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Bon impossible de changer la mise en page, désolé pour l'inconvénient. Bonne lecture tout de même.
Chapitre 1
Au commencement il y eut...
Quand j'y pense, je ne me souviens plus vraiment de ma petite enfance. D'avant mes cinq ans, il ne me reste pas grand chose. La sensation de douleur, le bruit de cris et de verre brisé, une sorte de mélopée fredonnée par une femme, l'odeur de l'alcool et du tabac, et plus prenant encore, celle du sang mélangé à un parfum de femme, certainement celui de ma mère. Après, je ne sais plus comment, mais je me suis retrouvée à vivre dans la rue. Voler, me battre avec les animaux errant pour gagner ma pitance et survivre. Le froid, le vent, la pluie, la neige et plus rarement le soleil. Et surtout, surtout la solitude, la peur et la faim. L'envie d'abandonner puis enfin le noir, le néant.
J'avais huit ans lorsque je me retrouvais dans un orphelinat. On m'avait retrouvée inconsciente dans une ruelle et l'on avait décidé de me placer dans cette institution. Là je me souviens des autres enfants m'évitant, des adultes me disputant, de mon attitude d'animal sauvage face au monde extérieur. Mais je me souviens également de la chaleur, de la satiété, de soeur Marie me protégeant, cherchant à me civiliser. Durant les mois où j'y ai vécu, j'ai appris à vivre, vivre avec les autres, vivre avec moi même.
Et puis un jour il est arrivé. Je m'en souviens parfaitement, dans les moindres détails, de ce jour qui changea ma vie. J'avais dix ans. La directrice m'avait fais venir dans son bureau. Là il y avait un homme. Il devait avoir une quarantaine d'année, une stature élégante, un peu rigide. Lorsque je m'avançais, je m'aperçus qu'il avait une cicatrice marquant sa joue gauche. Son regard était froid et quand il tomba sur moi, il resta sans expression. Avec le recul je me dis que j'aurais dû trembler ou sentir un frisson me parcourir, mais à la place, je lui ai rendu son regard, aussi vide que le sien. La directrice toussota et je la regardais avant de baisser les yeux, on m'avait appris qu'il était impoli de dévisager les gens, c'était une des choses que j'avais du mal à intégrer. C'était l'observation qui permettait de comprendre, de savoir si quelqu'un nous voulait du mal ou non.
–Gaïa, je te présente monsieur Ludge. Il est venu à plusieurs reprises dans notre institut pour adopter un enfant, et malgré ton caractère sauvage, il a décidé de te prendre. A partir d'aujourd'hui, tu vas vivre avec lui.
Je levais les yeux vers l'homme qui m'observait. Son regard n'avait pas changé et le mien était intrigué. Pourquoi cet homme avait voulu de moi? Alors que la directrice me répétait sans cesse qu'avec mon attitude personne ne m'adopterait jamais. Je n'eus pas le temps de poser de question que cette femme m'envoyait déjà chercher mes affaires, trop heureuse de se débarrasser d'une "sauvageonne" telle que moi. En partant je serrais sœur Marie dans mes bras, ni l'une ni l'autre ne pleura, moi je n'avais jamais pleuré, je ne savais pas ou plus. Lorsque je me suis retournée une dernière fois, j'ai vu sœur Marie échanger une poignée de main avec monsieur Ludge. Je n'appris que plus tard qu'elle avait joué un rôle important dans mon adoption par cet homme.
A partir de là, ma vie changea radicalement. Monsieur Ludge ou plutôt Colonel Ludge vivait dans une maison à l'extérieur de la ville. Sur le chemin, il m'expliqua que c'était mon caractère et mes capacités de survie qui l'avaient décidé à m'adopter. Que j'avais un potentiel énorme. Je ne compris pas tout de suite où il voulait en venir. Lorsqu'on arriva, j'eus du mal à me faire à l'idée que ce que je voyais allait être ma demeure. C'était une immense maison, presque un manoir, et le terrain était immense également. Le Colonel m'expliqua qu'il appartenait à une grande famille de militaire et que moi aussi à présent. L'intérieur de la maison était sobre, rien de mauvais goût ou d'extravagant. Il me montra ma chambre et m'amena ensuite dans la cuisine où il me prépara un repas. On ne parla pas beaucoup, ni lui ni moi n'aimions particulièrement la conversation. J'appris tout de même que nous étions seul dans la maison, mais qu'à partir de demain, il y aurait quelqu'un pour veiller sur moi lors des déplacements du Colonel. Le soir en me couchant, je réalisais qu'il m'avait donné son nom et son grade, mais pas son prénom. Mais je m'en fichais, ce que je savais c'est que malgré sa distance et son air froid, avec lui je me sentais bien et en sécurité.
L'homme qui devait rester avec moi arriva le lendemain matin. Il s'appelait Sergaï, il était grand, blond et russe. Dès que je le vis, je me mis à le dévisager. Il m'observa à son tour, le regard tout aussi froid que celui du Colonel, mais au bout d'un temps, le sien se fit perplexe tandis que moi je décidais que je pouvais lui faire confiance. Je m'approchais alors de lui et lui prit la main tout en le traînant derrière moi jusqu'à la cuisine où le Colonel préparait mon petit déjeuner. Lorsqu'il nous vit arriver, il nous regarda l'un et l'autre et éclata de rire devant mon air déterminé et celui surpris de Sergaï. Son rire était chaud, agréable, le premier rire d'homme que j'entendais. Pendant que nous mangions, le Colonel m'expliqua qu'il m'avait inscrit dans une école privée que je commencerais à la rentrée des vacances. Le rôle de Sergaï était de m'accompagner et de venir me chercher, il était ma nouvelle nounou comme le dit celui-ci avec son accent de l'Est et son air mécontent. Le soir même, le Colonel partait en déplacement. Durant la semaine qui suivit, Sergaï et moi apprîmes à cohabiter. Il finit par m'accepter et commença à me raconter des histoires de son pays, de son enfance en Sibérie et bien d'autre encore. J'adorais ses récits, sa voix grave et son accent les rendant captivant.
Et commença l'école. Comme à l'orphelinat, je ne me liais à personne, préférant ma solitude. Cela me donna la réputation d'être associable et hautaine. Mon attitude agaçait et intriguait à la fois, mais on me fichait la paix. J'avais une vie tranquille et normale, lorsque je voyais le Colonel, il me demandait si je travaillais bien, me posait quelques questions acquiesçait à mes réponses, puis l'on passait à autre chose. Il m'avait appris les échecs et souvent nous y jouions le soir, tandis que Sergaï lisait ou sortait pour quelque affaire dont le chargeait le Colonel. Puis un jour il y eut un incident à l'école. Je me demande encore aujourd'hui si c'est réellement lui qui a déterminé ma vie ou si cela n'aurait rien changé. Mais le Colonel avait des projets pour moi, alors au final, je pense que cet évènement ne fit qu'accélérer les choses.
Deux ans s'étaient écoulés depuis mon adoption, et j'étais entrée au collège. A la rentrée, un nouvel élève était arrivé. Si les autres m'ignoraient à présent complètement, lui avait décidé de faire de moi son souffre douleur. Je n'y prêtais pas attention, après tout, ce n'était pas la première fois que l'on s'en prenait à moi, mais depuis, j'avais appris à ne plus réagir. Et puis un jour de printemps, à la récréation de l'après-midi, il s'en prit de nouveau à moi. Il se mit à m'insulter, à dire que ma mère n'était qu'une putain, que je l'étais également, que si le Colonel m'avait adopté au lieu d'adopter un garçon, c'était pour faire de moi sa putain. En y repensant, ma réaction fut stupide, mais jamais je n'avais ressenti une telle douleur et colère à la fois pour des mots. Sans même le réaliser, je m'étais jetée sur lui et avait commencé à le frapper. Je me souviens encore de la sensation de mes poings s'abattant sur son visage, de sa peau s'enfonçant et du craquement de ses os, ainsi que des miens. Lorsqu'on nous sépara, je fus menée au bureau du directeur, tandis qu'on menait l'autre à l'infirmerie en attendant qu'une ambulance arrive. Une fois devant le directeur, celui-ci ne me demanda rien, il se contenta de me crier dessus et de me faire la morale. Puis il appela le Colonel. Quand celui-ci arriva, une heure plus tard accompagné de Sergaï, le directeur lui dit que mon attitude était inacceptable que le garçon était à l'hôpital avec le nez cassé, une commotion cérébrale et qu'il était toujours inconscient donc dans l'impossibilité de savoir quelles seraient les conséquences. J'étais toujours debout, le regard vissé au sol. Je ne culpabilisais pas, mais appréhendais un peu la réaction du Colonel. Celui-ci assis face au directeur se tourna vers moi et me releva le menton. Il me regarda dans les yeux et me demanda pourquoi j'avais fait ça. Le directeur n'avait même pas cherché à me poser la question. Malgré son regard froid et vide, je le fixais et lui racontais ce qui c'était passé. Dans ces yeux, je vis passer une pointe de colère et de quelque chose d'autre pour ma réaction que je ne pus identifier. Le directeur, lui ne voulait pas me croire, mais ce fut vite confirmé par les élèves qui avaient assisté à la scène. Je fus renvoyée de l'école et le Colonel et Sergaï me ramenèrent à la maison sans dire un mot. En rentrant, je montais dans ma chambre avec Sergaï. Celui-ci me soigna mes blessures aux mains, puis j'attendis que l'on vienne me chercher.
Je me retrouvais dans la cuisine face au Colonel et à Sergaï. Je m'attendais à me faire punir, mais le Colonel soupira seulement et fermant les yeux me dit :
–Je ne vais pas te faire la leçon, le directeur a dû déjà le faire... Tu sais que lorsque je t'ai adoptée, je t'ai dis que c'était à cause de ton potentiel Gaïa, que ça n'a rien à voir avec ce que ce garçon t'a dis?
–Je n'ai pas réagis parce que je pensais que c'était vrai, mais justement parce que c'était faux et qu'il disait des mensonges sur toi.
Le Colonel acquiesça, puis reprit:
–Je pense qu'il est temps pour toi de commencer à contrôler ta force. A partir de demain, tu prendras des cours à domicile et tu suivras un entraînement militaire... Comprends moi bien Gaïa, ce n'est absolument pas une punition, seulement avec des capacités telles que les tiennent, je souhaite que tu suives une carrière militaire. Je pensais te la faire entamer plus tard, mais les évènements viennent de nous montrer qu’il faut que tu apprennes à te contrôler maintenant.
Et c'est ainsi que débuta une nouvelle vie. Dans les années qui suivirent, j'eus un précepteur pour continuer mes études. J'avais souvent vu un groupe de militaire à la maison, le Colonel et eux s'enfermant dans son bureau. Généralement, peu de temps après, il partait en déplacement. J'avais eus très peu l'occasion de discuter avec eux, même s'ils avaient toujours un mot gentil pour moi. J'appris peu après le début de ma nouvelle vie qu'ils faisaient tous parti d'une unité d'élite non reconnue de l'Etat et que le Colonel en était le chef. Avec mon nouvel entraînement, j'eus l'occasion de les connaître, puisque c'est eux qui venaient me donner des leçons. Ainsi j'appris des sports de combats et d'auto-défense, le tir sur cibles immobiles et mobiles, mais également le fonctionnement des armes et comment les monter et les démonter. Sergaï quant à lui, m'enseignait les langues, le Russe, l'anglais, et quelques rudiments de langues slaves diverses. Avec mes études j'appris également l'allemand et l'espagnol. A seize ans, je me retrouvais donc polyglotte, bachelière et prêtre à passer des concours d'entrée chez les militaires pour une unité d'intervention. Je fus reçue avec mention et participais à plusieurs missions avec succès avant d'être recrutée l'année des mes dix neuf ans dans une des ces unités fantômes dont "ma famille" faisait partie. En intégrant cette unité, j'héritais d'une nouvelle famille qui bientôt remplaça celle que j'avais connu jusque là.
C'était quelque temps après mon recrutement, j'avais suivis un entraînement intensif et étais partie en mission durant une semaine. Lorsque j'étais revenue, le Colonel et les autres parlaient d'une mission qu'on leur avait confiée. Ils ne voulurent pas m'en dire plus, mais j'appris tout de même que c'était risqué, plus risqué que d'habitude. Le lendemain matin aux aurores ils partirent et je ne les revis pas. C'était une mission suicide, l'une de celle dont on ne revenait pas. Je ne sus jamais ce qui s'était passé exactement.
Ils furent enterrés les uns près des autres, avec les honneurs militaires qui leur étaient dû. Je pleurais pour la première et la dernière fois. A vingt ans je me retrouvais orpheline, seule héritière du Colonel ainsi que de Sergaï -à ma grande surprise- et mercenaire pour un État qui pouvait s'il le voulait se débarrasser de moi à tout instant.
Vous pouvez retrouver la suite de cette histoire sur mon site avec la bonne mise en page.