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Chapitre 5.
'' Routine ''
Un pas après l'autre, Milo avançait lentement, laissant trainer ses pieds avec lourdeur sur le parquet de sa chambre. Elle s'était réveillée quelques minutes plus tôt, s'était étiré de tout son long, avait enfilé ses chaussons, un gilet, ouvert ses stores et... Oui, elle était toujours là. L'alliance, ce petit anneau d'argent qu'elle avait posé négligemment sur la table de chevet, presque jeté. Il ne s'était pas envolé pendant la nuit, n'avait pas disparu comme sous l'effet d'un rêve... Rien. Pourtant, la jeune fille n'aurait pas été contre.
Elle laissa néanmoins le funeste témoignage de son union là où il était, n'ayant pas envie d'y ressonger. Elle avait actuellement la tête dans le pâté, et un sale caractère matinal dont la réputation n'était plus à faire... Alors autant essayer de démarrer la journée du bon pied malgré les évènements de la veille. Milo se dirigea donc vers la trappe qui reliait les combles à l'étage du dessous, et constata au passage que le petit escabeau était déplié, preuve que Curtis devait déjà être passé par là.
Les combles étaient le royaume des deux plus petits habitants de cette maison. Ils étaient séparés en deux, à l'aide de panneaux de bois épais, et de rideaux pour finir la cloison. L'intimité du colocataire n'était alors pas toujours facile à respecter, d'autant plus que pour regagner sa chambre, Curtis était obligé de passer par celle de Milo. Mais entre ces deux là, d'ordinaire copains comme cochon, il n'y avait quasiment jamais de secret... A partir du moment où Curtis ne ramenait pas ses conquêtes à la maison, l'intimité, il n'y en avait guère plus besoin que ça.
Milo entreprit alors la descente périlleuse de ces cinq marches pas très stables, se tenant au mur pour éviter une chute certaine vu l'état de somnolence dans lequel elle errait. Juste en face se trouvait la salle de bain, et la jeune femme s'aplatit alors sur la porte, pressant la poignée avec toutes les forces qu'elle pu trouver, pour finalement s'engouffrer dans la pièce surchauffée. De la buée s'accrochait encore au miroir, et un caleçon sale trainait en plein milieu du chemin. Milo le piétina sans s'en rendre compte, trop habituée à ce genre de scène, et attrapa sa brosse à dent d'une main un peu gauche, prête pour la bataille avec un tube de dentifrice pratiquement vide.
- Faites lui une léchouille de ma part ! entendit-elle alors hurler au rez-de-chaussée.
La porte d'entrée claqua, et Milo, qui avait reconnu la voix du fuyard, s'étonna que ce dernier quitte la maison de si bon matin. Ayant terminé son carnage, qui avait moucheté le miroir de petits éclats de mousse bleue à l'odeur mentholée, la jeune fille referma un peu plus son gilet en sweat sur elle même, puis sorti de la salle pour descendre l'escalier en colimaçon métallique dans l'idée de rejoindre la cuisine et prendre son petit déjeuné.
En bas, elle reconnu Vincent de dos, s'affairant devant une plaque de cuisson qui, pour une fois, brillait de propreté. Non loin de lui, dans un recoin un peu isolé de la cuisine, Arthur était accroupi près d'un meuble bas, plus ou moins caché derrière les escaliers. Milo le vit alors ranger un lourd objet dans un endroit un peu particulier du meuble... un faux fond : cachette un peu précaire que l'on pouvait atteindre par l'un des côtés qui longeait le mur. Ce sombre appareil, que le jeune homme finissait de remettre en place, était une vieille radio, accompagnée de son micro et de son enchevêtrement de fils et câbles dont on ne comptait plus les nœuds. Ce vieux joujou restait souvent à hiberner dernière le faux panneau de métal, attendant que l'on le tire de son sommeil de plomb lorsque une communication assez particulière devait être engagée.
- Qu'est-ce que tu faisais ? s'enquit alors Milo, se rappelant que la radio n'était pas vraiment utilisée pour annoncer des bonnes nouvelles.
- A ton avis ?
Arthur la charriait un peu, mais vu les aventures de la veille, il était vrai que la question n'avait pas vraiment à être posée, tellement la réponse semblait évidente.
- Curtis te léchouille au fait, finit-il en époussetant son pantalon.
- C'est bien lui qui est parti tout à l'heure ?
- Ouaip, il faut qu'il retourne chercher les affaires qu'il à laissé chez la Baronne de Pontlevoy. Quand on l'a prévenu que tu avais été embarquée, il a foncé ici tête baissée sans même un bagage.
Tout en terminant sa phrase, Arthur esquissa un petit sourire attendri en se remémorant la scène...
Curtis avait certainement le Q.I le plus élevé de la maisonnée. Fils d'ingénieur, il avait baigné dans les chiffres et les calculs infaisables depuis petit, se sentant presque à l'aise au milieu de cet univers qui donnait un mal de crâne effroyable à beaucoup d'autres jeunots de son âge. Ainsi, à dix-neuf ans, le blondinet passait son temps à bidouiller des circuits électroniques, et pirater bon nombre de systèmes informatiques; mais quand il fallait faire un bagage pour rentrer chez soit, là, les choses lui posaient tout de suite beaucoup plus de problèmes...
- Ça ne m'étonne qu'à moitié... fit Milo en ouvrant le réfrigérateur, à la recherche de quelque chose qui éveillerait son appétit.
Le grille pain éjecta alors avec violence les deux tranches qui avait été enfournées de force en son sein, provocant un bruit de ressort malmené qui fit manquer un battement au cœur de la demoiselle. Milo se releva alors, le regard mauvais, et une main sur la poitrine.
- Ne le fixe pas comme ça tu vas lui faire peur, articula Vincent entre deux coups de spatule. Et attrape une assiette, ça va bientôt être prêt.
Ne cherchant pas à comprendre, Milo s'exécuta, ne réalisant toujours pas que le jeune chilien avait commencé à lui préparer le petit déjeuner alors même qu'il l'avait entendu pénétrer dans la salle de bain. Elle posa l'assiette sur la table, se tira une chaise, et attendit, se demandant si elle n'aurait pas mieux fait de se sortir un jus de fruit. Arthur, qui était parti enfiler un manteau, revint alors vers ses deux colocataires en cuisine, et ramassa le pain grillé qui trainait sur le plan de travail. Il le déposa ensuite dans l'assiette de la jeune femme, fit un baisé sur le sommet de son crâne, puis s'éloigna à nouveau vers la porte d'entrée en prévenant qu'il partait travailler.
- T'es vraiment dans le gaz...
Vincent ironisait un peu tandis qu'il servait ses œufs au plat à la jeune fille, faisant tout son possible pour ne pas crever les jaunes, en vain.
- ... De toute façon y'aurait bien fallu les percer un jour où l'autre, termina-t-il tandis que Milo accueillait la remarque avec un petit rire embrumé.
- Des œufs et des toasts, wouha, c'est la fête aujourd'hui ?
- Je savais pas comment te remonter le moral... avoua le jeune homme.
Toute sourire, Milo appréciait ce petit geste de la part de son ami. Une fois son déjeuner englouti, la jeune fille se rua une nouvelle fois dans la salle de bain, requinquée, et prête à reprendre le travail. C'est une fois dans la douche qu'elle entendit Vincent la prévenir qu'il allait ouvrir le garage, et lorsque la jeune femme fut enfin propre et habillée, elle rejoignit son camarade dans le bâtiment d'à côté, boîte à outils en main.
-
Voilà près d'une heure que le jeune mécanicien s'occupait d'un gros moteur solitaire qui n'avait plus de véhicule pour le soutenir. La grille métallique qui barrait d'ordinaire l'entrée aux supposés voleurs avait été levée, indiquant que le garage était prêt à recevoir la clientèle... Mais le rideau de métal qui fermait les deux grandes ouvertures destinées à laisser passer les voitures étaient quant à eux resté baissés. Avec le froid extérieur, les deux jeunes gens se seraient vite changés en statues de givre s'il en avait été autrement.
Vincent et Milo se trouvaient tout les deux à l'étage, sur la mezzanine grillagée qui surplombait tout le garage. Il avaient allumé un petit poste de radio pour avoir un fond musical pendant que chacun exécutait sa tâche, même si, entre les différentes coups de clefs de Vincent, et les cliquetis de la grosse chaîne que Milo nettoyait, il était difficile d'entendre distinctement quoi que ce soit...
- Au fait Milo... Pour ta mère ? Tu vas faire comment... ?
La jeune femme leva alors le nez de son activité pour regarder son compagnon avec un petit air perplexe.
- C'est à dire ?
- C'est à dire, comment tu vas lui annoncer que tu t'appelles Vallemerin de Quelque-chose maintenant ?
La jeune fille reposa lentement la chaîne sur ses genoux, salissant un peu plus son pantalon de traces noires et grasses.
- Il ne faut pas qu'elle sache, lâcha-t-elle après un temps.
- Ça va pas être un peu dur à cacher ?
- C'est pas comme si c'était la seule chose qu'elle ne savait pas... répondit-elle sombrement. Jusque là, ça c'est toujours bien passé.
- Arrivera bien un moment où elle réalisera qu'il y a quelque chose de louche, même s'il y encore un peu de temps, continua Vincent. Et si jamais ta belle famille décidait de faire connaissance avec ses nouveaux membres ? Tu ne peux pas leur inventer n'importe quoi comme excuse.
- Ils n'ont pas d'information sur ma mère, je ne leur ai rien dis... Et si les administrations se mettent à chercher une deuxième Vallemerin dans la région et qu'elles ne trouvent rien, je leur dirait tout simplement que ma mère porte son nom de jeune fille...
- Jusqu'à ce qu'ils ne poussent les recherches plus loin.
Milo posa alors les poings sur ses genoux, fixant le jeune homme, la tête penchée.
- A t'entendre on croirait que tout ça est de ma faute ! fit-elle sur le ton de la plaisanterie.
- Non c'est vrai excuse moi. C'est juste qu'il faut commencer à réfléchir à tout ça.
L'ambiance était devenue un peu plus morose soudainement, oscillant entre inquiétude, et tentative d'optimisme. Milo retourna alors à la contemplation de sa chaîne, s'apprêtant à la briquer comme une acharnée, tâchant de ne pas penser aux différents obstacles qui allaient bientôt lui barrer la route. Elle ne voulait pas y réfléchir maintenant, c'était encore trop tôt, trop frais dans son petit crâne, pour être convenablement examiné.
Comme en réponse à cet état de trouble qu'elle voulait éviter, la demoiselle entendit tout à coup la sonnerie stridente du téléphone rugir dans le petit bureau lié au garage. Milo ouvrit alors de grands yeux, tandis que Vincent se relevait légèrement du moteur sur lequel il était penché. Tournant son regard vers l'étage du dessous où était censé se trouver le bureau en question, il semblait chercher une anomalie quelconque. La jeune fille quant à elle ne perdit pas de temps et se précipita dans l'escalier métallique aux marches ajourées, manquant de passer par dessus la rambarde. Elle n'était pas encore arrivée en bas qu'elle sauta les deux dernières marches, se réceptionnant in extrémis avant de percuter un caisson à roulette. Milo s'engagea alors dans le petit bureau pendant que le téléphone sonnait encore, et décrocha le combiné, le souffle court...
Si Vincent n'était pas étonné de voir une telle hâte, c'était surement parce que lui même était pressé de savoir ce que l'on pouvait bien leur vouloir. Il fallait dire qu'à cette époque, tenir un garage n'était pas la meilleur source de revenu qu'il soit. Pour le peu de voitures qui roulaient encore, lorsqu'elles n'étaient pas trafiquées par leur propriétaire, elles étaient soit en nombre trop peu important pour faire du bénéfice, soit trop abimées pour que les gens ne daignent dépenser des sommes folles dans des réparations professionnelles.
La plupart du temps, les garages connaissaient alors des périodes de manque de clientèle assez peu confortables, et le seul moyen de faire encore tourner la boutique était de travailler sans le déclarer à l'état, supprimant les taxes et baissant les prix. Les rares coups de téléphones requérant les services de nos deux compagnons étaient alors de véritables sources de joie et d'excitation.
Ainsi, il était légitime que beaucoup de personnes du quartier se demandent comment ces deux petits garagistes pouvaient maintenir leur commerce à flot... Sans jamais réellement trouver de réponse convaincante.
-
Après quelques coups secs sur le battant en acier, l'homme pénétra dans la pièce telle une ombre. Son hôte ne tarda pas à le mettre au courant du pourquoi de sa visite, mais ne l'invita pourtant pas à s'assoir à la seule chaise qui restait libre, en face du lourd bureau en chêne.
- J'ai été informé que votre jeune protégée avait été raflée ? commença alors le grand homme aux épaules proéminentes.
- Semblerait-il, confirma le second personnage, ne voulant pas rentrer dans les détails.
- La chance à voulu qu'elle hérite d'un conjoint issu de la Noblesse...
- La chance ? le coupa alors son interlocuteur, malgré leur différence d'âge et le respect qu'il était censé lui porter.
- Oui, la chance. Ne me faites pas répéter. Plutôt que de prendre cet événement comme un handicap, prenons le comme une opportunité. Elle nous servira de taupe tout le temps qu'elle sera auprès des nobles. Le moindre de leur agissement devra nous être retransmit, je veux savoir jusqu'au moindre pet de travers qu'ils seraient supposés nous faire.
- Milo n'est pas un jouet. Vous ne ferez donc rien pour l'aider ?!
- Elle n'est pas la seule des nôtres à avoir été cueillie, précisa la grand homme avec froideur. La meilleur des solution est d'agir avec naturel, et de récupérer des informations...
Cela étonnait fortement le jeune homme qu'en apprendre sur le train de vie des nobles puisse les aider à quoique ce soit... Et plus encore qu'ils puissent apprendre quelque chose qu'ils ne savaient pas déjà, mais, soit... Il laissa faire, préférant se taire plutôt que de braver la hiérarchie. Il s'apprêtait alors à ressortir, ayant bien compris qu'il n'avait plus aucun mot à dire sur cette décision.
- David, une dernière chose.
L'homme avait déjà entrouvert la porte mais s'arrêta tout de même en chemin pour écouter ces dernières paroles.
- Transmettez lui mes félicitations pour la semaine passée, et... dites lui que c'est pour le bien de tous.
Le jeune homme franchit alors la porte pour de bon, tâchant de masquer sa fureur.
-
Milo raccrocha le téléphone avec entrain, un sourire lui fendant les deux joues jusqu'aux oreilles. C'était un client, on avait besoin d'eux. Elle revint alors dans le garage, les mains en porte voix, et ordonna brièvement à Vincent de descendre la rejoindre, il fallait vite se mettre en route. L'accident avait eu lieu à l'entrée d'un village voisin; une collision avec un arbre à ce qu'elle avait pu comprendre. La jeune femme s'était appliquée comme elle avait pu à déchiffrer les dires de son client, essayant de repérer les informations importantes au milieu des différents bruits de fond et autres cris plus ou moins furieux, mais certaines données lui échappaient encore.
Après avoir enfilé des tenues chaudes, les deux amis s'équipèrent de quelques outils en supplément de ceux qu'ils avaient déjà dans la dépanneuse. Ils attrapèrent également certains papiers nécessaires à leur déplacement, puis décidèrent qu'ils pouvaient enfin fermer le garage. Une plaque de verglas attendait Vincent sur le trottoir, le faisant légèrement patiner sur place pendant qu'il vérouillait la porte du bâtiment à clef. Milo quant à elle s'était déjà dirigé vers le véhicule de dépannage, garé dans l'allée qui permettait d'accéder à la porte arrière, ouvrant sur la buanderie. Elle était en train de détacher la bâche qui recouvrait la grue pour la protéger des intempéries, la tirant de toutes ses forces pour la faire tomber au sol. Son camarade l'aida par la suite à rouler la toile, et comme deux marchands de tapis, ils la hissèrent à l'arrière du camion, enfin prêts à mettre les voiles.
- Je prends le volant ! claironna Milo pendant qu'elle se propulsait dans le véhicule, s'aidant du marchepied avec peine.
- C'est toujours toi qui prend le volant de toute façon, fit remarquer le jeune homme en montant du côté passager.
- C'est mon petit plaisir personnel, ne va pas m'enlever cette fierté...
La jeune fille tourna la clef de contact, priant pour que rien n'ai gelé dans le moteur pendant la nuit, et fut alors rassurée de voir le pot d'échappement tousser quelques gerbes de fumée blanche.
- Ha... Tu vois comme il ronronne quand il sait que c'est Mimi aux commandes ? Hein ? reprit-elle tout en caressant le tableau de bord avec une petite moue affectueuse.
- Et est-ce que Mimi a vérifié le niveau d'éthanol avant de grimper sur son siège ?
Milo releva alors les yeux vers le compteur à essence qui ne marchait plus depuis belle lurette, et dans un petit « oups » hagard, commença à ouvrir sa portière pour aller contrôler le niveau de carburant.
- Allez... c'est bon, je vais t'épargner ça. J'ai remit le plein y'a même pas deux jours, avoua Vincent en rattrapant sa camarade par la manche. Appuie sur le champignon, on nous attend !
- Tu sais que t'es très drôle quand tu veux, rétorqua la demoiselle tout en jouant du levier de vitesse, faisant bondir la dépanneuse hors de l'allée.
Milo détestait se faire piéger, mais sa mauvaise humeur ne gardait jamais bien longtemps sa consistance lorsqu'il s'agissait d'un affrontement avec Vincent. Aussi, à peine quelques minutes passées à zigzaguer entre les passants, les voilà qui plaisantaient à nouveau sur tout et rien, comme s'il n'avait jamais été question de se rendre sur les lieux d'un accident peut être grave. Après tout... ils n'étaient pas médecins, juste dépanneurs.
En chemin ils croisèrent le boucher et sa femme, trônant avec dignité sur une charrette tirée par leur mule, très fameuse dans la région pour ses nombreux coups de têtes. Un peu plus loin encore la petite camionnette du laitier les klaxonna sur leur passage en signe de bonjour, et d'autres promeneurs semblèrent saluer leur courage d'un timide signe de la main. Peut être était-ce la grue, recroquevillée comme un long bras atrophié à l'arrière du camion, qui leur faisait à tous cet effet... Mais Milo devait avouer que se trouver au volant de ce géant de tôle cabossée lui donnait l'impression de surplomber le monde, d'avoir tout à coup de l'importance. Son camion en jetait un max, ou c'était tout du moins ce qu'elle en pensait.
- Tu crois que vas y avoir des morts ? demanda alors subitement la jeune femme à la vu d'un gyrophare qui envoyait des flashs bleutés sur les environs.
Les deux collègues étaient maintenant en vue de la scène de l'accident. Une ambulance était garée sur le bas côté, attendant sagement que l'on lui apporte sa victime, et des policiers fichés dans de grosses vestes bleues marine tentaient de rediriger les voitures vers une autre route, coupant la circulation à quiconque voulait passer. Un barrage avait d'ailleurs été formé autour de la zone sinistrée, mesure de précaution un peu excessive pour une simple rencontre avec un arbre, aussi violente fut-elle.
- C'est surement une personne importante qui doit être sur cette civière, remarqua Vincent tout en observant l'agitation qui régnait sur les lieux.
Usant de leur sifflet à tout va, les gardiens de la paix en action ne mirent pas longtemps avant de repérer la convoitée dépanneuse. Ainsi, on fit signe aux deux jeunes gens de s'avancer un peu plus dans la zone de sécurité, et pendant que des pompiers s'acharnaient à dessouder le grand peuplier du véhicule qui s'y était encastré, on aboya à Milo et Vincent de présenter leurs papiers d'identité.
- Ils y vont fort... Tout ça pour un abruti qui s'est payé un arbre, maugréa la demoiselle.
Mais tandis qu'elle s'emparait de ce que l'on venait de lui demander, Milo eu un petit hoquet de terreur et de surprise. Ce que la jeune fille avait tiré de sa poche n'était pas du tout ce qu'elle cherchait.
- Oh merde !
- Hum ?
- Le rouge. C'est le rouge ! Pas du tout le marron !
Vincent daigna alors enfin poser le regard sur ce que sa compagne lui agitait sous le nez et, effectivement, il y avait là un petit problème... Comment la jeune femme avait-elle pu se tromper ?
- Mais qu'est-ce que t'as fichu ?
- Je sais pas ! Je l'ai pris comme d'habitude dans le tiroir du bureau pourtant !
- Bon ne panique pas, c'est pas grave... C'est encore Curtis qui a dû tout mélanger dans son état de tornade blanche ce matin... Il a évidement fallu qu'il décide de faire le ménage pile aujourd'hui celui là.
- C'est pas du tout le bon nom qu'il y a sur ces papiers... S'il y a dans la foule quelqu'un qui me connait, ou qu'ils décident de noter nos nom on fait quoi ?!
Les deux jeunes gens n'eurent pas le temps de réfléchir d'avantage à la question... Un policier venait de frapper du bout de sa lampe torche sur la vitre de Milo, demandant à ce que l'on baisse la fenêtre. Le froid s'engouffra alors dans le véhicule à mesure que la jeune fille faisait des tours de manivelle, et pendant que la demoiselle cherchait une solution à son problème, l'agent se découvrit le visage de l'écharpe qui l'entravait.
- Et alors les jeunes ! Ça faisait un bail que je ne vous avais plus revu !
- Harold... souffla alors Vincent, légèrement rassuré d'avoir à faire à quelqu'un qu'ils connaissaient.
- Héhé, et dire qu'on a failli se louper... Vous avez vos papiers ?
- Oui... Oui, on a nos papiers, articula lentement Milo en se retournant vers Vincent, légèrement menaçante.
- Met ton doigt sur la fin du nom, et laisse ta bonne étoile faire le reste... lui chuchota alors le jeune homme, tâchant de paraître le plus naturel possible.
Milo s'exécuta. De toute façon, il n'y avait pas grand chose d'autre à faire. Ouvrir la porte à la volée et se sauver en courant aurait pu passer pour légèrement suspect... La ruse de la fausse identité à moitié cachée par un obstacle, que l'on voulait soit disant innocent, était certes vieille comme le monde – ou tout du moins comme les papiers d'identité – mais avec un bon jeu d'acteur pour accompagner le tout, l'astuce avait des chances de ne pas être remarquée.
La jeune fille ouvrit alors le petit carnet rouge d'une main, le tenant un peu maladroitement pour faire croire qu'elle ne réalisait pas vraiment que le plus important dans ce qu'elle devait montrer était tout bonnement illisible. Vincent fit alors de même, bien qu'il n'avait rien a cacher, espérant que l'attitude de Milo éveillerait encore moins de soupçon si lui même la répétait. Un petit sourire amical en prime, et les deux jeune garagistes auraient donné tout ce qu'ils avaient pour que la chance ne leur tourne pas le dos.
- Allez ça va les gosses, circulez, et rentrez vite vous mettre au chaud !
Harold, le gentil Harold, quarantenaire aux airs de gros ours en peluche, venait de leur sauver la mise. Milo ne se fit pas prier pour refermer sa fenêtre vitesse grand V, après avoir balancé au préalable ses traitres papiers d'identité sur les genoux de son acolyte pour qu'ils disparaissent de sa vue. Elle souffla un bon coup, se remettant de cette montée de stress qui l'avait bien agitée, et de la honte d'avoir manqué de peu de se mettre dans un sacré pétrin. Mais le regard en coin de Vincent ne l'aidait pas à se calmer. Le jeune homme ne disait certes rien, mais Milo savait très bien à quoi il était en train de penser.
- D'accord, j'aurais dû faire attention, bougonna la demoiselle tout en faisant redémarrer le camion. Mais dans la précipitation, j'ai pas songé à me dire que quelqu'un avait peut être eu la bonne idée de mélanger mes affaires !
Le véhicule, qui avançait à petite allure jusqu'à la carcasse de voiture qu'il était venu déblayer, roula alors sur un nid-de-poule. Les deux jeunes gens se retrouvèrent le nez presque collé contre le pare brise, mais firent tout de même comme si de rien n'était, continuant leur ascension sur un chemin bien accidenté sans broncher.
- Je n'ai rien dis, se défendit Vincent, accroché à la portière à ses côtés pour éviter d'être balancé dans tout les sens comme un culbuto. Tes nerfs ont été confrontés à pas mal d'épreuves on va dire, tu n'es pas aussi vigilante que d'habitude... Peut être que tu devrais rentrer pour le moment, au cas où on nous redemanderait un laissez-passer.
Milo fit alors piler la dépanneuse, dérapant légèrement sur la route que le passage fréquent des autorités sur place avait rendue boueuse.
- Excuse moi.
- Mais ce n'est pas grave je te dis... Milo, le prend pas comme ça...
- Ça va t'en fais pas. C'est ma faute, ça fait bien longtemps qu'on ne fait plus ce genre d'erreur de débutant.
Milo lui adressa alors un sourire un peu forcé, et sauta de la dépanneuse. Elle s'éclipsa rapidement tandis que Vincent prenait sa place au volant, surveillant dans le rétroviseur la retraite de sa camarade. La jeune fille allait surement rentrer à pieds, le temps de se remettre les idées en place, mais cette pensée ne fit même pas réagir le mécanicien, qui savait bien que Milo adorait la marche. Quand il fut sûr que personne n'était venu se mettre en travers de la route de la demoiselle qui quittait les lieux de l'accident, et quand il en eu finalement marre de se faire huer pour que le camion avance, Vincent remit la moteur en route. Quelques nids-de-poule et une marche arrière capricieuse plus loin, la voiture qu'il était venu chercher était prête à être hisser à bord.
Plus tard, quand le jeune homme fut sur le point de repartir, Harold revint voir Vincent pour demander où avait bien pu passer la jeune femme. Le jeune chilien lui avait alors répondu que sa camarade ne se sentait pas bien, et qu'elle était repartie seule à leur foyer. Sur ces mots, le policier avait exprimer son vœux que Milo se remette vite de son malaise, et avait rapidement évoqué la promesse d'un passage prochain au garage, pour prendre des nouvelles des deux jeunes gens... Chose que, heureusement, il ne respectait jamais.
Deux mois pour vous pondre ue chose pareille... Oui là je suis d'accord, on peut sortir le fouet.
Sorry.
Merci néamoins à ceux qui ont gentiment laissé des reviews jusque là, et désolé de donner l'impression que je me moque de vous avec un tel chapitre. Ce n'est pas ce que vous croyez ! (lève les bras pour eviter le jet de pierres)
C'est court, et j'ai un peu l'impression d'être hors sujet et de mal m'expliquer... Mais bon. Peut être que dans quelques jours, avec du recul, ça ira mieux.