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Jour 4 - Jeudi
Première sonnerie du réveil Ace grogne et se retourne pour se rendormir après avoir tendue la main pour l'arrêter. Manque de chance, il avait mis son deuxième réveille, celui qui est sur la commode au pied de son lit. La voix nasillarde de la chanteuse pop du moment lui vrille la tête. Il s'assoit sur son lit et se frotte les yeux. Il a fais un drôle de rêve...c'était agréable sans l'être... Il s'étire et descend du lit en remontant son bas de pyjama. Il éteint la musique et ouvre la fenêtre. Il fait encore nuit et le ciel est encore couvert il soupire et frissonne... février est vraiment pourri cette année. Il passe par la salle de bain vite fait et s'habille d'affaires propres mais toutes aussi miteuses que la veille. Il descend et surprend Dora en robe de chambre devant son café. Elle lui lance un regard morne tandis qu'il se serre le sien et avale une tartine. Il remonte vérifier son sac de cours et fourre son cahier où il écrit dedans...peut être qu'il le montrera à Charlie... Il part pour le lycée, réveillé et à l'heure et presque content d'y aller.
Se réveillant péniblement, Charlie se lève et prend une douche rapide qui le réveille avant de s'habiller, choisissant cette fois des vêtements de couleurs. Il prend ensuite son sac et descend, croisant son père prêt à partir au travail tandis que sa mère se prépare. Après un petit déjeuner consistant, il sort et rabat la capuche de son sweet, marchant jusqu'au lycée. L'idée d'attendre deux heures dans le froid à regarder Ace courir ne l'enchante guère, mais il lui a promis de l'encourager. Arrivé devant le lycée, il repère tout de suite le garçon et s'approche de lui, le saluant d'un signe de la main et d'un son qui ressemble plus à un grognement qu'à un salue.
Ace lui sourit en lui lançant un bonjour tonique.
- T'es pas du matin on dirait...
-Toi si par contre.
Il lâche un long bâillement.
-Quand je pense que je pourrais être dans mon lit à l'heure qu'il est. Explique-moi l'intérêt de mettre sport à cette heure là de la journée.
Ace hausse les épaules et dirige ses pas vers le gymnase.
- Peut être pour réveiller les ados... juste après le petit dej' pour être en forme mais pas trop près du midi pour ne pas avoir de baisse de régime...et pas après midi pour pas avoir des élèves comaté...
-Ouais toujours est-il que c'est inhumain.
Il avance avec Ace mais s'arrête à l'entrée du gymnase.
-Moi je t'attends ici, les vestiaires puants c'est pas pour moi.
Il lui sourit et lui tape l'épaule.
- Chochotte !
Il pousse la porte mais s'arrête.
- Tu vas rester sur les gradins toute la séance ?
-Ouais pourquoi? Tu crois quand même pas que je vais venir courir avec toi ?
Il lui sourit, son regard se faisant plus réveillé à présent.
- Nan c'est pas pour ça...
Il hésite, regarde autour de lui. Pas d’élèves proches. Il fouille dans son sac et lui tend son cahier.
- Si tu t'ennuies...
Sans attendre, il rentre dans les vestiaires...qui sentent la sueur. Il grogne et se change rapidement.
Charlie le regarde partir avec surprise et baisse son regard sur le cahier qu'il tient dans ses mains. Il l’ouvre sur l'une des pages et ses yeux tombent sur l'écriture de Ace. Un sourire apparaît alors et il range le cahier dans son sac. Il le lirait quand il serait seul dans les gradins, des élèves venant déjà pour rejoindre les vestiaires. S'appuyant contre le mur il attend que Ace ressorte.
Encore des murmures et des regards en coin voir une ou deux vannes pour les plus courageux devant la présence d'Ace hélios en cours de sport, vêtu en sportif...dépenaillé. Ace grogne et se change rapidement. Il retourne à l'entrée.
- Ca commence à être lourd là...
Il entraine son camarade vers l'intérieur du stade.
Charlie se laisse guider et finit par venir à la hauteur de Ace.
-Il se passe quoi pour te mettre dans une telle humeur ?
- Ils sont tous à me mater et à parler... ils croient que je suis sourd où quoi ? Putain, si je me retenais pas...
-Lâche l'affaire Ace, ils en valent pas la peine. Et puis qu'est ce que ça peut foutre ce qu'ils pensent ou disent ?
- Ca m'énerve c'est tout... à croire que j'en suis pas capable. Ils attendent juste que je me plante.
Il l'accompagne en bas des gradins, tandis que le prof siffle pour ameuter les élèves.
-Eh bien moi j'attends que tu réussisses et que tu leur montres ce que tu vaux.
Il lui tape l'épaule et le regarde ensuite partir, observant les élèves se réunir pour l’appel.
Le prof est surpris quand il voit le rouquin mais ne le montre pas. Il leur demande de faire 3 tours de terrains avant de se mettre à l'athlétisme. Il s'approche de Charlie.
- Tu n'as pas a resté ici si tu ne participes pas.
Charlie le regarde et se redresse.
-Pourquoi? Je ne dérange pas.
- Tu les déconcentres. Ici je fais marcher l'esprit d'équipe et si tu es là, ça ne marchera pas. Il y aura toujours un copain ou une copine pour venir te parler ou faire le fier pour t'impressionner.
-Pour m'impressionner ? J'ai la tête de quelqu'un qui veut être impressionné?
Il le regarde un demi-sourire sur les lèvres.
- Excusez-moi, mais je pense que si vous expliquez aux autres que pendant le cours ils ne doivent pas venir me voir ça devrait suffire. Ils ont pas douze ans.
- C'est pas sûr. Ecoute, tu quittes le terrain et c'est tout. Va à l'infirmerie.
Charlie soupire et se lève en prenant son sac. Il fait un signe à Ace qui le regarde étonné et sort du gymnase se dirigeant d'un pas lent à l'infirmerie. Finalement il s'était levé pour rien. Au moins il allait pouvoir travailler et lire les textes de Ace.
C'est Ivan qui est de service le jeudi. C'est un homme entre trente et quarante ans, il est châtain clair. Il est tout ce qu’il y a de plus banal tant qu'on ne voit pas ses yeux. Il porte des lunettes qui les agrandissent et ses yeux d'un vert tendre sont pleins de douceur. Quand Charlie arrive à l'infirmerie, Ivan sourit.
- Bonjour... je ne crois pas te connaitre.
-Bonjour, je suis Charlie Brown.
Il entre et referme la porte derrière lui, s'asseyant en face de l'homme.
-Le prof de sport ne veut pas que je reste à regarder le cours.
- Tu es nouveau Charlie ?
-Oui.
Il regarde l'homme chercher dans les fichiers.
-Normalement j'ai déjà un dossier. C'est pas la première fois que je viens ici.
Il lui sourit.
- Mais c'est la première fois que je te vois. Ah ça y est....
Il parcourt le dossier et fronce les sourcils. Il lève les yeux sur lui.
- C'est une grave pathologie....
Il hausse les épaules et regarde l'homme de son regard neutre.
-Je le savais déjà.
Il lui fait un petit sourire contrit.
- Je me doute, c'était un simple constat. Donc pas de sport, pas d'effort trop intense...tu as une petite amie ?
Il fronce les sourcils.
-Si c'est pour me dire que je dois faire gaffe à l'effort physique dans mes rapports c'est pas la peine.
Il hausse les épaules.
- C'est mon rôle de le faire. Après tant mieux si tu as bien entendu les recommandations de ton ancien médecin.
-Pas besoin de recommandation. L'expérience est suffisamment douloureuse.
Il parle d'une voix nonchalante et regarde l'homme.
- Tu as déjà eu des attaques ?
Il croise les mains sur son bureau et le regarde tranquillement.
-Une fois, il y a deux ans. C'est comme ça qu'on a su ce que j'avais. Avant les médecins pensaient que je faisais de l'asthme.
- Et depuis, tu suis scrupuleusement les consignes.
Il sourit laissant entendre de prendre cette phrase au premier degré ou ironiquement.
- Je vois que tu as beaucoup déménagé... ça ne dois pas aider non plus.
-Disons que ça a fait flipper ma copine ainsi que mes parents et que j'ai pas vraiment eu le choix. Pour les déménagements j'men fiche un peu. Au fond tous les endroits se ressemblent.
Il soupire.
- Tu veux du thé ?
Il se lève pour aller faire chauffer la bouilloire électrique.
- Je pense que chacun de nous a un endroit où se trouve son cœur...il faut juste le trouver.
- Epargnez-moi vos grandes phrases romantiques s'il vous plait.
Il regarde l'homme poser deux tasses et il met son sachet de thé ainsi que deux sucres dedans.
Il soupire encore.
- D'accord. Je te laisserai trouver les tiennes alors.
Pendant que le thé infuse, il va ranger une armoire de flacons.
Charlie éclate alors d'un petit rire amer.
-Si vous vous attendez à ce que je fasse du romantisme à deux balles vous êtes mal tombé, c'est pas mon genre.
Il remue le sachet de thé et observe l'homme ranger avec attention.
Il se retourne.
- Non, je n'attends rien de toi. Juste peut être que tu trouves ta voie. Tu as 17 ans et déjà sans espoir. Amer au possible, cynique...alors que tu es en vie.
Son ton est doux, il constate juste, il ne juge pas.
-Que voulez-vous que je vous dise. J'ai 17 ans et je n'atteindrais sûrement pas la trentaine. Avec le pot que j'ai, j'aurais à peine rencontré la personne que j'aime que je crèverais dans la foulée. Donc désolé d'être cynique et amer au possible.
Il parle d'un ton calme, une légère ironie dans sa voix.
- Tu penses donc qu'être cynique et amer au possible te protégera ? Faire fuir les gens pour éviter qu'ils s'accrochent...ou que tu t'accroches à eux. Alors qu'entre 17 et 30... Tu as 12 ans. 12 ans où tu pourrais faire quelque chose de ta vie.
-Eh quand je vous dis trente ans je suis positif.
Il lui sourit un instant avant de reprendre son sérieux.
-Je ne veux pas avoir à souffrir ou voir les gens souffrir de ma maladie. J'ai suffisamment de mes parents. Vous savez ce que c'est vous de voir le regard compatissant et peiné des gens quand ils apprennent que vous êtes malade?... Dans leur regard, c'est comme si on était déjà mort. Du coup je ferme ma gueule et je reste dans mon coin. Et ça me va très bien.
- Je suis leucémique, je le sais très bien. Pourtant, je suis là devant toi. J'ai autant une épée de Damoclès au dessus de la tête que toi.
Il ferme l'armoire à clé et vient s'asseoir devant son thé.
Charlie le regarde et ne dit rien. Il boit son thé puis repose sa tasse.
-Vous vous appelez comment ?
- Ivan Krokov.
Il retire le sachet de thé et respire l'odeur de bergamote.
- J'ai 27 ans.
-Vous êtes plus jeune que je pensais.
Il se contente de dire ça et boit son thé.
- Ca fait vieillir un peu plus vite de devoir faire changer son plasma deux fois par mois.
Il boit un peu, en silence et lui sourit.
- Donc, deux heures à rester en compagnie d'un médecin d'école... J'espère que tu as pris à t'occuper parce que tu ne m'as pas l'air très bavard...et moi non plus.
Charlie lui sourit et acquiesce sortant de son sac de sous la chaise.
-Vous en faite pas j'ai de quoi faire.
Il sort ses affaires de maths et commence à lire les exercices. Au bout d'une demi-heure il les range et regarde ce que fait Ivan.
Le médecin est en train de noter l'inventaire des armoires et d'inscrire les médicaments et les produits chimiques à commander. Il lève les yeux en sentant le regard du jeune homme. Il lui sourit.
- Marre des maths ?
-Non j'ai terminé ce que je devais faire. Je m'accorde une pause avant de passer à autre chose.
Il se penche au-dessus du bureau et regarde ce que fait le médecin.
-Ca vous plait ce que vous faite? Vous vous faites pas trop chier à longueur de journées?
- Des fois oui... mais je pense que je suis fait pour les travaux lents et méthodiques. Je m'y sens bien. Je suis seul et je gère mon temps et mon travail. Parfois des élèves viennent me voir ou des profs et ça coupe un peu.
Il griffonne un dernier chiffre.
- Qu'aimerais-tu faire... si tu en avais la possibilité.
-Je sais pas. C'est la difficulté d'être un bon élève, pleins de possibilités s'ouvrent à moi si je veux.
Il prend un stylo et commence à griffonner sur une feuille blanche à sa portée.
-Mais avant, j'aimais bien le dessin... Le dessin et la musique.
- Pourquoi avoir arrêté ? Parce que tu as tout plaqué, je me trompe ?
Il relève la tête et lui sourit.
-Et vous, vous avez plaqué quoi quand vous avez appris pour votre maladie?
Il rit légèrement.
- La mécanique et les maquettes.
-Vous aviez déjà le profil du scientifique.
Il sourit, se moquant à moitié de lui.
-Tout comme vous, j'ai arrêté parce que je voyais pas l'intérêt de continuer.
Il se remet à griffonner, le dessin commençant à prendre forme.
- Sauf qu'une passion comme ça...ou un hobby...ça te suis toujours.
Il fait pivoter son fauteuil et ouvre un tiroir pour sortir une boite à chaussure qu'il ouvre. Dedans une petite miniature de l'infirmerie.
Charlie sourit et lève la main de la feuille. L'esquisse d'un corbeau blanc s'y dessine déjà.
-Comme vous dîtes.
Ivan lui fait un sourire complice.
- Ce n'est pas une colombe...un corbeau ?
-Ouais. Cherchez pas à comprendre.
Il lui sourit et repose sa feuille. Il fait tourner le minuscule fauteuil de la miniature et sourit.
-Comme en vrai. Vous êtes doué.
- Je suis méticuleux et patient...et je n'avais que ça à faire à l'hôpital.
La première sonnerie se fait entendre. Ivan lève les yeux.
- Ah, les premiers élèves vont arriver...maux de ventre, règles douloureuses, maux de tête...
Charlie se fend d'un sourire moqueur.
-Ouais passionnant tout ça.
Il a à peine finit sa phrase que la porte s'ouvre. Restant assis dans le fauteuil, il le fait pivoter et voit entrer deux élèves.
-Rapide en plus.
Ivan lui fait un clin d'œil avant d'aller voir le couple. Il les entraine dans l'autre pièce.
S'amusant à faire tourner son siège un instant, il sort ensuite le cahier que Ace lui a confié, commençant à lire le premier texte. Après une première lecture, il le relit une seconde fois, s'imprégnant des mots et des sentiments qu'ils évoquent. Un début de mélodie lui vient ainsi qu'un ou deux mots qui pourraient être changés mais il se retient d'y toucher, conscient que ce n'est pas pour ça que le rouquin les lui a donnés.
15mn plus tard, Ivan revient avec les élèves. Il leur fait quelques recommandations basiques avant de les mettre gentiment dehors. Il retourne s'asseoir.
- Composition de français ?
-Non simple lecture de prose.
Il referme le cahier qu'il pose sur la table.
-Alors encore un couple qui vient demander des conseils au docteur?
- La pilule du lendemain...
-Et vous me dites ça comme ça ? Et le secret professionnel alors? Et mes jeunes oreilles qui devraient être épargnées de ça ?
Il lui sourit.
- Secret professionnel... dans un lycée où tout se sait en moins de 5 minutes? Sans parler que tu l'as déjà fait avec ta copine, tu me l’as dit.
Il hausse les épaules.
Il le regarde remplir le cahier de liaison.
-Je vous parie que le prochain élève est atteint d'un mal de tête subit au moment d'un cours de maths ou de n'importe quelle matière scientifique.
- Et moi je te parie que ça sera une fille. Top là ?
Il lui tend la main.
- Un sandwich à la cafétéria.
-A la cafétéria? Vous voulez me rendre malade?
Il serre malgré tout la main.
-J'en viens presque à vouloir perdre là.
- Eh bien propose autre chose.
Il sourit en lui tenant toujours la main.
-Si je gagne, la possibilité de sécher un cours de mon choix quand vous bosser.
- Juste une fois alors.
Il lui serre un peu plus la main et la lâche. La porte s'ouvre...sur le prof de sport. Suivit derrière par deux étudiants soutenant Ace.
- Ivan, le gamin s'est pris un disque de plein fouet. Il est complètement sonné et j'ai peur qu'il ait le nez brisé.
Charlie qui souriait perd son sourire. Il reste malgré tout assis et regarde le prof de sport.
-L'esprit d'équipe hein?
Sa voix est ironique et tranchante, ce qui le surprend.
Le prof lui jette un regard étonné et un peu dégouté et fait déposer Ace sur le lit.
- Tu me diras ce qu'il a... allez les gars, on retourne en cours.
Sans un mot ni un regard, il quitte l'infirmerie avec les deux élèves. Ivan s'approche d'Ace qui commence à se réveiller. Il a le nez qui pisse le sang.
- Eh bien... tu t'es pas raté. Charlie, tu peux m'apporter de la gaze et de l'eau s'il te plait. Que je nettoie tout ca.
Il regarde le prof s'en aller sans dire un mot et sursaute légèrement en entendant son nom. Se levant il prend ce que l'homme lui a demandé et lui amène.
-Alors il a le nez cassé ou pas ?
Il s'approche et reste au bout du lit à regarder. Ace ouvre alors les yeux et leurs regards se croisent.
-Putain Ace, qu'est ce que t'a foutu pour te mettre dans cet état?
- Ne le fait pas parler...pas encore.
Il humecte la gaze et nettoie en douceur le visage du garçon.
- Là...c'est bien... bon, voyons ça. Attention, ça va faire mal.
Il lui saisit le nez entre les doigts et le fait lentement bouger. Ace grogne de douleur. Ivan sourit et s'essuie les mains.
- Il n'est pas cassé, c'est une bonne chose. Aller essaie de t'assoir.
Il l'aide à s'installer.
- Charlie, je vais chercher un coagulant rapide, essuie lui le nez en attendant.
-Bien docteur.
Il prend la place d'Ivan et essuie le nez en faisant attention de ne pas lui faire mal.
-Si je te manquais tant t'étais pas obligé de te faire exploser le nez.
Il se force à lui sourire, tout de même inquiet de le voir autant saigner.
Ace lui saisit le poignet pour l'éloigner de lui.
- C'est bon, c'est rien... juste un putain de virage raté du disque...bien sûr j'étais au mauvais endroit. Putain ça tue !
Il lui abaisse la main d'un geste autoritaire et se remet à éponger le nez qui saigne encore mais moins.
-Tu pisses le sang Ace alors ne dit pas que c'est rien. J'espère au moins que le prof sera conciliant avec toi maintenant.
- C'est un sale con...j'ai vu plein d'étoile. Aie...doucement !
Il ferme les yeux et a un mouvement instinctif de recul.
-Eh maintenant c'est qui la chochotte?
Il prend une nouvelle gaze qu'il imbibe de produit et se remet à essuyer faisant plus attention cette fois.
-Il s'est passé quoi au juste ?
- J'étais pénard en train de courir mon 1000 mètres, j'étais dans le rythme et tout et là j’entends un "attention" et paf...et c'est le trou noir.
Il le repousse une nouvelle fois.
- Tu vas en avoir partout...laisse, ça va s'arrêter tout seul.
-C'est que du sang, ça se nettoie.
Il regarde le nez et voit que le saignement commence à s'arrêter.
-Au moins le point positif c'est qu'on sait que tu sais courir. Par contre l'instinct de protection est à revoir.
- Je t'emmerde ! J’étais en train de penser à autre chose...
Ivan arrive à cet instant.
- Et bien, ça a l'air au beau fixe ici...montre...ah, ça ne saigne plus, tu ne vas peut être pas en avoir besoin en fin de compte.
Il ouvre l'armoire et sort un tube d'arnica.
- C'est de l'arnica, ça va atténuer le bleu.
Ace grogne.
Charlie tourne la tête vers Ivan et lui laisse sa place.
-Ouais Ace est un garçon plein de poésie quand il veut.
Il fait un large sourire à Ace persuadé qu'il a compris le sous entendus et le compliment derrière sa vanne.
-Au fait, on peut savoir à quoi tu pensais au juste ?
- Nan.
Il se laisse étaler la crème. Ivan le regarde et sourit.
- Tu laisses pénétrer.
Il sourit à Charlie.
- Puisque tu as de la compagnie, je vais aller faire mon rapport en salle des profs. Ace tu restes jusqu’à la fin du cours et après c'est bon.
Ivan quitte la salle.
Charlie le regarde partir en saluant tel un bon petit soldat puis il vient se rasseoir auprès de Ace.
-Allez fait pas la gueule, t'es pas défiguré. Alors tu pensais à quoi pour te laisser surprendre par le vilain méchant disque ?
- Je t'en pose des questions, moi ? Ca te regarde pas.
Il touche délicatement son nez et grimace.
- Putain... Vais avoir le pif tout noir...
Il ne relève pas la remarque et se contente d'hausser les épaules.
-C'est pas grave ça passera et puis c'est toujours mieux que de l'avoir pété.
Il se lève et va chercher ses affaires, prenant avec lui le cahier resté sur le bureau.
- Qu'est ce tu fous ? Tu te tires ?
Il le regarde avec un peu d'appréhension. Il se tâte le front.
- Merde, ça tourne. Reste.
Charlie repasse du côté du lit et secoue la tête en se foutant gentiment d’Ace.
-Quelle gonzesse c’est pas possible.
Il se rassoit à sa place et regarde le garçon qui se réinstalle contre l’oreiller.
-J’étais seulement allé chercher mes affaires de l’autre côté au cas où quelqu’un arrive. Si tu te sens pas bien tu devrais dormir un peu.
Il se frotte les yeux et grogne quand il se touche le nez par mégarde.
- je pourrais pas dormir, ça fait un mal de chien !
Il jette un regard à son cahier, sur les genoux de Charlie sans oser lui demander.
-T'as qu'à penser à autre chose. Ce à quoi tu pensais tout à l'heure par exemple, puisque ça occupait toute ton attention.
Il lui sourit et remarque son regard.
-J'ai pas eu le temps de tous les lire, juste le premier.
-'tain tu veux vraiment savoir à quoi je pense... c'est si important ?
Il rougit un peu et tourne les yeux sans relancer sur le cahier.
-C'est toi qu'en fait quelque chose d'important à rougir comme une midinette. Si tu veux pas m'en parler t'as le droit, je faisais que te charrier.
- Ouais ben t'as réussit.
Il se renfrogne.
-Ouais je sais, je suis très fort.
Il sourit, vainqueur et finit par soupirer.
-Aller Ace, fais pas la gueule.
- Je fais pas la gueule...
Il soupire aussi et se tourne vers lui en le regardant intensément.
- T'as le chic pour tout chambouler.
-Qu'est ce que j'ai encore fais cette fois ? demande-t-il en haussant un sourcil.
Il secoue la tête et se la prend dans les mains en gémissant.
- Rien...c'est à toi que je pensais...Putaiiinn !
Charlie le regarde surpris puis ne peux s'empêcher d'éclater de rire. Devant le regard noir de Ace et ses joues rouges il se calme et pose une main sur l'épaule du garçon.
-Et alors ça a quoi de si horrible ou honteux de penser à moi?
- Ben quand même...vais pas le crier sur les toits... sinon...et bien...
-Eh bien quoi? On te traitera de pédé c'est ça ?
Il se renfrogne.
- Ben ouais...puis non en fait... m'en fout.
Il détourne les yeux.
- Mais ça se dit pas, c'est tout.
-On s'en fou de savoir nos préférences sexuelles.
Il sourit.
-Par contre savoir que tu penses à moi me fait plaisir. Ca montre que tu m'apprécies.
- Ben ouais... T'arrêtes pas de me coller aux basques. Puis tu joues du piano. Puis tu crois que je peux faire des trucs.
Il se penche et pose une main sur sa tête.
-Et ouais et je compte bien continuer. Parce qu'à travers moi, c'est à ta réussite que tu penses en fait. Alors ne te prive surtout pas.
Il lui sourit avec sincérité avant de se reculer.
Il glousse.
- C'est surtout que tu risques de me taper si j'échoue.
Il le regarde et sourit, content.
-Ouais !
Il lui rend un sourire sadique.
-Du coup t'as pas le choix; t'as intérêt à réussir.
Il le regarde dans les yeux.
- Si tu me laisses pas tomber, je ferais de mon mieux.
-Y a aucune raison que je te laisse tomber.
Il détourne les yeux.
- Ouais...
-Bon aller. Tu ferais mieux de te reposer. Profite de cette heure de pause.
Ace soupire.
- Me reposer... ça fait mal... puis tu sais que je dors pas.
-Raison de plus de profiter de cette heure pour dormir. Puisque tu dors pas de la nuit tu dois être crevé et en plus pendant que tu dors tu sens pas la douleur.
Il lui prend la main et lui sourit.
-Et si tu veux je reste même pour veiller sur ton sommeil.
Il lui lance un regard en coin mais sourit.
- Gonzesse !
Il serre la main un moment et soupire.
- Vais essayer, ça coute rien.
Il ferme les yeux et soupire encore une fois.
-Pfff.
Il lève les yeux au ciel mais continue de sourire. Sa main toujours dans celle de Ace, il se laisse glisser au sol et s'appuie contre le lit.
- Qu'est ce tu fais ? T'étais pas bien ?
Il ne le lâche pas pourtant.
-J'aurais finit par avoir mal au bras en restant dans le fauteuil.
Il penche la tête pour regarder Ace et lui sourit.
-Comme ça je suis bien.
Il lui rend son sourire.
- Si t'es bien, je suis bien.
Ses yeux se ferment tout seul et il sombre doucement.
Charlie le regarde toujours en souriant puis, lorsque Ace dort, il ouvre le cahier et se remet à lire les textes, reproduisant le même schéma que pour le premier.
Ivan entre quelques minutes plus tard et voit les deux jeunes garçons. Il sourit et demande doucement.
- Comment il va ?
Charlie lève alors les yeux et sourit en jetant un œil sur le garçon et leurs mains enlacées.
-Il s'est endormis, dit-il en chuchotant.
-Au fait, on a tous les deux perdu. Je vous dois un sandwich et vous une heure ici durant l'heure que je veux.
Il sourit encore, ses yeux déviant sur les mains.
- D'accord... je travaille tous les mercredis.
Il s'avance vers l'armoire à pharmacie et en sort un tube de pilule. Il en prend une et l'avale sans eau.
-Juste les mercredis et le jeudi?
Il le regarde faire.
-Je vous rappelle que c'est mauvais d'avaler sans eau.
Il hoche la tête en souriant.
- tu as raison, question d'habitude... oui c'est bien ça : mercredi et jeudi.
-Au moins je ne m'ennuierais plus pendant les heures de sport.
Il baisse les yeux et regarde le cahier.
- Encore dans ta prose ? Je te laisse alors... il reste 20mn de cours. Je suis à coté si besoin.
Il retourne dans la première pièce.
Il relève la tête et le remercie avant de se replonger dans sa lecture. Quelques 20 minutes plus tard la sonnerie retentit et Ace se réveille en sursaut.
-Bien dormi?
- Kesseusé...ouchui ?
Il regarde partout, totalement perdu. Puis se calme. Il se prend la tête dans les mains.
- Ouhhh...
-T'es peut être du matin mais le réveil est difficile.
Il sourit et se relève.
-Ton nez va mieux ?
Il écarte ses mains de sa tête.
- Ca va... c'est supportable. Ca pue ce truc !
-C'est l'arnica. Moi j'aime bien cette odeur.
Il range ses affaires dans son sac.
-Aller lève toi. J'ai faim.
Ace se lève avec précaution.
- Il est que 11h !
Il réfléchit deux minutes.
- Ouais, j'ai les crocs aussi... tu sais s'ils ont rapporté mes affaires ?
-Ca vient de sonner. Mais si tu veux mon avis je pense pas qu’ils les prendront, ils vont flipper de venir te voir. Et puis tu dois te changer.
Il reste à proximité au cas où Ace ait un vertige.
-T'es sur que ça va aller?
Il se met debout et reste un instant à tâter le terrain.
- Ouais... la vache, je sais pas qui a lancé mais c'était bourrin ! Comment on fait ? Partage des taches ? Tu vas chercher la bouffe et moi mes affaires ?
-Ouais va pour ça. Mais je dois repasser par ici. J'ai perdu mon pari avec Ivan.
Il met son sac sur l'épaule et sort de la pièce.
- T'as parié quoi ?
Ils sortent de l'infirmerie et Ace remercie le médecin scolaire.
Il récupère la commande du médecin et rejoint Ace.
-On avait parié que le prochain malade à entrer aurait un mal de tête à cause d'un cours de science et Ivan avait dit que ce serait une fille. Au final c'est toi qui es entré.
Ace éclate de rire mais arrête bien vite sous la douleur.
- C'est malin...
Juste à cet instant Sophie arrive, essoufflée avec le sac d'Ace. Elle pile devant eux et regarde Charlie avec un jolie "O" de ses lèvres. Elle sourit en rougissant.
- Je t'ai apporté tes affaires... Comment vas-tu ?
Ace sourit.
- Mieux... le médecin m'a mis une crème. C'est gentil pour les affaires.
Charlie se tourne alors Ace.
-Bon ben j'ai été mauvaise langue. Je te laisse retourner à l'infirmerie je vais chercher les sandwiches. T'en veux un à quoi?
- Mais non, je vais venir avec toi.
Il sourit à la jeune fille.
- T'es un ange. On se voit en cours de géo.
Il récupère son sac.
-T'es sûr de toi? Y a pas deux minutes t'étais sur le point de t'écrouler.
Il lui sourit avec ironie.
-Et puis y a un ange pour prendre soin de toi.
Ace se redresse.
- Mais non ça va !
Il ne se rend pas compte que la jeune fille est rouge comme une pivoine sous le compliment.
- Puis j'ai faim.
Charlie lui remarque les rougeurs et retient difficilement un rire.
-Ok allons-y alors que tu puisses t'asseoir.
Il pose une main sur l'épaule de Ace et l'entraine vers la boulangerie.
Ace sourit et lui emboite le pas.
- Elle est sympa cette fille. Et pas dégueux en plus.
-Ouais ouais si tu le dis.
Il plonge les mains dans ses poches et continue de marcher.
- Tu la trouves pas mignonne ?
Il continue à marcher.
- C'est quoi ton genre alors ? Les blondes ?
Il hausse les épaules.
-J'ai pas de genre. Et même si elle est mignonne le style timide et admiratif c'est pas mon genre.
- Timide je veux bien... mais pas pour la suite.
Pour une fois il n'y a que trois personnes devant eux à la boulangerie.
-Arrête un peu il suffit de voir comment elle rougit en te voyant pour savoir qu'elle est en admiration devant toi.
Plus que deux personnes.
- Tu racontes n'importe quoi... C'est pas le genre de fille à baver devant un type comme moi.
Il secoue la tête.
- Elle m'a juste filé un coup de main en français et c'est tout.
-Si tu le dis.
Charlie n'insiste pas, se demandant même pourquoi il est agacé par cette histoire alors que Ace semble ne se rendre compte de rien.
- T'as l'air de bien t'entendre avec le médecin... toi qui parle à personne...
Encore une personne qui prend son temps à choisir. Ace regarde déjà la devanture devant les sandwiches tout frais.
-Ouais il est sympa et pas con.
Il regarde les prix des sandwiches et sort la monnaie.
Ace regarde les prix et soupire en mettant la main dans sa poche. Il n’en sort que quelques pièces.
- Tu peux m'avancer ?
Il lui fourre ses quelques monnaies dans la main.
- J'aurais bientôt ma paie.
Lui redonnant sa monnaie Charlie secoue la tête.
-Lâche l'affaire. C'est pour les verres offerts.
Plus qu'une cliente et c'est à eux.
- C'est Roy qui offre les verres, pas moi. J'ai pas envie d'être en dette.
Il lui fourre à nouveau les pièces dans la main.
-Très bien j'insiste pas.
Il glisse la monnaie dans sa poche.
-Tu veux quoi comme sandwich?
- Jambon tomate fromage, s'il te plait.
Il regarde le sandwich avec les yeux brillant.
C'est enfin leur tour et ils arrivent devant la boulangère.
-Bonjour. Un jambon tomate, un thon crudité et un poulet crudité s'il vous plait.
Il paye puis s'en va, reprenant le chemin du lycée.
Ace mord à belle dent dans le sien.
- C'est trop bon...j'arrête pas de bouffer en ce moment.
Ils arrivent juste avant la sonnerie de reprise.
- C'est mon cours de géo...
-Alors je te dis merde. Je vais porter son sandwich à Ivan et ensuite j'ai littérature.
Il quitte Ace et retourne à l'infirmerie.
-Putain vous y aller pas de main morte quand vous gagnez. Vous m'avez demandé le sandwich le plus cher.
Ivan éclate de rire.
- Ca vaut bien une heure de sèche. Aller, donne.
-Tenez. Et je veux bien un mot pour retourner en cours parce que je vais arriver en retard et je compte pas gâcher mon heure aussi rapidement.
Le médecin glousse et sort le carnet de correspondance.
- Je suis content qu'Ace ait un ami. Ce garçon a besoin de repères et de soutiens.
Il écrit le message et tend le papier à Charlie.
-Vous le connaissez ?
Il prend le papier et le met dans sa poche.
- Un peu... il est déjà venu plusieurs fois pour des contusions et des hématomes... et même s'il s'est battu, certains ne dataient pas du jour-même. Aller file donc.
-Comme vous voudrez. Merci pour le mot.
Il ouvre la porte et sort avant de repasser la tête.
-Et au fait, c'est pas parce que je vous aime bien que je vous prends pour un grand frère spirituel.
Puis il referme la porte et rejoint son cours, s'asseyant à la place près de la fenêtre qui semble à présent lui être destinée.
Ace arrive aussi devant sa classe. Il ignore les regards furtifs de ses camarades et va s'installer au fond. Il tapote en rythme sur son bureau en attendant le prof. A la sonnerie, le prof arrive, fait l'appel et rend les copies. Ace à eu un C. Le prof ne fait aucun commentaire. Le cours se passe. A la fin du cours il retient Ace.
- Tu n'as pas triché ?
Ace secoue la tête.
- Si je te demande ce qu'est la délocalisation ?
- C'est le fait de déplacer les entreprises vers des pays moins développés afin de réduire les coups de production et de personnel.
- Impressionnant.
Ace se renfrogne. Le prof lui fait signe de quitter la salle.
Charlie regarde encore une fois l'horloge. Plus que 5min. Le temps ne lui a jamais parut aussi long. Dès que la sonnerie retentit, il se précipite à l'extérieur et court jusqu'à la classe de Ace. Il danse un pied sur l'autre en voyant les élèves sortir. Lorsque c'est enfin le tour de Ace, il s'approche lui sautant presque dessus.
-Alors ce test ? Tu as eu combien ?
Ace lui lance un regard énervé.
- Un C. Putain, le prof voulait pas me croire ! Il croit que j'ai triché !
-C'était à prévoir. Mais tu t'en tapes de toute façon. Un C c'est un bon début et la prochaine fois tu feras encore mieux.
Il l'entraine dans les couloirs jetant un dernier regard vers le prof de Ace resté à son bureau.
- Tu m'étonnes, je crois que j'ai pas eu de notes aussi élevées depuis ma primaire... je me demande comment j'ai réussit à passer avec juste un an de retard.
Il regarde Charlie et lui serre l'épaule.
- Merci du coup de main...sans toi, je crois que ça aurait pas marché.
Il lui sourit et secoue la tête.
-T'avais juste besoin que quelqu'un ait confiance en toi.
- Ben merci quand même.
Il lui fait un magnifique sourire.
-Ca valait le coup rien que pour ce sourire.
Il lui tape l'épaule.
-Aller vient. J'ai pas eu le temps de manger mon sandwich, je crève la dalle.
Ace le suit dans la cours. Le ciel est couvert mais pas de pluie. Ils se trouvent un coin à peu près sec pour s'installer. Le jeune rouquin étend ses jambes devant lui et regarde les nuages.
- Tu vas faire quoi pendant les vacances ? C'est dans une semaine.
Chalie s'assoit en tailleur à côté de lui et se met à manger son sandwich.
-Je sais pas. J’ai rien de prévu. Mes parents ont pris des jours et ils partent faire un voyage en amoureux. Et toi tu vas faire quoi?
- Roy ferme le bar pendant une semaine aussi... il emmène Patty changer d'air. Si y a pas le bar, ben je vais rien faire... Vais me faire chier quoi.
Il lui donne un coup d'épaule.
- On peut se faire chier tous les deux.
Il lui sourit.
-Ouais t'auras qu'à venir chez moi. Y a un piano et j'ai aussi une guitare.
- Tu m'invites chez toi ? Cool... vais pouvoir pioncer dans un vrai lit et prendre un vrai bain.
Il sourit de toutes ses dents.
- On pourra continuer les leçons de musique.
-Ouais et t'auras des vrais repas aussi.
Il mord à nouveau dans son sandwich.
-Fait par toi bien sûr mais des vrais repas quand même.
- Si y a le matos, je vais te faire des bons petits plats...puis ça sera ma façon de compenser l'invitation.
Il étire ses mains devant lui.
- Ca gênera pas tes parents?
-Ma mère risque d'avoir des réticences, mais mon père sera trop content de savoir que je ne resterais pas seul durant leur séjour. Et puis pour convaincre ma mère, j'aurais qu'à lui dire qu'on révisera les exams de la rentrée tous les deux.
Il finit de manger.
-De toute façon c'est ce qu'on fera également.
- Ouais pas de problème. Elle a l'air drôlement coincé ta mère.
-Elle s'inquiète surtout beaucoup trop.
Il s'essuie les mains et regarde les élèves dans la cours.
Il le regarde.
- T'es pourtant pas en sucre...puis t'es un mec...et qu'est ce que tu veux qu'il t'arrive si tu restes chez toi ? T’es chez toi... pas chez un étranger.
-Et ouais. Mais que veux-tu. Je suis son fils unique et elle m'adore.
Il lui sourit et change de sujet.
-Au fait j'ai lu tes textes pendant que tu dormais... Ils sont vraiment bien... A part les fautes d'orthographes.
Il soupire.
- Je les trouve pas si bien... Je sais que si j'avais d'autres mots et que je ressentais d'autres choses ça serait meilleur.
-Peut être mais la base est déjà super bonne et tu as du talent. Ce qu'il te manque c'est la culture et le vocabulaire; mais ça on peut y remédier.
- Oui, avec toi, si tu m'aides. Mais tu vois... je ne fais qu'imaginer tout ca. Peut être que je me goure, peut être que c'est à coté de la plaque... j'aimerai pouvoir ressentir tout ça pour de vrai.
Il pose sa tête sur ses mains.
- Même "hurt"... j'ai jamais ressenti la douleur d'une lame dans mon corps, avoir mon sang qui coule tout ça... c'est juste des mots.
-Ce que tu fais, c'est ce qu'on appelle une métaphore. Tu utilises des images pour exprimer ce que tu ressens. Personne te demande d'avoir vécu ce que tu écris, mais ce que tu transmets, les émotions qui passent à travers tes textes... Ca c'est bien réel. Et c'est tout ce qui compte.
Ace soupire et se frotte les yeux en évitant le nez.
- C'est pas assez ! Comment j'exprime l'amour à part par des platitudes ? Moi j'ai jamais été amoureux, même si j'ai déjà baisé.
-Ta comparaison est tout à fait charmante, mais je te signale que l'amour tu le ressens quand même. Ton amour pour tes frères il est bien présent et tu peux aussi l'exprimer. Et puis y a pas que les chansons d'amour en musique.
Charlie lui sourit.
-Si tu veux on rebossera tes textes, mais je t’assure qu'ils ne sont pas mauvais.
- Ouais j'aime mes petits frères. Mais ça c'est normal, ils font comme partie de moi...des extensions. J’arrive pas à pas les voir.
Il se mordille un ongle.
- Ils me manquent. Ils sont loin...
Charlie garde le silence un instant.
-Si tu veux on pourra aller les voir pendant les vacances, j'aimerais bien les rencontrer, dit-il d'une voix basse.
- Quand j'aurais ma paie, oui. Je comptais y aller.
Il incline la tête et quelques boucles rousses lui tombent devant l'œil.
- Mais c'est cool si tu viens.
-Tu sais, t'es pas obligé. T'as pas l'occasion de les voir beaucoup alors je comprendrais que tu veuilles passer du temps seul avec eux.
- Ben je passerai du temps avec eux, et avec toi. Y a pas d'embrouilles. En quoi ça te gène ?
-Ca me gêne pas. Je voulais juste être sûr que tu te sentais pas obligé.
Il relève la tête et le regarde.
Il lui rend son regard.
- Ben non, sauf si 5 heures de bus te fait peur et dormir dans le même lit que moi. Parce que chez Tante Annick c'est pas grand... on dormira sûrement sous les combles. Faut espérer qu'il pleuvra pas, sinon on est bon pour la douche.
-Nan, j'aime bien l'aventure. Et puis si tu me gênes trop en dormant tu finiras par terre.
Il sourit de toutes ses dents.
Ace s'esclaffe.
- C'est un matelas sur le sol hein ? Ca sera camping... Enfin Annick est gentille, puis si je m'y prends bien je lui prendrais sa caisse pour aller au lac.
-Comme ça tu tomberas de moins haut si je dois te virer du lit.
Il le pousse en riant.
-J'espère au moins que t'as l'autorisation de conduire avant de monter tes projets de ballade.
- J'ai pas le permis, mais ça fait 3 ans que je sais conduire. J'ai pas assez de tune pour le passer.
Il lui fait un sourire immense.
- Ca, ça sera quand je serais la plus grande star du rock du monde.
Il lui ébouriffe alors la tête en se penchant vers lui.
-Mais c'est qu'il a des projets de chansons notre petit Ace. Dois-je comprendre que pendant tout ce temps tu cherchais seulement à te faire mousser ?
- Arrête !! Je suis pas un môme !! T’es chiant !
Il aplatit ses cheveux sur sa tête.
- Puis me fait pas mousser...
Il se met un peu à bouder.
- Puis c'est rien que des paroles en l'air... si t'avais pas commencé, j'y aurais même pas pensé... t'avais qu'à pas chanter ma chanson.
Il éclate de rire.
-Si ça peut te convaincre de ton talent alors je compte bien continuer. Et puis être chiant, c'est ma spécialité.
- Ouais ca j'avais remarqué... T'es le roi des chiants !
-Merci du compliment... Alors tu as quoi comme cours cet aprèm ?
Il réfléchit deux secondes.
- Deux heures de langue et philosophie avec un test de 5 minutes...genre une question à la con à répondre en 5 lignes.
-Sur ce qu'on a revu hier soir ?
- ouais je crois. Et toi ?
Il replie ses jambes sous le banc et met ses mains dans ses poches de blouson.
-Histoire/géo et physique. Je finis une heure avant toi.
Il s'étire et bascule sa tête en arrière.
-Je t'attendrais à la sortie.
Il regarde son profil.
- T'es pas obligé... t'as peut être autre chose à faire que de glander une heure. Puis si tu veux vraiment, va au bar.
Il hausse les épaules.
-Rien de mieux à faire. Et puis si j'ai froid au pire j'irais me réchauffer à l'infirmerie.
Il hausse à son tour les épaules.
- Comme tu veux... me grillerais bien une clope...
Il redresse la tête et regarde Ace.
-Ouais ben tu le fais sans moi dans les environs dans ce cas. Cette merde aura eu le seul avantage de rendre ta voix rauque mais c'est bien la seule chose.
- Oh ça va, t'énerve pas... toute façon t'as bousillé la dernière. J'ai plus fumé depuis. Puis qu'est ce que ça peut te foutre?
-C'est pas la peine de choper un cancer à ton âge y a quand même plus classe comme mort.
- C'est juste du tabac, pas de la beuh, ni de l'héroïne...puis toute façon je suis pas accroc... c'est juste comme...comme, j'sais pas, un carré de chocolat.
-Le chocolat aussi c'est addictif. Et dans les clopes y a pas que des choses qui font du bien, y a tout un tas de saloperies.
- Ca va, ça va, j'ai compris...
Il shoot dans un gravier.
- En plus d'être chiant, t'es un emmerdeur et un empêcheur de tourner en rond.
-Ouais t'as raison.
Il lui sourit avec ironie.
-A croire que je suis ton pire cauchemar.
- Me demande... et surtout me demande pourquoi je reste... t'es sorcier aussi ?
Il éclate cette fois de rire.
-Désolé mais je peux pas cumuler. Je peux pas être à la fois un être croisé entre un corbeau et un ange et dans le même temps être un sorcier. Va falloir choisir mon pote.
- Ben explique-moi pourquoi je te supporte alors ?
Il le regarde à moitié sérieux, à moitié plaisantant.
-Parce qu'en réalité tu m'adores.
Il lui sourit et bas des cils comme une midinette.
Il lui pousse le visage de la main.
- T'es trop con !
Il éclate de rire.
-Et toi t'as un balai dans le cul.
- C'est quoi ces conneries... J'ai pas de balai dans le...
Il le regarde de travers.
-Pourquoi tu dis ca ?
Il hausse les épaules.
-Parce qu'à chaque fois que je t'approche un peu trop tu rougis comme une midinette. Et puis aussi t'arrêtes pas de te cacher derrière la question de ma sexualité.
- Comme une... hein ? c'est quoi que tu me fais ? Rien à fiche que tu sois pédé ou pas... c'est pas important. Puis je rougis pas d'abord !
-Et t'appelles ça comment alors ?
Il pose un doigt sur sa joue qui rougit légèrement.
-Et puis pour quelqu'un qu'en a rien à foutre, je trouve que tu me poses souvent la question.
Il rougit de plus belle et détourne un moment les yeux avant de se rendre compte de cette faiblesse et de les braquer sur lui.
- Je t'ai pas posé la question, je te traite juste de chocotte ou de gonzesse...puis tu réagis pas.
-Et avoue que ça te fais chier que je réagisse pas.
Il lui rend son regard avec un sourire satisfait.
- Ouais, trop.
Il braque ses yeux noirs dans les siens, sérieux.
- Alors ?
Son sourire s'élargit un peu plus.
-Alors j'ai encore réussis à te faire chier.
La première sonnerie retentit.
Ace serre les dents et se lève. Il attrape son sac.
- crétin.
Charlie se lève alors et le rejoint.
-Ace, allez, fais pas la gueule.
Il serre les dents et marche à grandes enjambées.
- Ca te fait marrer, je suis sûr...
-Un peu, mais c'est parce que quand on te voit on s'imagine pas que tu sois gêné pour si peu.
Charlie accélère le pas pour rester à sa hauteur mais commence à s'essouffler.
Il stoppe et se retourne vers lui.
- Je suis pas gêné ! C’est que...c'est que...oh puis merde !
Il s'arrête à son tour et respire lentement retrouvant son souffle.
-Désolé Ace.
- raah...laisse tomber ! J’en parlerais plus puis c'est tout.
-C'est pas ce que je te demande Ace.
Il écarte les bras d'impuissance.
- C'est quoi alors ?
-Je sais pas. J’veux juste que tu prennes pas la mouche aussi facilement. Je cherchais pas à mal en te charriant.
Il baisse les yeux.
Ace lâche un grognement et un soupire en même temps. Il pose sa main sur son épaule et lui effleure le cou du pouce.
- Laisse-tomber j'ai dis. Tu veux pas répondre, tu réponds pas...et moi j'arrête de te vanner comme un con.
Charlie relève les yeux et lui sourit, ne se formalisant pas du pouce contre sa peau.
-J'men fou, tu peux continuer si tu veux, ça me dérange pas.
La seconde sonnerie retentie. Ace sourit rapidement.
- On se voit après alors ?
-Ouais à tout à l'heure.
Il lui rend son sourire puis part de son côté rejoindre son cours.
Trois heures de cours... Ace en a plein la tête. Sans parler de la douleur de son nez... c'est avec une barre au milieu du front et la certitude d'avoir foiré son mini test qu'il quitte enfin les cours.
Assis dans la cours, Charlie entend la sonnerie retentir et lève la tête de son livre. Il le range ensuite dans son sac et attends que Ace sorte. Lorsqu'il voit le garçon, il se lève et prend son sac, attendant qu'il soit à sa hauteur.
-Alors ces trois heures ?
- Longue... j'en peux plus... j'ai mal au crane.
Il tire une tête de dix pieds de long.
-On devrait passer rapidement à l'infirmerie. Ivan te donnera quelque chose.
- Nan, j'aime pas ça les médicaments. Ca te shoot la tête et t'es pas clair.
Il respire à fond l'air frais de la soirée.
- on va faire une ballade.
-Comme tu veux.
Il lui emboite le pas et sort du lycée.
-De toute façon vu ta journée t'as bien mérité un peu de repos.
- Tu connais pas la ville ?
Il lui jette un coup d'œil.
-Je viens d'arriver, tout ce que je connais c'est chez moi, le lycée, "le grand frère" et le trajet pour se rendre à tout ça.
- Bon... on va marcher le long du canal ça changera un peu.
Il attrape son sac et se dirige vers le pont. Une fois dessus il lui montre.
- Par là, c'est le quartier où faut pas trainer... c'est la Mala et les Rojo... mais si on va vers le centre ville, c'est plus... heu...bourgeois.
-Ca je m'en souviens. Tu m'avais dis de pas aller par là l'autre jour.
Il lui sourit et ne relève pas le reste de la phrase se contentant de le suivre vers le centre ville.
Ace descend pour prendre l'escalier vers les quais. Ils sont aménagés en pavés larges avec quelques arbustes. Il met les mains dans ses poches.
- Au moins pas de voiture, pas de bruits... j'aime mieux.
-Ouais. Moi j'ai toujours habité en ville alors ça me dérange pas. Tu as toujours vécu ici toi ?
- Pas dans cette ville. Je suis ici depuis que maman est malade. Ca fait 3...non 4 ans à peu près. Je suis un "cas particulier", un "enfant à problème"... donc bon, c'était plus sûr de me mettre chez Dora.
-Plus sûr ? Ca veut dire quoi, qu'on ne place chez Dora que des "cas particuliers" ?
Il le regarde en haussant les sourcils.
- Ouais. Elle a l'accréditation pour s'occuper des gars comme moi.
Il shoot dans un caillou.
-Ca va, tu dois pas être le pire qu'elle ait vu alors.
- Je sais pas, on se parle pas. Enfin si c'est ce que tu veux dire, je me drogue pas tout ça...
-Ca et aussi le fait que tu ne sois pas encore un multirécidiviste.
Il lui sourit.
-T'as pas un mauvais fond Ace et je suis sûr qu'elle le sait.
- Ouais, si tu le dis...
-Pff.
Il secoue la tête en souriant et continue à marcher.
-Et sinon avant t'habitais où?
- Dans une autre ville, plus au nord. Même vie, même merde... sauf que j'avais mes frères et ma mère. Sauf que j'allais à l'école et que j'avais pas les gangs...
Il hausse les épaules.
- Un peu comme maintenant. Je dis pas que c'était mieux. C'était tout simplement comme ça.
Il garde le silence un long moment, profitant du calme ambiant. Au bout d'un moment il demande en souriant:
-Et quand tu seras la plus grande rock star de la planète, qu'est ce que tu feras ?
Il rit un moment.
- Tu me demandes de dire ce que je ferais ?
Il croise ses mains derrière sa tête et réfléchit un moment.
- Et bien, je passerai mon permis. Je m'achèterai des fringues qui ressemblent à quelque chose...et puis après je m'occuperai de mes frères et de maman. J’aurais une maison rien qu'a moi, et deux voitures...
Charlie le regarde et sourit.
-Pourquoi deux voitures ?
Il le regarde, un sourire au fond des prunelles.
- Et pourquoi pas deux ?
-Ouais pourquoi pas... Après tout t'auras du fric à plus savoir qu'en faire à ce moment là.
Il rit encore.
- Même pas sûr que ça me plaise... et toi ? Tu veux être quoi plus tard ?
Il baisse alors les yeux au sol, continuant à marcher et hausse les épaules.
-J'sais pas, j'y ai jamais vraiment réfléchis.
- Ben c'est l'occasion ! Aller !
Il lui envoie une bourrade.
- Que je sois pas le seul à me faire du mal à rêver !
-Hum... Dans ce cas, plus tard je dilapiderais l'argent de la rock star que tu seras devenu.
Il éclate du rire.
Ace le rejoint dans son rire.
- Parce que tu crois que t'auras le droit d'y toucher ? Je te prêterais pas ma carte GOLD.
-Radin va.
Il lui tire la langue et lui donne un coup d'épaule en souriant.
- Non, je suis pas radin... Mais je vois pas pourquoi t'aurais le droit d'avoir accès à mon compte en banque ! On n’est pas marier !
-Alors je te ferais boire comme un trou et je te forcerais à m'épouser juste pour avoir accès à ta carte Gold.
Il se marre tellement qu'il n'arrive plus à respirer.
- Hé, tu seras bien dans la merde, après !
-Bof. Il me suffira de t'empoisonner et après je jouerais les veuves joyeuses.
Il continue de rire.
-Il te plait pas mon plan d'avenir ?
- M'empoisonner? Je serais un martyr du show bizz... Tu iras finir tes jours en tôle ! Personne croira que c'est pour ça !
Il continue à se marrer et pose sa main sur son épaule pour à la fois se retenir et continuer à parler.
- Mes disques, ils se vendront encore mieux...enfin laisse-moi arriver au top avant sinon tu seras marier à un sans le sou.
-Ouais t'en fais pas. Je compte bien t'y mener jusqu'au top. Sinon à quoi servirait mon plan machiavélique?
Il lui tapote la main posée sur son épaule et se calme petit à petit.
-Tu vois, je suis un emmerdeur; mais un emmerdeur qui te fait rire, dit-il en lui souriant.
Ace s'arrête de rire et garde le sourire. Il le regarde sérieusement.
- Ouais, je t'aime bien au fond.
-Ouais je le savais déjà ça.
Il lui rend son regard avant de se remettre en route.
Il lui balance un coup derrière la tête avant de le rattraper.
- Petit con.
Il avance et remonte son sac sur son épaule.
- Y a un bar qui fait des crèmes glacée plus loin.
Il se retourne en lui souriant.
-Alors viens, le petit con t'invite.
Ace le regarde de travers.
- T'as un porte monnaie sans fond ?
-Que veux-tu je suis économe comme mec. Et puis mes parents sont des bourges t'as pas oublié?
- Ben moi aussi je suis économe... vue que j'ai jamais de fric sauf quand je me démerde pour bosser. Mais après, pfiou... y a plus rien.
-Normal à force de dépenser ta tune en clope.
Malgré sa remarque il lui sourit.
-Allez tu me le montres ce bar et ses crèmes glacées ?
- C'est plus loin, encore 15mn de marche. On sera directement au centre, la zone piétonne. C'est là qu'il y a tout les magasins et les trucs bien : ciné, borne d'arcade, fast-food...
Il regarde son vieux jean.
- J'espère avoir assez de thune pour m'en racheter un... il commence à être court au niveau des chevilles et tout troué...
-Tu sais que si t'as besoin, tu peux m'emprunter.
Il le regarde avec sérieux.
Il lui lance un regard furieux.
- Sûrement pas ! Je vais pas commencer à faire ça. J'y arriverai tout seul. Puis si c'est pas cette fois, ça sera la prochaine fois... c'est juste des fringues.
-Ok ok pas la peine de te vexer. C’était juste une proposition.
Il lève ses mains en signe de défense avant de les plonger dans ses poches.
- Je sais mais tu vois, j'ai ma fierté. J'ai peut être pas de fric, mais je veux pas dépendre de quelqu'un. J'ai deux bras et deux jambes, je peux bosser pour avoir ce que je veux... j'ai au moins appris ça de mon paternel.
-Très bien. Mais si un jour t'es vraiment en dèche, tu sais que tu peux venir me demander, y a pas de malaise.
- Ouais.
Il avance encore en silence.
-En tout cas pour aujourd'hui je t'invite.
Il parle d'une voix basse, regardant sur le côté.
Ace lui lance un long regard.
- Et c'est la dernière fois.
-Ouais on verra; c'est pas à toi de dire quand est ce que je décide de t'inviter ou pas.
- Ouais, mais je peux toujours refuser l'invitation. On est pote, ça veux pas dire que je te parasite.
-'Tain Ace si je te fais la proposition c'est que tu me parasites pas. Et puis si ça peut te faire plaisir, on a qu'à dire que c'est un investissement sur le long terme. Quand tu seras une star, ce sera toi qui m’inviteras.
Cette fois il sourit en terminant sa phrase.
- Ta gueule.
Il lui sourit.
- Et si je finis pompiste, tu fais quoi ?
-Ben je viendrais faire mes pleins d'essences gratos.
Il se marre encore.
- On verra dans 3 ans. Pour le moment tu vas raquer pour de la crème glacée.
Les bords du canal s'élargissent et s'embellissent au fur et à mesure de leur promenade. Une fois au centre ville, c'est un petit port de plaisance avec accès en pente douce à la zone piétonne. Certains restaurants ont leur terrasse sur les bords de l'eau.
Ils marchent encore 5 min et finissent par arriver devant un petit bar basique et qui ne paye pas de mine. Charlie suit Ace à l'intérieur et s'installe près d'une fenêtre. Une petite serveuse vient alors leur donner la carte puis s'éloigne les laissant choisir.
-Sympa comme endroit. C'est calme.
Il regarde un instant la carte puis la referme, regardant Ace toujours plongé dans la carte.
-Prend ce qui te fais envie Ace.
Il regarde la carte avec envie mais ses yeux reviennent sur les produits moins chers. Il referme la carte d'un geste sec.
- Une glace au citron pillé.
Charlie soupire. Lorsque la serveuse revient, il lui tend les cartes et commande.
-Un double banana split s'il vous plait.
Il se tourne ensuite vers Ace en souriant mais avec un regard déterminé.
-Et pas de discussion.
Ace le fusille du regard et attend que la fille soit partit.
- Pourquoi tu fais ça ?
-Parce que ça me fait plaisir de t'inviter. Alors ne gâche pas mon plaisir s'il te plait Ace.
Il lui rend son regard.
- Tu veux me mettre la honte ? C’est ça ?
-Putain c'est quoi ton problème ? Le fait de manger dans la même coupe ?
Il secoue la tête.
-Elle va nous apporter deux cuillères alors en fait pas un cake.
- Rah tu comprends rien ! C’est pas la glace qui me fait chier...enfin pas le fait de la manger... mais... elle coute plus de 12 dollars !
-Ouais et alors ?
Il secoue la tête, limite excédé.
-Ace je te l'ai déjà dit. J'ai largement de quoi payer. Alors fais pas chier et détend toi.
Il grogne et va pour râler à nouveau mais la jeune fille arrive et dépose la coupe géante devant eux avec deux cuillères longues.
- Bon appétit.
Elle leur lance un regard insistant et fait demi-tour.
-Merci.
Charlie se retourne et la regarde partir avant de revenir sur la coupe.
-Je te laisse la chantilly, j'aime pas ça avec de la glace.
- Quoi ? T’aime pas ça ? C’est drôlement bon ! Et là y a des déco couleurs !
Il décapite une tour de chantilly et l'avale en se léchant les lèvres.
-Ben je te la laisse avec plaisir. Moi je trouve que ça écœure tout seul et avec la glace, ça cache le gout.
Il repousse la chantilly et prend une cuillère de glace à la fraise.
- Faut pas la manger avec la glace, c'est tout. Un peu la glace, un peu la crème.
Il prend une cuillère de glace au chocolat.
- C'est manger que de la glace qu'est écœurant.
-C'est pour ça que y a de la banane dedans.
Il sourit et prend un morceau du fruit avec un peu de glace à la vanille et à la fraise.
- Je te laisse la moitié de la mienne, je la finirai pas.
Il reprend de la chantilly et juste derrière une part de glace.
-Si tu veux.
Il mange encore un peu de glace ajoutant cette fois du chocolat.
-Au fait tu as quoi comme cours demain?
- heuu...
Il suçote sa cuillère.
- Physique chimie et math le matin... et puis c'est tout. Comme je fais pas partit d'un club, ben j'ai rien. Et toi ?
-Langue et philosophie. Pareil c'est tout ce que j'ai.
Il mange cette fois un peu de vanille.
- Tu fais pas parti d'un club ? Ni sport, ni autre ? Y a un club de musique, je crois.
Il hausse les épaules.
-Ca m'intéresse pas.
- Mais tu joues super ! Tu m'as bluffé...
Il chipote avec la glace au café.
-D'abord je joue pas si bien que ça. J'avais pas touché à un piano depuis des années. Et ensuite, jouer en groupe en étant diriger c'est pas mon truc.
Il lui attrape la main et lui tourne la paume vers le ciel.
- T'as vue tes doigts ? Ils sont tout fins et agiles. Alors arrête de dire des conneries.
-Ouais c'est parce que j'ai appris le piano tout petit ça. Mais j'en avais pas joué depuis longtemps donc j'ai forcément perdu. Je suis sûr que Roy joue bien mieux que moi.
Il baisse son regard sur leurs mains mais ne l'enlève pas.
-Je me débrouillais bien mieux avec une guitare dans les mains.
- Ahh, c'est pour ça la différence de taille d'ongle... Je me posais la question.
Il lui lâche la main.
- Et bien y a de la guitare aussi, je crois. Tu fais de la guitare sèche ou de l'électrique ?
-De la sèche.
Il se remet à manger et secoue sa cuillère en l'air.
-Mais c'est pas la peine d'insister, je m'inscrirais pas au club.
Il réfléchit un moment en piochant dans leur coupe.
- Alors demain aprèm on va chez toi. Je veux te voir jouer.
Il éclate de rire.
-Ouais ça je veux bien.
- Pourquoi tu ris ? Qu’est ce que j'ai dit de drôle?
-T'insistais pour que je fasse partie du club de musique mais en fait ce que tu voulais c'est avoir l'occasion de me voir jouer.
Il rougit et mange un bout de glace à la fraise pour se reprendre.
- Mais non. Je trouve que tu joues bien, c'est tout.
-Merci.
Il lui sourit et se ressert de la glace accompagnée de banane.
Ace soupire en reposant sa cuillère, il a fini la moitié du banana split géant.
- Faut qu'on poste le dossier aussi. J'ai apporté les pièces qui manquaient : photo d'identité, lettre timbré et les copies des papiers. J’ai même écrit une lettre de motivation... tu la lis ?
Charlie pose un instant sa cuillère et prend les pièces. Il lit la lettre.
-Faut corriger les fautes mais pas c'est pas mal. Au moins ce sont tes mots et on voit que tu es motivé.
Il pose la feuille et la fait glisser entre eux.
-Si tu veux, on peut voir ça maintenant. Le dossier doit partir demain je crois.
- Ouais autant le faire de suite.
Il tire sa chaise pour être du même coté que lui.
Il ramène la feuille et en sort une autre de son sac.
-Alors là, c'est un "s" et pas un "t" à cause du "je".
Il continue à lire.
-Là c'est "er". Pour savoir tu remplaces par un verbe du 3eme groupe comme mordre. Si le verbe est à l'infinitif c'est "er" sinon c'est "é".
Il soupire et se passe la main dans ses cheveux bouclés.
-J'ai tout à réapprendre... C'est chiant.
Il se penche sur la feuille et son coude touche celui de Charlie. Il tend le doigt.
- Là c'est bon ?
Il lui sourit.
-C'est pas grave on reverra ça pendant les vacances... Vas-y, essaye la technique que je t'ai donnée.
Il attrape le stylo et la feuille de Charlie.
- Alors. "Je voudraiS avoir cette bourse parce que je veux (mordre) aider ma famille.
-Ouais nickel.
Ils continuent à corriger les quelques fautes restantes puis Charlie tend la feuille et le stylo à Ace.
-Et voilà. T'as plus qu'à réécrire sans les fautes.
Ace soupire et se repasse la main dans les cheveux. Il en garde un bel épi. Il se penche sur la feuille et s'applique à tout recopier de son écriture maladroite.
- Voiiiilllàààà.... et je signe. Ace Hélios.
Pendant que Ace copiait, Charlie à terminé la glace. Il prend ensuite la feuille et la relit rapidement.
-Parfait. Je rassemble tout ce soir et je le fait parvenir.
Il range les papiers dans sa pochette et sourit à Ace.
Il lui rend son sourire et croise les bras.
- Plus qu'à croiser les doigts.
-T'en fais pas. Je suis sûr que tout se passera bien.
Il hausse les épaules et étend ses jambes.
- Ben si ça marche pas, je regretterai rien, j'aurais essayé.
-Pff ne part pas défaitiste. Moi j'ai confiance.
Il lui sourit.
- Je pars pas défaitiste, je pars pas gagnant. Parce que si j'y crois trop, ça fera plus mal si ça marche pas. Tandis que là, si ça réussit j'aurais tout le temps d'être content, après.
Il se redresse sur sa chaise.
- On va faire la rue commerçante ?
Il le regarde et hausse les épaules.
-On peut si tu veux, mais j’ai rien à acheter et tu veux pas que t’avance pour des fringues.
- Ouais.
Il attend que Charlie paie à la caisse et ils sortent tout les deux. Ils n'ont pas fait quatre pas qu'une bande de mecs leur barre le passage.
- Alors les amoureux, on se promène ?
Charlie les regarde d'un air morne et ne bronche pas.
Ace bronche et les dévisages.
- Laissez-nous passer !
- Ben alors Ace, t'es pas avec ta bande ? Tu fais moins le fier tout seul !
- J'ai rien à te prouver Joe.
- Quand je pense que t'es là, tout seul, et moi et mes potes en face... que je te dois 3 mois de plâtre... ça me laisse rêveur...
Charlie regarde les garçons et son regard revient sur Ace dont les poings sont déjà serrés.
-Laisse tomber Ace. Allons-nous-en.
Ils sont à moitié entourés des cinq garçons.
- Tu crois allez où le mignon ? Puis d'où tu sors ?
-Joe c'est ça ?
Il regarde le garçon sans se soucier des autres.
-Ecoute Joe, ton bras a l'air parfaitement remis maintenant donc je suis ravi d'avoir fait ta connaissance mais on a autre chose à faire.
- Non mais regardez moi ça les gars... regardez, il sait parler ! Putain Ace qu'est ce que tu fous avec un bourgeois ? T’as changé de bord ? Déjà je me demandais quand tu fricotais avec Steve, maintenant je suis sûr ! Et en plus tu le sorts ! T’as honte de rien !
Ace se retient difficilement de lui en coller une. Il s'approche à le toucher.
- Ecoute, Ducon, je fais ce que je veux de ma vie, et c'est pas les déchets de la Rojo qui me font peur ! Tu fais le fier parce que Marco est pas là pour te fermer la gueule... ton maitre devrait serrer sa laisse !
Joe sert les poings et avance un peu plus.
-J'ai pas besoin de Marco pour défoncer t'a p'tite gueule Ace.
Ace et lui sont quasi collés.
- Nan, t'as besoin de lui pour qu'il te dise où chier et pisser. Lâche-moi Joe.
Il le repousse d'un coup sec qui l'envoie dans les bras de ses copains et leur tourne le dos.
- Viens Charlie, on se casse. Ca pue ici.
Sans un mot Charlie contourne les garçons et suit Ace.
-T'es sûr que ça va aller ?
Ace est blanc avec deux taches rouges sur ses pommettes. Il a la mâchoire serrée et marche rapidement et tout raide. Les autres les sifflent et leur lance des insultes. Ils tournent à un coin de la rue et Ace se met à trembler de colère.
Charlie s'arrête et pose une main sur son épaule.
- Calme-toi Ace, ça sert à rien de s'énerver.
Il l'écarte d'un grand geste.
- Me touche pas ! Me touche pas quand je suis comme ça !
Il retire sa main et se recule d'un pas. Quand il se rend compte de son geste il s’avance à nouveau en fronçant les sourcils.
-Tu me fais quoi là Ace ?
Il fait plusieurs allers retours sur trois pas et souffle lentement avant de fermer les yeux. Il pose sa main sur son cœur et souffle encore.
- Je me contrôle pas quand je suis énervé. Faut pas m'approcher, pas me parler et pas me toucher.
Charlie croise les bras et le regarde. Une remarque lui vient à l'esprit mais il la retient, conscient que le moment serait mal choisit. Il attend de le voir se calmer.
-Ca va mieux ?
Il hoche lentement la tête et se laisse tomber assit sur la barrière de sécurité.
- Ca va, je suis presque calme...
Il lui fait un sourire grimace.
- Tu vois que je suis pas si cool... "enfant à problème" je t'ai dis.
-Pas si à problème que ça. Après tout t'as réussi à te contrôler.
Il lui sourit et s'approche, le touchant presque.
-Allez on va faire les boutiques, ça te calmera.
Il soupire et pose un instant son front sur le bras de Charlie. Il se lève ensuite.
- Ok, c'est par là.
Il remet son sac sur son épaule.
- Du coup, j'ai plus envie pareil.
Il suit Ace dans la rue.
-T'as envie de quoi maintenant ? De gants de boxe et d'un puching ball ?
Il sourit.
- Un truc du genre. Vu que j'ai pas de gonzesse pour évacuer...
Il lui fait un grand sourire à la con.
- Tu t'es déjà battu ?
-Ouais à l'école élémentaire et j'lui ai mis une raclée. Mais après j'ai grandis et j'ai appris à me défendre autrement et à éviter les emmerdes.
Il lui lance un sourire en coin.
-En tout cas, je saurais me souvenir que t'énerver te donne envie de sexe.
Il le regarde de coté.
- Pas toi ?
Il hausse les épaules.
-Question de priorité.
Devant la tête de Ace il éclate de rire.
-Eh ben nan désolé mais m'énerver me donne pas envie de sexe.
- De quoi alors ?
-Ca éveille mon génie créatif.
- Et tu créés quoi ?
-Des dessins, de la musique.
Il glisse ses mains dans les poches.
-Mais ça fait un bail que je me suis pas énervé.
- Bin t'en as de la chance... moi c'est tout les jours, si c'est pas deux fois... j'accumule pas mal là... ça va péter bientôt. J'espère que tu seras pas à coté.
-Vu comment t'étais tout à l'heure j'espère également. Mais bon c'est avant tout une question de contrôle. Ca s'apprend.
Il lui fait un sourire un peu torve.
- Sauf que j'ai pas envie d'apprendre. Je me sens bien quand ça me prend parfois. Sans plus aucun control...
Charlie hausse les épaules.
-Ouais moi c'est pas ce qui m'éclate, j'aime bien contrôler au contraire.
- T'as jamais lâché la bride ? Même une fois ?
Ils arrivent dans une rue un peu plus fréquentée.
- Même en couchant ?
Charlie se renfrogne et garde le silence un instant avant de détourner la conversation.
-Et c'est dans un moment où tu contrôlais plus que t'as pété le bras de ce Joe ?
- Oui et non... c'était pendant une baston générale près des quais. C'était pas lui spécialement que je visais.
Il s'arrête devant un magasin de chaussures de sport.
- C'est celle-là.
Il regarde les chaussures que Ace lui désigne et siffle.
-Ouah 300 dollars pour une paire de pompe ? Ils se font vraiment pas chier.
- Ouais. J'aurais pu en avoir, y a les gars qui ont forcés l'entrepôt de converse y a quelques mois. Mais j'ai pas voulu. Comme je t'ai dis, j'ai deux bras et deux jambes. Si je veux quelque chose, je travaille pour l'avoir.
-Ouais j'suis d'accord avec toi. Mais dépenser 300 dollars pour une paire de basket qu'ont même pas l'air de bonne qualité c'est abusé.
- C'est Converse quand même ! Toute façon, mon fric passera dans autre chose en priorité. J'ai promis à mes frères des cadeaux... pas grand chose mais des jouets quoi. Danny a que 7 ans et Jason il a 10 ans.
-C'est pas parce que c'est de la marque que c'est de la bonne qualité.
Il se tourne vers Ace et lui sourit.
-Je vote pour les jouets moi.
Le jeune métis regarde ses pompes limite usées jusqu'à être trouées.
- Ca sera toujours mieux que celle-là. En priorité les jouets, ensuite un jean et après des chaussures...et faut que j'ai assez de sous pour prendre le bus aussi... je t'ai dit que c'était à 5h de bus ?
Charlie le regarde.
-Si je te propose mon aide financière, tu vas me taper ?
- Ouais. A part pour mes petits frères... Mais je te rembourserai c'est sûr. Faudra que j'écrive à ma mère aussi. Elle a le droit qu'à une lettre toute les semaines.
Il reprend son chemin vers une papeterie et sort quelques pièces de sa poche. Il entre et se met devant le rayon papier à lettre.
-Te fais pas chier à en acheter. J'ai du papier à lettre chez moi et je m'en sers jamais.
Il lève les mains et signe de défense devant le regard noir de Ace.
-Sérieux Ace, je m'en sers jamais alors autant qu'il serve.
Ace soupire et range ses pièces.
- D'accord, je veux bien.
Il fait un sourire d'excuse au vieil homme qui tient la boutique et ressort.
- Ca te dirais d'écrire un petit mot à ma mère ? Juste pour lui dire bonjour...et peut être lui faire un petit dessin. Comme ça elle verra que je lui mens pas quand je parlerai de toi.
Charlie lui sourit.
-Si tu veux... Et pour tes petits frères je leur apporterais quelque chose ainsi qu'à ta tante.
- Elle est pas beaucoup riche, ça lui fera plaisir...surtout qu'on squattera deux ou trois jours. Je lui apporte un peu de viande quand j'y vais, c'est l'occasion de manger un bon rôti.
Il le regarde en coin.
- Tu dois vraiment nous prendre pour des fauchés...t'as pas tord non plus. C'est un peu la honte.
-Alors premièrement on dit "elle n'est pas très riche". Ensuite je m'en balance complètement de savoir si t'as du blé ou pas.
Il lui sourit.
- Elle N'EST pas riche.
Il sourit en retour.
- Je suis content que tu viennes. Ca sera cool.
-Je suis content de venir et de découvrir ta famille.
Ils continuent de marcher tranquillement.
-Ca fera longtemps que je n'aurais pas voyagé juste pour le plaisir.
- C'est vrai que tu viens d'emménager ici. Tu l'as beaucoup fait ?
-Hum. Avec ce déménagement, trois fois en deux ans et avant ça on avait déjà déménagé cinq fois.
Il lève la tête et regarde le ciel couvert.
- Ca fait beaucoup... ça a pas du être simple. Et là ? Tes parents comptent déménager encore?
Il s'est rapproché de lui et marche en lui frôlant le bras du sien.
-Je sais pas trop, ça dépend du boulot de mon père. Mais comme l'année est déjà bien entamé et que je compte pas passer mon bac en candidat libre, il faut bien que je reste jusqu'à la fin de l'année ici. Et après ben ça dépendra. Je serais majeur alors je ne serais plus obligé de les suivre.
- Ouais... mais faut quand même avoir un revenu. Parce que ça coute cher.
Il le regarde, les yeux pétillants de rire.
- On a qu’à faire colloc.
-Ouais pourquoi pas. Après tout toi tu bosses déjà et j'aurais qu'à me trouver un boulot aussi. Au pire mes parents me fileront du fric.
Il lui sourit.
Il lui attrape le cou avec le coude et tend l'autre main devant eux.
- Imagine... un appart tranquille... avec un canapé... et une baignoire! Le pied !
Il éclate de rire.
-Et avec deux chambres et des grands lits aussi n'oublis pas.
- De suite... Ca c'est accessoire...On peut aussi dormir sur un canapé.
Il le lâche. Ils sont devant le disquaire.
- L'année dernière je passais pas mal de temps ici, jusqu'à ce qu'ils enlèvent les écoutes gratuites.
Il secoue la tête et s'avance vers la boutique.
-Elle a l'air bien fournis dis donc.
Ace pousse la porte. Un air de rock les accueille. C'est une boutique en deux parties. La partie rez-de-chaussée est occupée par les rayons de disques et à la mezzanine, les instruments.
- C'est la meilleure de la ville... Mieux que Virgin et autre.
-Ouais je veux bien te croire.
Il entre et observe tout.
-Tu veux commencer par regarder quoi?
- Normalement je flâne. J’aime beaucoup Queen et le rock... mais je suis sûr qu'il y a plein d'autres trucs sympas.
Il avance dans les rayons. Des élèves sont là à chercher des trésors.
- Et toi, t'écoutes quoi ?
-J'aime bien le rock aussi. Queen c'est sympa mais je préfère Nirvana ou U2.
Il regarde dans les rayons un peu au hasard, regardant ce qui est sortit dernièrement.
Le regard d'Ace se lève et se pose à l'étage. Il lui saisit le poignet et l'entraine dans les escaliers.
- Viens !
Une fois en haut, il attrape une guitare électrique blanche qu'il passe. Il lève les bras.
- Ce soir, en lettre géantes, ACE HELIOS ! La foule en délire... et les groupies.
Charlie éclate de rire et applaudit.
- Vas-y Ace!
Il prend une voix suraiguë et renchérit.
-Ace je t'aimeuh!
Ace pouffe. Il se racle la gorge et fait semblant de se saisir d'un micro.
- Merci, merci c'est trop... ma prochaine chanson est dédiée à un ami.
Il fait mine de gratter les cordes. Juste à cet instant, un employé arrive.
- Arrêtez immédiatement ! Mais vous vous croyez où ? Ce n'est pas un jouet, elle coute 1500$!
Ace enlève la guitare, le rouge aux joues et la repose.
- On faisait rien de mal !
Le vendeur le regarde en fronçant les sourcils.
-Dites ça quand vous l'aurez cassée. Ici c'est pas une scène de théâtre alors si vous ne voulez rien acheter, allez vous en.
Charlie le regarde et prend ensuite le bras de Ace.
-Viens Ace on dégage. J'achèterais le matos dans un autre magasin.
Le vendeur ouvre la bouche pour les retenir mais Ace accélère le pas. Il se retrouve dehors.
- Putain ça fait chier ! Le jour où j'aurais du fric je lui foutrais dans le cul !
Charlie éclate de rire.
-Et ce serait gâcher de l'argent et une très bonne guitare.
Il shoote une capsule de bière.
- Oui mais j'en ai marre d'être fauché.
Il soupire.
- Bon, on fait quoi ?
Charlie regarde sa montre et soupire.
-Je vais devoir rentrer. Faut que je vois un peu mes parents si je veux pas que ma mère m'appelle tous les jours quand ils se seront barrés. Et puis toi tu vas pas tarder à bosser je me trompe ?
Il fourre ses mains dans ses poches.
- Ouais.
Il lui jette un regard avant de regarder l'arrêt de bus. Il n'a pas envie de partir.
Il marche lentement jusqu'à l'arrêt, ralentissant le pas au fur et à mesure qu'ils s'approchent.
-De toute façon on se voit demain et tu passes l'aprèm chez moi?
- Ouais.
Il traine aussi les pieds.
- T'as un téléphone perso ?
-Ouais attends je te le donne.
Il sort de quoi noter et marque son numéro de téléphone.
-Tiens. Il reste tout le temps allumé donc n'hésite pas à m'appeler si besoin.
- Vais pas te réveiller non plus. Je rentre chez moi, il est minuit. C'est juste au cas où...
Il déchire le papier en deux et marque le sien sur l'autre bord.
- Moi c'est un truc à carte. J’ai pas beaucoup de crédit, mais je vais le recharger.
-Ok dans ce cas je te mettrais dans les numéros favoris. Ca me permet de t'avoir en illimité. Comme ça t'a qu'à me biper et je te rappelle.
Il sort son portable et enregistre le numéro de Ace.
-Même s'il est minuit passé. Si t'as besoin d'appeler tu le fais.
- D'accord. Merci. Ah, c'est ton bus.
En effet, le bus est au bout de la rue.
- Bon...
Il regarde le bus arriver et se tourne vers Ace.
-Ouais... A demain.
Il le regarde et lui sourit. Le bus s'arrête et ouvre ses portes.
- A demain...
Il regarde les gens monter et Charlie se mettre dans la file.
Il monte enfin dans le bus et se retourne pour lui faire un signe de la main. Puis les portes se referment et le bus redémarre. Charlie soupire alors et va s'asseoir, attendant son arrêt.
Ace prend le prochain qui l'emmène dans la direction opposée. C'est étrange, il se sent un peu seul et vide. Il pense à toutes les choses qu'il lui dira la prochaine fois. Il descend devant le "grand frère".
Lorsque le garçon entre, Roy lève la tête et sourit.
-Tiens gamin ça va ?
Il le regarde s'asseoir, l'air un peu morose.
-T'es pas venu avec ton pote aujourd'hui?
- Non, il est rentré chez lui. C’est qu'il a une mère qui s'inquiète vite.
Il fait un tour de la salle du regard.
- Y a du monde ce soir.
-Ouais et la soirée fait que commencer.
Il sert une bière à un client puis revient vers Ace.
-Allez gamin au boulot. Je te lâcherais plus tôt comme ça ce soir.
Ace sourit et va enfiler son tablier.
- Comment va Patty ? C’était hier la dernière échographie.
-Elle va bien et le bébé aussi. Le médecin lui a dit qu'il fallait qu'elle se repose le plus possible maintenant. Mais tu la connais, j'ai du l'obliger à prendre sa soirée.
Il rit doucement et commence à attaquer la vaisselle de verre derrière le comptoir.
- J'imagine que ça doit pas lui plaire. La ballade lui a fait du bien ?
Roy lâche un petit rire.
-Tu m'étonnes. J'ai même du la menacer de pas lui laisser mettre les pieds dans le bar dans la journée si elle se reposait pas le soir. En tout cas elle était contente de prendre l'air.
Ace sourit et hoche la tête, content pour son amie. Il lave un moment les verres en silence puis:
- Dis, qu'est ce que tu penses de Charlie ?
Roy débarrasse des verres et passe un coup de chiffon sur le bar.
-Ca m'a tout l'air d'être un brave garçon et doué pour le piano... Mais il a l'air un peu solitaire et pas très bavard.
Ace se marre en silence.
- Si si, il parle. Il dit qu'il joue mal au piano et que tu as du te moquer de lui. Moi je trouve pas qu'il joue mal.
-Eh bien c'était pas très fluide, mais de là à dire qu'il joue mal, c'est un peu poussé. Soit ton ami cherche à se faire mousser soit c'est quelqu'un de vraiment humble.
Il prend une commande qu'il sert immédiatement.
- Je sais pas. Il a pas l'air de se mettre en avant. C'est comme s'il se protégeait de tout le monde et même de lui. C'était pas facile au début de lui arracher deux mots autres que des trucs cyniques ou méprisants. Puis ça se décoince là. Puis il m'aide à faire mes devoirs. Et on a monté un dossier de bourse...et il va m'apprendre la musique.
Il lui jette un regard et essuie les verres lavés.
- Je sais que t'y crois pas à la musique, mais j'en ai envie.
-C'est pas que j'y crois pas, mais on gagne pas sa vie avec la musique gamin. Et puis je sais que si je t'avais appris la musique, tu n'aurais plus fait que ça et t'aurais laissé tomber l'école. Là au moins, ton ami te fait bosser l'école.
- Ouais, ouais... puis c'est bien comme ça. Il va même m'apprendre des mots pour ce que j'écris.
Il lui jette un regard en coin.
- Je t'avais rien dit parce que je trouve pas ça bon... Ca t'as pas gêné?
-Nan t'en fais pas. Les clients ont adorés en plus, certains m'ont même demandé quand est ce que vous alliez revenir. Donc si ça te tente, tu peux continuer à faire de la musique avec ton ami. Pas tous les soirs, mais au moins un ou deux par semaine.
Ca se calme un peu et il vient s'asseoir à côté de Ace.
- Vrai ? Ca te gène pas ?
Il finit d'essuyer les verres et les range consciencieusement.
- Quoi que je sais pas si je vais encore chanter... j'ai pas trop le courage.
-Si ça me rapporte des clients je vois pas pourquoi ça me gênerais. Après c'est toi qui voit gamin. C'est ta voix, ta musique.
Il le regarde.
-En tout cas, sache que si tu le fais, t'auras un pourcentage sur les gains de la soirée en plus de ta paye de serveur.
Il reste silencieux un moment.
- Je verrais. Je suis pas sûr encore...
Il finit de ranger les verres et sert un client.
-Eh ben réfléchit et tu me diras ça au retour des vacances.
Il sort une cigarette et l'allume, prenant une longue bouffée.
Ace se prend à respirer l'odeur du Tabac. Il va pour en demander une mais s'abstient.
- Je serais pas là trois ou quatre jours, je vais voir mes frères. Ca dérange pas de me filer ma paie en avance ?
-Pas de problème. Tu en as besoin ce soir ou ça peut attendre demain ?
- Ca attendra demain. J’ai pas bossé beaucoup. Me faut juste de quoi prendre le bus et acheter deux conneries à mes frères et ma tante.
Il sert un autre client qui le reconnaît et le félicite pour la musique de l'autre Soir. Ace retourne vers Roy un peu rouge.
L'homme acquiesce. Puis sourit devant la tête de Ace.
-Tu vois qu'est ce que je te disais gamin.
Il sert une nouvelle bière.
- Ouais, ben on verra !
Il attrape une lavette et va nettoyer les tables vides et vider les cendriers.
Roy éclate de rire et le regarde en souriant. Il écrase ensuite son mégot et reprend son poste.
Une fois arrivé chez lui, Charlie quitte ses chaussures et se dirige vers le salon. Il trouve ses parents devant la télévision.
-Bonsoir je suis rentré.
L’ambiance est tendue. Sa mère est d'un coté du canapé, le plus loin possible de son mari. Elle lui fait un petit sourire.
- Ca a été l'école ?
Charlie acquiesce et vient s'asseoir entre eux.
-Ouais sympa. J'ai rencontré le médecin scolaire. Plus sympa que ceux des autres lycées.
Il regarde ses parents tour à tour.
-Il se passe quoi au juste?
Stephen regarde son fils et lance un regard appuyé à sa femme.
- Rien d'important. Un différent entre ta mère et moi. Elle cèdera bien.
Estelle se redresse.
- Je ne cèderai pas ! Hors de question ! Je ne laisserai pas Charles tout seul pendant si longtemps !
- 10 jours ! C’est tout.
Lorsqu'il comprend ce qui se passe, Charlie soupire et baisse la tête.
-Encore cette histoire. Maman je suis pas un gamin je peux rester tout seul 10 jours.
- Non tu ne peux pas ! Tu ne sais pas te préparer convenablement à manger et si... et si jamais ton cœur...
Elle secoue ses longs cheveux noirs.
- Hors de question !
-Premièrement manger 10 jours des surgelés ou des plats commandés n'a jamais tué personne. Ensuite mon cœur va très bien grâce aux deux comprimés trois fois par jour que je dois prendre.
Il se tourne vers sa mère qui s'apprête à parler et la fait taire d'un signe de la main.
-Dernier point, je ne serais pas seul pendant 10 jours puisque Ace va venir à la maison et que je suis aussi invité chez sa tante.
Sa mère le regarde de travers.
- Comment cela, "venir à la maison" ? Je ne le connais pas. Et en plus tu vas chez sa tante? Tu as décidé cela sans nous avertir ? Je ne veux pas te laisser partir à l'improviste !
Stephen se redresse.
- Estelle ça suffit ! Il est presque majeur ! Laisse-le s'amuser. Tu le couves trop.
Charlie soupire.
-Vraiment maman je ne te comprends pas. Tu me reproches de ne plus vivre depuis deux ans et quand je veux faire des choses, toi tu refuses.
Il garde le silence un instant et quand il reprend sa voix est basse et il ne la regarde pas.
-Je suis malade maman. On le sait tous les trois. Et si mon cœur lâche une nouvelle fois on ne pourra rien y faire, ni vous, ni personne d'autre.
Elle retient un petit cri et lance un regard malheureux à Stephen. C'est lui qui parle. Il pose sa main sur le genou de son fils.
- C'est pour cela qu'il faut que tu en profites... en faisant attention. Je sais qu'il y a pleins de choses qui te sont maintenant difficiles d'accès, mais en y allant doucement, tu pourras surement les faires toutes.
Il regarde sa femme.
- Tu viens 10 jours à Québec avec moi et Charlie reste ici. Tu pourras l'appeler tout les jours, même faire une vision conférence avec les installations de l'hôtel. Charlie, tu restes à la disposition de ta mère. Ne coupe pas ton téléphone ou préviens-nous.
Il regarde son père et lui sourit. Il aurait peut être le droit à un appel toutes les demi heures mais au moins il avait l'autorisation de faire ce qu'il voulait.
-Une dernière chose. Vous risquez de le croiser demain soir et d'autres fois aussi... euh... Il n'est pas au courant pour ma maladie.
Son père lui lance un regard appuyé. Il coupe la parole à sa femme.
- Il a surement ses raisons. Dis lui quand même que tu as de l'asthme et que tu dois prendre tes cachets... ne tente pas le diable. Garde le bipper des urgences sur toi. Ne joue pas avec ta vie, Charlie.
-Ne t'en fais pas. Je serais prudent.
Il se lève et s'apprête à sortir lorsqu'il revient devant ses parents.
-Au fait maman, tu vois bien Nadine demain matin c'est ça ?
Boudeuse, elle hoche quand même la tête positivement. Elle a ses petits poings serrés sur sa jupe grise.
-Je vais mettre les derniers papiers dans le dossier alors.
Il se tait et finit par se pencher sur sa mère déposant un bisou sur sa joue.
-Merci... Pas seulement pour le dossier, mais aussi pour me laisser seul.
Il sort ensuite du salon se rendant dans la cuisine où le dossier est toujours posé sur la table. Il glisse les papiers dedans et prend ensuite ses médicaments avant de monter avec une assiette de gâteaux. Quelques heures plus tard il descend pour manger avec ses parents qui parlent du voyage. Puis remonte dans sa chambre se plongeant dans un livre.
Une fois chez lui, Ace salut Dora qui comate devant la télévision et file prendre une douche rapide. Il attrape une bouteille d'eau et monte dans sa chambre. Torse nu, il s'affale sur le lit et sort son cahier d'écriture. Il l'ouvre et reste devant au moins 15mn mais rien ne vient. Il regarde l'heure. Presque 1h du matin... il l'appelle ou non ? Il joue avec le téléphone et appuie sans le faire tout à fait exprès sur la touche "appel".
Le téléphone sonne et Charlie le prend en tâtonnant. Il a beau être encore endormi, il sait qu'il s'agit d'Ace et il sourit en décrochant.
-Allo? demande-t-il en cherchant à masquer sa voix endormie.
- Merde ! Désolé vieux... je te réveille ? Chiotte
Il sourit et se redresse dans son lit, n'allumant toutefois pas la lumière.
-C'est rien Ace. Je m'attendais à ce que tu m'appelles. Si tu l'avais pas fait, j'aurais été déçu.
- Ah ouais ?
Ace se calle dans ses oreillers et ferme les yeux, un sourire aux lèvres.
- Roy a dit que tu jouais bien.
-Oh. Alors je suppose que ça ne servirait à rien de nier.
Il sourit.
-La soirée n'a pas été trop dure ?
- Y avait du peuple mais ça va. Roy avait donné sa soirée à Patty alors j'ai du faire sa part.
Il se tait un moment.
- Y a Roy qu'est d'accord pour que je chante deux fois par semaine à son bar... Mais moi je sais pas. Pas sûr d'y arriver.
-Sérieux? C'est cool ça. Tu devrais accepter. J'pense pas qu'il t'aurait fait l'offre si t'étais pas capable d'y arriver tu sais.
- Ouais mais c'est toi qui chantais... pas moi. Toute façon c'est pas pour de suite. J'ai pas réussit à écrire.
Il soupire.
- Puis toi alors, la maison ?
-Oh mieux que je ne pensais. Ma mère ne voulait plus partir mais mon père l'a convaincu et j'ai l'autorisation d'aller chez ta tante à condition de rester 24h/24 joignable.
Il sourit en parlant et un petit rire se perçoit à travers le combiné.
-On peut toujours préparer les textes que tu as déjà. Et ça s'étoffera avec le temps.
- Ta mère est un vrai pot de colle.
Il glousse doucement puis redevient sérieux.
- Faudra déjà les mettre en musique parce que là y a que "Sweet" qui l'est.
-Ne t'en fais pas, on pourra commencer demain. Et si t'as pas de mélodie ne t'en fais pas moi j'en ai.
Il sourit et fait l'impasse sur le sujet de sa mère.
- Tu les as tous lu... Laquelle tu préfères?
Charlie réfléchit un instant.
-Black, finit-il par dire.
- Pourquoi?
-C'est... particulier. C'est celle qui m'a le plus touché.
Il se tait.
-Elle m'a fait penser à quelqu'un.
- C'était après un cauchemar... Ca m'a pas quitté.
Il se tait.
- Tu veux en parler?
Charlie secoue la tête et se rappelle que Ace ne peut pas le voir.
-Nan. Ce n'est rien et ça remonte à loin maintenant... Il parlait de quoi ton cauchemar ?
- J'en ai fait tellement depuis que j'ai un peu oublié... j'avais l'impression d'être prisonnier dans mon propre corps. Il bougeait, parlait et tout sauf que c'était pas moi qui le contrôlait...comme une marionnette.
-Ca m'arrive parfois à moi aussi de faire ce genre de rêve.
Il baille et écarte le téléphone pour que Ace ne l'entende pas.
Ace rit.
- Ouais, sauf que toi c'est quelques fois... moi c'est tout les soirs. Je t'ai dis, je dors mal.
Il baille à son tour mais sans se cacher.
-On devrait raccrocher. Tu dois être en forme demain. Sinon t'arriveras pas à suivre les cours.
- Parle pour toi... J'aurais pas du appeler. Aller, bonne nuit mec.
Il rit puis se tait.
-Je suis content que tu ais appelé Ace.
Sa voix est plus sérieuse.
-Bonne nuit Ace, à demain.
- Ouais je suis content aussi.
Un petit silence avant qu'il ne raccroche.
Charlie repose le téléphone et se recouche en souriant. L'appel de Ace, même s'il l'a réveillé lui a fait plaisir. Il baille une nouvelle fois et ferme les yeux, repensant aux chansons de Ace.