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Voici le chapitre 2 j'espère que ça vous plaira. Bonne lecture
Chapitre 2
Ils partirent cinq et revinrent quatre...
Je me réveille, me demandant pourquoi j'ai pensé à ça, mon enfance et le reste. Je me passe une main sur le visage, chassant les dernières bribes de rêves, puis je me lève. Je passe un bas de jogging en plus du t-shirt et je descends à la cuisine rejoindre le reste du groupe, ceux que je considère à présent comme ma famille. En entrant dans la pièce, je les trouve tous autour de la table de travail, entrain de discuter ou de lire, le tout en mangeant. Je me prépare mon bol de céréale et m'assois à la place libre. Personne ne me parle, ils ont des consignes, pas un mot avant mon petit déjeuner.
Au bout du comptoir face l'un à l'autre, Yuri et Jude sont en pleine discussion ou plutôt débat sur je ne sais quel sujet, je n'y prête pas attention. Le premier est un petit géni de l'informatique, petit au sens propre comme au figuré. Âgé de trente ans, il en paraît dix de moins. Ses cheveux roux sont coupés ras ce qui les fonce et il porte sans cesse des lunettes à verres fumés, pour se protéger de la lumière et de mon regard inquisiteur comme il aime le dire. Le second, est âgé de trente trois ans, est brun, les yeux marrons, un physique banal, passe partout, qui lui est utile lors des missions, pour repérer les lieux et les sécuriser. En face de moi, se trouve Nicolaï, lui s'occupe de tout ce qui a un lien avec les explosifs. Blond, il a les yeux bleus très clairs, il me fait parfois penser à Sergaï. Il est âgé de trente-cinq ans et est le meilleur ami de Slavr. Ce dernier est entrain de lire le journal et ne prête aucune attention au reste du groupe. Lui c'est le chef de la brigade, mon mentor, mon ami. Il a trente-cinq ans, les yeux noirs, le teint mât et la peau couverte de cicatrices un peu partout.
Du côté de Yuri et Jude le ton monte, ça commence à m'agacer mais je ne dis rien, après tout ils ne m'adressent pas la parole. J’ai à peine pensé ça que Yuri se tourne vers moi et me prend à partis.
–Gaïa, dis lui toi que... Oups.
Il s'arrête en plein milieu de sa phrase, un regard de ma part a suffis pour qu'il se souvienne de la règle. Je me lève, mets mon bol dans l'évier et sors de la pièce pour aller me doucher sans avoir ouvert la bouche une seule fois. En sortant j'entends Yuri se prendre un coup et Slavr lui dire:
–Et voilà c'est malin, elle va être de mauvaise humeur toute la journée.
Il n'a pas tout à fait tort, mais je ne suis pas un monstre non plus. La preuve, ils ont fait de ma maison le quartier général et je n'ai rien dis alors que j'adore ma solitude, je la cultive d'ailleurs, tout du moins jusqu'à ce que Slavr décide qu'il valait mieux pour moi, qu'il y ait des gens dans cette maison, parce que selon lui, depuis la mort du Colonel, je n'étais plus pareil et que si ça continuait j'allais miner le moral de tout le monde, à commencer par le sien. Et c'est ainsi qu'il y a quatre ans, ils se sont installés ici, après m'avoir laissé un an de deuil, temps plus que raisonnable de leur point de vue et même du mien. C'est comme ça que ma tranquillité fut bousculée et que je mis en place des règles strictes de cohabitation pour l'entente de l'équipe et la survie de mon caractère solitaire. Parce que même si à présent je suis "civilisée", même s'ils sont ma famille, je ne reste qu'un "animal sauvage dompté" dixit Yuri.
En sortant de la douche, je passe devant la cuisine et voit Yuri de corvée de vaisselle, punition sans doute infligée par Slavr ou Nicolaï pour sa bévue de tout à l'heure, puisque la maison est pourvue de tout l'équipement ménager, à commencer par le lave vaisselle. Les autres se sont répartis un peu partout dans la maison, et j'en profite pour m'installer dans le bureau afin de regarder encore le plan de mission pour ce soir. J'ignore pourquoi, mais le fait d'avoir rêvé de mon passé me laisse comme une sensation de présage... Notre cible est un terroriste, Allan Jiorghaef. A force d'acharnement de la part de nos taupes, on a réussi à prendre contact avec lui, et ce soir nous sommes censés le rencontrer. Mon rôle ? Jouer le chef d'un groupe altermondialiste dissident afin d'organiser un attentat à grande échelle contre un grand groupe pétrolier mondial. Je fais donc un dernier récapitulatif sur mon personnage, qui selon le dossier est un certain Jael dont tout le monde ou presque ignore s'il s'agit d'un homme ou d'une femme. Je me plonge à corps perdu dans ce dossier, je le connais déjà par cœur mais qu'importe, ça me permet d'évacuer le stress.
–Qu'est ce que tu fais là?
Je lève le nez du dossier, Slavr vient d'entrer dans la pièce et s'approche de moi.
–Je faisais une dernière vérification pour la mission de ce soir.
A présent il est juste devant le bureau et il s'est penché afin d'avoir le visage à mon niveau. Je ne sais pas ce qu'il y voit, mais il fronce légèrement les sourcils et se redresse.
–Ça ne te ressemble pas d'être nerveuse avant une mission.
–Ce n'est pas ça, c'est juste que je suis perfectionniste.
On se dévisage, au fond on connaît tous les deux la vérité, mais on ne dira rien, surtout pas moi. Après tout, le dire, ce serait donner de la consistance à mon impression, ce serait la rendre trop réelle à mes yeux. Je me lève pour sortir de la pièce, au passage Slavr m'ébouriffe les cheveux avant de caler sa main dans le creux de mon cou. Il ne dit rien de plus, le geste est suffisant. La seconde de mes règles est de ne pas me toucher, mais parfois Slavr le fait, juste ce petit geste et c'est réconfortant.
L'heure du rendez-vous est bientôt arrivée. L'opération va se dérouler dans une boite de nuit, dans le quartier V.I.P. Pas de micros, un garde du corps chacun qui devra attendre en dehors du carré réservé. Il y aura certainement d'autres hommes à lui, c'est pour ça que toute l'équipe va couvrir le terrain, Yuri restant dans le camion pour surveiller la boite grâce aux caméras qu'il a piraté avec l'aide de Jude mais également en cas de retraite précipitée.
J'arrive quelques minutes en avance dans une berline noire conduite par Slavr qui jouera le rôle de garde du corps. A l'entrée, le videur me laisse passer sans difficultés, je suis attendue. Les autres sont déjà en place, mais invisible à nos yeux. Seul Slavr à un contact sonore avec eux. Mon but ce soir est de tuer notre cible et de repartir sans se faire repérer. En temps normal nous ne nous serions jamais approchés de lui de cette manière, mais il est très bien protégé et c'était la seule solution. C'est pour cette raison que j'ai opté pour la ricine, un poison qui permet d'avoir une mort dans les jours qui suivent. Je l'ai dissimulé dans une boite de bonbon, dont moi même je prendrais, sachant lesquels sont toxiques ou non.
Pour pénétrer dans le carré VIP, il faut passer derrière un rideau assez épais. Lorsqu'on entre dans l'espace et que les rideaux se referment derrière nous, le son se fait plus feutré, apparemment ils ont la capacité d'insonoriser la pièce. Mon "client" est déjà là, assis, une coupe de champagne à la main. Il nous observe tour à tour, et son regard se fixe sur Slavr.
–Vous avez troqué votre garde du corps pour une charmante compagnie à ce que je vois.
Slavr ne répond pas, moi non plus, mais sa remarque me fait regretter de ne pas être le garde du corps, juste pour agacer cet homme, mais je me tais et attends la suite des évènements, comme convenu. Slavr regarde alors l'homme debout derrière la banquette et demande sans détourner son regard:
–Peut-on faire confiance à votre garde du corps pour ne rien révéler ?
–Stue ne restera pas dans la pièce lors de nos échanges, comme convenu. Mais j'ai une totale confiance en lui, sinon il ne serait pas là.
Stue ? C'est un nom étrange pour un garde du corps, mais bon je ne suis pas là pour faire des commentaires, alors encore une fois je garde le silence. Notre cible, quant à lui, affiche un air perplexe, il ne comprend pas pourquoi on lui pose cette question. C'est là que j'entre en jeu. M'asseyant en face du terroriste, je pose le verre que j'ai pris en passant par le bar, après tout le reste de son champagne est peut être empoisonné.
–Très bien, nous allons donc pouvoir commencer... Je suis Jael, enchantée de vous rencontrer.
En face de moi, l'homme ne semble pas surpris. Il me regarde et éclate de rire.
–Qui aurait pu croire que Jael était une femme. En me renseignant sur vous, il y avait bien quelques signes, mais rien de très concluent.
Je vois que nous ne sommes pas les seuls à avoir fait cette conclusion. Je lui souris et il fait signe à son garde du corps de nous laisser. Je me retourne vers Slavr et lui fais un signe de tête, tout ira bien, je contrôle la situation. Une fois seuls, j'attends qu'il entame la conversation, ce qu'il fait assez rapidement.
–Eh bien Jael, je suppose que vous voulez que nous allions droit au but, pourquoi exactement vous vouliez me rencontrer ? Jusqu'à présent, votre groupe et vous, aviez toujours agis seuls...
Je prends mon verre, en bois une gorgée et expose ma proposition :
–Il se trouve que jusqu'ici, nous n'avons agis qu'une action après l'autre. Cela a fait parler de nous et de notre combat, certes, mais les groupes industriels n'ont pas cédé et ils continuent de polluer, détruisant ainsi la biodiversité. Comme tout le monde vous êtes au courant du dernier scandale du groupe Toptal qui a laissé ses bateaux dégazer en pleine mer et qui a également préféré dépenser moins d'argent dans des navires loin d'êtres aux normes, laissant ainsi s'échapper des tonnes de pétrole...
Il acquiesce, finit sa coupe de champagne et s'en ressert une autre. Je continue :
–Je souhaite faire une action de représailles à grande échelle, et pour cela j'ai besoin de vous et de votre organisation.
–Et en quoi est-ce différent des autres actions que vous avez mené jusque là?
Je bois à mon tour et prends mon temps. On entre dans la phase des négociations, le moment propice pour l'empoisonner sera sûrement dans cette phase ou tout du moins à la fin.
–Il se trouve que mon but n'est pas de faire une seule action contre ce groupe, mais plusieurs, en même temps et dans les différents secteurs où le groupe est implanté... Imaginez, un site d'extraction, une raffinerie, un bâtiment administratif, le tout explosant le même jour, au même moment, sans que le siège du groupe ne puisse rien faire. L'impact que cela aurait sur le groupe ainsi que sur le cours du pétrole et ainsi de l'économie mondiale serait énorme.
Tout en disant cela, je le fixe dans les yeux, lui montrant à quel point je suis convaincue par ce projet de fou. Au fur et à mesure que je présente mon idée, je vois tour à tour l'incrédulité, le doute puis l'intérêt défiler dans ses yeux. J'ai appâté le poisson, il ne me reste plus qu'à le remonter dans mes filets.
–Et qu'est ce que j'y gagne dans tout ça?
Je me penche vers lui, un sourire étirant mes lèvres.
–De l'argent, beaucoup d'argent, l'affaiblissement du pouvoir économique dans le monde entier et donc du poids militaire qui pèse sur votre pays et... la possibilité de manger ces délicieux bonbons de ma production.
A ce moment là, je sors de ma pochette une petite boite en métal et je l'ouvre devant lui, lui présentant des friandises au miel.
–Ceci, dis-je en en glissant un dans ma bouche, est produit sur ma propriété à l'aide d'un miel crée à partir de Gazania, une fleur de la famille des Astéracées.
Il finit par prendre un bonbon, l'un de ceux empoisonnés et le mange. Il le laisse fondre dans sa bouche, au bout de quelques minutes, il a terminé. Ma mission est accomplie.
–C'est réellement délicieux, mais vous comprenez qu'une simple friandise ne peut me convaincre. Il faut que j'y réfléchisse...
C'est à ce moment que Stue entre, suivit de Slavr. Le premier se dirige vers son patron et lui glisse quelques mots à l'oreille. J'ignore ce qu'il lui dit, mais ça n'a pas l'air de lui plaire. J'observe Slavr, lui aussi ignore ce qui se passe.
–Une mauvaise nouvelle?
Jiorghaef se tourne vers moi. Il a vraiment l'air de mauvaise humeur.
–Il semblerait qu'il y ait une taupe dans mon entourage qui a révélé à la police que nous allions nous rencontrer.
Je suis un peu rassurée, au moins ce n'est pas ma couverture qui a été révélée. Puis soudain, on entend des coups de feux. Je regarde Slavr puis reviens vers le terroriste.
–Qu'est ce que tout cela signifie?
–Cela signifie que les fédéraux sont entrain d'intervenir.
Slavr me prend le bras et me lève. On ne doit pas oublier notre rôle. Même si nous faisons partis de l'Etat, tout le monde ignore notre existence, à part un petit groupe de privilégiés au pouvoir. Si les fédéraux sont intervenus, c'est parce qu'ils pensent que le vrai Jael est en affaire avec Jiorghaef. Nous devons sortir au plus vite. Nous suivons Stue et son patron et on se retrouve dans la salle, qui est devenus le terrain d'une fusillade. Slavr et moi sortons nos armes, très vite on perd le terroriste et son garde du corps de vue, tant pis, notre mission est accomplie et à présent le plus important est de sortir d'ici sain et sauf. Tout en tirant, on cherche Jude et Nicolaï. Je ne pensais pas que la boite était autant remplie d'homme de mains de Jiorghaef, le bruit des détonations est assourdissant. J'entends, les balles siffler, puis se ficher dans les corps ou dans les murs, mais je m'en fiche, tout ce que je veux c'est retrouver Jude et Nicolaï. On repère ce dernier accroupi à l'angle du bar, près de la sortie. Quand on arrive à son niveau, je me rends compte que la personne à côté de lui est Jude. Il respire difficilement, il a été touché au poumon.
–Nous devons sortir de là. Est ce que tu te sens capable d'y aller Jude, demande Slavr.
Sa respiration est sifflante, s'il ne reçoit pas de soin immédiatement il va mourir, nous le savons tous. Il ferme les yeux sous la douleur, lorsqu'il les rouvre, je sais déjà ce qu'il va nous dire, et mon cœur se serre.
–Je ne peux pas vous suivre... Allez-y pendant que je vous couvre.
Je regarde Slavr, je sais qu'il hésite, que son passé le marque et l'empêche de prendre rapidement une décision. C'est la seule faiblesse que je lui connais, et je ne suis pas sûre de considérer ça comme une faiblesse justement. Une balle vient se ficher près de nous, une autre touche un homme qui tombe à quelques mètres de nous, mort sur le coup. Alors je décide de prendre ça sur moi. Je sors ma deuxième arme et la lui mets dans l'une de ses mains. Nos regards se croisent, il me fait un signe de tête pour me remercier et moi je lui sers très fort la main, mais je ne dis rien, j'en suis incapable. Slavr et Nicolaï ont tous deux posé une main sur ses épaules et s'échangent un dernier regard. Puis il se redresse difficilement et prenant appuis sur ses jambes se met en position. Quand il est près, il nous fait un signe de tête et nous y allons. Les balles fusent autour de nous, nous tirons sans vraiment viser, Jude est resté pour ça. Une balle me touche au bras, je serre les dents et continue d'avancer. Le chemin est cours, pourtant il m'a paru une éternité. Je suis la dernière à franchir la porte, lorsque je me retourne, je vois Jude basculer en arrière sous le coup de plusieurs balles. Son visage affiche de la concentration, la même que d'habitude.
Le trajet s'est fait en silence. Lorsque nous arrivons à la maison, Slavr nous dis juste qu'il n'y aura pas de debriefing ce soir. Les garçons se dirigent vers la cuisine, moi j'ai besoin de solitude et ma blessure est une excuse parfaite. Je monte à la salle de bain et regarde mon bras. Durant le trajet le sang a séché. Lorsque je le retire, le tissu craque une peu. La douleur est vive, nette, ça me fait du bien et me sors de cette bulle d'hébétude dans laquelle je suis depuis que j'ai vu le visage de Jude pour la dernière fois. Je me regarde dans la glace, je suis la même que d'habitude, ma peau sans doute un peu plus pâle, contrastant avec le sang qui s'est remis à couler. Je l'observe, apparemment la balle n'a pas pénétré le bras. J'ai sortis le désinfectant lorsque Slavr entre. Je n'ai même pas pensé à fermer la porte à clé, tant pis pour ma solitude. Sans dire un mot, il me prend désinfectant et coton et me fait m'asseoir sur le rebord de la baignoire. Puis il se met à me soigner, semblant se concentrer sur sa tache. Je ne suis pas dupe, je sais qu'il veut me dire quelque chose, mais je patiente, après tout c'est lui qui veut me parler. Il finit par se lancer, non sans l’aide d’un gros détours.
–Ça va?
–Oui.
Il lève son regard vers moi, semble vouloir discerner le vrai du faux. Puis finalement soupire.
–Ca ne te dérange pas, vraiment?
–Non vraiment pas. Il fallait prendre une décision et je sais ce qu'elle représentait pour toi.
En disant cela j'ai détourné le regard et je fixe à présent le mur de la salle de bain. Que dire d'autre? Je ne vois pas trop, je ne suis pas douée pour les mots. Pendant ce temps là, il s'est levé, a jeté les cotons et est revenus avec les pansements et les bandes. Il commence à me bander le bras. Maintenant c'est le plafond que je regarde. Décidément je trouve cette salle de bain très intéressante.
–Merci de l'avoir fait.
Là mon regard retombe directement sur lui.
–Ca ne ma rien coûté Slavr, tu ne me dois aucun remerciement.
Il lève ses yeux sur moi, son regard est intense et je ne comprends pas vraiment ce qu'il cache. Il vient de finir mon bandage, mais n'a pas bougé. Sa main se pose alors sur ma joue et son regard se fait triste.
–Combien de morceau de toi-même as-tu dû abandonner pour moi, pour sauvegarder ce qui reste de moi?
Je ne dis rien. Imperceptiblement l'ambiance a changée et l'air est chargé de tension. Jusqu'à présent je me suis toujours efforcée de voir Slavr comme mon mentor, mon supérieur, mais là je ne sais pas trop quoi penser ni quoi ressentir. On se regarde un instant comme ça, je ne sais pas trop combien de temps exactement. Il faut que je dise quelque chose, je ne sais pas vraiment quoi, mais c'est à moi de parler. Puis soudain on frappe à la porte. On sursaute tous les deux, la porte s'ouvre et Nicolaï passe la tête.
–Téléphone pour toi Slavr... à propos de la mission. Yuri est parti se coucher, je vais faire comme lui.
Il referme la porte, ne dis pas "bonne nuit" ça ne servirait à rien, aucun de nous ce soir ne passera une "bonne nuit". Slavr se lève, il me tourne à présent le dos. Il s'apprête à sortir lorsque je l'arrête en lui posant une main sur l'épaule, je ne me rappelle même pas m'être levée.
–Tu n'as rien à te reprocher... Je n'avais déjà plus beaucoup de "morceaux" lorsque tu m'as recrutée... Je ne crois pas t'en avoir cédé un seul depuis.
Il ne répond pas et sors de la salle de bain. Quelques secondes plus tard je fais de même.
Je me retrouve dans la pénombre de ma chambre. Allongée sur mon lit, je scrute le plafond... Ce soir Jude est mort, un membre de ma famille a encore disparus, je ne le reverrais plus. Nous sommes partis cinq et nous sommes revenus quatre, mais je n'ai plus de larmes pour le pleurer.