| Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search | Login Register Extras |
Un chapitre qui se voulait plutôt être un « bonus » à la base... Mais qui finalement trouvera peut être plus d'importance que ça dans l'histoire xD. Petit chapitre néanmoins !
Chapitre 9°
'' La maison qui ne tourne pas rond ''
La jeune fille venait de descendre d'un bus argenté, qui cliquetait un peu alors qu'il s'éloignait le long de la grand-route. Une odeur de friture accompagnait sa retraite, senteur des plus habituelles depuis des décennies lorsque l'on parlait de véhicule à moteur. A défaut de pétrole, les huiles végétales et autres BTL, gazes fabriqués à partir de déchets organiques, permettaient de faire bouger toute machine sur roues. Les nombreux transports en commun visant à réduire le nombre de voitures sur les routes n'échappaient pas à la règle... De toute façon, il en était matériellement parlant impossible.
A quelques pas derrière elle, une petite route de montagne en sortie de village attendait sa venue. Peu fréquentée, elle s'en retrouvait plutôt délabrée, et les administrations chargées de l'entretient des voie de communication n'avaient pas d'argent à mettre dans ce genre de réparations couteuses et qui ne serviraient quasiment à rien vu la situation. Ce chemin sinueux se perdant entre les conifères menait à un petit hameau isolé, près des hauteurs du plateau des Millevaches. Là-bas, Milo retrouverait sa mère, qui possédait une maison parmi les douze habitations qui s'accumulaient au hasard du relief et de la pente, dans un lieu que l'on avait baptisé le Gros Chêne.
La neige accumulée sur le chemin faisait parfois déraper la demoiselle, qui devait se courber en avant pour éviter de repartir en sens inverse, et dévaler les quelques mètres de déjà gagnés. La côte était assez rude à grimper, mais la route ne serait pas bien longue... six à sept minutes de marche suffiraient aisément pour atteindre les premières maisons du hameau, et seul le tiers du chemin serait aussi pentu.
Armée d'un bâton qu'elle venait de récurer sur le bas côté, entre les ronces mortes, Milo tâtonnait le terrain en tâchant de trouver les crevasses à éviter. Il n'était pas la peine de se tordre une cheville, et la jeune fille n'était pas à une minute près... aussi tâchait-elle de débusquer les pièges du terrain avec rigueur. Le vent ne soufflait pas, la neige ne tombait plus, c'était déjà ça... son ascension n'en serait que facilitée.
- Et dire que Tim se tape ce trajet à chaque fois, avec ses affaires pour l'internat sur le dos...
Elle, en revanche, n'avait toujours que sa besace, l'anse passée sur l'une de ses épaules. Elle était restée deux jours au garage, profitant un peu de ses amis, et s'en allait maintenant retrouver un autre de ses foyers, en ce timide samedi après-midi. Voilà plus d'un mois et demi que Milo n'était pas rentrée... chez elle.
- Récapitulons. Les examens m'ont retenu, commença la jeune fille en regardant en l'air, cherchant dans ses souvenirs. Les cours sont légèrement interrompus pour le rendu des notes et... une canalisation a péter à notre étage à cause du gel. Oui voilà.
Son alibi fin prêt, et les premières maisonnées à portée de vue, la demoiselle eu un petit regain d'énergie, gravissant les derniers mètres avec entrain. Les propriétés étaient très espacées, du fait des terrains qui, à la base, étaient déjà grands... Et, en plus d'être peu chères, les constructions du Gros Chênes étaient également réputées pour avoir un impact bas sur l'éco-système. Certes, cela n'était pas un cas isolé, car de nombreux projets du genre avaient fleuris en Europe depuis les quatre-vingt dernières années, mais des villages et hameaux entiers vivant pour le bien de la nature étaient toujours moins nombreux que des bâtiments écologiques isolés au sein de villes plus anciennes.
Sur les pentes les plus abruptes du Gros Chêne vous retrouviez les « maisons hobbit », comme aimaient les appeler beaucoup de personnes. Ces constructions, le plus souvent d'un seul étage, étaient à moitié enterrées sous terre, le toit recouvert de végétation. La lumière entrait alors par une ouverture dans le toit, et par les quelques fenêtres et portes, situées sur la façade qui coupait la pente du relief. Vus du ciel, ces foyer étaient tout à fait invisibles, si tout du moins ils n'étaient pas accompagnés de terrasses, ou de petits jardins et potagers. Plus loin dans le hameau, vous pouviez retrouver deux autres maisons suivant le même modèle... à la seule différence que si le toit était aussi couvert d'herbes et de fleurs sauvages, et que les matériaux utilisés à la construction étaient toujours écologiques, ces maisonnées étaient bâties sur deux à trois étages, suivant la base des maisons traditionnelles.
Plus au centre s'élevaient les bâtiments au toit de chaume, imposants de par leur lourde architecture, mais très isolants et résistants, surtout quand la neige était à craindre. Ces toits là, même sous une avalanche, ne cèderaient pas. En opposition à ces constructions stratégiques, il y avait aux abords du lieu-dit une maison dont la majeure partie des cloisons était construite sur le même principe que les vérandas. Mieux valait ne pas être pudique lorsque vous viviez dans cet endroit aux allures de serre... mais l'épais manteau de sapins qui encerclait la propriété, en plus de protéger des fortes neiges, empêchait les intrus d'avoir trop accès à l'intimité de la vieille femme qui y vivait.
Restait alors deux autres habitations dans ce minuscule village, à savoir la toute première construite, la cabane dans le Gros Chêne, qui donna son nom au hameau, et la maison que Milo recherchait, là où sa famille s'était installée environ cinq ans plus tôt.
Les quelques panneaux solaires éparpillés sur les toits, ou en bordure de la maigre rue que parcourait le village, reflétaient un soleil qui se faisait de plus en plus présent parmi les nuages. Pendant qu'il perçait un peu plus le voile de brume à chaque minute, Milo devait se protéger les yeux de ses petites mains gantées, aveuglée par les rayons qui se reflétaient sur les panneaux et la neige accrochée à toute surface horizontale. Un habitant l'apostropha rapidement, alors que le garçon dégageait l'allée menant à son domicile, enneigé. La jeune femme le reconnu comme étant l'un de ses petits voisins et lui adressa un grand signe du bras, se remémorant quelques séances de baby-sitting qu'elle avait dû effectuer chez lui étant plus jeune.
- Qu'est-ce qu'il a grandi en si peu de temps...
Il ne lui semblait pas qu'il s'était écoulé autant d'années, mais cela faisait pourtant trois ans que Milo ne s'était plus occupée du bambin. Trois années qui s'étaient enchaînées à une vitesse folle... mais paraîtrait-il qu'il en est souvent ainsi lorsque les ans sont bien remplis.
Passant devant une boîte aux lettres familière, et dont le nom inscrit sous le petit chiffre 2 la fit sourire, la jeune fille bifurqua dans une allée habituellement bordée de mauvaises herbes. Cette maison, aussi la sienne, était de forme heptagonale, chose assez peu habituelle et qui permettait de la reconnaitre facilement, et de loin. Les fenêtres et les portes étaient toutes dépareillées, trahissant un passé de ruine à l'abandon pour cette bicoque que l'on avait retapé avec des matériaux de récupérations. Tout cela datait de bien avant que la famille de Milo ne s'y installe, et malgré l'idée que se font les gens d'un bâtiment refait avec les moyens du bords, les finitions étaient si mignonnes que vous ne pouviez résister à l'envie de vous y poser quelques temps pour y faire votre vie. Au rez-de-chaussée, vous trouviez la cuisine et la salle à manger dans une même pièce, accompagné d'une chambre en retrait. A l'étage inférieur (car la bâtisse était construite sur pilotis, surplombant un ruisseau qui ne gelait pratiquement jamais), vous retrouviez deux autres chambrées, et une salle de bain. Quant au dernier étage, le plus haut, il s'agissait de la « pièce à tout ». Salon, établi, potager d'intérieur... une pièce à vivre fort agréable, et au charme unique, car le plus drôle restait le fait que ce dernier étage pouvait tourner sur lui même. Permettant de suivre la position du soleil, et d'économiser en chauffage et électricité, le moulin à eau sous la maison servait de moteur, et la pièce pouvait alors pivoter sur cinq positions différentes, permettant à une grande baie vitrée de faire rentrer le plus de lumière possible.
Milo s'arrêta à peine sur le pas de la porte, toqua une ou deux fois, puis entra sans attendre de réponse, car elle savait de toute façon que sa mère n'entendait jamais les gens frapper chez elle. Refermant derrière elle, la voyageuse s'époumona dans un « C'est moi ! » presque automatique. Attendant que quelqu'un se manifeste, Milo se débarrassa de son sac et de son sweet-shirt, les déposant sur un fauteuil délavé, qu'elle remarqua au passage avoir été réparé depuis peu, puisque le ressort qui dépassait généralement du dossier n'y était plus.
- Je suis en haut ! lui répondit une voix lointaine, un peu tardivement.
Réalisant enfin que sa mère était toute proche, la jeune fille enchaina les marches de l'étroit escalier de bois, sans rambarde, quatre à quatre. Elle finit son ascension en passant par une trappe rectangulaire déjà relevée, identique à quatre autres disposées à distance égale les unes des autres, et aperçu enfin sa mère... Accroupie près de pots de fleurs, en face de la baie vitrée, elle semblait affairée dans une séance de jardinage compulsif.
- Mais qu'est-ce que tu fais ? demanda Milo, amusée.
- Oh ! Ma chérie... Bonjour ! Tu daignes enfin rendre visite à ta mère ? Comme tu le vois, je replante les salades... !
Toute sourire, Milo embrassa la femme avec empressement, la serrant dans ses bras quelques instants.
- Elles commençaient à se sentir à l'étroit dans ces petits pots là, continua la femme, rendant un baiser à sa fille.
- Y'a jamais de fleur dans les pots chez nous... Que des légumes.
- Quand on a pas de potager, on se débrouille !
- Toujours...
Il était vrai que la mère de la demoiselle était la reine des idées, farfelues certes, mais parfois utiles. Les chiens ne faisant pas des chats, Milo avait hérité de ce trait de caractère particulier.
Depuis la fenêtre, la jeune femme pouvait observer un champ d'éoliennes se trouvant à quelques kilomètres du hameau, sur des hauteurs voisines. Il lui semblait que quelque chose clochait, mais elle ne sut pas dire tout à fait quoi, avant que sa mère ne la sorte de sa contemplation.
- La Milice, marmonna la jardinière. Ils en ont fait péter quelques unes pendant le mois. Cette histoire est vraiment bizarre, je ne vois pas en quoi supprimer des éoliennes servirait à leur cause.
La femme, âgée d'une bonne quarantaine d'années, mais en paraissant presque dix de moins, se saisit de la salade qu'elle venait de replanter, la soulevant du sol. Elle se préparait à la déposer avec d'autres pots, dans un coin de la pièce où une table en supportait déjà un certain nombre, sans pouvoir tous les accueillir.
- Ces éoliennes là ont étés construites à l'occasion d'évènements assez sombres, je veux bien l'admettre... Mais de là à vouloir les supprimer, je n'y comprends rien ! Au final elles aident les quelques villages alentours. C'est plus enquiquiner les villageois que les constructeurs de faire ça !
- Ce ne doit pas être la Milice maman... Ça ne ressemble pas du tout à leur façon de faire, comme tu dis. Ou bien il y a quelque chose de lié à ces éoliennes que l'on nous cache, et qui justifierait un tel acte... mais là tout de suite, j'ai du mal à imaginer quoi.
- Ça fait un bout de temps que des actions du même genre fleurissent, acquiesça la mère, sortant un arrosoir de derrière un canapé. C'est un coup à se retrouver avec le Petit Peuple à dos, alors que cette organisation est censée lutter pour nos droits... C'est illogique.
- Il y a des bruits qui courent, ajouta Milo, un peu hésitante. J'ai entendu dire qu'une autre organisation voudrait faire de la concurrence aux miliciens. La Résistance... ça te parle ?
- Saloperie ! sursauta la femme en se retournant. Mais alors la voisine ne racontait pas que des bêtises ?! J'ai cru qu'elle avait encore un coup dans le nez la fois où elle me parlait de cette histoire...
Milo regarda sa mère d'un air interrogateur, attendant qu'elle développe. Pendant que cette dernière s'attaquait à une nouvelle salade, la jeune fille décida d'ouvrir un peu la baie vitrée, constituée de portes coulissantes. De l'autre côté de la façade translucide était fixée un long balcon métallique suspendu dans le vide, et soutenu par des câbles rejoignant le sommet de la maison.
- Il y a bien cinq mois de ça, Lilianne Hartwich m'avait grossièrement résumé certains bruits qui courraient déjà à l'époque... Sur un soit disant groupe de personnes non contentes du travail des miliciens, et qui voulaient elles même prendre part aux conflits...
- Qu'est-ce que c'est que ces débiles... ?
- Voyons Milo... Ce n'est pas parce que tu ne crois pas en leurs idées qu'ils sont forcement abrutis...
La mère de la jeune femme se voulait moralisatrice, mais partageait pourtant l'avis de son enfant, secrètement.
- C'est sûr que faire péter des éoliennes, mettre le feu aux résidences des nobles, et autres attentats du genre, ça va beaucoup faire avancer les choses...
- Il faut dire que les efforts de la Milice non plus n'ont pas mené à grands résultats jusque là.
- Au moins ils le font de façon plus digne, en revendiquant leurs actions, et parvenant parfois à se faire recevoir par un comité pour écouter leur demandes.
- ... En attendant, il y a toujours des choses de détruites, et parfois des morts...
Les deux femmes baissèrent la tête, l'une par mélancolie, l'autre plus par colère.
- Tu t'intéresses toujours à la Milice à ce que je vois ? reprit la mère de Milo, plus bas.
La jeune fille ne lui répondit pas, s'agenouillant à ses côtés pour l'aider avec un paquet de terreau éventré sur le parquet. Sa mère l'observa en silence, devinant la douleur que ce sujet pouvait réveiller chez elle. La femme en tablier bleu roi, taché de terre et d'herbe, n'inciterait pas, préférant alors changer de sujet.
- Dis moi, tu as eu des nouvelles de ton frère récemment ? fit-elle alors en lui enlaçant les épaules.
Sa voix était plus claire, plus légère. Milo adressa alors un regard en biais à son interlocutrice, espérant enfin entendre de bonnes nouvelles.
- J'aurais dû ?
- Son école à été sélectionnée pour participer à une rencontre entre plusieurs autres établissements. Quelques recruteurs devaient être sur place, et selon ce que les classes produisent, certains élèves peuvent recevoir un prix.
- T'es sérieuse ?
- Timéo était tout excité ! Ça se passait de jeudi jusqu'à aujourd'hui. C'est pour ça qu'il n'est pas encore à la maison.
- La vache... S'il a pu se faire au moins un peu remarquer, ce serait génial...
- Imagines donc : Timéo Thouaille, premier prix de ferronnerie ! fanfaronna la mère, rêvant à la gloire de son jeune fils de seize ans.
Milo se laissa rire avec la femme en tablier, souhaitant réellement que son frère ai réussi quelques bonnes chose lors de cette rencontre entre écoles... ou qu'il ai tout du moins passé de bonnes journées pendant ce challenge. Jugeant que les lattes de bois au sol, déjà pas mal amochées, allaient souffrir un peu plus si personne ne se décidait à aller chercher une éponge, Milo se releva finalement, abandonnant les bras de sa mère. Faisant bien attention à ne pas se cogner en se faufilant à nouveau par la trappe, elle redescendit à l'étage inférieur, et, se dirigeant vers la cuisine, fit une bien horrible trouvaille...
- Oh punaise ! Mais... qu'est-ce qu'elle essaye de faire avec ça, une incubation de microbes ?
Les deux éviers, plein à craquer de vaisselle, étaient aussi noyés d'eau... Une eau oscillante entre le kaki et le orange carotte, moussante, et trouble à souhait. Il était impossible de connaître la nature de ce qui se cachait sous la surface de ce marais miniature, excepté pour le courageux qui oserait y tremper la main. Milo resta un moment comme pétrifiée, le bras tendue vers l'éponge, le regard tourné sur l'eau sale, sans pouvoir s'en détacher.
- Si y'a pas un peu de moisissure là dedans, j'accepte de sauter nue dans la rivière... et en hiver, marmonna la téméraire dans sa barbe.
Oubliant son sauvetage de parquet à l'étage mobile, Milo retroussa l'une de ses manches jusqu'au dessus du coude, puis resserra l'élastique dans ses cheveux. Après quelques moulinets des épaules, la voilà qui était prête à explorer la masse, certainement grouillante, qui stagnait dans les éviers de la cuisine depuis elle ne savait combien de jours. Une profonde inspiration plus tard, et la jeune femme plongeait alors son bras dénudé dans le liquide suspect, tâtant du bout des doigts tout ce qui passait à sa portée. Il lui parut, à un moment donné, que quelque chose avait bouger dans les tréfonds de ce récipient en céramique, mais elle se persuada bien vite qu'il ne devait s'agir que de son imagination...
Quand enfin elle trouva le bouchon qui empêchait l'eau de s'écouler, Milo tira dessus de toutes ses forces, déstabilisant quelques plats et assiettes dans la précipitation, et éclaboussant abondamment tous les alentours... Mais sa mission était remplie, et le reste n'importait pas. Regardant le niveau d'eau diminuer tranquillement, le demoiselle entreprit finalement de faire la vaisselle, puisqu'elle était déjà mouillées. Sa mère n'ayant pas voulu s'attaquer à cette tâche, elle pourrait au moins lui épargner la souffrance de devoir se plonger dans une corvée qui ne vous inspirait guère.
A deux mains, la jeune fille empoigna le liquide vaisselle, envoyant une bonne rasade de produit aux algues sur les couverts entassés. L'odeur semblait plus désagréable que d'habitude, mais l'autre évier, encore plein, y jouait peut-être pour beaucoup. Après quelques minutes à gratter les fonds de plats, la jeune Vallemerin s'attarda enfin sur le décor enneigé qui s'étendait de l'autre côté de la fenêtre, juste en face d'elle. Le terrain descendait en pente douce pour remonter tout à coup vers le sommet du plateau montagneux, plein de fleurs aux multiples couleurs et d'herbes hautes à la belle saison.
Le domaine appartenait à sa mère, et peut-être aurait-elle put en faire un jardin au moment d'emménager... mais la femme avait préféré laisser l'endroit en friche, et pouvoir se vanter d'avoir une prairie privée. Lorsque l'on pensait qu'à côté de ça, la mère de Milo plantait des salades en pot au dernier étage de sa propriété, il était légitime de se demander si la brave dame avait bien toute sa tête... mais Milo savait que, oui, cette mère de famille était tout ce qu'il y avait de plus saint d'esprit, et de responsable. Être un poil originale n'était pas un crime, et d'ailleurs la garagiste l'idolâtrait en grande partie pour cela, cette mère qui avait su préserver une petite bulle de bien être dans ce monde de fous furieux qui faisaient exploser des éoliennes...
- Milo ! Qu'est-ce que tu fais avec cette éponge, tu la manges ? s'impatienta la femme à la courte tignasse brune.
Comme pour vérifier par elle même, la petite dame, à peine plus grande que sa fille, posa un pied sur l'escalier pour descendre à son tour.
- Oh... tu as trouvé mon marécage d'intérieur... bafouilla-t-elle alors, maintenant aux côtés de Milo.
- Après le potager, tu voulais innover ?
- Je laissais tremper, en fait... et puis, j'ai laissé traîner, aussi...
Les deux femmes explosèrent de rire, l'une donnant un coup de hanche à l'autre.
- Ne te moque pas !
- Jamais, répondit Milo.
- ... Bon, j'avais essuyé l'eau avec mon tablier en attendant que tu reviennes, et jeté la terre sur le bacon, reprit la mère, voyant bien que pour l'éponge, il était trop tard, puisque sa fille la lui avait kidnappé.
- Maman !
- Oh ne t'en fais pas... Ce parquet est mort et enterré de toute façon. Il n'était déjà pas en super forme quand nous avons posé bagages ici pour la première fois.
Les quelques souvenirs qui revinrent à Milo de cette période lui arrachèrent un faible sourire. Même si les circonstances de l'emménagement avaient été catastrophiques, la demoiselle se rappelait au moins qu'au sein de cette bâtisse atypique, elle se sentait bien... Le vert dehors, cette atmosphère paisible, les grands espaces des hauteurs des Millevaches. Comparé à la ville, au gris et au bruit de Taillefert, tout cela lui manquait.
- Au fait Milo, j'ai encore essayé de contacter ton école il y a quelques temps, et toujours la même réponse, ils ne retrouvent pas ton dossier ! continua la petite femme après un temps, énergique.
- Oui, je te l'ai dis maman, l'administration tente de remettre la main sur les cartons qui ont disparu.
- Mais c'est tout de même hallucinant qu'ils arrivent à perdre des cartons de dossiers ! Je n'ose même pas imaginer comment ils peuvent ranger leur bureau... Et dire que même moi j'arrive à retrouver mes chaussettes dans l'aspirateur, alors, tout de même, ils pourraient faire des efforts !
- Ils ont d'autres choses à gérer que les petits dossiers, qui peuvent être refait par les étudiants, expliqua Milo en riant de l'affolement de sa parente. La semaine dernière par exemple, une canalisation toute entière a implosé à cause du gel, dans les résidences des étudiants... et c'est souvent comme ça.
- Et pourquoi tu ne fais pas refaire ton dossier ? persiffla la matrone.
- Roh maman, j'ai d'autres choses à faire que de rouvrir un dossier qu'ils finiront par reperdre...
- Et en attendant, je les consulte comment tes notes, hein ?
- T'es bien la seule mère que je connaisse qui suis les études de sa gamine de vingt ans comme ça.
La femme s'arrêta un temps, repensant à son attitude.
- Tu crois que je te couve trop... ?
- Mais non. C'est bien aussi de se sentir suivit. Mais t'en fais pas pour les études, c'est tout. Je gère.
Par « gérer » Milo entendait certainement « je te mens pour la bonne cause »... car des études, elle n'en suivait plus depuis la fin du lycée, alors qu'elle avait décroché son Baccalauréat. Une terrible situation qu'elle avait parfois du mal à assumer, car mentir à la femme qui l'avait élevé lui paraissait être une ignoble trahison... Mais sa mère ne comprendrait jamais les choix qu'elle avait fait (du moins, elle le pensait très fort), et la garagiste préférait ainsi épargner le pauvre cœur de la femme, continuant à lui faire croire qu'elle était toujours dans cette école où elle l'avait inscrite deux années plus tôt. Milo y avait suivit trois mois de cours, avant de s'arranger avec le directeur pour que son abandon ne soit pas divulgué... Et depuis, tout prétexte était bon pour expliquer l'absence de notes, de rendez-vous, ou de courrier.
- Très bien, je te fais confiance... Et les amis alors ? Tu es entrée en troisième année, tu dois quand même commencer à bien connaître certaines personnes ?
- Les filles de mon étage sont sympathiques...
- Et ? Peut-être que si tu travaillais un peu à côté, même si tu as ta bourse, ça te servirais à faire des rencontres...
- M'man... J'ai déjà quelques connaissances, et mes amis de lycée ne sont pas loin de là où je crèche pendant l'année... Ne t'en fais pas !
Était-il utile de préciser d'où le soit-disant argent de la bourse provenait ?
- Je veux juste que tu te sentes bien... acheva la femme, posant un main sur le bras de la jeune fille.
Milo fit alors mine de vouloir lui mordre les doigts, se tortillant pour presque attendre le poing de sa mère. Le retirant avec hâte, cette dernière commença à l'éclabousser en retour, à coup de « on ne mords pas sa mère jeune fille ! », entre-coupé d'exclamations amusées.
C'est ce moment que choisirent les deux hommes de la maisons pour passer la porte d'entrée, ne frappant guère, et s'invitant dans la chaude salle à manger sans réellement demander la permission... comme tous ceux qui désiraient rendre visite aux occupants de la maison.
- Ah chéri ! miaula la femme. Tu es finalement passé chercher Tim ?
Elle se détacha alors de sa fille pour embrasser son fils, puis se blottir dans les bras de son compagnon.
- Comment c'était ? reprit-elle.
- Crevant... articula Timéo, faisant mine de s'effondrer sur le fauteuil au ressort réparé.
- Je crois qu'il faudra attendre un peu pour plus de détails, cru bon de préciser Milo, toujours dans sa vaisselle.
- Milo nous fait l'honneur de sa présence ! se mit alors à résonner une voix sourde mais puissante.
- N'en rajoute pas Yvon, je viens quand je peux.
Malgré le faux air de défit, la belle fille et le beau père s'enlacèrent un certain temps, contents de se retrouver. Après quelques secondes échoué dans le fauteuil isolé, Timéo s'endormit rapidement. Brun comme sa mère, quelques traits de son visage rappelait néanmoins ceux de Milo, tout coup comme ces grands yeux si foncés qu'ils avaient reçu tous les deux de leur maman. La bribe de sourire qu'il portait sur ses lèvres laissait peut-être à penser qu'il avait passé une bonne rencontre inter-école... ou qu'il était tout simplement content d'être chez lui.
Désolée pour le temps que ça aura pris... C'est un peu la guerre dans ma tête ces temps-ci.
Après Milo et les trente-six cachettes, voici Milo et les trente-six baraques ! Quelle est forte cette mimi... (hum) Et non, la mère de Milo n'est pas une « dégueue » parce qu'elle jardine dans son salon ou laisse trainer la vaisselle. Elle est juste... cool xD.
La plupart des maisons citées dans ce chapitre sont inspirées de maisons ou de techniques déjà existantes... même le dernier étage tournant de chez notre héroïne, si si ... Sauf que, dans le cas existant réellement que j'avais vu, c'était toute la maison, d'une drôle de forme de semi-ballon de rugby, qui tournait x3. La maison-véranda aussi existe bel et bien quelque part xD.
Si vous êtes intéressés, je vous pouvez toujours faire un petit tour ici : www[point]simondale[point]net/house/ , qui m'a bien inspiré pour le reste !