréparable à une sérénité presque optimiste simplement parce que la seule qui pouvait le mettre dans cette situation était la petite blonde dans ses bras.

« Et c’est tout ? Ça ne te gêne pas plus que ça ? »

Alex prenait un air faussement outré, difficilement crédible compte tenu de sa position sur ses genoux qu’elle ne semblait pas prête à abandonner. À nouveau, Arthur haussa les épaules, tranquillement.

« Honnêtement, non. J’aime même bien l’idée. »

Et sans prévenir, il la bascula sur le canapé, s’installant à moitié sur elle pour caresser son ventre doucement.

Il souleva son pull et déposa ses lèvres sous son nombril avant de défaire les premiers boutons de son pantalon.

Alex protesta et s’agita, sans vraiment chercher à se libérer et elle se mit à rire quand Arthur la chatouilla en repoussant un peu sa culotte pour accéder au bas de son ventre qu’il continuait d’embrasser, comme si, réellement, son enfant grandissait là.

La tendresse de l’action étouffa la jeune femme qui ne comprenait pas pourquoi subitement, elle avait presque envie de pleurer.

Arthur la touchait de façon érotique et en même temps, infiniment délicate, réveillant ce curieux mélange de désir physique et d’autre chose de plus profond qu’elle n’arrivait pas à définir et elle n’aimait pas ce sentiment d’insécurité et de doute qui la prenait à gorge jusqu’à l’asphyxier.

Tirant sur les cheveux de l’étudiant, Alex attira son attention vers elle et d’une voix blanche annonça qu’il n’avait pas à s’occuper de ça avec elle, ce qui était supposé le rassurer mais qui était parfaitement inutile.

Avec un sourire enjôleur, il répondit qu’il n’était pas inquiet, puis voyant le visage de sa maîtresse, il reprit son sérieux et ajouta :

« Tu vois, c’est exactement de ça que je voulais parler en disant que je voulais pas finir comme mon père. »

Alex fronça les sourcils et Arthur s’expliqua.

« Si jamais tu t’étais retrouvée enceinte, je n’aurai eu aucun problème à assumer mon rôle, mais pour toi… ça aurait probablement gâché ta vie. Tout ça parce que je t’ai forcée et que…

- Forcée ? Où t’as vu que tu m’avais forcée ? Si je n’avais pas été d’accord pour coucher avec toi, mon grand, j’aurai dit non et ce ne serait pas arrivé. Point. »

Arthur lui laissa un moment pour repenser à son affirmation et finit par lui rappeler non sans regret :

« Sauf que tu as dit non, Alex. Et j’ai continué quand même… »

Pour toute réponse, il reçut un coup sur la tête et se fit traiter de crétin, ce qui semblait légitime vu comme la situation avait évolué depuis.

« Donc j’en conclus que finalement, j’ai bien fait de ne pas tenir compte de ton opinion sur le sujet, demanda-t-il avec son sourire confiant et faussement supérieur qui l’agaçait tellement.

- Tu sais quoi, Kellenc, t’es lourd. Si t’allais faire à manger plutôt que de raconter tes salades, hein ? Je commence sérieusement à crever de faim, là. »

Arthur plissa les lèvres, pas convaincu, et réfléchissant un instant, il répliqua :

« Avoue que tu es folle de moi et je suis même prêt à t’inviter à dîner. »

Il plaisantait, mais au fond de lui, il avait envie de l’entendre dire ce qu’elle ressentait vraiment. Sauf qu’Alex n’était pas du genre à se laisser manipuler si facilement.

« Oh ? T’es d’humeur fainéante ce soir ? Mais qu’est-ce qui te fais croire que j’ai envie de sortir ? »

Arthur leva les yeux vers le plafond avant de se retourner pour s’allonger sur elle et glisser les mains sous son pull.

« Je ne suis pas d’humeur fainéante, juste je préserve mes forces pour plus tard. »

Et au cas où il n’aurait pas été suffisamment explicite, il planta ses dents dans son cou pendant que ses doigts atteignaient le satin de son soutien-gorge. Alex se cambra instinctivement, cherchant comme toujours à augmenter le contact entre eux et elle ferma les yeux pour savourer la simple pression de ses lèvres le long de sa jugulaire.

Remonta jusqu’à son oreille, Arthur souffla :

« Et tu as toujours envie de sortir. Surtout si je te propose une pizza double anchois au marocain d’en face. »

La proposition était plus que tentante, mais Alex appréciait bien trop les attentions de son amant pour accepter de bouger.

Notant son manque de réaction face à sa proposition, Arthur ne put se retenir une dernière provocation :

« Je suis si irrésistible pour que tu préfères rester ici plutôt que d'aller manger ? »

Comme Alex ne réagit toujours pas, il ajouta : « Alors avoue que tu ne peux pas me résister, qu'on puisse passer aux choses sérieuses... »

Il cherchait déjà les agrafes de son soutien-gorge quand enfin, sa maîtresse se décida à se redresser et, froidement, lui annonça :

« Continue comme ça, mon grand, et je vais sérieusement croire que la seule chose qui t'intéresse chez moi, c'est mes fesses ! »

Arthur fut interloqué, par son ton plus que par ses paroles mais il vit qu'elle n'était pas réellement vexée et se contentait de prétendre sa déception pour esquiver le problème. Ainsi, de manière tout à fait détachée, il répliqua :

« En fait, elles m'inspirent, mais j'ai aussi une grande passion pour tes seins. »

Et comme pour appuyer son argument, il finit de décrocher son soutien-gorge et la rallongea sur le canapé pour s'intéresser à sa poitrine maintenant libérée.

Alexandra se laissa embrasser et caresser mais avant de perdre complètement la tête, elle se souvint qu'elle avait faim et roulant sur le côté, elle s'échappa et rajusta ses vêtements tout en informant l'étudiant qu'avant de pouvoir profiter d'elle, il était sensé la nourrir.

Arthur s'amusa de son attitude faussement autoritaire et il se relava à son tour, alla chercher ses clés et son portefeuille et revint enrouler un bras autour des épaules de la jeune femme pour la guider dehors.

Pour la soirée, le sujet fut enterré mais Arthur revint à la charge à dès le lendemain après qu'il eut droit à une véritable de scène de jalousie de la part de Yan qui n'en revenait pas qu'Alex l'ait emmené à une avant-première alors qu'elle refusait systématiquement d'utiliser ses relations pour obtenir un simple autographe pour ses proches.

L’étudiant avait donc bien un statut particulier et il aurait bien voulu savoir lequel.

Seulement quand il confronta la jeune femme à propos de ce qu'il était pour elle, il remarqua l'embarras dans lequel il la mettait et éviter de trop s'étendre sur la question.

Il était évident qu'Alex n'arrivait pas à définir leur relation et finalement, alors qu'ils se tenaient encore une fois l'un contre l'autre sous ses draps, elle demanda d'une petite voix hésitante :

« C'est vraiment important ? Parce que finalement, ce qui compte, c'est que pour l'instant, tout se passe bien, non ? »

Arthur avait envie de protester, de lui dire que pour lui, c'était assez simple à comprendre, mais d'un autre côté, il risquait de l'effrayer et de se faire souffrir.

Même s'il était convaincu de l'aimer bien plus qu'une amie et qu'elle lui avait montré à sa manière tenir à lui plus qu'à tous ses autres partenaires, elle n'avait rien de plus à lui offrir qu'une place dans son lit pour le temps qu'ils avaient encore à vivre ensemble. Il n'avait pas le droit de demander plus. Son seul doute, celui qui restait depuis son anniversaire, était toujours le même et malgré les démonstrations de la jeune femme pour lui prouver qu'elle appréciait l'évolution de leurs rapports, il ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir.

Écartant une mèche qui lui tombait dans les yeux, il esquissa un sourire et demanda doucement :

« Tu regrettes ?

- Quoi ? répondit-elle du tac au tac.

- Que je t'ai plus ou moins forcé la main et que je n'ai pas respecté tes idées des bonnes relations amicales... »

Alex fronça les sourcils, prête à lui ressortir une fois de plus qu'il ne l'avait pas vraiment forcée, mais elle comprit que sa question allait plus loin. Il regrettait d'avoir mis en danger leur amitié, alors même qu'elle l'avait mis en garde à plusieurs reprises sur le fait qu'elle n'aimait pas mélanger le sexe et les sentiments. D'un autre côté, elle n'avait peut-être pas eu raison, puisqu'il n'était pas aussi envahissant qu'Antonin, et surtout, qu'avec lui, elle n'avait pas de souci à renouveler l'expérience aussi souvent que nécessaire.

Avec un sourire rassurant, elle se blottit contre lui et répondit tranquillement :

« T’en fais pas Arthur, je ne t’en veux pas. Après tout, t’es pas plus responsable que moi si ça a dérapé. J'ai été assez surprise, mais en fin de compte, ça a l'air de fonctionner... »

Arthur hésita un peu, ne sachant comment aborder la question, puis finalement, choisit la voie directe.

« Je suis pas sûr de te suivre là. Ne me dis pas que tu découvres aujourd’hui que tu me plais ? »

Il passa une main sous sa nuque et bascula sur le côté pour qu'ils puissent discuter en étant face à face et il fut surpris de voir Alex éviter son regard. Elle rougit un peu et baissa le nez, comme mal à l'aise.

Honnêtement, non, elle ne se doutait pas qu’il était intéressé tant qu'il ne s'était pas jeté sur elle, et encore, elle avait cru qu'il ne s'agissait que d'une envie de sexe, pas d'elle en particulier.

Pour elle, leurs petites séances de flirt n’étaient qu’un jeu, ou même un mode de fonctionnement. Elle se comportait toujours de la sorte avec les hommes de son entourage et elle ne savait pas se comporter autrement.

Ou du moins, c’était son impression.

Elle flirtait avec tout le monde et les seules limites qu’elle se mettait étaient de ne jamais forcer les autres. Si un homme ne répondait pas à ses allusions ou se montrait gêné, elle n’insistait pas mais c’était plutôt rare qu’on la prenne au sérieux de toute façon.

Sauf que là, Arthur avait toujours suivi, relancé, surenchéri et le jeu avait semblé tellement naturel qu'elle ne s'était pas souciée de ce qui se cachait derrière.

Rassemblant son courage, Alex prit une longue inspiration et se lança.

« Franchement, je me suis jamais posé la question de ce que tu pouvais penser à ce niveau-là. J'ai rien à offrir de particulier par rapport aux autres filles que tu fréquentes à la fac donc bon... »

Elle évitait de le regarder directement et se contenta de lever les yeux quand il garda le silence, stupéfait par sa sortie.

Il était partagé entre une furieuse envie d'éclater de rire ou la taper pour être aussi idiote.

Finalement, il trancha en lui déclarant avec un sourire amusé :

« Et moi qui ai passé plus d’une heure dans le train à me dire que jamais une femme comme toi ne m’accorderait ne serait-ce qu’un regard ! »

Alex haussa les sourcils, surprise et bafouilla mais Arthur la coupa rapidement en se collant à elle, et reprenant son air de séducteur, il murmura :

« Alors ça veut dire que j’ai une chance ? »

Sourire en coin et œillades suggestives comme s’il plaisantait, tout en étant horriblement sérieux dans sa façon de la tenir contre lui pour qu’elle ne puisse pas lui échapper.

« Une chance de quoi ? Il me semble que tu es déjà dans mon lit, donc qu’est-ce que tu veux de plus ? »

Arthur resta interdit une seconde, comme s’il espérait une réponse complètement différente, puis entortillant une mèche blonde autour de ses doigts, il répliqua d’un air absent :

« Te séduire… »

Cette fois, Alex était perdue. Elle cligna des yeux, tenta de comprendre à quoi il jouait, mais elle ne voyait pas bien ce qu’il avait en tête.

Elle se redressa, s’assit contre le montant du lit et après un moment de réflexion pendant lequel Arthur se sermonna sur sa propre bêtise, elle finit par conclure :

« J’adore être avec toi, tu sais. C’est un truc que j’ai tout de suite senti quand je t’ai rencontré. T’es pas comme les autres copains de Cyril. Même si t’es un des plus jeunes, tu fais pas aussi gamin… je sais pas trop… Et si ça peut te rassurer, oui, je te trouve mignon. Probablement même plus, mais t’as bien dû t’en rendre compte donc c’est pas la peine que je rentre dans les détails. Ton ego est assez gros comme ça. »

Avec un sourire espiègle, elle vérifia la réaction de son interlocuteur qui ne put que confirmer d’un hochement de tête.

« Pour ce qui est du reste de notre relation, je veux pas y réfléchir. Ça sert à rien. Je t’aime déjà comme ça, donc pas la peine d’en faire plus, ok ? »

Quelque chose dans ses yeux semblait briller, mais ce n’était pas leur éclat habituel. S’il se rapprochait, Arthur était convaincu qu’il pourrait deviner une brume humide collée aux bords de ses paupières, ce n’était donc pas utile d’insister davantage.

La serrant contre lui, il répliqua en lui embrassant le front :

« Moi aussi, je t’aime comme ça. »

Puis il détourna la conversation sur leurs projets du week-end et leurs courses de noël qu’ils n’avaient même pas commencées.

Les jours étaient comptés maintenant et avec les soirées à l’extérieur qui se multipliaient, ils n’avaient plus beaucoup de temps pour courir les magasins.

Encore, Alex était libre en journée, puisqu’en dehors de quelques réunions pour la forme, elle ne travaillait plus vraiment, mais Arthur était coincé avec ses cours et ses recherches pour avancer son mémoire.

Le problème était que la jeune femme n’était pas un pilier de centre commercial et qu’elle tenait absolument à avoir l’opinion de son colocataire pour ses achats, même s’ils concernaient des gens qu’il ne connaissait absolument pas.

Alex adorait son entourage et elle s’appliquait à n’oublier personne si bien qu’Arthur se doutait qu’à un moment, la question de son propre cadeau serait abordée. Il tenta bien de la dissuader de lui offrir quoi que ce soit, mais elle était têtue et refusait ses arguments les uns après les autres.

Il insista bien sur son anniversaire qu’ils venaient tout juste de fêter et pour lequel elle l’avait largement gâté, mais Alexandra se contenta de hausser les épaules, comme si c’était parfaitement insignifiant et sans rapport avec le problème.

En plus, elle avait déjà une idée, glissa-t-elle avec un sourire triomphant, mais il ne resta pas en place longtemps quand d’un coup, en désespoir de cause, Arthur lui sortit qu’il ne serait même pas avec elle pour la fin de l’année.

Il n’avait prévu de lui annoncer de manière aussi brusque et il s’en voulut immédiatement de son manque de tact, mais le mal était fait.

Même s’il se justifia en expliquant qu’il avait promis à Clémence de revenir et qu’il n’allait pas s’imposer dans les fêtes de famille de ses amis, il réalisa vite qu’Alex ne passait pas noël chez son père et que par conséquent, il la laissait seule pour toute la durée de son séjour chez sa mère.

« Je suis désolé, si j’avais su que tu restais ici, j’aurai prévu différemment. »

Il avait l’air sincèrement navré et Alex se laissa bercer contre lui en murmurant qu’elle comprenait.

Et c’était vrai. Elle n’aurait pas dû être surprise qu’il rentre chez lui pour la fin de l’année.

Pourtant, la douleur était là, comme un froid polaire lui glaçant les entrailles, alors même qu’il était encore prêt d’elle. C’était idiot et complètement déplacé, seulement elle était incapable de se raisonner ou d'atténuer sa souffrance en se concentrant sur le présent.

Sans avoir fait de grands projets, elle s’était imaginé passer le réveillon avec Arthur et découvrir qu’il ne serait pas là la laissait curieusement vide et perdue.

« Du coup, t’as pas besoin de t’embêter à me faire un cadeau. Et en plus, tu me laisses du temps pour trouver un truc parfait pour ton anniversaire ! »

C’était une maigre tentative pour lui remonter le moral, plaisanter et détourner un peu son attention, mais la réponse d’Alex lui fit prendre conscience de la réalité de leur situation et de pourquoi elle avait autant mis de distances entre eux jusque-là.

« C’est en août, mon grand. Tu seras plus là. »


Fin un peu abrupte, j'en conviens, mais c'est assez volontaire. Et en plus, je n'avais pas tellement plus à raconter.

Si tout va bien, je devrais retrouver un rythme acceptable, donc la suite ne devrait pas (trop) tarder. Merci à tous pour m'avoir suivie jusqu'ici et à bientôt, j'espère !



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