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Chapitre 8.
'' He's got the Balls ''
Voilà près d'un mois que Milo était installée dans son nouveau chez-elle... qu'elle n'arrivait pas vraiment à considérer comme tel d'ailleurs. La jeune femme était dans sa chambre, étendue sur son lit, les bras en croix. La fenêtre ouverte malgré le temps peu clément de ce début de Novembre ne lui faisait rien. Bottes en peau de pêche et doublées en polaire aux pieds, sweat-shirt épais à capuche rabattue sur la tête, elle était prête pour affronter le froid. Depuis quelques temps, il s'était mis à neiger régulièrement, comme souvent à cette période de l'année, et l'extérieur du manoir était recouvert d'un tout petit manteau blanc, mais qui tenait bon jour après jour.
Au dessus de sa tête, les tentures ambrées du baldaquin ondulaient paresseusement, légèrement secouées par le vent frais venant de l'extérieur. La décoration des lieux n'avait pas beaucoup changé depuis que Milo y avait posé bagage, n'étant pas encore décidée à s'approprier l'endroit. A sa gauche, la longue fenêtre était toujours encadrée de ses joyeux rideaux rappelant la couleur des draps du lit, et à sa droite, une petite commode surmontée d'un miroir de bonne taille reflétait la lumière étouffée d'un soleil qui ne passait que mal à travers la couche de nuages qui recouvrait tout l'horizon. Sur ce même mur, dans le fond de la pièce, on trouvait alors la porte de la chambre, et juste en face du lit, une grande armoire faite sur mesure et s'élevant jusqu'au plafond, trônant en maître dans la pièce, imposante.
- Encore un quart d'heure, murmura soudainement la jeune fille après avoir regarder l'heure au petit réveil, sur l'une de ses deux tables de nuit.
A tout lit deux places ses deux tables de chevet, s'il vous plait... même si cela ne lui servait à rien. La demoiselle se retourna alors sur ses draps, tournant désormais son attention vers la fenêtre... A dix heures, il serait enfin là.
Elle, qui se laissait doucement cajoler par le vent, fut sortie de sa rêverie par quelques bruits raisonnant aux étages du dessous. Ce ne pouvait pas être les ouvriers, qui avaient définitivement quitté le manoir il y avait moins d'une semaine, et la jeune femme devina alors qu'il s'agissait du voyage de son mari que l'on devait préparer. Les travaux étaient désormais totalement fini dans le bâtiment, excepté pour la partie brulée que l'on ne reconstruirait pas avant un bon moment, voire peut-être jamais... de toute façon, l'espace habitable de cette maison suffisait largement aux quelques habitants qui la faisaient vivre, dépassant à peine le nombre de cinq en règle générale.
Quasiment tout avait été changé dans la bâtisse, jusqu'aux robinets, ou encore à certains meubles, que les hommes sur le chantier avaient emménagé eux-même. Lorsque l'ordre des nobles fut rétabli en France, il était alors constitué des hommes les plus riches et les plus influents du pays. Au fil des ans pourtant, cette particularité avait faibli. Les nobles d'aujourd'hui se retrouvaient pour beaucoup être moins opulents que certains bourgeois qui s'en sortaient bien dans la vie... Et bien qu'une bonne partie encore avaient réussi à conserver leur fortune, Milo ne pouvait cesser de se demander d'où tout l'argent pour la rénovation du bâtiment avait bien pu être tiré.
D'un geste un peu las, la garagiste attrapa un petit sac de voyage posé au pied du lit, après avoir glissé de ce dernier avec nonchalance. Une fois la besace bien remplie passée au travers de ses épaules, la jeune fille sorti dans le couloir, remontant le long corridor tapissé de moquette moelleuse à pas lent. Et cling, et clang... Mais qu'est-ce que les gens pouvaient bien faire en dessous ? Ce n'était tout de même pas le moment de revoir l'agencement des meubles qui ne convenaient pas... Éaque allait bientôt partir en déplacement, ces perturbateurs ne pouvaient pas voir ça plus tard ?
- Pff... Mais laissez le donc se barrer, que ce soit réglé.
Il n'était pas étonnant d'observer Milo et son époux se disputer dans le manoir. Si cela n'arrivait pas au moins une fois par jour, c'est qu'il y avait un problème quelque part... Mais la querelle de la veille fut l'une des plus virulentes qui ai jamais eu lieu jusqu'alors entre les deux mariés. Mathilde elle même s'était réfugiée dans les cuisines pour être sûre de n'être sur le chemin d'aucun des deux jeunes gens, craignant certainement d'être étranglée sur place tellement ses maîtres semblaient hors d'eux. Pour elle, qui était toujours là à observer son couple de célébrités préféré, c'était une première. Dès qu'il se passait quelque chose, il fallait qu'elle soit au courant, surtout si cela concernait Monsieur d'ailleurs... à croire qu'elle lui portait plus d'intérêt qu'à un simple employeur.
- Tu es intenable ! avait alors dit Éaque à sa femme. Même pas présentable ! J'ai fait tout mon possible pour te supporter en présence de mes invités, mais tu ne fais aucun effort !
Suite à ces mots, il avait expressément donné l'interdiction à Milo d'approcher toute personne lui rendant visite à l'avenir... Et vu le nombre de rapaces qui tournaient autour du manoir depuis qu'il était définitivement remis à neuf - que ce soit par courtoisie, ou pour des raisons plus professionnelles – la jeune femme craignait de devoir faire le fantôme et jouer à cache cache dans les couloirs, pour que personne de la remarque, un peu trop souvent à son goût. La dispute avait donc enflée, jusqu'à ce que les plus petits détails tels que « tu devrais péter ça te décoincerait un peu » et « apprends donc à t'habiller convenablement, on dirait un sac » ne finissent par tout faire exploser.
Depuis, c'était la guerre. Les deux jeunes gens ne se parlaient plus, s'évitaient, et ne manquaient pas de s'imaginer sans cesse toutes les façons dont ils pourraient tuer l'autre avec le plus de plaisir possible. Des comportements bien puérils selon les quelques domestiques de la maison qui devaient supporter cette ambiance pesante au jour le jour, mais qui ne manquaient pas de les faire sourire lorsqu'ils se retrouvaient seuls... A vingt-quatre et vingt ans, les de Bellis se comportaient déjà comme un vieux, très vieux couple.
Malgré tout, il fallait avouer que Milo n'était pas toute blanche dans cette histoire, et que les accusations de son mari n'étaient pas infondées... Roter à table, se décrotter le nez devant les visiteurs, et se tenir avachie dès qu'elle le pouvait n'était pas forcement bon pour l'image d'Éaque... ce que, bien entendu, elle savait pertinemment. Elle ne s'était pas donné tout ce mal pour le ridiculiser en vain tout de même ! Ce n'était pas qu'elle prenait plaisir à provoquer des conflits, mais elle ne pouvait pas rester là, les bras croisés, à jouer l'épouse modèle... C'était tout bonnement en dehors de ses capacités.
- Ah Mademoiselle ! Vous partez aussi ce matin ?
Milo se retourna dans le couloir, interpellée par Mathilde qui était probablement montée la voir par un escalier dérobé. Toute la maison était prévenue que pour les quelques jours à venir, aucun des maîtres ne seraient présent... bien qu'ils ne savaient pas tout à fait à partir de quand.
- Mon ami passe me prendre dans peu de temps, indiqua alors la jeune fille en guise de réponse. Dites moi Mathilde, qu'est-ce que c'est que tout ce boucan en bas ?
- Oh... j'avais peur qu'ils ne vous réveillent, c'est pour ça que je venais vous voir. Mais apparemment vous étiez déjà debout, me voilà rassurée ! Monsieur doit emmener du matériel avec lui il me semble... mais ce ne doit pas être léger. Ils ont failli fêler des dalles en faisant tomber je ne sais quoi... Imaginez donc. Un carrelage tout neuf !
- Ha oui... ç'aurait été embêtant...
Feintant d'être préoccupée par le sort des carreaux du rez-de-chaussée, Milo se remit en marche pour le premier escalier qu'elle trouverait, et qui ne mènerait pas trop loin de la porte principale du manoir. La bonne était juste derrière elle, la suivant telle une ombre sans que la garagiste ne comprenne vraiment pourquoi. Ce n'est qu'arrivé tout en bas des marches que Mathilde consentit alors à ouvrir la bouche.
- M... Mademoiselle ! Je, je voulais vous dire... Si jamais vous avez besoin de parler, vous savez... D'avoir quelqu'un à vos côtés ici, n'hésitez pas à me faire demander.
Milo dévisagea la jeune femme d'un air un peu ahuri. Mathilde avait l'air totalement franche... Et bien que sa maîtresse fut de nature méfiante, il était dure d'imaginer la domestique avec des idées derrière la tête lorsqu'elle affichait un visage aussi inquiet du bien être de la demoiselle. Les deux yeux gris de Mathilde lui apparurent soudainement comme deux petits soleils capables de réchauffer son âme... bien qu'ils la fixaient avec un peu trop d'insistance.
- Merci Mathilde, c'est gentil.
Ce n'était pas tant le contenu de la déclaration qui émouvait Milo, car bien que se sentant un peu seule dans cette grande maison, éviter la bonne pendant plus d'une heure y était un véritable exploit... Non, ce qui rendait un peu son sourire à la jeune femme en cet instant, c'était tout simplement le fait que Mathilde ai tenu à lui dire tout cela, à se dévoiler, et se proposer en amie. La compagnie de l'autre jeune femme, plus vieille qu'elle de cinq ans, ne lui était pas désagréable, et l'on pouvait même dire que ces deux comparses s'entendaient bien maintenant... Mais de là à proposer son épaule pour soutenir son employeur, il y avait tout un monde.
- Je vais y aller... Vincent arrive toujours pile à l'heure, il ne devrait pas tarder. On se retrouve après ce week-end.
- Bien Made...
- Mathilde ! Qu'est-ce qui vous prend de faire rentrer des inconnus dans la maison ?
La voix d'Éaque s'était élevée dans le hall que les deux compagnes venaient de rejoindre, coupant la bonne en pleine réponse.
- Je... Des inconnus Monsieur ?
- Dites à cet enfant de repasser plus tard, je n'ai pas le temps de le recevoir pour le moment !
Milo et Mathilde se concertèrent en silence, ne comprenant pas où le jeune homme au bouclettes brunes voulait en venir. Milo se décida alors à faire volte-face, et observer son époux pour tenter de comprendre de quoi il pouvait bien parler... Loin d'afficher un doux sourire sur son visage, elle défiait presque Éaque du regard.
- Oh... fit-il, laissant place à la gène, après sa colère infondée.
Ce qu'il avait pris pour un bambin se baladant chez lui sans autorisation était en fait sa femme, fichée dans un sweat-shirt informe, et la chevelure cachée par une capuche qu'elle avait toujours sur le crâne. Sans un mot, il baissa le bras qui désignait Milo comme étant une présence importune, rajusta sa veste à galons sur ses épaules, et tourna les talons. Pas un au revoir... Rien. Les deux boudeurs ne se parlaient plus après tout.
- Pff... Imbécile... souffla Milo, qui avait compris la méprise.
Ce n'était certes pas la première fois que l'on la prenait pour ce qu'elle n'était pas, mais il s'agissait la plupart du temps de personnes que ne l'avaient jamais vu auparavant... Pas de son propre mari.
Éaque était déjà bien loin, surement sorti dehors pour vérifier qui-savait-quoi quant à l'approche de son départ, et bien que Milo redoutait de tomber à nouveau sur lui en franchissant les portes d'entrées, elle ne pouvait pas rester éternellement dans le hall à attendre que le temps passe. Après avoir rassuré Mathilde en lui promettant qu'il n'y avait aucun enfant dans les parages, la jeune femme tira finalement l'une des portes vers elle, et sortit du manoir, accompagnée par une dernière parole de la domestique qui lui souhaitait un bon week-end.
A l'extérieur, il faisait froid, mais cela semblait étrangement plus supportable que le mois précédent. A petits pas, et les mains rentrées dans la poche ventrale de son sweat, Milo avançait en regardant droit devant elle. Elle ne voulait croiser le regard de personne, sinon peut-être celui du chauffeur de la dépanneuse qui stationnait devant le portail ouvert de la bâtisse. Toujours à l'heure, comme prévu...
- N'ouvre pas la porte ! se mit-elle alors à crier, voyant qu'une deuxième ombre s'agitait dans le véhicule.
Sortant les mains de ses poches, et son énergie toute retrouvée en s'apercevant qu'Arthur était là lui aussi, Milo se mit à courir. Sa besace rebondissait sur ses hanches, et les graviers glissaient sous ses pieds... pourtant la jeune fille réussit à garder l'équilibre et à ne pas tomber. Quand elle eu fini de parcourir la trentaine de mètres qui la séparait de ses camarades, elle ne ralentit pas l'allure.
- Qu'est-ce qu'elle fait ? souffla alors Arthur à Vincent, observant Milo par la fenêtre ouverte.
Et vlan ! Un bruit sourd résonna dans tout l'appareil, alors que la demoiselle avait sauté sur le camion. Les fesses à l'extérieur, et les épaules rentrées dans la cabine du conducteur, Milo arborait un air manifestement ravi, comme heureuse de ses gamineries. Trop petite, et surtout bien trop chargée pour arriver à rentrer par la fenêtre, la voilà qui était coincée, à moitié dans le vide.
- Mais... Mais il te manque une case ma parole ?! ne put s'empêcher de bafouiller Arthur, qui avait presque sauter sur les genoux de son camarade, surpris par la collision.
- Tuty ! se contenta de répondre la jeune fille en tendant les bras vers le garçon, un grand sourire lui fendant les deux joues.
- Ouais, ouais... Il a bon dos le Tuty...
Arthur lui attrapa alors les bras, et tira sa compagne pour la faire glisser sur la place du passager. L'intérieur de la cabine était équipé d'une banquette, et il était donc possible de s'y retrouver à trois.
- Douzième fois que tu te loupes, intervint Vincent, tournant la clef de contacte pour faire démarrer la bête.
- A force, je finirai bien par y arriver... grommela la jeune femme en attachant sa ceinture, et se massant le ventre.
- Quand je te dis que tu es trop petite pour prendre ton élan convenablement...
Mais Milo était impossible à raisonner, se trouvant sur un petit nuage depuis qu'elle avait retrouvé ses deux compères. A ses côtés, Arthur passa un bras autour de ses épaules, et le second sur le dossier de la banquette. Il croisait les jambes comme si jamais rien d'anormal n'était survenu jusque là, et surtout pas l'arrivée de sa protégée par la fenêtre du passager.
- Alors très chère, on t'as manqué ?
- A peine... Il était temps que Mônsieur reparte en déplacement, ou je n'aurai pas survécu...
- Pourquoi ne pas partir même pendant qu'il est au manoir ?
- Parce qu'à la base, il fallait que je soit présente lorsqu'il recevait des invités... Enfin tu me diras, maintenant qu'il m'a congédié, ça ne va peut-être plus être la même chanson.
Cette petite perspective lui redonna encore un peu plus le sourire, ravie d'avoir désormais de nouveaux arguments pour rejoindre ses camarades le plus souvent possible, et fausser compagnie à son tendre époux. Il y avait toujours du bon en tout finalement... Il suffisait de bien chercher. Une dispute, et à la clef, la liberté.
- Dites, reprit Arthur. Celui qui observe dans notre direction comme s'il avait vu un ovni, ce ne serait pas... ?
Vincent se pencha alors à son tour pour regarder.
- Si, c'est bien lui, confirma-t-il en remuant le levier de vitesse, pressé de partir tout à coup. Il n'a peut-être pas tout à fait compris ce que Milo a tenté de faire à l'instant, d'où sa tête d'idiot...
- Faut dire que moi non plus j'ai pas bien saisi...
Le garçon aux cheveux châtains et à la coiffure faussement négligée observa en coin le nouveau mari de sa camarade, tandis que Vincent faisait enfin bouger le monstre de tôle boueuse. Il était le dernier des habitants du garage à ne pas encore avoir fait la connaissance d'Éaque, et tâchait de deviner quel pouvait bien être sa personnalité grâce à l'image qu'il renvoyait de lui même... Rien de bien folichon selon lui. Milo ne devait pas rigoler tout les jours. Néanmoins, il ne pouvait pas lui enlever une certaine classe, malgré cet air éberlué qu'il gardait de figé sur le visage.
-
Tous les quatre étaient installés dans le canapé et les fauteuils qui trainaient autour d'une vieille télé, au rez-de-chaussée. Le poêle à bois crépitait de l'autre côté de la pièce, vers la cuisine, diffusant une chaleur agréable dans tout l'étage. Enroulés dans une couverture dont il n'avaient pas vraiment besoin, Milo et Curtis jouaient les grosses chenilles, collés l'un à l'autre sur le canapé couleur olive tandis qu'ils auraient aisément pu passer pour deux poules en train de couver. En face d'eux, Vincent fixait le plafond en frottant ses pieds nus sur un tapis au sol, et Arthur sirotait un café encore fumant.
- Curtis, retire tes mains de mon slip, murmura alors Milo qui s'endormait presque.
- Mais ch'uis tellement content de te revoir... ça faisait bientôt trois semaines ! répliqua le garçon.
- Oui, mais enfin quand même...
Le cadet de la troupe n'était pas spécialement du genre pervers... ses attouchements étaient plus là pour embêter les gens qu'autres choses. Tout ce qu'il voulait, c'était que ses victimes réagissent, d'une manière ou d'une autre, et Milo n'avait jamais bien assez de patience pour ne pas rentrer dans son jeu.
- Laisse la tranquille Curt... marmonna Vincent, sans décrocher son regard du plafond en béton.
Mais la jeune fille avait réagi plus vite que le petit blond, lui tordant les doigts en les lui extirpant de force de ses sous-vêtements. Elle colla ensuite la tête sur son épaule, n'écoutant pas ses cris, pour lui intimer de se calmer un peu. Comme souvent, Curtis se retrouvait en mode hyperactif... ainsi canaliser son énergie était fréquemment une dure et dangereuse mission.
- Va falloir que t'arrête de croire que l'intimité des gens t'es toute offerte Curtis. Moi j'ai l'habitude que tu tente l'incruste avec une main au cul de temps en temps, mais un jour ça pourrait mal tourner.
- Mais c'est pas du sérieux... Tu le sais bien.
Il s'était encore un peu plus collé à sa compagne, tel un chaton se pelotonnant contre sa maîtresse.
- Et puis c'est pas les femmes qui m'intéressent...
- Moi je le sais... Depuis le temps, je ne me formalise plus de tes assauts. Mais dans la rue, ça fait quand même très mauvais effet.
- C'est pas comme si je m'attaquais si souvent que ça à des inconnus !
- Ils sont tous comme toi en Australie ? intervint Arthur, qui avait fini d'observer le contenu de sa tasse d'un air rêveur.
Curtis ne lui répondit pas, lui tirant la langue. Franco-australien, il avait passé les six premières années de sa vie en Australie, sur les plages du Queensland... jusqu'à ce que sa mère ne meurt, et qu'il ne soit emmené par son père en France. L'ingénieur Brueysse, plutôt réputé dans le pays depuis ses trois dernières années, confiait alors souvent l'enfant à la charge d'une lointaine cousine : la baronne de Pontlevoy, chez qui Curtis passait le plus clair de son temps, plutôt qu'auprès de son père qui travaillait bien trop pour le voir.
- Mais Milo ressemble presque à un garçon, alors avec elle c'est pas pareille, continua le blondinet comme si de rien n'était, entourant ses bras autour de la taille de sa camarade.
- Qu'il est gentil...
- Faudrait qu'il change de disque... bougonna Milo qui tentait de se défaire de l'étreinte du garçon. Ça marche même plus maintenant, je sais qu'il bluff...
Après une ou deux caresses affectueuses sur le crâne du jeune homme qui n'avait qu'un an de moins qu'elle à peine, Milo repoussa violemment le galopin, histoire de lui faire comprendre que le manège devait cesser. Curtis lui répondit alors par un faible coup de pied, plus là pour répliquer que pour faire réellement mal à la jeune fille. Entre eux deux, cela avait toujours plus ou moins été l'amour vache... Pendant la première heure, je te cherche des poux, pendant la deuxième, je te colle aux basque parce que ta compagnie me manque. La théorie de yoyo, comme aimait l'appeler Milo.
- Mi ? grogna soudainement Vincent, toujours le regard tourné vers le haut de la pièce.
- Hum ? répondit simplement la concernée.
- En ce qui concerne la requête de David... ? Ça avance comment ?
C'était là une question que la jeune femme n'avait pas vraiment envie d'entendre... et à laquelle elle voulait encore moins répondre. Sachant bien ce que ses amis allaient lui dire, elle préférait éviter ce sujet qui avait pour le moment l'allure d'un devoir scolaire pas tellement travaillé.
- Ho... ça...
- On ne peut pas se permettre de considérer cette histoire à la légère.
- Mais qu'est-ce que tu veux que j'aille faire la taupe chez ce fils à papa que je ne vois qu'aux repas du soir ! Et encore, c'est parce qu'on se force à se côtoyer, parce que sinon...
- Justement, continua Arthur. Tu pourrais profiter de son absence pour fouiller un peu.
- Je ne sais pas encore « où il cache quoi »... même pas les clefs.
Cette fois, Vincent détourna son regard du plafond, le posant sur le visage fermé de sa camarade.
- Tu ne les a pas chercher plutôt, fit-il alors, catégorique. On sait bien que ça ne te ressemble pas, ça... ne rien avoir trouvé au bout d'un mois... ! Même en te coupant les deux jambes et les deux bras, si tu veux vraiment quelque chose, tu serais capable de l'obtenir !
- J'ai autre chose à faire que de retourner tout le manoir, où il ne doit y avoir que la moitié des affaires personnelles de l'aristo sur place d'ailleurs ! Et le peu de fois où je m'efforce de partager sa compagnie, je n'apprend rien de plus que ce que je sais déjà : il a un caractère de merde !
- Étrange, ça me rappelle quelqu'un d'autre, coupa Curtis.
Ne trouvant pas la blague à son goût, Milo s'était lancée dans un nouvel affrontement à coup de tapes sur le sommet de la tête de son cadet.
- Bon bon... Je comprend, reprit Arthur, adoptant une attitude moins offensive. Après tout, ce n'est pas si grave... je suppose que tout ceux à qui on a confié la même tâche qu'à toi doivent être à peu près dans le même état d'esprit...
Le jeune noble esquissa alors à sourire faussement timide, visant à charmer la demoiselle.
- Et puis... je sais bien que ce n'est vraiment pas le genre de situations que tu préfère. Il est vrai que ça fait un peu recyclage. Mais tu pourrais quand même faire quelques efforts. A commencer par savoir pourquoi Éaque de Bellis doit tant se déplacer, et où il va. Fais au moins ça pour David, tu le lui dois bien...
Blasée, et se sachant bien piégée, Milo réalisait avec un peu de mauvaise foi qu'elle avait perdu sur cet échange... Elle articula alors un « mouais » grognon, avant de se faire soulever du canapé par Arthur, qui l'avait rejoint en espérant lui faire revenir sa bonne humeur.
- Hep, au fait, on t'as pas dis tout à l'heure...
La jeune fille se laissa guider sans broncher, comme si les bras d'Arthur pouvaient tout effacer. Le serveur la conduisit alors jusque dans la buanderie, éveillant son intérêt, ainsi que l'excitation de Curtis, qui s'était levé du canapé, et trottinait derrière ses deux acolytes en jubilant presque à haute voix.
- Curt nous a ramené quelques orphelins il y a peu.
- Des orphelins ? répéta Milo, accompagnée d'une moue sceptique.
- Une pleine caisse ! précisa le petit blond.
- Mais de quoi est-ce que vous me parlez...
Les deux garçons allièrent leurs forces pour pousser un gros sèche-linge sur le côté, luttant avec le dénivelé du sol, et les carreaux dépareillés qui n'avaient pas toujours la même hauteur. Cette petite épreuve physique permit ainsi de faire apparaître une trappe se découpant dans le carrelage en patchwork, ce qui jusque là n'impressionnait guère la demoiselle, puisqu'elle la connaissait bien. Arthur réussit ensuite à faire pivoter le dessus de la trappe, offrant son contenu à la vue des trois colocataires.
- Non ! ne put se retenir Milo. Mais d'où est-ce que vous tenez un truc pareil ?!
Appuyé sur le couvercle relevé de la cachette, Arthur croisait les jambes en savourant ce petit moment de gloire... Mais le plus fier de tous restait tout de même Curtis.
- Héhé... du « tombé du camion » comme on dit... Une ou deux connaissances par-ci, une ou deux autres par-là...
- Quand il est rentré à la maison avec la caisse remplie je n'en ai pas cru mes yeux moi non plus, avoua le jeune garçon de café.
- Si on se fait gauler avec ça on est dans la moise jusqu'au cou, fit Milo en riant d'émerveillement. Mais tu vas pas tout garder quand même ?
Elle attrapa alors une petit objet cylindrique, telle une grosse bille de verre sombre, et d'où s'échappait quelques fils électriques et des câbles un peu plus gros... amenant le tout devant ses yeux pour l'observer de plus près.
- Non, pas tout. Je pense que la Milice serait contente de récupérer ça.... c'est bon pour le commerce ces petits machins là, ajouta-t-il, l'air calculateur. J'en garde quelques unes pour mon plaisir personnel, et le reste ira à ceux qui le demande !
- Voler des Billes Quanta... si ton père savait ça... répondit la jeune femme, souriant avec malice.
Pour seule réponse, Curtis se contenta de rire avec fierté, sachant bien qu'il avait fait une bonne affaire. Vincent arriva alors lui aussi dans la buanderie, s'arrêtant sous l'encadrement de la porte, observant à son tour le trésor caché dans le sol de la maison.
- Ses trois ordinateurs vont tourner à plein régime maintenant qu'il à dégoté ça, lança-t-il, taquin.
- Oh ça va... t'étais bien content quand je t'en ai trouvé une pour alimenter ton poste de radio tout pourri que tu fais tourner non-stop dans le garage.
Pas vraiment habitué à aussi peu respect, Vincent attrapa la nuque de l'australien pour la tirer vers lui. Feintant d'étrangler le blond qui gémissait avec une voix un peu trop aiguë, il se mit ensuite à le secouer pour lui donner le tournis... dans le but de l'occuper à reprendre ses esprits, plutôt que de mal parler aux gens.
- Hum... sinon. Comment ça se passe au niveau de...
- Du pieu ! hurla Curtis, décidément indécrottable. Comment ça se passe au pieu ?!
Ce n'était pas tout à fait là qu'Arthur voulait en venir en apostrophant sa camarade... mais finalement la bataille entre le fils d'ingénieur et l'enfant d'immigrés chiliens se termina en deux contre un, car Milo s'était mêlé à l'affaire.
- J'y suis seule, et ça se passe très bien ! Non mais vraiment !
Tant pis pour la discussion, Arthur se contenterait d'observer ses camarades s'entre-tuer à même pas un mètre de lui, pendant qu'il s'afférait, seul, à remettre le sèche-linge en place, un sourire néanmoins complice sur les lèvres. Cela faisait bien trois semaines que ce genre de scènes n'avaient plus eu lieu au sein du garage et sa dépendance...
Mdr, c'est la maison aux cachettes chez Milo xD. Une dans la cuisine, une dans la buanderie, yihou... Saurez-vous deviner où est la prochaine ? xD.
Alors, juste comme ça, histoire de rappeler, parce que c'est pas comme s'ils étaient publiés très régulièrement ces chapitres xD. La Bille (ou Boule, selon la taille...) Quanta est une petite source d'énergie autonome, et à laquelle le peuple n'a en théorie pas vraiment accès. Je sais pas si ça vous aide vraiment à ressituer le truc xD Mais voilà.
Dans le prochain chapitre vous ferez surement la connaissance de la Milo-famille... chose dont on a pas encore parlé ! (je veux dire, la vraie famille... pas la Eaque's corp xD) Vous vous en moquez surement, mais faudra s'y faire pendant tout le (petit) chapitre xD.
Merci encore pour vos 20 reviews *émue*. J'vous baise l'oreille, soyons fous !