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Chapitre 7.
'' Brûlons le lit nuptial ''
C'était jeudi, pendant l'après-midi. Le lundi de cette même semaine, Éaque avait rencontrer pour la première fois sa toute nouvelle épouse, lors d'un entretient qui c'était plus ou moins bien passé. Depuis, il n'avait pas vraiment été pressé de ramener la jeune femme chez lui... Pourtant le voilà qui était désormais devant une porte en bois qui dût être peinte en rouge il y avait fort longtemps, prêt à déranger les habitants de cette étrange maison accolée à un garage bien silencieux.
Tout aussi tranquillement que l'ambiance des environs, le jeune homme rajusta sa veste, épousseta ses épaules, puis expira profondément en prenant un air sévère. Éaque toqua alors à la porte avec une énergie un peu sèche, faisant bien attention à enjamber une longue plaque de verglas sur le sol. Lui qui attendait une réponse n'entendit pas grand chose, voire rien du tout d'ailleurs... L'intérieur de cette maisonnée ne semblait pas réellement vivant. Éaque commençait alors à s'échauffer, à peine arrivé. Cette Vallemerin devait bien être chez elle tout de même ? Elle ne lui aurait pas fait le coup de la tentative de fuite une nouvelle fois !
- J'arrive ! s'écria alors une petite voix étouffée, tandis que le visiteur s'apprêtait à frapper de nouveau sur le battant de bois écaillé.
Éaque tenta de se calmer, assez maladroitement, relevant le menton et se redressant sur lui même. La porte s'ouvrit alors avec lenteur, comme si elle avait pesé une tonne, et ses gonds émirent de gros craquements sourds. Le jeune homme crut faire face à l'homme invisible pendant une fraction de seconde, car il s'avérait que personne n'était là pour l'accueillir, malgré cette porte qui n'avait pas pu s'ouvrir toute seule. Déboussolé, Éaque n'eut pourtant pas le temps de réagir : un petit diablotin au cheveux d'or venait de surgir devant lui. Essoufflé, tirer ce lourd battant certainement aussi épais qu'une porte blindée avait dû lui demander un efforts considérable... et le voilà qui s'affalait contre un mur, les bras croisés.
- J'peux vous aider ? demanda-t-il précipitamment, feintant d'être en pleine forme.
Même si sa respiration laissait à penser qu'il avait couru un marathon, le garçon paraissait aimable, peut être même un peu trop. Éaque l'observa en baissant les yeux. Le blondinet ne devait pas atteindre le mètre soixante-dix, alors que lui s'approchait aisément du mètre quatre-vingt-dix...
- Je suis là pour Madame Vallemerin de Bellis, lança Éaque sans grande émotion.
Le garçon parût alors perdre de sa bonne humeur, toisant le jeune homme aux cheveux sombres sans chercher à cacher sa mauvaise surprise. Il se décolla du mur sans un bruit, mais garda les bras croisés. Pendant un instant, il sembla à Éaque que le gringalet allait lui demander de passer son chemin sans chercher à revoir sa femme, tellement son regard était devenu glacial... Mais très vite, le petit ouistiti pencha sa tête sur le côté, prenant un air malicieux que le jeune noble n'était pas prêt à affronter. Avec un sourire en coin, et des petits yeux plissés détaillant son interlocuteur avec avidité, Curtis semblait observer Éaque comme un chat surveillerait une grosse souris.
- Entrez donc, alors, fit le garçon avec l'air le plus énigmatique qui soit.
Pas étonnant avec cela qu'Éaque hésita à s'engouffrer dans la demeure de la crevette blonde... mais il dut bien s'y résigner. A peine avait-il fait quelques pas, d'ailleurs, que son hôte refermait déjà la porte derrière lui, au prix de gros efforts. Tâchant de ne pas se laisser aller à des élucubrations extravagantes, telles que l'attaque surprise d'un démon blond armé d'un revolver pendant qu'il avait le dos tourné, le noble s'avança un peu plus dans cette pièce qui paraissait représenter tout le rez-de-chaussée.
Cet endroit faisait certainement office de salon, salle à manger, et cuisine également, à moitié cachée derrière un escalier en colimaçon plus loin dans la salle. Le sol était à plusieurs endroit en ciment brut, et là où quelques fauteuils trainaient autour d'une télévision, des tapis avaient été éparpillés au sol. Un billard trônait au milieu de la pièce, comme un ovni s'étant écrasé sur Terre, et seule l'espace réservé à la cuisine avait le droit à de grands carreaux de carrelage pour en habiller le parterre. Cet étage manifestement nu et inachevé ne manquait pourtant pas d'un certain charme cosy et intime, aidé par la décoration complètement hétéroclite des lieux, emplit de différents objets qui reflétaient la personnalité de chacun des habitants.
- Je peux prendre votre manteau ?
- Non, répondit simplement Éaque, malgré les efforts d'amabilité du garçon.
Curtis ne sembla pas s'en vexer, comme s'il n'avait pas fait attention à la réponse du visiteur, et se dirigea alors vers la porte de la buanderie... seule petite pièce à l'écart du rez-de-chaussée, située à gauche de la cuisine, soit de l'autre côté de l'escalier.
- J'avais raison, fanfaronna alors Curtis pour lui même. Sacrément canon...
Il avait chuchoter ces paroles, mais espérait bien s'être fait entendre. Le jeune homme était du genre à aller droit au but, et ne tournait que rarement autour du pot lorsqu'il avait quelque chose à dire. Avec un dernier regard en coin par dessus son épaule à l'attention de Éaque, le garçon pénétra d'un pas lent dans la pièce où tournait une machine à laver en ronronnant.
Le jeune homme noble se retrouva alors seul au milieu de la grande salle, comme un idiot. Qui était donc ce petit effronté pour le laisser en plan de la sorte, et surtout pour oser le draguer ouvertement ? En temps normal, Éaque n'aurait certainement pas fait plus attention que ça à son compagnon, mais l'attitude de Curtis lui donnait l'étrange impression de ne pas être en sécurité... malgré l'évidente différence de carrure qui aurait dû le rassurer.
Rajustant le col de sa veste autour de son cou, Éaque essayait de se détendre tant bien que mal, n'étant pas habitué à recevoir les éloges d'un autre homme. Son agacement grandissait de minute en minute, et quand il en eut bientôt assez de perdre son temps tout seul en compagnie d'une boule de billard qu'il maltraitait, le jeune homme se dirigea d'un pas décidé vers la petite pièce en retrait que Curtis occupait. Afféré à étendre du linge sur de grands filins longeant le plafond, le blondinet continuait ses activités comme s'il n'y avait jamais eu personne dans la pièce d'à côté.
- Ce serait trop vous demander de m'indiquer où est ma... où est Milo ?!
Curtis se releva de la machine à laver d'où il venait de tirer une grande chemise trouée, balançant le vêtement sur son épaule tout en prenant un air innocent.
- Milo ? Et bien elle est là haut, commença-t-il, comme si cela avait été évident. Première porte à gauche une fois monté l'escalier... de toute façon c'est la seule.
Sans même un mot de remerciement, le noble s'engagea dans l'escalier métallique en faisant trembler les marches. Le tintamarre qui accompagnait ses pas ne l'arrêta pas dans sa frénésie, et ce ne fut qu'une fois sur le seuil du premier étage qu'il ralentit le pas. Éaque souleva alors un sourcil étonné. A sa droite, les choses paraissaient un minimum banales : trois portes, dont l'une entrouverte qui donnait sur une chambre à coucher, et pratiquement en face de lui s'élevait une barrière qui encadrait un grand trou découpé dans le sol, donnant vue sur la cuisine. A sa gauche par contre il n'y avait non pas une, mais deux portes... Néanmoins, on pouvait comprendre pourquoi Curtis n'avait pas mentionné la deuxième, car elle semblait encastrée dans le mur séparant le garage du bâtiment habitable, plus loin après l'orifice qui permettait d'observer l'étage du dessous.
Après quelques pas en direction de la première porte à gauche, Éaque se pencha vers le sol, tâtant du bout de sa botte une paire de jeans encrassée de cambouis. A quelques centimètres encore se trouvait un débardeur, tout aussi répugnant que la première étoffe sur laquelle le jeune homme était tombé... et encore un peu plus loin s'enchainaient en file indienne d'autres vêtements sales qui semblaient avoir été jetés là avec précipitation. Le chemin que traçait cet étrange spectacle reliait la porte du garage à celle qu'Éaque s'apprêtait à ouvrir.
Pendant un court instant, le jeune homme se demanda si la bâtisse ne servait pas en réalité de grande garçonnière, emplie d'adolescents refusant de nettoyer leur chambre... mais le sujet ne l'intéressait pas plus que cela au final. Tant que Milo n'était pas une vraie truie laissant trainer ses affaires à tout bout de champs, c'était là tout ce qui lui importait. Il voulu alors en avoir le cœur net, et après avoir évité de justesse une marche d'escabeau mal repliée qui s'échappait du plafond déjà bien bas, Éaque ouvrit la porte de la salle mystère, d'où s'échappait des protestations confuses.
- Mais arrête un peu de m'arroser, je fais ce que je peux !
- Dépêche toiii... J'me les caille quand tu squatte la pomme de douche !
Les voix couvraient le bruit d'un jet d'eau situé derrière un rideau de douche qui avait été tiré. La première ne rappelait absolument rien à Éaque, mais il avait reconnu la deuxième comme appartenant à Milo.
- Attends un peu tu vas voir...
Milo se mit alors à rire derrière le rideau qui remuait comme en plein vent... Une étrange lutte s'était engagée derrière le grand drap plastifié.
- Nan ! Nan j'arrête, promis ! Vincent, lâche moi !
- Tu cherches l'affrontement à chaque fois...
Des bruits de dérapage sur le revêtement de la baignoire inondée, et des éclaboussures arrivant à se frayer un chemin jusqu'au centre de la salle de bain, parvinrent alors jusqu'à la seule personne habillée dans la pièce. Le jeune homme observait la scène sans comprendre... Sa femme était-elle réellement en train de prendre sa douche avec un autre homme, où était-il en train de rêver ? Milo riait comme une démente de l'autre côté du rideau, semblant décidément bien s'amuser, alors que le carnage dans la salle d'eau ne faiblissait pas.
- Arrête, pas contre le mur, ça fait mal ! reprit alors la demoiselle qui se débattait.
Abasourdi, Éaque hésitait entre s'en aller au plus vite, ou remontrer les bretelles à cette jeune fille de mauvaise meurs qui passait du bon temps juste sous son nez. Il n'était pas jaloux, ni même réellement en colère... Son union avec Milo ne représentait rien pour lui. Mais la réception de Curtis, le mauvais entretient de l'étage supérieur, et maintenant son épouse, qui s'ébattait sous une pomme de douche, l'excédait. S'il devait vivre avec Milo pour les quelques mois à venir, autant remettre les pendules à l'heure dès maintenant et lui indiquer la conduite à suivre des jeunes filles de bonne famille !
Sans vraiment réfléchir à ce qu'il allait trouver derrière la toile, le jeune homme faillit presque arracher le rideau de sa tringle, d'un geste brusque et déterminé.
- Vous ?! s'exclama alors la jeune femme avec de gros yeux furieux. Mais qu'est-ce que vous fichez ici ? Vous vous invitez souvent chez les gens comme ça !?
La demoiselle tira le rideau des mains du perturbateur, et se cacha derrière avec pudeur. D'une main, Vincent coupa alors l'eau qui coulait toujours, maintenant fermement le cou de Milo enserré dans son autre bras. De son côté la jeune femme avait passé l'une des ses jambes entre les pattes de son ami, essayant de le faire chuter dans une prise improvisée, sans grand succès. Malgré la rapidité avec laquelle son épouse s'était emparée du rideau de douche, Éaque avait bien eut le temps de voir que les deux compagnons étaient en sous-vêtements.
- Vous... vous battiez ? fit le jeune homme, incrédule.
Milo tenta alors de se dégager du mur carrelé contre lequel Vincent l'écrabouillait.
-Bien sûr que non, on se faisait un water-polo, quelle question...
Vincent semblait complètement oublier qu'il étranglait à moitié sa camarade. Son attention était toute tournée vers le nouveau venu qui avait exécuté une très mauvaise entrée en scène... imaginant très certainement que c'était lui qu'il était en train d'étouffer.
- Vous voudriez bien sortir maintenant ?! lâcha Milo, que l'immobilité d'un Éaque déconfit commençait vraiment à énerver. J'aimerais bien sortir me sécher.
Elle avait encore de la mousse plein les cheveux, mais sa priorité était maintenant autre part : cacher son corps à la vu de son mari le plus vite possible.
- Comme si ça te dérangeait d'être à moitié nue devant un homme, renchérit-il, n'appréciant pas de se faire congédier.
- Mais ça fait cinq ans que Vincent me voit me trimballer en sous vêtements ! Et de toute façon ça ne vous regarde pas, non mais vraiment !
- Et quelle genre de relation vous avez exactement tout les deux ?
- Pas celle à laquelle vous pensez en tout cas... !
La jeune fille était à deux doigts de lui balancer un gel douche sur le crâne, mais Éaque refermait enfin la porte derrière lui... laissant Milo seule avec Vincent, qui se rendait alors seulement compte qu'il pouvait désormais libérer son amie. Le jeune chilien semblait complètement hors de lui, mais gardait tout de même cette réserve et ce visage inexpressif qui faisait toute sa particularité... sans pour autant que son cerveau soit opérationnel. Certes, il prenait sa douche avec Milo pour gagner du temps, après avoir passer la matinée sur la carcasse de la voiture qu'il avait ramené de l'accident des jours précédents... mais cela lui paraissait tout à fait normal. Qu'un autre jeune homme ait pu voir sa camarade sous la douche, par contre, était quelque chose qu'il ne pouvait tolérer.
Éaque descendait les marches quatre à quatre, comme si aller plus vite lui permettrait d'oublier l'étrange découverte qu'il venait de faire. En bas, il retrouva Curtis qui était réapparu dans le salon, feuilletant un livre auquel il ne faisait même pas attention. Ces dernières minutes, il avait effectivement été bien plus passionné par les éclats de voix qui résonnaient à l'étage du dessus.
- Qu'est-ce que ça veut dire ?!
Le garçon fit alors mine de relever son nez d'une lecture passionnante... assumant tout à fait le piège qu'il avait tendu à l'autre jeune homme.
- Comment ça ? Vous m'avez demandé où était Milo... Je n'ai rien fait d'autre que de vous répondre.
Le noble réalisait alors que ses premières impressions ne l'avaient pas trahis, et qu'il aurait effectivement dut se méfier un peu plus du blondinet... Mais alors qu'il s'apprêtait à régler ses comptes avec le garnement de dix-neuf ans, une serviette mouillée arriva de plein fouet dans le visage de ce dernier, le mettant à semi K.O sur le canapé.
- Enfoiré ! hurla alors Milo, qui s'était baissée dans les escaliers, presque assise sur la première marche, pour observer le rez-de-chaussé sans se faire voir. T'as vraiment rien d'autre à faire pour t'occuper ?!
- Roh... Mais ce n'était rien de grave, bafouilla-t-il pour se défendre.
- Profiter du fait qu'on se lave entre deux tâches à exécuter ça t'éclate...
Milo, qui était arrivée à l'étage inférieur, était rouge pivoine.
- Et avec lui en plus, continua-t-elle en désignant Éaque d'un signe de main assassin. Vraiment Curtis tu n'as aucune limite...
La lourde paume de Vincent s'abattit alors sur le petit crâne de la demoiselle, comme pour la forcer à reprendre ses esprits. Il lui tapota une ou deux fois la tête, puis s'en reparti vers la l'étage du dessus en toisant Éaque d'un regard qui ne visait pas à le mettre à l'aise. Milo, qui était en bermuda et chemise de nuit – les seules choses à peu près propres qu'elle avaient réussi à trouver dans la salle de bain – prévint ainsi qu'elle aussi allait remonter à l'étage, histoire de s'habiller plus dignement. Le pourquoi de la visite de son mari était complètement passé à la trappe... et personne ne s'en souciait vraiment.
- C'est de coutume chez vous, les douches collectives ? fit alors Éaque en tournant son attention vers le dernier occupant des lieux.
De bonne guerre, Curtis consentit à lui répondre, se redressant sur le canapé vert olive dont le velours ne brillait plus beaucoup.
- Ces deux là sont très intimes, mais... intimes innocemment. Beaucoup ne croient pas à l'amitié entre deux personnes de sexe opposé. Je ne sais pas s'ils ont raison, mais en tout cas, ce qui unit ces deux là est plus fort que de la simple camaraderie... Disons qu'ils ont vécu ensemble des événements qui peuvent beaucoup rapprocher les gens.
Curtis avait fini sa phrase d'un ton grave, et un peu absent.
- Enfin bon, pour le reste de l'investigation, il faudra vous renseigner autre part ! termina-t-il, plein d'une nouvelle énergie, et de malice.
-
- Je n'aurais même pas eu le temps de dire au revoir à Arthur...
Le mot été passé, et tout les habitants de la maisonnée savaient enfin que le grand départ de Milo était arrivé... sauf Arthur, qui travaillait comme garçon de café, et n'était donc pas au garage en ce jour de milieu de semaine.
- On lui passera le mot, voulu la rassurer Vincent.
Mais rien à faire... Quitter son foyer, et ce sans avoir fait ses adieux correctement, lui retournait l'estomac. La jeune fille n'était à la base pas réellement dans une forme olympique, mais cette perspective la rendit encore un peu plus morose.
- Et puis tu ne pars pas en exil ! intervint Curtis. Tu vas revenir passer quelques jours parmi nous assez souvent... C'est une condition à ta disparition sur laquelle je ne cèderais pas !
Curtis aurait très certainement aimé que Éaque entende ses paroles, comme pour s'assurer que le nouveau marié laisserait sa femme se balader dans le pays comme elle le souhaiterait... Mais le jeune homme était trop éloigné du petit groupe qui discutait en pleine rue pour ça, alors qu'ils chargeaient les divers bagages de Milo au fond d'une camionnette. Monsieur le noble n'avait effectivement pas jugé utile de prêter main forte aux trois déménageurs improvisés, et avait rejoint son cheval plus loin dans la rue, n'adressant plus un mot à qui que ce soit depuis une bonne demi-heure.
- Il est gonflé tout de même... Tu crois qu'il nous filerait un coup de main ? se mit à râler Curtis, qui peinait avec une caisse remplit de bibelots plus inutiles qu'autre chose. Et puis pourquoi tu emmènes toutes ces broutilles au fait ?
- Il faut noyer le poisson, répondit Milo, plus bas.
Elle ne voulait pas spécialement se faire entendre du vieil homme qui attendait à l'avant de la camionnette, censé conduire la jeune femme jusqu'à son nouveau domicile lorsque tout serait chargé. Le vieillard à la mine grise et aux cheveux gras avait prétexté un mal de dos, et ne s'inquiétait pas plus que Éaque d'aider les trois jeunes gens pour alléger leur fardeau.
- De quoi tu parles ?
- Milo emmène avec elle quelques... garanties, précisa Vincent pendant que la jeune femme s'en allait chercher un sac de vêtements. Juste au cas où. Il vaut donc mieux attirer l'attention sur autre chose.
- Ohh...
Curtis devinait de quoi il s'agissait, bien qu'il n'en était pas totalement sûr. Il loucha alors sur une caisse de bois toute en longueur que ses compagnons avaient pris le temps de dissimuler sous une couverture.
- Tout de même, c'est malheureux d'en arriver là...
Quand les affaires furent toutes dans la camionnette, les trois amis refermèrent les portes arrières en les faisant claquer bruyamment, signalant qu'ils avaient fini leur corvée. Tour à tour, les deux jeunes hommes étreignirent la demoiselle avec force, ne sachant pas exactement quand ils allaient la revoir. Éaque, qui était alors monté à cheval, observait la scène en coin, se rendant peut être enfin compte à quel point ces trois gaillards pouvaient tenir les un aux autres...
Milo s'engouffra enfin dans le véhicule, ouvrant sa fenêtre en grand malgré le froid à l'extérieur. Le grincheux bonhomme à côté d'elle consentit alors à mettre le contact, et démarrer la camionnette qui vibrait comme un réveil-matin. Par le hublot ouvert, la jeune fille faisait de grands signes d'au revoir, à moitié penchée dans le vide. Ses camarades lui rendirent le geste jusqu'à ce que leur amie disparaisse à l'angle d'un virage.
La route semblait longue... tellement longue. Milo avait refermé la fenêtre depuis ce qui lui paraissait être une éternité, et somnolait appuyée sur sa main, le coude calé contre la portière. Sa joue, engourdie, s'étirait comme de la patte à modeler sous le poids de sa tête, et ses yeux papillonnait dans le vague, luttant contre le sommeil.
- C'est encore loin ? s'entendit-elle marmonner sans conviction, se demandant d'ailleurs si c'était bien elle qui avait parlé.
Le vieille homme ne lui répondit pas, se concentrant sur la route tandis que le véhicule se faisait très certainement dépasser par les escargots. Dans le rétroviseur, Milo pouvait apercevoir Éaque – entre deux battements de paupières - fiché sur son cheval qui avançait au pas. Qu'il faille laisser la bête se reposer après quelques temps de galop, la jeune femme pouvait bien le comprendre... Mais son époux semblait prendre plaisir à s'arrêter bien plus souvent que nécessaire, comme s'il voulait retarder l'heure de son retour chez lui. Milo n'avait plus alors qu'à patienter, espérant que leur chemin toucherait bientôt à sa fin... ou que le grognon au volant de la camionnette se décide à partir devant, et laisser son maître seul derrière.
Lorsqu'elle crut que cent ans s'étaient écoulés, la jeune fille sentit enfin le véhicule s'arrêter pour de bon. Une joie non dissimulée la réveilla alors presque aussitôt, et elle s'empressa de sauter de son siège pour se dégourdir les jambes. Elle qui adorait la route en générale était pourtant heureuse que celle-ci ne s'éternise pas d'avantage.
- Allez voir comment ça se passe au manoir, et s'il n'y a pas besoin de vous quelque part...
Éaque se séparait du chauffeur avant même d'avoir entreprit de libérer l'arrière de la camionnette... et Milo commençait à se demander si elle n'allait pas devoir se charger de porter toutes ses affaires sans aide. Néanmoins, une autre interrogation vint germer dans son esprit alors qu'elle décortiquait les paroles de son mari.
- Manoir... souffla-t-elle en se retournant.
Après quelques pas pour sortir de derrière le petit camion qui lui barrait la vue, la demoiselle se retrouva face à un spectacle qui lui fit hausser les sourcils, surprise, mais également un peu blasée.
- Sans blague...
Les mots lui manquaient. Après la route soporifique qu'elle venait de vivre, il lui semblait ne pas être tout à fait réveillée, et peut être même encore en train de rêver. Perdue au milieu d'un petit bois peu épais que seule une route en terre battue permettait de parcourir, voilà que se dressait, en solitaire, une grande maison aux allures solennelles. Pas très haut, cet édifice comportait deux étages supérieurs, sans compter le grenier qui se cachait surement sous la large toiture. Les tuiles étaient gris foncé, parsemées de reflets bleus, et à plusieurs endroits des trous béants se dessinaient au milieu de ces plaquettes d'ardoise. Nombre d'entre eux étaient comblés par des bâches en plastique, mais d'autres restaient nus et sans protection. Milo remarqua alors que quelques ouvriers se baladaient tels des funambules sur le toit, armés de marteaux et de manteaux chauds... et que tout les environs grouillaient d'hommes au travail, s'attaquant à repeindre la façade du bâtiment, changer des fenêtres, ou que savait-on encore, cachés à l'intérieur de la bâtisse.
Un peu petite pour être comparée à un manoir, cette grande maison comportant deux ailes devait tenir son titre du vaste terrain qui était rattaché à la propriété. Une bonne partie du bois devait ainsi appartenir aux habitants de cette maison, sans oublier un immense jardin qui s'étendait de l'autre côté de l'habitation.
- Ben dites donc... C'est un sacré morceau. C'est vraiment chez vous ?
- Cette bicoque ? fit Éaque en ouvrant l'arrière du camion. C'est même chez nous, maintenant... Mais ne t'extasies pas trop devant, tu vas vite déchanter.
Milo n'était pas réellement en extase, voire pas du tout... Ce n'était pas tant l'apparence assez peu sécurisante des lieux qui lui faisait froncer le nez, mais plutôt tout cet espace de gâché pour certainement très peu de résidents. En tâchant de deviner combien de personnes vivaient ici, d'ailleurs, la jeune fille se mit à pâlir en s'imaginant vivre les présentations avec ses chers beaux parents. Elle tordit ses lèvres avec angoisse, et se plaça à côté de Éaque, tirant un premier carton jusqu'à elle pour le décharger.
- Pendant les travaux... votre famille vit elle sur place ? se risqua-t-elle enfin.
- Ma famille ?
Le jeune homme sembla amusé, s'autorisant un sourire sur son visage légèrement égayé... chose si rare aux yeux de Milo. Il se pencha alors vers sa compagne, s'accoudant à un gros bagage à sa portée, et reprit d'une voix langoureuse :
- Sois sans crainte... Ici nous ne serons que tout les deux, en amoureux...
Milo recula avec précipitation, percutant l'une des portes arrières dans sa tentative de fuite avortée. Elle observait Éaque avec des sourcils froncés, ne comprenant pas du tout ce revirement d'attitude. Jamais il ne s'était permis ce genre de plaisanterie avec elle... Enfin, était-ce bien une plaisanterie au moins ?
- M... Mais qu'est-ce que vous racontez !
Gênée, elle était devenue toute rouge, et elle le savait... ce qui avait le dont d'alimenter un peu plus sa colère. Le jeune noble avait surement remarqué qu'il avait réussi à perturber sa femme, car il se mit à rire en silence, attrapant un lourd sac pour le hisser sur son épaule. Milo avait désormais le visage fermé, ne trouvant pas la blague à son goût... mais, au moins, si le jeune homme ne mentait pas, elle n'aurait pas d'autre de Bellis à affronter avant quelques temps, puisqu'ils ne vivaient apparemment pas là.
Éaque était jusqu'à présent plein de bonne volonté, mais bien qu'il ait prévu d'aider Milo dans son emménagement, il fut très vite rappeler sur le chantier de sa demeure... Les ouvriers semblaient avoir quelques problèmes techniques qu'ils leur fallait résoudre en sa présence. Il s'éloigna alors sans prévenir, abandonnant dans l'herbe le sac qu'il venait d'attraper, près du portail. Milo laissa retomber ses épaules, commençant vraiment à être lassée... C'était la deuxième fois que le noble lui faussait compagnie alors qu'elle aurait vraiment eu besoin de lui, pour une fois. Elle regarda alors l'intérieur du véhicule d'un air morne, essayant de se motiver comme elle pouvait. Certes, beaucoup de ses affaires personnelles étaient restées à Taillefert, car elle avait dans l'idée d'y retourner souvent, et donc n'avait pas besoin de tout emporter avec elle... Mais tout de même... ces gros sacs et ces cartons, il y avait de quoi saper le moral.
- Oh Madame, vous êtes enfin arrivée !
- Hein ? lança Milo horrifiée.
La voix était trop proche d'elle pour s'adresser à quelqu'un d'autre, et le « madame » utilisé failli lui donner l'envie de rendre.
- Vous avez fait bon voyage ?
- C'est quoi cette histoire de Madame ?!
Elle s'était exclamée en se lâchant presque un carton sur les pieds. En se retournant, Milo aperçu une jeune femme de grande taille qui la regardait sans comprendre ce qu'elle avait fait de mal. Elle portait un uniforme de bonne, et ses cheveux ternes étaient attachés en un solide chignon un peu maladroit. Pendant plusieurs secondes, les deux jeunes femmes se regardèrent sans oser prononcer un mot.
- Je... Je suis Mathilde, domestique au manoir d'Arfeuille, précisa la bonne. Je veillerai à votre confort tout au long de votre séjour ici Madame... Soyez la bien venue !
La pauvre Mathilde tentait de reprendre un sourire accueillant, et peu à peu, la voilà qui redevenait sereine.
- Je vais vous montrer vos cartiers, suivez-moi !
Suite à ses mots, la jeune femme s'empara elle aussi d'un carton, croulant légèrement sous son poids. Elle marchait d'un pas rapide, ne portant qu'une robe sombre pour se donner un peu de chaleur.
- Le manoir d'Arfeuille ? demanda alors Milo, devant hausser la voix pour se faire entendre de la grande gazelle aux enjambées titanesques qui s'éloignait devant elle. On serait près d'Arfeuille-Printemps, où le nom n'a rien à voir ?
Mathilde tourna vaguement la tête vers sa nouvelle maîtresse, toute contente de rétablir la conversation avec elle.
- Tout à fait Madame, tout à fait ! Le manoir est rattaché à la commune d'Arfeuille-Printemps. Si l'on continue un peu à travers bois, on tombe d'ailleurs sur la ville en contre bas. Oh n'ayez pas peur ! Vous n'êtes pas si éloignée de la civilisation que ça !
Ce n'était pas tout à fait là que Milo voulait en venir, mais soit, elle laissa parler la domestique qui semblait véritablement s'inquiéter pour son bien être. Arfeuille-Printemps était une ville située à la limite du compté de la Marche et du duché de Bourbon, à quelques kilomètres seulement au nord de Chaussac-Taillefert. Le trajet lui avait tellement paru interminable que la jeune fille s'était imaginée avoir atterri bien plus loin que cela de sa ville couleur de rouille... Cette perspective lui redonna un peu le sourire. Si elle devait rentrer chez elle par elle même un de ces jours, elle irait beaucoup plus vite qu'en compagnie du vieillard à la perruque toute grasse. Peut-être même pourrai-elle faire l'aller-retour dans la même journée sans problème.
- Veuillez pardonner l'état un peu rudimentaire des lieux, Madame... Les ouvriers n'ont eu que peu de temps !
- Arrêtez donc de m'appeler madame, commença Milo en grimaçant. Et peu de temps pour quoi ?
Les deux jeunes femmes s'engouffraient enfin dans le hall de la maison. Mathilde avait poussé l'une des doubles portes avec son dos, la maintenant comme elle le pouvait pour libérer le chemin à la seconde demoiselle.
- Pour tout remettre en ordre... Monsieur ne vous à peut-être rien dit ? Le manoir est un cadeau de mariage de la part de Monsieur le comte pour son fils et vous. Il l'a racheté en cachette il y à environ deux semaines pour vous faire une surprise, et que vous puissiez avoir votre petit nid douillet ! s'extasiait-elle, toute excitée.
Pour Mathilde, tout cela devait avoir l'air d'un véritable conte de fée...
- Par contre, il est vrai que le manoir d'Arfeuille n'est pas en très bon état, bien que les travaux aient beaucoup avancé. Cela fait quelques années qu'il est laissé à l'abandon, depuis l'incendie à qui a ravagé toute l'aile ouest. Mais ne vous en faites pas, les deux tiers de la demeure sont habitables depuis que Monsieur le comte à fait venir des artisans pour remettre tout en état... Tout vous semblera comme neuf ! Par contre, il faudra attendre bien plus longtemps pour que la partie ouest du manoir soit de nouveau utilisable...
Un incendie... rien que ça ? L'installation électrique des lieux était-elle défectueuse, ou était-ce plutôt les anciens propriétaires qui n'étaient pas réellement appréciés dans la région ? Milo espérait que personne n'aurait l'idée de recommencer un pareille attentat maintenant qu'elle occuperait la grande maison, se demandant s'il ne serait pas plus sûr d'installer ses effets à la cave.
Tout en continuant de suivre Mathilde qui s'engageait maintenant dans un grand escalier situé plus à gauche après le hall, Milo put remarquer les quelques traces de suie qui s'accrochaient au sol, au plafond, aux murs, et aux double-portes vitrées qui permettaient d'accéder à un autre couloir. La poudre de carbone paraissait grignoter le décor, comme un parasite que le temps avait sédimenté sur place. La demoiselle devina alors que l'aile qui avait subit les foudres de protestataires se trouvait très certainement dans cette direction, et que, pour que les dégâts se remarquent jusqu'à la moitié de la bâtisse, le prix qu'on dut demander du manoir n'avait pas pu être très élevé. Le père de Éaque avait surement fait une bonne affaire en rachetant la ruine.
- La chambre de Monsieur se trouve au premier étage, dans la partie centrale du bâtiment. Oh, et il m'a prévenu de votre récente dispute, et du fait que vous ferez chambre à part jusqu'à ce que vous vous réconciliez, se mit à chuchoter Mathilde, comme si tout cela avait été un secret d'État. Je vous ai donc préparé la chambre juste à côté.
Une récente dispute qui leur ferait faire chambre à part... était-ce là un mensonge à la sauce Éaque pour éviter d'avoir à expliquer pourquoi les deux nouveaux mariés ne dormiraient pas dans le même lit ? Sautant sur l'occasion, Milo préféra rattraper Mathilde qui avait déjà posé son carton pour ouvrir la porte de la chambre, prenant un air de femme amoureuse, mais furieuse, et qui voulait tester son bien aimé.
- Je suis désolée Mathilde... Mais je ne dormirais pas à côté de Monsieur, il en est hors de question.
La bonne se plaqua alors une main sur la bouche, tentant très probablement de deviner quel motif de discorde entre les deux époux pouvait bien pousser Milo à aller aussi loin.
- Je prendrai la chambre la plus éloignée de la sienne... Et pas besoin de vous en charger, je me sens déjà assez honteuse de ne pas m'installer dans celle que vous m'avez préparé...
- Oh mais voyons ce n'est rien Madame !
Elle semblait avoir pris parti pour la jeune femme, se rangeant de son côté dans cette querelle d'amoureux fictive.
- La plus éloignée serait très certainement la dernière chambre de l'aile est, au deuxième étage... Mais, je ne sais pas si vous tenez à vous éloigner autant que ça ?
_ Ce sera parfait ! s'empressa Milo, qui voulait se débarrasser au plus vite de son carton de livres pesant manifestement très lourd.
Les deux jeune femmes gravirent alors un nouvel étage, piétinant désormais une moquette toute neuve dans les tons bordeaux, amortissant le bruit de leurs pas. Contrairement au palier inférieur, la partie centrale du manoir ne comportait ici aucune porte donnant sur une quelconque chambre ou pièce à vivre... Cet immense couloir de douze mètres sur trente avait été aménagé en un gigantesque salon, aux extrémités duquel on pouvait retrouver deux cheminées. La salle était baignée de lumière, de part ces nombreuses et larges fenêtres qui parcouraient les façades de la pièce... et Milo se surpris à se sentir plutôt bien au milieu de ce lieu peuplé de fauteuils, de tables, et de bibliothèques.
- Par ici Madame ! lui dicta alors la bonne.
Mathilde traversa tout le salon à vive allure, ayant oublié sa charge à l'étage du dessous, et se retrouvant donc bien plus légère sans les affaires de Milo sous le bras. Elle bifurqua très rapidement dans un second corridor qui servait cette fois véritablement de couloir, et le long duquel apparaissaient de-ci de-là quelques portes de chambres à coucher. La domestique n'avait pas menti, elle emmenait effectivement sa jeune maîtresse au bout du bout, s'engouffrant maintenant par la dernière porte à droite dans une vaste pièce à l'ameublement sommaire.
- C'est très chouette, merci Mathilde.
La jeune femme déposa son carton sous la grande fenêtre qui donnait vue sur le bois, balayant la pièce du regard dans une brève inspection des lieux. Elle avait comme le sentiment qu'elle pourrait se faire à l'endroit, et peut être même s'y plaire si elle s'autorisait à faire quelques efforts.
- Dans ce cas, je vais vous chercher des draps propres de ce pas !
- C'est très gentil de votre part, mais vous n'êtes pas obligée... lui répondit la demoiselle qui ne savait plus vraiment où se mettre.
C'est qu'elle n'avait pas l'habitude d'avoir quelqu'un aux petits soins pour elle.
- Mais voyons Madame, c'est mon travail ! Et ça me fait plaisir...
Milo pinça alors ses lèvres, pensant qu'il était enfin temps de mettre les choses au clair, avant d'exploser.
- Mathilde... veuillez m'excuser mais, si j'entends encore une fois le mot « madame » sortir de votre bouche, je vous arrache les dents avec un casse-noix, nous sommes bien d'accord ? Je m'appelle Milo. Mi-lo.
- Ou... Oui Mademoiselle, je tâcherai de faire attention, bafouilla la jeune femme, qui ne voyait manifestement pas où était le mal dans ses propos. Je ne voulait pas vous offenser, c'est juste que c'est comme cela que beaucoup d'autres vont vous appeler...
Milo se plaqua une main sur le visage pendant que la bonne s'en allait, affligée... Enfin, au moins, le Madame allait très certainement pouvoir être oublié pendant un certain temps, à présent.
La camionnette était toujours garée dans la petite cour, les portières grandes ouvertes, attendant que l'on s'occupe enfin d'elle. La jeune garagiste était redescendue au rez-de-chaussée, parcourant le hall vide, et carrelée de grandes dalles blanches au reflets nacrés, parsemés de légers sillons plus foncés. De la terre et des feuilles mortes étaient éparpillées ça et là, au hasard du chemin que les ouvriers avaient emprunté dans la bâtisse, et les portes menant à l'extérieur étaient en majorité toutes ouvertes, laissant entrer les courants d'air.
Abandonnée par tout le monde, mais trop fière pour réquisitionner de l'aide, Milo avait fini seule le déchargement de ses affaires personnelles. La jeune femme avait ainsi enchainé à plusieurs reprises les escaliers et longs couloirs qui la séparait de sa nouvelle chambre, trainant quasiment les sacs derrières elle pour les deux derniers passages... Mais elle avait réussi, et tout ce qui la concernait était désormais entassé dans la salle qui lui était attribuée. Tout, ou presque...
Revenant près du camion, Milo vérifia que la dernière chose qu'elle y avait laissé était toujours là. Après quelques coups d'œil discrets visant à repérer les dangers potentiels, il lui sembla que la voie était libre, et tira alors la caisse enroulée dans une couverture sale jusqu'à elle. Elle avait dû pénétrer dans le véhicule à quatre pattes pour s'en saisir, et la voilà qui supportait le caisson à l'aide de sa hanche qui lui servait d'appui. La jeune fille espérait qu'à la voir aller et venir depuis son arrivée, les gens ne se poseraient pas de question quant au contenu de son étrange chargement. Rapidement, elle traversa le hall et, se disant finalement qu'il ne valait mieux pas que l'on trouve cette caisse dans sa chambre, changea d'itinéraire. Prenant bien soin de ne pas se faire remarquer, Milo poussa les double-portes vitrées qui permettaient selon elle de rejoindre l'aile oubliée du manoir.
Plus elle s'avançait dans cette partie inconnue de la maison, et plus la présence d'un ancien incendie devenait évident. Outre la suie qui recouvrait toutes surfaces possible, il y avait également des objet fondus, carbonisés, et complètement déformés. La demoiselle mit beaucoup de temps avant de reconnaître un service à vaisselle qui était tombé de son armoire, ayant pris le tout pour des pelotes de ferraille douteuses, et des chewing-gums cramés de la taille de bouses de vache. Par endroit, le plafond s'était effondré, et beaucoup de fenêtres avaient explosé, certainement sous l'effet de la chaleur... Les éternelles bâches en plastique étaient alors là pour combler les trous.
Observant derrière elle, Milo remarqua qu'elle laissait dans son sillage des traces de pas qui trahissaient sa présence. Ce n'était pas un crime de se balader dans les environs, bien que ce fut dangereux, mais il valait mieux ne pas guider les prétendus futurs promeneurs jusqu'à sa cachette. Elle se joignit alors rapidement à d'autre paires de pas qui s'éloignaient dans les méandres sombres et lugubres de ce décor chaotique, espérant de ce fait brouiller un minimum les pistes.
Les empreintes guidaient maintenant la jeune fille vers les étages... Elle emprunta alors un escalier qui lui parut aussi frêle que du papier à cigarette, et crut à bon nombre de reprises qu'elle allait passer à travers les marches... mais bien que hurlant sous le poids de Milo et de son paquetage, elles tinrent bon. Ce n'est qu'arrivée au grenier, dont les poutres s'étaient pour beaucoup écroulées, que la demoiselle décida enfin de poser bagage. Elle s'était aventurée plus haut que les traces de pas qu'elle avait suivi n'étaient allées, supposant que l'obscurité camouflerait le reste de son trajet en solitaire. Sous un enchevêtrement de planches éparses, elle fit alors glisser la caisse sur le sol, toujours emmitouflée dans sa vieille couverture.
-
- Partie ?! Déjà ? s'étonnait Arthur, rentrant d'une journée au café.
- Le noble est venu la chercher un peu après midi... Personne n'était prévenu. Il n'a même pas daigner nous envoyer de missive nous avertissant de son arrivé.
Arthur se laissa tomber sur une chaise de la cuisine, un peu déçu de n'avoir pu être là... Surtout qu'il avait rencontré quelqu'un aujourd'hui, dont il s'empressa de parler aux deux autres jeunes hommes.
- David ? répétât Vincent comme pour s'en assurer.
- Tu connais la chanson... termina Arthur, jouant sans entrain avec sa boisson.
Milo allait avoir du travail pendant son exil en terre inconnue, mais le garçon se doutait grandement que la jeune femme n'apprécierait pas d'être ainsi mise sur la touche... devant dorénavant se concentrer sur une tâche qui ne l'intéresserait guère.
Voilà...
Un petit passage en début de chapitre pour Ani... Même si c'est pas vraiment explicite et que c'est pas du tout à la hauteur de ce que tu t'imagines XD...
Mathilde, la pauvre, n'a pas l'air bien futée... A la base ça ne devait pas atteindre ce niveau là, mais je me suis laissée emporter pendant que j'écrivais. Elle qui pense que Éaque et Milo sont en couple par leur bon vouloir... Halala. Je la vois bien avec son magasine people trouvant un article « Les de Bellis se font laggle ! ». N'as tu donc pas entendu parler de la réforme de repeuplement petite Mathilde ? Ou peut être qu'elle ne soupçonne pas Éaque comme pouvant être touché par l'édit... et qu'il se marierait donc par simple envie.
Oh yeah, ça c'est le chapitre qui stagne à mort, mais c'est bien aussi de s'attacher aux relations que les personnages ont les uns entre les autres (nan ? xD) Si vous ne le pensez pas... Alors vous avez dû bien vous embêter u_u. Enfin. Si encore j'avais pu alléger les phrases, ça aurait pu passer... Mais parfois, c'est quand même lourd à digérer o_o.
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