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Fiction » Sci-Fi » Hardly Tomorrow font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: BeuldesBois
Fiction Rated: T - French - Adventure/Romance - Reviews: 21 - Published: 11-26-08 - Updated: 09-25-09 - id:2601029

Chapitre 6.
" Mister Déserteur "

De nombreuses herbes et petites plantes étaient gelées sur le bas côté, se camouflant sous une fine pellicule de glace qui faisait crisser chaque pas de Milo au fil de sa marche. Les mains dans les poches pour se les réchauffer, et la tête rentrée dans les épaules pour éviter les courants d'air, la jeune femme se refaisait tout le trajet en sens inverse, sur la route de Chaussac-Taillefert. Voilà quelques minutes déjà qu'elle avait quitté Vincent sur les lieux de l'accident. Elle avait broyé du noir pendant longtemps, se maudissant d'être ce qu'elle était. Non seulement incapable d'échapper à des agents du comté, la voilà qui était désormais un danger pour elle même et ses camarades... Toutes ces années d'apprentissage ne lui avaient-elles donc rien appris ?

Milo se frappa le front à coup de paume de main. C'était trop bête, vraiment trop bête. Il était temps qu'elle reprenne le contrôle sur sa vie... qu'elle en attrape les rênes à deux mains et ne les laisse plus filer de si tôt. La jeune fille marchait à vive allure, la mâchoire serrée. Si elle avait eu quelqu'un sur qui frapper, là, tout de suite, elle aurait sauter sur l'occasion sans chercher à réfléchir. Un agent quelconque, un certain époux, voire même le premier type qui l'aurait regardé de travers... Mais hélas elle n'avait rien de tout cela sous le bras, et c'étaient les pierres sur la chaussée qui, en attendant, subissaient son humeur massacrante.

Selon ce qu'elle connaissait de la route, Milo savait que dans une bonne heure, elle atteindrait les abords de sa ville. Il lui faudrait ainsi traverser un premier village à flan de colline, et continuer son chemin toujours en suivant l'allée de goudron, car dans ce coin de la région, il aurait fallut être fou pour s'aventurer dans la montagne à la végétation foisonnante malgré l'hiver.

- Roh, mais va chier... maugréa la demoiselle, entendant une voiture la klaxonner.

La jeune Vallemerin ne marchait pas tout à fait sur le bord de la route, mais elle n'était pas non plus sur le bitume... alors que ce rageur d'automobiliste aille se calmer ailleurs. Ce petit interlude dans sa rumination mentale avait dissuader Milo une bonne fois pour toute de tenter le stop pour rentrer chez elle, et elle resterait ainsi fidèle à la marche à pieds... errant dans les virages incessant de cette route presque montagnarde, et la petite brume du matin.

-

La terne Chaussac-Taillefert était enfin en vue. A défaut de l'avoir rejoint par les hauteurs comme lors de la veille, Milo entrait cette fois dans la ville par la plaine, se sentant noyée sous le poids de cette imposante bourgade ne semblant former qu'un bloc. La vie dans les ruelles s'était un peu réveillée par rapport au matin même, faisant en sorte que la demoiselle croise bon nombre d'habitants sur les trottoirs, surveillant leurs commerces et échoppes, ou se rendant peut être sur leur lieu de travail. Elle connaissait un bon nombre de ces passants, et quelques uns mieux que d'autres, malgré le fait qu'elle ne se soit installée dans Taillefert il n'y avait que deux ans de cela. Le souvenir de ce temps lui fit venir un sourire au lèvres. A cette époque elle ne connaissait que Vincent, et avait ouvert avec lui ce garage semblant bien trop grand pour deux jeunes nouveaux adultes se lançant sur le marché du travail... mais c'était tout de même une bonne affaire à tenter pour le prix que les anciens propriétaires en voulaient. Passer à côté aurait surement été pris pour de la bêtise, et depuis, d'ailleurs, les deux amis avaient toujours réussi à s'en sortir comme il le fallait.

- Hé alors Vallemerin, j'aurais juré avoir vu ton camion passer y'a une ou deux heures dans Taillefert comme une balle ! cria un homme sur le trottoir d'en face. Ce pourrait-il que je me soit trompé ?

- C'est une longue histoire, monsieur Taieb !

Il n'en était rien, en réalité, mais Milo n'avait pas envie de se perdre dans l'invention d'un mensonge plus long à raconter à ce brave épicier. C'était un homme gentil et bâti comme une armoire à glace, mais qui aimait peut être un peu trop faire s'éterniser les conversations. Elle lui adressa alors un bref signe de la main et un sourire bien veillant, visant à ne pas vexer le commerçant pendant qu'elle sonnait la retraite, car la jeune femme appréciait bien trop ce personnage et son tempérament pour le froisser.

Elle se remit en route, se tassant encore un peu plus sur elle même pour tenter de récupérer un peu de sa chaleur corporelle. Quelques autres connaissances lui souhaitèrent le « bonjour » tout au long de sa route, de telle sorte que Milo manqua presque de croire, au final, que ce jour serait effectivement bon et de bonne augure. Commençant certainement à se pardonner ses erreurs, la jeune fille retrouvait un semblant de bonne humeur, et surtout un peu d'estime pour elle même.

La voilà qui pénétrait maintenant sur ce qui était autrefois la place du village, et qui n'était plus devenu qu'une simple petite place en face de l'hôtel de ville, avec le temps et l'essor de la commune. Les jours de marché se tenaient désormais dans un autre endroit de la bourgade, laissant alors les quelques bancs trônant par ici libres et déserts. La décoration des lieux n'était de toute façon pas très attirante, et ce vide ne paraissait pas bien étonnant... Un grand arc de cercle pavé au sol, et quelques arbres plantés en bordure de celui-ci, voilà tout ce que cette place avait à offrir.

Le chemin de Milo était tel qu'elle se retrouva bientôt à zigzaguer entre les flaques d'eau gelées pour éviter de se retrouver les quatre fers en l'air au milieu de ce cratère sans vie. Pour l'une des premières fois depuis le début de sa route, la jeune femme se surprit à lever le nez du sol, et à observer les choses se trouvant bien au dessus de sa ligne de vision habituelle. Les cheminées de la ville crachaient toutes de longues chaînes de fumées blanches, s'éparpillant après avoir été prises dans les tourbillons du vent. Le ciel avait quand à lui retrouvé une petite teinte bleutée, ne prévoyant pas de neige pour la journée, et le soleil était enfin visible, indiquant aux observateurs qu'il était aux alentours de midi.

Le ballet des fumées aux prises avec les lentes bourrasques arracha un sourire à Milo, qui s'arrêta pour les observer un moment. Elle entendit derrière elle comme une porte claquer, mais n'y fit pas plus attention tellement le bruit lui semblait venir de loin. La demoiselle était trop occupée à laissé le soleil lui réchauffer un peu le visage, mais une voix la fit soudainement redescendre sur Taillefert.

- Coucou Milo.

C'était une petite voix chaleureuse, et infiniment douce. Milo se retourna un peu précipitamment, ne reconnaissant pas la voix malgré la familiarité avec laquelle l'inconnue s'était adressée à elle. La garagiste fit alors face à un visage qu'elle ne connaissait que depuis très peu de temps, avec ses petits yeux plus foncés encore que ceux de Milo, virant sur le noir, et ses courts cheveux ébènes encadrant son pâle visage.

- Oh... ! voulu s'exclamer Milo, manifestement ravie de ces retrouvailles, mais ne trouvant pas le nom de la jeune fille. Salut !

- Sophie, Safont, précisa alors la concernée, amusée. On s'est rencontré hier.

- Je m'en souviens bien... fit Milo dans un souffle. Dommage que ce fût dans de telles circonstances.

Les évènements de la veille était un sujet brûlant que les demoiselles étaient impatiente d'aborder... Pourtant, un silence un peu gêné s'installa entre les deux jeunes femmes, témoins de multiples questions trop indiscrètes qu'elle mourraient d'envie de se poser, mais étaient trop courtoises pour le faire.

- Mais... On ne se connaissait pas avant ? osa finalement l'une d'entre elles. Je veux dire... Tu m'as bien appelé Milo ?

Sophie rendit alors un sourire timide à sa camarade, rougissant peut être un peu.

- Mon père est l'adjoint au maire. Je connais beaucoup d'habitants d'ici, et encore bien d'autres noms sans jamais avoir vu leurs propriétaires. Vallemerin et Molina, les garagistes de Taillefert ouest... J'en ai quelques fois entendu parler au grès de discutions, que ce soit dans la mairie, ou dans les rues de la ville.

- Wahou... s'étonna Milo, gonflant presque le torse. Alors on est si connu que ça...

Elle était fière, mais tout de même un peu inquiète.

- On a rien fait de mal ou de louche au moins... ? reprit-elle alors d'un faux air détaché.

- Non, répondit Sophie en riant doucement. Vos quelques sorties, et votre jeune âge aussi très certainement, se font pas mal remarquer. Puis les gens vous aiment bien ici je crois.

A voir le sourire radieux de la brunette, Milo comprit que c'était également le cas de la jeune fille. Elle fut un peu déconcertée que les gens du coin les apprécient, Vincent et elle, tant que ça; mais se retrouva bien vite heureuse d'entendre de telles révélations. A qui cela n'aurait-il pas fait plaisir, de toute façon ?

- Tu as un peu de temps devant toi ?

- Oui... Mon père me balade avec lui dans toute la région pour annoncer à qui veut l'entendre que sa fille est mariée, mais là il est en réunion. Je suis un peu tranquille.

Franchement agacée, un voile d'ombre sembla tout à coup recouvrir le visage pourtant si mignon de Sophie, alors qu'elle évoquait sa très récente union. Milo lui indiqua un banc un peu en retrait sur la place, et malgré la température peu élevée, les deux jeunes filles s'y assirent sans broncher, espérant que le soleil ne leur ferait pas faux bond, et continuerait de les réchauffer.

- Ton père est si heureux que ça pour ce mariage ? reprit alors Milo, sombrement.

- Je ne sais pas pourquoi tu as été convoquée hier... commença sa compagne dans un souffle. Mais pour ma part, mon père s'est arrangé pour lier à vie notre famille à la richesse quasiment assurée, puisque j'épouse un petit bourgeois du duché d'à côté qui vit à quelques kilomètres... Enfin, petit bourgeois, mais héritage pas si ridicule que ça, il faut croire. Mon père est comme un fou depuis qu'ils ont accepté le marché. Et de son côté, peut être ma belle famille s'est-elle dit que s'allier avec un fonctionnaire du royaume pourrait leur être utile... Résultat voilà où j'en suis.

Sophie, qui avait décidément l'air de ne rien avoir à faire dans les affaires de son père, était pourtant la victime passive de cette histoire de profit et de complot ne semblant pas très sain.

- Enfin, de toute façon avec cette réforme, il y aurait bien fallut qu'on y passe... Si on peut remanier les choses pour que ça en arrange quelques uns, alors pourquoi pas...

- Mais c'est tout de même assez dégueulasse que ton père t'utilise comme ça ! rebondit Milo, abasourdie.

Pour toute réponse, Sophie se contenta de sourire une énième fois, de cette façon si particulière qu'elle avait de faire, un peu comme la mère attendrie par son enfant. A force, Milo commençait à se demander si la jeune femme faisait preuve de bien du courage, ou de trop de soumission.

- Disons que le pire dans cette histoire, pour moi, c'est plutôt la personne avec qui je suis mariée... Je l'ai rencontré hier, tu sais, pour les papiers, tout ça, finit-elle plus bas.

- ... Il n'est pas beau ? se risqua alors Milo, ne sachant pas vraiment quelle importance sa camarade accordait au physique des gens.

Sophie explosa d'un rire un peu amer, et se mit alors à faire tourner son alliance sur son doigt, passant et repassant son pouce dessus pour la faire glisser.

- Ce n'est pas une beauté, c'est sûr, mais il n'est pas laid non plus... Non. Mais, intérieurement, ça n'a pas l'air d'être une bonne personne. Je ne voudrai pas me prononcer trop vite, ni dire du mal de lui sans le connaître... mais, il a cette façon de me regarder... si fixe, te dévisageant. Presque lubrique.

Semblant remarquer le malaise de Milo, Sophie se redressa sur le banc, elle qui s'était recroquevillée sur elle même quelques secondes auparavant, comme pour échapper à la menace de son époux. Elle reprit ainsi ce sourire indéchiffrable qu'elle arborait si souvent, et s'empressa de changer de sujet, avant que son interlocutrice ne décide d'aller massacrer son mari, vu la fureur que reflétait son regard.

- Mais je me fais surement des idées, il ne se passera rien de terrible, j'ai dû mal interpréter son attitude. Et le tien alors ? Je me suis inquiétée de ne pas te voir rentrer dans la grande salle avec tout le reste des raflés... Qu'est-ce qui t'es arrivé ?

- Oh rien... Sinon que je suis devenue un « de » entre temps... bougonna Milo.

- Un noble ? Ton mari est un noble ? répéta la pauvre Sophie qui n'y croyait pas. Ça alors ! Mais qu'est-ce que la Noblesse vient faire à se mêler au Peuple ! C'est répandu ce genre de couple ?

- Alors là, aucune idée... Je t'avoue que je n'ai pas compris non plus lorsque ça m'est tombé dessus.

- En tout cas ça n'a pas vraiment l'air de te réjouir... ?

Milo faisait effectivement une tête boudeuse, et prête à râler et cracher son venin dès que l'on lui en donnerait l'occasion. Elle se retrouva alors forcée de se comparer à l'air angélique de Sophie, se trouvant ridicule face à son sang froid, malgré sa situation semblant pire que la sienne. Éaque, au moins, avait clairement exprimer sa réticence à entrevoir quelque contacte que ce soit avec son épouse... Et tandis que Milo rassemblait son courage pour se rendre à l'évidence qu'elle n'était pas si à plaindre que ça, des cris et braillements autoritaires commencèrent à parvenir aux oreilles des deux demoiselles, isolées sur la place.

- J'ai remarqué que tu t'étais blessée hier, non ? reprit Sophie, sans faire attention aux bruits.

- Oh ça... fit la cascadeuse en observant sa main bandée. Disons que je n'avais pas trop envie de me laisser embarquer quand ils sont venu me chercher.

Milo retrouva alors un semblant de sourire, heureuse à l'idée d'avoir mener la vie dure à quelques agents du comté.

- Ça ne m'étonne pas trop de toi, lui répondit sa compagne, également amusée.

- ... Comment ça ?

- Non rien... Oublie.

Cette dernière remarque de Sophie avait attiré l'attention de la jeune Vallemerin, se demandant comment, en si peu de temps, elle avait bien put se faire une idée si précise sur son cas... Mais les cris que les deux demoiselles avaient tenté d'oublier se firent entendre de nouveau, et plus fort. Le groupe de braillards semblait se rapprocher de leur position, certainement leurs tomberaient-ils d'ailleurs bientôt dessus... et tout cela ne rassurait pas Milo. Tout ce qui sortait du calme ordinaire d'une journée à Taillefert n'était jamais bon présage.

- On ferait peut être mieux d'y aller, suggéra-t-elle alors, commençant à se lever.

- On dirait des ordres hurler à tout va...

Tandis qu'elle tentait de décrypter elle aussi les bruits qui lui parvenaient, Milo se rappela alors qu'elle n'avait aucun papier sur elle... or, si Sophie avait bien raison, et que ce vacarme était effectivement composé d'un amas d'ordres et d'injonctions, il y avait fort à parier que l'armée errait dans les rue de la ville. Contrôlée par l'armée, sans ses papiers d'identité... cela n'entrainait généralement rien de bien sérieux, mais un ou deux soldats voudraient certainement raccompagner Milo chez elle pour que la jeune femme puisse leur prouver qu'elle était bien qui elle prétendait être. Seulement, d'une part, Milo n'avait aucune idée de l'endroit où se trouvait les documents que Curtis avait très certainement flanqué dans un endroit complètement insolite de la maison, et d'autre part, laisser l'armée rentrer chez elle, s'était ouvrir en grand la porte de la bergerie, pour que le loup puisse s'y infiltrer... Un suicide assuré.

- Tu ferais mieux de vite rentrer dans la mairie, proposa-t-elle alors à Sophie. Je vais tâcher de rejoindre mon chez moi rapidement pour ma part... A une prochaine fois, peut être !

Avec de grands signes de la main, Milo s'éloigna du banc qu'elle occupait jusqu'alors, laissant sa camarade remonter la place à petites foulées, et s'engouffrer dans l'hôtel de ville après un dernier regard sur l'extérieur.

La cohue dans la vieille ville était maintenant beaucoup plus claire, et Milo soupçonnait la présence d'une troupe d'au moins une vingtaine de personnes en train d'arpenter les petites rues tout près d'elle. Relevant le col de son manteau, et enfilant de nouveau les mains dans ses poches, Milo tâchait d'être la plus rapide et la plus discrète possible, ayant tout à gagner à passer inaperçue.

-

- Retrouvez moi ces bons à rien ! Ils mériteraient d'être trainés en justice...

- Séparez vous, et écumez moi cette ville de fond en comble, y'en assez de courir après ces traitres !

Les cris étaient parfaitement audibles, et tout cela semblait sérieux. Milo commençait à avoir peur pour sa peau... Quelle était donc cette histoire de traitrise ? Si des militaires aussi remontés lui tombaient dessus, à coup sûr, elle passerait un sale quart d'heure. La jeune femme décida alors d'emprunter de petites rues inanimées où, elle l'espérait, les soldats n'auraient pas l'idée de s'aventurer. Cela lui rallongeait certes le chemin du retour, mais lui semblait plus sécurisé.

Les militaires se déplaçaient par groupe de deux ou trois, martelant les ruelles de leurs pas précipités, dont le bruit se répercutait en échos sur les façades des habitations. A chaque fois que leur présence était trahie, et que les soldats semblaient se rapprocher de Milo, la jeune fille s'empressait de s'engouffrer dans la première cachette qui se montrait à elle. C'était ainsi qu'elle s'était d'ailleurs glissée chez des gens qu'elle ne connaissait pas du tout, tachant de faire le moins de bruit possible en refermant la porte d'entrée derrière elle. Heureusement, la seule personne dans la pièce à ce moment fut une vieille femme qui lui tournait le dos en regardant la télévision... et quand les bruits de pas en pleine course ne se firent plus entendre, Milo ressortit de la petite maison de ville aussi discrètement qu'elle y était entrée, surveillant le moindre de ses gestes pour ne pas risquer de bousculer un objet par inadvertance.

Voilà qui faisait un bon moment maintenant que la demoiselle n'étendait plus de hurlement proche d'elle. Quelques ordres aboyés avec toujours autant de vigueur s'élevaient parfois de-ci de-là, à des points bien distants les uns des autres... Mais les craintes de la jeune femme étaient retombées. Elle se décida alors à retrouver une rue plus grande et plus directe que ce qu'elle avait emprunté jusque là, rencontrant par moment une ou deux personnes à cheval, ou une automobile traversant la ville... Erreur.

- Nous sommes en droit de tirer, arrêtez-vous !

Une détonation suivit alors très rapidement cette mise en garde, et Milo s'arrêta net sur son trottoir, au milieu d'une rue qui ne lui offrait que peu de porte de sortie. Ce n'était pas à elle que l'on s'était adressé, l'injonction était partie de plus loin dans la rue adjacente. Des cris en pagaille se perdirent alors dans les airs, mêlant ceux des soldats, des fuyards, et des villageois affolés. La jeune femme ne pouvait pas rester là, tout ce beau monde allait se disperser, et elle était en pleine zone sinistrée. La seule échappatoire qui lui apparaissait se trouvait alors à quelques mètres devant, dans une impasse où elle pourrait très certainement s'en tirer après quelques pirouettes.

La jeune fille se mit alors à courir aussi vite qu'elle le put, bien que ses petites jambes lui avaient toujours empêcher d'être rapide à ce genre d'exercice. Une silhouette, elle aussi en pleine course, traversa le carrefour juste en face de la demoiselle... Ils étaient déjà là ?! Milo n'avait vraiment pas de temps à perdre, et accéléra le rythme. Être surprise en train de fuir au milieu de soit disant traitres qui s'échappaient eux aussi... il n'aurait plus manqué qu'on la mette dans le même panier !

- Fait gaffe !

Un jeune homme venait de lui hurler dessus, évitant Milo de justesse après avoir bifurqué dans sa rue comme une balle. Les deux jeunes gens avaient fait de grands écarts pour éviter de se rentrer dedans, entrainés dans leur course folle, et la demoiselle s'était presque écrasée contre le mur de pierres qui précédait l'allée qu'elle visait pour s'échapper. Elle brûlait de faire demi-tour et pourchasser ce nigaud qui lui remettait la faute sur le dos, mais la jeune garagiste avait pour le moment autre chose à faire... S'engageant pour de bon dans l'impasse qu'elle convoitait, la voilà qui grimpait un haut muret de parpaings, tandis que des soldats arrivaient à la hauteur de la rue qu'elle venait de quitter.

Elle continua sa route comme cela, enchainant allées et impasses, raccourcis et petits jardins privés... allant parfois jusqu'à pénétrer dans les caves des habitants qui ne prenaient pas la peine de fermer les portes à clef.

- Mais je veux juste rentrer chez moi... balbutia alors Milo en reprenant son souffle.

Elle s'était arrêtée dans une ruelle tranquille, que le soleil n'éclairait pas. Les mains sur les genoux, et le dos courbé, Milo fixait le sol, respirant assez braillement. Quelques secondes s'écoulèrent ainsi, à laisser le temps passer sans rien entendre d'alarmant. Il lui fallait pourtant sortir de cette allée, profiter de ce petit moment de répit pour filer avec plus de facilité... Mais alors qu'elle s'approchait du bout de la ruelle, débouchant sur une rue plus grande, la jeune fille fut prise de panique en apercevant quatre personnes en cercle, à peine plus loin sur la gauche. Son seul reflex fut alors de se jeter à terre, atterrissant presque sur une pile de cartons éventrés dont le contenu ne sentait pas vraiment bon. Le bruit de sa chute avait été couvert par un éclat de rire collectif des silhouettes stationnant à même pas une dizaine de mètres... Fusils en bandoulière, et casquettes fichées sur la tête, ces hommes étaient des soldat de l'armée d'État, impossible de se tromper.

La demoiselle était coincée, s'étant projeter maladroitement au sol, elle était toujours dans le champs de vision des quatre acolytes fumant leur cigarette avec insouciance. Impossible de bouger sans se faire voir... le fait qu'ils ne l'avaient pas encore repéré était d'ailleurs une chance. Fort heureusement pourtant, le soleil était trop mal placé pour éclairer la ruelle convenablement, et là où se trouvait Milo était un lieu déjà baigné dans l'ombre. Les contours de ce qui était entreposé dans cette allée mal entretenue devenaient alors difficiles à cerner, et il n'y avait plus qu'a espérer que ces militaires s'en iraient bien vite sans rien remarquer.

- Ça fait pas mal de temps qu'on les soupçonne de se faire la malle pendant les entrainements, fit alors un premier homme, tirant sur son tabac.

- Paraît même que certain ont abandonné un affrontement en cours de route... Les gradés sont dans une fureur noire.

- Tu m'étonnes... Déshonneur pour l'armée ! Si ce genre de conneries se répand, les soldats de l'État vont vite passer pour des incapables.

L'homme se mit alors à cracher sur le sol, comme pour lancer un mauvais sort à ces déserteurs.

- Chu pas pour qu'on me prenne pour le même genre de trouillard, reprit-il avec véhémence. J'vais les retrouver et leur trouer le cul moi même avec mon pétard à ces p'tites merdes !

Pour un peu et Milo se serait presque sentie concernée par ces menaces, s'inquiétant de plus en plus pour l'avenir de ses propres fesses...

- Les généraux ont bien précisé qu'on avait le droit d'utiliser la force pour les ramener, lâcha alors le dernier des quatre en tapotant la crosse de son fusil, hilare.

- Pour sûr, moi j'vais pas me priver !

- Oui enfin, si on se plante, un meurtre reste un meurtre... Faut pas se louper, ajouta un autre, moins enjoué que ses camarades.

Toujours à moitié étalée sue le sol, Milo n'avait pas bougé d'un pouce. Avec sa course effrénée, et sa montée d'adrénaline actuelle, elle était en sueur, mais dans l'incapacité de s'éventer, ou ne serait-ce que d'essuyer son front qui ruisselait.

L'armée d'État était toujours plus à craindre que l'armée de Noblesse... Les affectations de ces deux groupes armés différaient. Le premier corps d'armée n'était appelé que pour les graves conflits ou les affaires touchant l'extérieur du pays. Le deuxième pour sa part ne s'occupait que des problèmes internes, séparé en plusieurs troupes qui se cantonnaient à une région bien spéciale. Mais ce n'était pas la seule différence que l'on pouvait recenser entre ces deux grandes figures de l'ordre du royaume de France. Ainsi, l'armée de Noblesse, portant bien son nom, n'était constituée que d'héritiers nobles, se battant avec certains principes, et beaucoup de valeur morale. Les soldats d'État quant à eux faisaient preuve de bien moins d'attachement envers les valeurs du combat, et étaient surtout beaucoup plus imprévisibles et insoucieux des dommages causés...

- On se les pèle sévèrement dans ce trou. Je comprend pas pourquoi on nous à envoyé batailler par ici... La frontière me manque. Il fait carrément plus chaud dans le sud...

- Les nobles ont eu pas mal de problèmes ces derniers temps dans le coin. Soit disant le Petit Peuple est pas content, et blah blah... faites vos paquetages, on vous affecte ailleurs. Tu parles ! Ça fait trente ans que le Peuple est pas content... C'est maintenant seulement qu'ils décident de nous investir là dedans ?!

- Et le pire c'est qu'on va finir par tout se reprendre sur le dos... les français vont nous accuser de nous ranger du côté de la Noblesse. Enfin bon, on se bat quand même pour le roi quoi, merde ! Faut pas non plus tout mélanger !

- Tu t'emportes l'ami, lança alors l'un des hommes en s'enroulant un peu mieux dans sa veste d'uniforme couleur de boue. On en est pas encore là...

Milo commençait à se questionner sur ce qu'elle avait bien put louper des deux semaines passées. Avant son départ, elle n'avait jamais entendu parler de cette histoire de renfort pour l'armée de Noblesse... et tout cela ne faisait que l'angoisser plus encore. Elle savait évidement que beaucoup d'affrontements avaient lieux autour de la Marche, voire dans le comté lui même... Mais, si l'État commençait à se mêler de ces affaires internes dont il n'avait que faire en général, le Peuple risquait d'en pâtir salement.

Un bruissement dans la ruelle alerta alors soudainement la jeune fille, espérant qu'il ne s'agissait que d'un rat, ou au pire d'un chat qui ne ferait pas trop de bruit... Mais après avoir observer le sol pendant de longues secondes, Milo ne trouva rien. Pas un animal n'était dans les parages... Par contre, il y avait bien une ombre suspecte entre les deux poubelles qui se trouvaient un peu plus bas dans l'allée, longeant le mur que Milo avait en face d'elle. Très vite, la jeune femme repéra alors deux yeux furieux qui lui lançaient des éclairs, alors que la silhouette se redressait sur elle même avec lenteur, pour minimiser les bruissements de ses vêtements. Des vêtements qui, à mesure que la demoiselle observait le réfugié, s'avéraient d'ailleurs être un uniforme de l'armée un peu débraillé.

Les deux jeunes gens se mirent à se fusiller du regard mutuellement, menaçant l'autre mentalement de fulgurantes représailles si l'un des deux osait trahir la présence du second. Milo ne pouvait certes pas bouger, mais tâchait de bien faire comprendre au déserteur que s'il remuait encore un cil, elle l'étriperait. La jeune femme fronçait le nez et le sourcils, pinçant ses lèvres pour se retenir de proférer des menaces audibles. Le jeune homme, à deux pas d'elle, se contentait pour sa part de toujours la regarder avec ce regard meurtrier, plaçant l'un des doigts sur sa bouche pour faire signe à Milo de la boucler. Qu'il était gonflé ! Elle qui était toujours à plat ventre sur le sol gelé ne s'était pas encore faite repérée malgré la vue imprenable que les soldat avait sur elle !

Milo commençait à s'agiter sur le goudron glacé. Avec de petits signes de tête énergiques, elle tentait de faire comprendre à ce têtu de nouveau venu qu'il valait mieux qu'il déguerpisse, et en silence... Seulement le concerné ne semblait pas l'entendre de cette oreille, et se plaqua un peu plus contre le mur en gesticulant furieusement. A l'aide de grands signes du bras, il espérait faire comprendre à Milo qu'il fallait qu'elle arrête de bouger, sans y parvenir.

- Vivement qu'on retourne aux baraquements, reprit l'un des soldats en se frictionnant les avant-bras. Et dire qu'on est censé être établit au vicomté de Limoges... Ces salauds de déserteurs nous auront fait faire du chemin pour les retrouver !

- Finis ta clope va... Plus vite on leur mettra la main dessus, et plus vite on sera au chaud.

- Dites, vous entendez rien là ?

Milo et son acolyte improvisé se figèrent sur place... priant pour que la jeune fille sur le sol ne soit prise que pour un sac poubelle ou un vieux tas de couvertures.

- Tu parles des bruits de la ville peut être ? répondit alors un autre homme en riant de son compagnon.

- Mais nan... Oh laisse tomber.

Le soldat remonta alors son fusil sur son épaule, et commença à se mettre en marche pour continuer la recherche déjà commencée de ces militaires en fuite que beaucoup semblaient tant haïr.

- Fait pas la gueule ! Dis nous ce que t'as entendu plutôt, au lieux de te barrer comme ça !

L'homme s'arrêta alors juste en face de la ruelle que les deux fuyards occupaient, se tournant vers ses camarades. Milo était en transe. Plaquant son nez contre le sol, elle tâchait de faire le moins de bruit possible en respirant, malgré son rythme cardiaque qui venait de s'emballer. « C'est pas possible... C'est pas possible » pensait-elle très fort, essayant de se convaincre qu'elle avait épuisé son quota de malchance pour la journée, et qu'elle arriverait à s'en sortir sans que personne ne la remarque.

- C'est bon je vous dis. Dépêchez-vous de vous remettre en route, si quelqu'un nous trouve à flâner, se sera pas bon pour nous.

Les hommes jetèrent finalement leur mégots sur le sol, décidant de suivre celui qui pensait entendre des voix. Chahutant entre eux, et reprenant une conversation sur un sujet beaucoup plus léger cette fois, les voilà qui piétinaient le trottoir à à peine deux mètres de Milo, sans la voir. Quand la jeune fille fut sûre que les soldats ne pouvaient plus l'apercevoir, elle se releva avec empressement, fébrile. A l'aide d'une main posée sur le mur, la voilà qui était appuyée au dessus de la pile de carton en désordre, se remettant de ses émotions, incrédule... Ces nigauds étaient-ils définitivement parti sans la remarquer ?

Le jeune homme qui avait partager les aventures de la demoiselle sortit alors de sa cachette entre les poubelles, se rapprochant du bout de l'allée, et de Milo par la même occasion. D'environ son âge, le garçon possédait les cheveux châtains, et des yeux sombres qui semblaient examiner la championne du camouflage de haut en bas. Aucun son, aucun mot. Les deux jeunes gens se lançaient des regards mauvais, encore trop inquiets pour prendre la parole avec ces militaires qui n'étaient pas assez loin à leur goût. Très vite, quand le déserteur en eu assez de fixer la demoiselle avec un mélange de mépris et de curiosité, il s'élança enfin dans la rue, sans prévenir. S'éloignant dans une course silencieuse, il lançait parfois de petits regards aléatoires pour surveiller les environs, mais ne posa plus jamais les yeux sur Milo. La jeune femme décida pour sa part qu'il serait bon de faire de même, et après une bonne minute à attendre sans bouger, pour être certaine de ne pas retomber sur son prédécesseur, elle sortit à son tour de la ruelle, et s'en éloigna avec soulagement...

A peine quelques minutes s'étaient écoulées que la jeune Vallemenrin rencontrait alors un camion dont elle connaissait bien le conducteur. Elle se rua presque sous ses roues, faisant piler la lourde machine dont le propriétaire fulminait de rage.

- Mais ça va pas qu'est-ce que tu fous ?! explosa Vincent, ayant bien cru qu'il avait tué sa camarade. Ça fait une plombe que je te cherche ! L'armée est dans la ville, y'a eu des coups de feu nom d'un chien ! T'as l'impression que c'est le moment de prendre l'air ?!

- Si tu savais... bafouilla alors Milo, refermant la porte après s'être assise sur le siège du passager. Tu nous ramènes à la maison... ?

C'était plus un ordre qu'une véritable requête, mais Vincent n'était pas en état de faire autre chose de toute façon. Sa seule idée pour le moment était de rentrer dans sa forteresse, et d'y amener également son amie seine et sauve. Pendant que cette dernière se demandait encore quelle mouche l'avait piquée pour se précipiter ainsi en travers de la route de sa pauvre dépanneuse, Milo repensait à son déménagement imminent qu'il allait falloir préparer. Pourquoi ne pas s'y atteler le soir même, d'ailleurs... cela lui occuperait certainement un peu les pensées ? Elle pourrait ainsi prendre le temps de se remettre de sa journée.


Alors, je sais bien, vous devez vous demander qu'est ce que c'est que cette histoire d'affrontement, de Noblesse, d'État, de Peuple et tout le tralala... Mais je préfère donner plus de précisions un peu plus tard xD ... Ne surchargeons pas trop pour le moment *Baf*.
En attendant ce chapitre qui paraît assez transitoire (enfin beaucoup même...) m'a permis d'introduire le thème de la guerre dans la fiction, qu'on avait pas encore abordé, mais qui sera pourtant pas mal important.
Et souvenez vous du mister déserteur... Ce sera pas sa seule apparition xD (nan bon je sors...)

Éaque is back au prochain chapitre ! (la groupie fan de son propre personnage... C'est malheureux...)



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